C-es événements ont été étrangement défigurés par
" MM. Henné et Wauters, Histoire de Bruxelles, I, 498.
* « Le sieur de Champaigney, nonobstant ses inécéiens ser- <t vices fut au mois d'aoust prins prisonnier, avec les autres, « par le colonel de Timpel et pour estre mieulx gardé, ayant « esté accusé d'estre coulpable du faict, pour lequel les autres « seigneurs estoient prisonniers à Gand, il y fut amené près « des autres, par l'entremise de quelques bourgeois de Gand. » Van Meteren, 159.
LWMi NOTICE.
l'éditeur des Papiers d'État de Gowwelle; il fait arrêter Champagney par ordre de don Juan, alors que, depuis le mois de juin 1577, le prince n'avaitpas mis le pied à Bruxelles , où il lui eût été impossible d'exercer le moindre acte d'autorité. Il le fait ensuite retomber aux mains des insîirgés, et détenir par eux, on ne sait à quel titre.
Le parti protestant avait servi d'instrument au prince d'Orang-e ; aussi Champagney dit-il, dans le Mémoire souvent cité : « J'y fus spolié (à Anvers), « comme aussi ay-je esté à Bruxelles de nouveau, « quand j'y fus -pTmspar les hérétiques, pour ce que « j'empeschay leur progrès et procuray oster la ville « au prince d'Orange'. »
A son arrivée à Gand, le 19 août 1578, il fut détenu dans l'hôtel de Ryhove, puis transféré au Princen-hof et de là au Graeven Steen, où il se trouva réuni aux personnages cités plus haut, excepté d'Aerschot. Les excès de la faction gantoise avaient indisposé la noblesse du Hainaut et de l'Artois, au point d'amener la formation du parti des malcontents , séparé tout à la fois des Etats généraux et de l'Espagne ; Emmanuel de Lalaing, baron de Montigny, en était l'âme et le chef. Au mois d'octobre 1578, ce seigneur offrit de se rallier à l'archiduc Mathias, à condition que « les Gantois fussent réduitz à son
' Mss. Bibliothèque royale, n» 12,962.
NOTICE
« obéissance et remissent en ses mains tous pri- « sonniers, pour ordonner selon que seroit trouvé a convenir en droict et raison. » Le 2 décembre, il désigna nominalement ces prisonniers, (Champagney était du nombre) et demanda leur envoi à Anvers; mais l'accord proposé ne put être conclu'. Ce fut en vain qu'à la môme époque, la Reine d'Angleterre et le comte de Leicester intercédèrent auprès du magistrat de Gand, du duc Jean Casimir et des États généraux, pour que ces prisonniers fussent admis à se justifier, devant des juges compétents*. Au mois de janvier 1579, une convention avec les Gantois, les mit à la disposition de l'archiduc Mathias et du prince d'Orange; ils devaient être transférés à Cologne et dans le pays de Clèves, où ils seraient tenus sous bonne garde, en attendant l'issue de leur procès; mais, quand il s'agit d'exécuter le traité, la populace de Gand, ameutée devant le Princen-hof, s'opposa à leur départ. Quelques jours après, on parvint à les faire sortir, de grand matin, et à les diriger sur Termonde ; mais Ryhove , gouverneur de la ville, les retint au mépris de la convention et les fit reconduire à Gand.
Dans la nuit du 15 au 16 juin 1579, les prison-
• M. Diegerick, Lettres inédites d'Emmanuel de Lalaing. Bulletins de la commission royale d'histoire, 2' série, IX, 346, 353, 362.
* Documents historiques inédits. Lettre du 30 décembre 1578, I, 75 et suiv. ^
Lxxxiv NOTICE.
