VIN DE BOURGOGNE DE PREMIÈRE QUALITÉ
Les âmes charitables sont prévenues
Que les prix ne sont pas diminués;
Mais que sur chaque demi-septier de consommation
Il sera prélevé un dixième,
Dont Messieurs les amateurs
Feront eux-mêmes l'offrande clans un tronc destiné aux pauvres,
50i MÉMOIRES DE FLEURY.
Ce généreux appel fut entendu; il y eut queue chez le bon Potrel , et j'ai vu de mes yeux je ne sais combien d'ames charitables dont l'altitude circonflexe attestait tous 1rs dixièmes qu'ils avaient consacres à l'œuvre de miséricorde.
À Paris , tout acte général , tout élan de la foule a son côté poétique.
Il fallait voir les dames de la société ! cet hiver-là toutes devinrent de charmantes hirondelles de carême (1). Il y eut des toilettes de quête, toilettes charmantes, calculées de façon à convertir à l'aumône l'ame la pins endurcie. Dans les magasins, les marchandes de modes faisaient de l'évangile. La charité prit d'aimables livrées : des fontanges choisies la rendirent attrayante, des rubans aux couleurs du bien-aimé l'embellirent. Tous les cœurs étaient attendris; toutes les bourses se déliaient. Ce zèle si joli, cet appel paré de tant de grâces, celte excitation si douce, cette coquetterie si vertueuse , portèrent leur fruit. Pins d'une famille fut secourue, mais plus d'un amour heureux naquit de là. MM. les curés ne demandèrent pourtant pas la purification de ces aumônes !
Au milieu de ce monvement digne d'éloges, il y avait un tout petit coin û\\ tableau qui fut à peine remarqué, et qui pourtant méritait bien l'attention de l'observateur de mœurs : peut-être n'a-t-il lixé la mienne que par ses résultats.
Les jeunes filles de plusieurs quartiers demi-nobles, demi-bourgeois, firent entre elles une espèce d'association de bienfaisance. Aussitôt qu'un rayon de soleil venait à paraître, vous aperceviez un jeune essaim en jupon ( enfans de neuf à dix ans , quelques-unes même allaient à quatorze ) , prendre sa volée de deux bouts de la rue , et s'abattre avec des cris de joie , vers une maison , marquée à l'avance par la riante troupe. Assez souvcnl la porte co-
(I) Institution de religieuses demandant l'aumône dans les maisons. On les choisissait jolies.