AU LECTEUR
La malice a telle vogue en ceste misérable saison, et la vertu est si fort persécutée, qu'il semble proprement que la vertu se soit transformée en vice et que le vice soit devenu vertu : tant est avancé ce que debvroit estre rejette, et reculé ce que debvroit estre avancé. Et pour comble d'abomination, les faits mémorables sont non seulement supprimez par envie, mais les bénéfices poursuivis d'ingratitude. Voire, (que plus est) comme ceste tasche est trop remarcquable , ceux qui en sont souillez, ne pouvans laisser de la recognoistre encores en euxmesmes, et de pure honte la cuidans desguiser et couvrir, ne se voulnns néantmoins démesler de leur mauvaise inclination, tombent en un bourbier plus
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infâme et vitupéraLle, s'addonnans à calomnier par mensonges ce qu'ils ne peuvent souffrir soit aucunement loué. Rendans par là tant plus évidente leur lascbeté. Mesmes ne leur semble pouvoir rencontrer plus grand thrésor, que s'ils descouvrent quelque désastre, ou bien en unfauxbon que la fortune aveugle fait aux vertueux, s'opiniastrant contre leur bonne conduite. Jugeans, en vrays escervelez, non des intentions et des debvoirs, mais des traverses qu'elle donne. Comme si en une tempeste, hors de tout moyen, l'on condamnoit le sçavoir et bon vouloir d'un pilote, pource qu'il u'auroit sceu conduire une nef à bon port, outrée des vagues, sans timon, cordes et voiles : ou un bon médecin de ce qu'il n'eut sceu guérir un patient auquel on n'auroit subministré chose aucune de celles que salutairement le docteur auroit conseillé. Pour cela les gens de bien, afin qu'on ne les tienne participans en ceste détestable profession, doibvent aider la modestie de ceux qui pour non chercher leur propre gloire, et se contentans de proufSter à la chose publicque, sont quelquefois en autre opinion vers le peuple qu'ils ne méritent : lequel ne sçait pas mieus que ce qu'il oit de ceux (plus souvent que d'autres) qui sont autant soigneux à defrauder autruy de l'honneur que luy appertient, que peu curieux d'en acquérir pour eux mesmes légitimement. Dont il se parle mal à propos des personnages que l'on debvroit chérir et couronner, lesquels s'oublians eux-mesmes (comme dit est) soingnent sans plus du bien, repos, et liberté générale, en vrays pères de la patrie, ne se soucians d'ouïr mal mais qu'ils treuvent occasion de bien faire. Et tels
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et semblnLlos on ne les sçauroit jamais assez exhausser ni rémunérer.
Ceci a esté cause que si bien je ne me sens suffisant pour sçavoir satisfaire à tel mérite, que toutesfois à faute d'autre, je ne m'ay sceu contenir de prendre la plume en main pour l'un des hommes du monde qui plus a mérité des Païs-Bas en Flandres et de son Roy : plus sincèrement, droictement, et avec moins d'ambition s'est employé pour tous deux. Car ayant esté appelle messire Frédéricq Perrenot et de Granvelle, Chevalier, Baron de Renaix, sieur de Champaigney, pour gouverner la ville d'Anvers' l'an 1571, du propre mouvement du Roy Catholique des Espaignes don Philippe, estant retiré en sa maison, non à une vie oiseuse (après s'estre employé en diverses guerres et voyages soubs l'Empereur Charles V""' et le susdit Roy son fils), mais délibéré de ne servir à aucune ambition, il se treuva contraint, pour faire debvoir d'obéissant et fidèle vassal, à venir es Païs-Bas, et d'accepter celle charge. En laquelle il s'employa, suivant ce que son Prince souverain luy commanda. De sorte toutesfois qu'il n'y a personne qui sceut dire que oncques il aye cherché autre chose que équité, et le prouffit de la ville, et de chaque particulier d'icelle, avec grande
* Le gouvernement de la ville d'Anvers était une création nouvelle. Il avait été d'abord confié au comte Pierre Ernest de Mansfelt, qui en fut déchargé, le 26 septembre 1567, par une lettre flatteuse de la duchesse de Parme. En 1570, ce gouvernement fut donné, avec le titre de comte de Cantecroix et siège au conseil d'État, h Thomas Perrenot, sieur de Chantonnay, que sa santé empêchait d'aller à Madrid, remplir sa charge de maître d'hôtel du Roi. M. Gachard, Correspondance de Philippe II, 11,138, 171,649.
