‹ Mémoires de Fleury de la Comédie-Française (volume 2)Chapitre 67 sur 275 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

taire); écartée du gros des chasseurs, elle se mit en devoir de tirer une corneille, niais embarrassée et accrochée à des broussailles elle ne put suivre l'oiseau, qui s'envola dans 1rs airs :« Vous comptiez prendre Corneille, lui dit son ingénieux Méléagre en Rapprochant, vous avez pris Racine. » Depuis lors, et pour me servir du langage du marquis, Mlle Raucourt se releva de sa chute par un faux pas.

Monvel. — Bon! quand on est tombé dans un équipage...

Un convive. — Avec une dot de quarante mille francs pour payer ce qu'on appelle les dettes de famille , c'est-àdire assurer l'émancipation de la jeune personne; six mille francs de rente viagère, et enfin mille cinq cents francs par mois pour l'entretien de la maison.

Laharpe. — C'est fort honnête en vérité. Nous connaissons maintenant le tarif des amitiés les plus célèbres.

Mme Benoit. — Un second début de Mlle Raucourt est encore plus solide que le premier.

Fleury (pour eux je devais avoir l'air bien bête). — Eh bien! j'aurais mieux aimé qu'elle s'en tînt au premier; on m'a dit qu'elle avait joué Didon admirablement.

Tout le monde , riant, — Didon! il l'entend bien ! Didon î... on voit que monsieur arrive de la province.

Lekain. — Mon ami, le début dont vous parlez ne compte pas; il s'agit d'une autre manière de début, d'un début dans la loge côté du roi, vis-à-vis de son souverain ; d'une représentation au bénéfice de Louis XV.

Mme Benoit. — Ne dites pas cela à ce jeune homme; on le scandaliserait.... hem!... hem!

Monvel, regardant Mme Benoit. — Aye! aye!

Lekain. — Quelle femme résiste à son roi?... Puis, dans sa position, elle a une excuse. MM. les gentilshommes de la chambre ne sont-ils pas les chefs du Théâire-Français? le roi if est-il pas le chef de MM. les gentilshommes?

jyime Benoit. — L'on doit moins alors blâmer cette chère enfant... hem !... de son peu de résistance, que la louer de son amour pour la discipline.

Monvel. — Et puis, comment résister à Mme Dubarry ; elle-même a arrange' l'affaire.

Fleury. — Fi !

Plusieurs voix. — Novice !

Le marquis de Villette. — Cette aventure royale n'a pas eu de suite, et le marquis de Bièvre règne seul et despotiquement, en vertu de son amour et de sa reute viagère ; aussi n'appelle-t-il plus la tragédienne que sa belle Amarante (à ma rente).

Lekain. — A la première infidélité , il l'appellera : ingrate Amarante (à ma rente).

Monvel, riant. — Ça se décline.

Mme Benoit. — Et pourtant elle est excusable. Quand les premières tentations viennent de si haut.

Laharpe. — Et partent de si bas! Cette Dubarry î... Oh! nous la ferons tomber!

Le marquis de Villette. — II y a du visir dans ce que vous dites. On voit bien , monsieur de Lnharpe , que vous êtes l'heureux client du lier exilé de Chanteloup (1).

Laharpe , se rengorgeant , comme s'il récitait son Varwick. — Je suis le client de l'héroïsme, du talent et de la vertu!

Lekain. — Allons, vous faites de M. de Choiseul un dieu en trois personnes.

Le marquis de Villette. — Mon cher Laharpe. avouez que le parti de l'opposition contre Mme Dubarry ne vaut pas mieux qu'elle.

Laharpe, embarrassé. — Je passe condamnation sur le gros de la troupe; mais convenez aussi qu'il est telle de ces dames....

Le marquis de Villette. — Comptons.

Laharpe. — Soit.

(î) M. de Choiseul était en exil â Chatiteîoup i par suite des iû* trïgues du duc d'Aiguillon et de M»1» Dubarry,

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