‹ Mémoires de Fleury de la Comédie-Française (volume 2)Chapitre 271 sur 275 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

Comédie-Italienne 9,162 liv.)

Opéra 11,557 ( 31,162 liv.

Comédie Française 10,443 )

Variétés amusantes 2,248

Grands Danseurs du Roi 1,219

Ambigu-Comique 936

Le Vauxhnll 824

Spectacle des associés 227

Curtius 63

36,679 liv.

Le croirait-on? quand nous nous présentâmes à messieurs les curés de nos paroisses pour leur offrir ces recettes, nous trouvâmes qu'il y avait ordre de ne pas les recevoir. M sr de Beaumont, le zélé protecteur de Mme Lacaille au Théâtre-Italien , prévoyant la démarche des administrateurs de spectacles , avait résolu que cet argent serait apporté à M. le lieutenant de police, des mains de qui seulement les curés pourraient le toucher sans scandale. L'argent des pauvres refusé parce qu'il venait des comédiens! l'aumône des artistes ayant besoin de se purifier en passant par l'égoût de la police ! En vérité , je ne suis pas homme à répéter ici un lieu commun , à revenir sur une question mille fois débattue, mais conçoit-on ces apôtres ne voulant de nos secours qu'après leur avoir fait faire le ricochet vertueux du bureau des filles, des lanternes et de la boue de Paris? Comprend-on aussi que , pendant ces lenteurs , mille pauvres expiraient peut-être sur leur grabat? Aveugles qu'ils étaient ! intolérans sans ame! ne savaient-ils pas que la pièce de cuivre donnée aujourd'hui au malheur vaut mieux que la pièce d'argent qu'on lui fait espérer pour demain î ajourner l'aumône! et bien! ceux qui moururent dans l'intervalle d'un vain cérémonial moururent assassinés !

Tout le monde ne prit pas la chose aussi sérieusement, et , par exemple , les comédiens italiens furent vengés par un poète , qui mit comiqueinent saint-Augustin en jeu. Ce

père de l'église, datant sa missive du ciel > écrivait ainsi à Dorante et à Silvia :

Salut à la troupe italique

De ce comité catholique,

Dont le coeur loyal s'attendrit

Sur la calamité publique;

C'est le fils de sainte Monique,

C'est Augustin qui vous écrit !

Oui , mes amis, par cette épitre

J'abjure maint et maint chapitre,

Où j'ai frondé votre métier

Comme un tant soit peu diabolique;

Votre tendresse apostolique

Vient de nous réconcilier.

Tout homme au cœur dur, inflexible,

Devant Dieu voilà le païen !

Mais quiconque a l'ame sensible,

Fût-il un Turc, est un chrétien.

Jadis en prêchant sur la terre

Je tenais à des préjugés,

Depuis, nous avons lu "Voltaire,

Voltaire nous a bien changés!

lSTi moi, ni le curé d'Hippone

Nous n'avons plus damné personne :

Tel arrêt n'est point fraternel ,

Et sans vouloir imiter Rome

Nous laissons bonnement au ciel

Le droit de disposer de l'homme.

Oui , sans être garant de rien ,

Je croirai qu'un comédien

Risque, s'il est homme de bien,

D'être sauvé tout comme un autre.

Un mime à côté d'un apôtre,

Quel scandale! s'écria-t-on.

Saint Paul en face de Rosière!

Trial vis-à-vis de saint Pierre!

Et Notre-Dame Dugazon

Aux pieds d'un diacre ou d'un vicaire!

Le Paradis serait bouffon

Tant pis pour qui s'en scandalise; Allez au ciel par vos vertus, Et laissez clabauder l'église :

Oui , malgré Rome et ses abus, Vous êtes au rang des élus Quand le pauvre vous canonise.

Du reste, les Parisiens méritèrent, eux ausssi, d'élrc canonisés en masse. Jamais peut-être on ne vit une telle activité pour soulager les malheureux : toutes les classes aisées de la société y contribuèrent ; les artisans même rctranebèrent de leur journée de travail pour apporter à la masse commune.

Avant d'en venir à une coutume fort touchante, qui s'étahlit pendant au moins six mois, et qui tient plus que toute autre circonstance à ma liaison avec Mme de Sainte-Amaranllie, je dirai deux anecdotes que je certifie, et qui justifieront de réinulation générale. Voici la première :

Un jeune abbé sortait de notre représentation de Con'olan ; une fille l'aborde , et lui fait une proposition très aimable et toute dans l'esprit de son état. 11 double le pas; la belle insiste , et le happe par la manche :

— C'est insupportable ! laissez-moi donc enfin, dit-il. — Comment , monsieur, vous ne pouvez vous en défendre. Aujourd'hui, ajouta-t-clle en montrant notre affiche, c'est pour les pauvres.

Et ce qui étonnera en effet plus que le mot, qui est fort bien trouvé, c'est que ces malheureuses donnèrent pendant deux jours les trois quarts de leurs recettes; qu'elles se firent plus aimables, mieux parées, et crurent leur conscience engagée à faire tomber plus que jamais dans le péché leur genre de public.

Voici la deuxième anecdote :

Dans la Vieille rue du Temple on lisait, en vrai style ^inscription , sur renseigne d'un cabarclicr :

CHEZ POTREL,

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