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despense de son propre patrimoine : ayant tousjours soustenu les naturels des Pays-Bas contre toutes calomnies et oppressions, tant qu'en luy a esté, non seul là, mais par tout où on l'a entremis : sans avoir prétendu de gré, assistence, ni faveur d'eux , sinon de bien faire à cliacqu'un avec raison ; mesprisant tout le surplus, pour la maintenir. Cela en premier lieu luy rendit capitaux ennemis les Espaignols, qui taschoyent d'opprimer injustement lesdits pays et leurs liabitans : au lieu que lesdits Espaig'nols paravant estoyent les meilleurs amis que ledit sieur de Champaigney eut. Mais leur gouvernement le desgouta si fort, pour leur injustice et tyrannie, que appercevant ce mal sans remède et que principalement ils en vouloyent à la ville d'Anvers (comme la plus opulente), il ne fut oncques deux ans audit Anvers sans poursuivre que son Roy le licenciât de cette charge : l'ayant adverti des désordres qui passoyent. Ce qu'il ne sceut obtenir, quelque instance qu'il aye fait lors et continuellement depuis.
Ains fut encores forcé du grand Commandeur de Castille, Lieutenant, Gouverneur, et Capitaine général desdits Pays-Bas pour ledit Roy catholicque, de rentrer en Anvers, après que les Espaiguols en sortirent, qui s'estoyent amutinez venaus de la bataille de Mouwyck'. Protestant ledit grand Commandeur contre luy, qui vouloit laisser cette entre-
' Le 14 avril 1574, l'armée royale rencontra dans une immense plaine, nommée la bruyère de Mook, (en flamand Mookerheyde ou Mookerheye) les comtes Louis et Henri de Nassau, à la tête de 10,000 Allemands, qu'ils amenaient au secours du prince d'Orange, et les défit complètement ; les comtes restèrent au nombre des morts.
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mise, de laquelle il ne le pouvoit descliarger, (car il l'avoit du Roy), sans ordre exprès de Sa Majesté, qu'il manqueroit à l'heure qu'il y pouvoit faire plus de service à son prince souverain, s'il s'en retiroit, abandonnant son gouvernement pour une passion, sans autre raison ; puisque luy, qui avoit la charge de tous les Pays-Bas en général et particulier, s'estoit trouvé en Anvers quand lesdits amutinez y entrèrent , et que partant (cessant là pour lors l'authorité dudit sieur de Champaigney), si quelqu'un avoit receu injure de cest outrage , s'estoit luy mesme le grand Commandeur, qui pour le service de Sa Majesté la portoit patiemment. Parainsi, d'autant que plusieurs ignorent comme celle entrée des amutinez en Anvers advint, dont tels y a qui en parlent assez témérairement, ayant recouvert, par quelque bon moyen, ce que le sieur de Champaigney en escrivit audit Roy son maistre h la pure vérité, je m'ay résolu de le mettre en lumière, afin que chacq'un sçache ce que passa en ce fait. Y ayant adjousté aucunes choses, pour plus d'esclaircissement, qu'il avoit délaissé par trop de modestie. Car j'en puis faire foy, comme celluy qui a -veu et assisté tout ce démené. Avec ce que je suis parvenu à une copie du journal dudit sieur de Champaigney. Ores qu'il ' n'ait oncques voulu faire part qu'à trois personnes de ce qu'il en avoit noté, pour non faire honte au grand Commandeur, respectant la charge et le lieu de Gouverneur général, que le Roy catholicque lui avoit donné, s'estant contenté d'avoir satisfait
' Quoiqu'il.
