XIX. — CHAMP AGNEY ARRÊTÉ PAR LE PEUPLE DE BRUXELLES
L'avènement de l'archiduc Mathias , au lieu d'amoindrir l'autorité du prince d'Orange, fournit le moyen de l'augmenter outre mesure ; le peuple de Bruxelles demanda son maintien dans les fonctions de Ruwart et sa nomination de lieutenant général de l'archiduc; ce qui fut accordé par celui-ci et ratifié par les Etats. Les défiances que cette mesure éveilla furent bientôt justifiées par la proposition d'une paix de religion, autorisant l'exercice du culte protestant, partout oti cent familles le réclameraient. Cette motion souleva des débats orageux, au sein des Etats généraux, et suggéra l'idée d'opérer, à Bruxelles même, une réaction contre le prince et contre le protestantisme. Champagnej ouvrit son hôtel aux conciliabules des catholiques, et il n'y a pas lieu de s'en étonner, si l'on se rappelle ses idées religieuses ; si l'on songe aux rancunes que devait lui inspirer la conduite du prince d'Orange à son égard. Chez lui se réunissaient des nobles, des colonels de la bourgeoisie, des ecclésiastiques, des magistrats et d'autres; au nombre des premiers figurèrent les sieurs de Beersel, De Heze et de Bassigny. Le 16 août, ces
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seigneurs présentèrent au collège communal une requête tendant a à donner ordre sur le faict des « presclies, dont tout le monde se trouvoit si altéré' . » Le magistrat demanda à délibérer et promit sa réponse pour le lendemain. Les seigneurs revinrent le 17 à l'hôtel de ville; une discussion fort vive s'engagea, sans aboutir à une résolution ; ils se retiraient très-mécontents, lorsqu'ils se virent entourés, dans la petite salle, par des capitaines de sections (wycken), sortant de leur Conseil et très-irrités eux-mêmes contre l'auteur de la requête, qu'ils accusaient de vouloir provoquer à Bruxelles une Saint-Bartliélemi. Ils l'attribuaient non pas aux gentilshommes « belges, mais à ce trahistre de Champagni qui les « avoit corrompu... qui ne taschoit que massacre. » Un bourgeois vint déclarer que, se trouvant la veille, pour affaire particulière, à l'hôtel de Heze, il avait entendu Champagney , se promenant avec de Heze et Bassigny, leur dire : « Messieurs c'est as- « theure le temps de mettre le pied aux armes ; pour « quatre ou cinq cens (protestants) qu'il y a en ceste « ville, on aura bientost faict. » Aussitôt des bourgeois se rendirent à l'hôtel de Champagney, afin de
• Rapport du magistrat de Bruxelles du 23 août 1578, à l'archiduc sur les troubles survenus en cette ville et le saisissement de quelques seigneurs. — Mss. de la Bibliothèque de la chambre des représentants , intitulé : Recueil des pièces relatives aux États généraux pour les années 1576 a 1580, II, 181-190. — MM. Henné et Wauters, Histoire de Bruxelles, I, 491.
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vérifier l'exactitude du fait et de requérir « qu'il en « fût donné raison au magistrat. » Champagney les reçut « en grande colère et propos desdaigneulx et « à leur sortie les démentit et menaça , disant : Si « vous voulez procéder de ce mode là, je vous aurai a bien aultrement. » Ces propos, répandus dans le peuple, déjà prévenu contre Champagney, par les accusations des dix-lmit et d'autres, excitèrent sa colère; il couruti à sa demeure, enfonça les portes, le chercha partout et , ne le trouvant pas , se mit à piller et à saccager. Le magistrat survint, et comme le peuple menaçait d'attaquer les maisons voisines, sous prétexte de découvrir l'objet de sa fureur, une récompense de 300 florins fut promise à quiconque livrerait Champagney vivant. Il fut arrêté le lendemain vers dix heures du soir, avec de Glymes et Corneille Wellemans , greffier des Etats , auteur de la fameuse requête.
Le jour même étaient arrivés à Bruxelles, des députés gantois , demandant que Champagney leur fût remis, pour être confronté avec les autres prison.niers « et, par ce moyen, découvrir les meneurs des « entreprises advenues au mois d'octobre dernière- « ment passé, pour faire désunion entre les pro- « vinces, dont ils disoient le sieur de Champaignie « avoir esté autheur. »
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