niers parvinrent à s'évader du Princen-hof. Ils avaient pu traverser les fossés; mais, n'ayant pas trouvé les moyens de transport qu'on leur avait promis , ils furent forcés de continuer leur route à pied. Ils cheminaient lentement, retardés par les infirmités et le grand âge de plusieurs d'entre eux , quand ils rencontrèrent un bouclier, à qui leur contenance abattue inspira des soupçons ; cet homme s'empressa d'avertir le magistrat ; on se mit à la poursuite des fugitifs, et avant la fin de la journée, ils étaient repris, excepté les sieurs d'Erpe et de Rassenghien, assez heureux pour s'échapper'. Ramenés en prison, ils virent aggraver les rigueurs et les souffrances de leur captivité : « où je fus, dit Champagney, six ans « et un mois, tous les jours au hasard de ma vie*. » Voici en quels termes il dépeint les mauvais traitements, dont il était l'objet de la part des bourgeois préposés à sa garde : « Changeant à chaque heure « sentinelle de bourgeois en ma chambre, il n'en « vint pas un l'après disner, qui ne fût ivre, comme « estoientles officiers et un quidam, qui y voulant « aussy entrer sans ordre , vint à paroles avec ledit
« gentilhomme, Geste nuyct je n'ay quasi
« heure reposé , pour les entrées et sorties, et ce « matin , ils ont esté à cinc ou six cacqtans, tant des
• MM. Kervyn et Diegerick, Documents historiques inédits, I, 18.
2 Mss. n» 1,962.
NOTICE. 'ïxiv
1 uns que des autres , tellement que je suis logé en « un corps de guarde ' . »
A ces tourments et à ces souffrances se joignait une profonde misère*, résultat du séquestre mis sur ses biens et attestée par cette lettre du 15 décembre 1578 : « JTavois presque oublié de vous « mander l'extresme pauvreté où se retrouve à pré- « sent le sieur de Champagney, comme appert au « susdit amy (de Lille), par toutes les lettres que « ledit sieur escrit bien souvent, au maistre des « comptes Appeltain (d'Appeltere), qui fut autre- « fois son secrétaire et de qui seul il est à présent « alimenté et sustenté». »
Grâce à l'intercession des États généraux, des membres de Flandre eux-mêmes et de plusieurs corporations municipales et provinciales, le duc d'Aerscbot avait été rendu à la liberté, le 10 novembre 1577, à condition de résigner la charge de gouverneur de Flandre, et sous la promesse d'oublier le passé. Il semble avoir conçu, dès lors, le projet de se réconcilier avec le Roi , tout en ménageant les patriotes ; aussi n'abandonna-t-il pas seulement Cbam-
' Documents inédits, II, 146.
* « Je fus retenu prisonnier... pendant quoy on me contu- « mace icy (eu Bourgogne), et mect Ion mon bien soubs la main» « du Roy, sans m'en avoir jusques ores , restitué les levées... » Lettre de Champagney à Damant, 10 septembre 1593. Mss. de la Bibliothèque royale, n» 12,962.
» Archives du royaume, Réconciliation des provinces wallonnes, II, 160.
txxwi NOTICE.
pagney à sou malheureux sort, mais, à en croire les bons bourgeois de Bruxelles , « il déclara sa conduite « mauvaise et protesta de ne vouloir se mêler de « son faict. » Son fils, Charles de Croy, prince de Chimay, écrit, il est vrai, dans ses Mémoires, qu'il refusa de remettre Champagney entre les mains de Ryliove , qui l'aurait envoyé en Zélande ; là se bornèrent, paraît-il , ses bons offices pour l'ami de son père'.
Quant à donner des juges à Champagney, personne n'y songeait; lorsque, au mois d'octobre 1579, il demanda son élargissement à l'archiduc Mathias, le magistrat de Bruxelles , consulté sur sa requête , répondit qu'il ignorait les motifs de son arrestation, ce qu'il expliquait hypocritement par le renouvellement annuel de sa composition. Il ajoutait qu'il ne s'opposait pas à sa mise en liberté et s'en rapportait à la décision de Son Altesse, c'est-à-dire, du prince d'Orange, alors tout-puissante Après l'avoir arrêté, afin de le mettre hors d'état de nuire aux desseins du prince, on le gardait, comme un otage propre à être échangé avec quelque prisonnier de marque*. Dès le
• Bulletins de la commission royale d'histoire, l" série, XI, 144. — Documents inédits, II, 89.
2 Documents inédits, I, 445.
s « Quant au faict de Champaigni, je sçay trop bien la grande « envie qu'ils ont de le retirer, et combien que je désireroy bien « qui! nous puissions avoir vostre frère, toutefois vous savez la « grande inégalité qu'il y a. » Lettre du prince d'Orange à Josse Borluut, 12 décembre 1580. 1. c, 203.