Sa Majesté, qui ressentit extrêmement ce désordre. Et nonobstant que ledit sieur de Champaigney fut grandement picqué, à cause qu'il creut fermement que le grand Commandeur estoit venu en Anvers, pour y faire entrer lesdits amutinez, et les faire payer illecques , si se contenta-il (la mémoire de ce tort postposée , espérant servir au bien publicq), d'aller, à la réquisition dudit grand Commandeur, à Utrecht, à diverses charges qu'il luy donna, attendant que cependant ledit grand Commandeur luy feroit avoir son congé dudit Roy, pour se pouvoir retirer en sa maison, comme il luy avoit promis.
Ainsi estant allé treuver don Fernando de Lannoy, conte de la Roche', Gouverneur d'Artois, son beau-frère, audit Utrecht, qui lors gouvernoit illecques et en Hollande , signamment pour chercher d'appointer les troubles des pays, et procurer en iceux quelque bonne paix , il fit de grands debvoirs , à cest
• Ferdinand de Lannoy, né en 1520 au château de Steen- Ockerzeel, était le troisième fils de Charles de Lannoy, seigneur de Senzeilles, prince de Sulmone, vice-roi de Naples, et de Françoise de Montbel ; il avait épousé l'héritière du comté de la Roche, en Bourgogne, fille de Jean de la Palu-Varembon et de Claudia de Rye; devenu veuf, il se remaria, le 5 janvier 1561 , avec Marguerite Perrenot, veuve elle-même d'Antoine de L'Aubépin, seigneur de Lisle. Il était bailli d'Amont et gouverneur de Gray, lorsqu'il fut appelé au gouvernement de l'Artois ; il succéda, dans le gouvernement de la Hollande, à Philippe de Saintc-Aldegonde, seigneur de Noircarmes, mort des suites de blessures reçues au siège de Haarlem (janvier et mars 1574). Il quitta Utrecht, où il fut remplacé par le baron de Hierges, au mois de mars 1575. Loys Gollut, Bépuhlùpie séquanoise , 213 et 1640. — Mss. de la bibliothèque royale, n" 15888, f»' 19, 21. — Correspondance de Philippe II, 111, 6.
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effect emiiioyant Pliilippc de Marnix, siciir de Sainte Aldegonde, qui estoit prisonnier, audit Utreclit ' , suivant la permission qu'il en avoit eu du grand Commandeur. Lesquels n'ayans esté poursuivis comme ils meritoyent, ains interrompus, pour l'espoir que les Espaignols eurent de prendre par force, et saccager la ville de Leyden, toutesfois encores servirent-ils depuis , et furent le fondement sur lequel s'assemblèrent à Breda les députez tant du susdit grand Commandeur que du Prince d'Oranges, et ceux de Hollande et Zélande. Par où. l'on eut peu venir h accord, si les Espaignols n'eussent plus désiré de continuer les guerres auxdits Pays-Bas, pour leur prouffit particulier*.
Cela failli, le sieur de Champaigney fut envoyé en Angleterre, laquelle commission il entreprint, à grand hasard, voyant la nécessité en laquelle les Pays-Bas se treuvoyent. Où par son travail et sa bonne industrie il induit la Royne illecques non seul à continuer toute amitié envers iceux pays, mais à offres de singuliers moyens, avec lesquels on eut
• Philippe do Marnix avait été fait prisonnier à Maasland, le 4 novembre 1573, il recouvra sa liberté le 15 octobre 1574. M. Groen van Prinsterer, IV, 226, 231, 238. — Correspondance de Philippe II, U, 428.
* Dans une lettre adressée, le 21 juillet 1574 , h Philippe do Marnix, Champagney assigne encore d'autres causes à l'insuccès des négociations : il n'est pas satisfait de l'écrit des États de Hollande et de Zélande rapporté par le siour de la Rivière et l'avocat Treslong; il ne peut admettre le titre pris par les États, ni les causes de séparation des autres provinces alléguées par eux, m enfin les moyens d'accommodement qu'ils proposent. Correspondance de Gnillaume le Taciturne, 111 , 401. Mss. n" 15,888.
peu îirrester une paix fort honorable pour le Roy d'Espaigne, et avantageuse h toutes parties. Ce que je puis affirmer, pour en avoir veu les chapitres, et tout son besoig-né. Qui mériteroyent d'être mis en lumière ' , car ores qu'il se fait de ceci quelque mention succincte au conte que ledit sieur de Champaigney a donné aux Estats généraux des Pays- Bas, touchant les diligences qu'il jSt pour conserver Anvers, l'an xV^ lxxvi dernièrement passé; (lequel j'ay aussi adjousté ici), s'est si sobrement, que on doibt regretter qu'il a tant fuy de dire à sa louange, ce qu'il pouvoit encores pour l'adresse des affaires publicques, quand bien il eut voulu fuir de servir à sa gloire. Mesmes j'ay eu grand peine à recouvrer le discours où il s'en parle, combien qu'il le fit publicquement devant lesdits Estats ; d'autant qu'il a tousjours tenu secret, le plus qu'il a peu, cela et autres siens escrits, pour le respect d'aucuns, lesquels il n'a peu tant excuser qu'il eut bien voulu ; neantmoins que (s'il faut dire vray), ils ne lui méritoyent pas ce soing tant courtois, estant Anvers tombée en si grand inconvénient par les désordres qui se verront en leur lieu. Et combien que ledit sieur de Champaigney a receu indicible perte aii sacq qui s'y fît et de plusieurs choses inestimables, curieusement et studieusement rassemblées : (car il estoit autant meublé et pourveu de toutes sortes, signamment de vasselles très riches, que eut sceu
• Le vœu de l'auteur vient de s'accomplir par la publication de la plupart des lettres de Champap-ney, relatives à cette négociation. Correspondance de Philippe II, III, 803 à 859. Nous nous proposons d'en publier nous-même quelques-unes.
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estre seig-ncur au pays), ou ne luy eu ouït oncques regretter chose aucune, sinon seul la calamité des bourgeois.
Depuis, sans prétendre du publicq aucune récompense, il l'a servi en tout ce qu'il a peu et les Estats ont voulu, taschant tousjours de s'employer pour le bien général, servant de plusieurs bons conseils. Lesquels pour n'avoir estez creus en temps et lieu, ont monstre par après, la grande faute qu'on a fait aux pays à non les avoir suivis. S'estant sans partialité tousjours monstre droiturier, mesmes depuis que le seigneur don Juan d'Austrice fut receu au gouvernement général des Pays-Bas", (nonobstant qu'il ne se voulust mettre en service soubs luy, ores qu'il luy présentât estats principaux* : doubtant tousjours de la maie foy, qu'il recognoissoit en plusieurs choses , et signamment aux familliers et conseilliers secrets de Son Altèze), il luy mit en avant, (ayant esté recherché par ledit seigneur don Juan), d'autant singuliers moyens pour le service et conservation de l'authorité du Roy, jointe à l'utilité publicque, que on sçauroit imaginer. Lesquels non seul ledit seigneur don Juan a délaissé, mais perverti à la destruction de l'un et de l'autre. Tant s'en faut que le sieur de Champaigney aye jamais eu ou pensée de luy nuire : comme mensongièrement on
• L'auteur fait allusion au traité sig-né entre don Juan et les États généraux et connu sous le nom A' Édiô perpétuel.
' Cette allégation est très-contestable; don Juan, entre autres preuves de la défiance que lui inspiraient Champagney et le comte de Lalaing, fit révoquer leur nomination de membres d'une députation envoyée au prince d'Orange en mai 1577. Correspondance de GtiiUanme Te Taciturne, 111, I.XI, 43L 159.
a mis en avant, pour excuser ledit seig-neur don Juan, euuneApolo<^ie imprimée à Luxembourg*', en response de la justification publiée par les Estats des Pays-Bas des causes qui les ont meu à prendre les armes contre ledit seigneur don Juan d'Austrice. En laquelle Apologie estans chargez le conte de Lalaing* et ledit sieur de Cliampaigney sur le dire secret d'aucuns sieurs et gentilshommes'; ores que
* Voici en quels termes on cliercliait à justifier don Juan de ce reproche :
« Les patriotes sont gens mal imprimez, ambitieux et pas- « sionnez outre mesure, de se plaindre du conseil duquel s'est V servyet se sert journellement Son Altèze, savoir : le seigneur « de Gonzague, cousin germain du duc de Mantoue, lequel est « fils de Ferdinand de Gonzague, qui a rendu de si grands ser- « vices aux Pays-Bas, sous le grand Empereur. Le comte de « Barlemont... le seigneur d'Assonville, le sieur Baptiste Taxis, « maistre d'hostel de Son Altèze et le sieur Delrio, conseiller du « privé conseil de S. M. » Apologie de don Juan d'Autriche, par Philippe Lefranc, Ardennois, 59. Il était naturel que ces personnages étrangers ou âmes damnées des Espagnols inspirassent peu de confiance aux patriotes.
* Philippe comte de Lalaing, sénéchal de Flandre , sire d'Escornaix, baron de Wavrin, grand bailli de Hainaut (20 mars 1574), capitaine d'une bande de quarante hommes d'armes des ordonnances, fut nommé lieutenant général de l'armée des États généraux, le 2 octobre 1576. 11 montrait alors une très- grande animosité contre les Espagnols; mais plus tard, il passa au parti des Malcontents et coopéra activement à la réconciliation des provinces wallonnes. Il mourut à Valenciennes , le 25 juin 1582. Archives de l'audience liasse 1117. — M. Groen van Prinsterer, V., 462. — Correspondance de Guillaiirae le Taciturne, 111 , 279. — Bulletins de la Commission royale d'histoire, 2^ série, YIII, 432.
* Ce n'est pas dans V Apologie, mais dans l'écrit publié à Lyon, chez Nicolas Guérin , en 1578, sous le titre de Discours véritable des choses passées es Pays-Bas, cité plus haut, que se trouve l'accusation formulée en ces termes contre Lalaing et Champagney : « Durant qnoy, par moyen de quelques estrangcrs et
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l'on tient cela estre controuvé, si est se que ledit sieur conte, et ledit baron de Renaix, sieur deCliampaig-ney, ont présenté requeste au sérénissime archiduc Matthias d'Austrice', qui gouverne à ceste heure les Pays-Bas, pour faire examiner ceux qui sont nommez en celle Apologie. Laquelle requeste j'ay adjoint en* ce livret, si l'on manquoit à publier les dépositions de ceux qui y sont nommez, affin qu'on sçache le tort qu'on fait entre autres audit sieur de Champaigney, en récompense des bons et loyaux services qu'il a tasclié de rendre audit seigneur don Juan, tout ainsi que au publicq, pendant qu'il y a eu quelque apparence en luy de bonne intention. Lequel ayant consenti aux Estats des Pays- Bas qu'ils expulsassent, voire de force, hors des villes €t des pays les Allemands*, s'ils ne s'accordoyent à ce qu'il leur avoit offert de la part desdits Estats à Malines, le terme expiré dans lequel ils le debvroyent accepter , et que si besoing fut il y assisteroit luy mesme, se treuvant ledit sieur de Champaigney
« selon l'advertonce que do ce donnèrent le marquis de Ha- « vrecli, et le sieur do Mondoucet, lors agent du Roy très clires- « tien, nommément par les sieurs de Bonnivetet Bellangerville, -« s'entendans avec le conte de Lalaing, le sieur de Champai- « gney et aulcuns autres des Estats (que donna à cog-nolstre « ledict marquis), se pratiqua audict Bruxelles, ù l'instigation <• dudict prince d'Oranges et ses complices, de saisir à Louvain '< la personne de Son Altèze. Auquel effect avoient reparty et « disposé aux environs de ladicte ville, quelque nombre de gens « de guerre qui debvoient perpétrer ce crime si détestable. » Voyez la lettre des États généraux à Guillaume le Taciturne, du 3 avril 15T7. Correspondance, 111, 285.
• Voyez ci-après le texte de cette requête.
* « Hormis les Allomans, tant que l'on ayt achevé de compter « avecq eulx. » Lettre des États généraux au prince d'Orange , IG. n février 1577. Correspondance, 111, 212.
avec son régiment, salarié des Estats, qu'il tenoit aussi par commission du conseil d'Estat pour le Roy', comme il se verra aux escrits suivants, ayant consulté les Marescliaux du camp, autorisez et ordonnez à ceci i^ar le seigneur don Juan, il a premièrement, suivant les permissions dites et offres de Son Altèze, fait chasser et mettre en route par ses gens, quatre compaignies de Cornélius Van Enden^ coronnel d'Allemans, qui venoyent avec leur coronnel pour se jetter derechef dans la ville d'Anvers. Ce que lors on pensoit se fît d'une malice particulière; comme les Allemans ne s'accordoyent aux offres qu'on leur fît à Malines et qu'ils venoyent pour piller autre fois Anvers, avec intelligence des compaignies du baron George Fransperg^ et Charles Foucre*; que l'on avoit fait demeurer en celle ville
• Les commissions délivrées par le conseil d'État, s'expédiaient au nom du Roi. Archives de l'audience, liasses 1116, 1117 et suiv.
2 Cornélius Van Enden, quoique Belge, commandait les compagnies non encore licenciées du régiment de Hannibal d'Altaemps.
« La gendarmerie de Champigny, laquelle estoit en Brabant, « vint en haste, pour couper le chemin à Corneille d'Enden, « qui, par charge de don Jean, venoit vers Anvers, ce qui se fît « par M. de Vers, son cousin qui alla au devant d'eux et les défit, « qui fut la première hostilité que les Estats démontrèrent à « don Jean. » Van ]\Ieteren, an" 1577, p. 137.
* Ce colonel était de la famille de George Freundsberg, seigneur de ;Mindelheim, Petersberg et Stertzingen, en Souabe, célèbre aventurier au service de Charles-Quint, mort en 1527 dans la marche de l'armée impériale sur Rome. Une médaille fut frappée en l'honneur du colonel Freund.sberg, à l'occasion du sac d'Auver.s, avec cotte légende : Gcorgius haro aFreumltsberg, dynasta in Mindelheim. Œtatis, 42; au revers : Perseverantia rerum virctrix. anno 1576.
'* Le nom de ce personnage, ortographié différemment, selon
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lors que le Duc d'ArscLot ' receut ledit chasteau et la ville des Espaiguols, néaiitmoins que lesdits AUemans se contentoyent , et demaudoyent de sortir; mais depuis on descouvrit des lettres du seigneur don Juan, lesquelles le corounel Charles Foucre laissa en Anvers, quand il s'enfuit avec le coronnel George Fransperg-, se voyans frustrez par ceste route de ce qu'ils attendoyent, avec le sieur Tourlon au moyen dudit Cornélius, que tout cela procédoit d'un complot fait entre les Allemans et ledit seigneur don Juan, pour saisir de nouveau le cliasteau d'estrangiers et en emplir la ville. Comme les Estats l'ont déduit à la vérité bien au long par leur justification. A laquelle ils ont aussi adjousté les mesmes lettres, qui manifestent le tout^
la nationalité de celui qui l'écrit, est Fugger; il était de la famille des riches banquiers d'Aug'sbourg, facteurs du Roi d'Espagne, à Anvers. M. Groen van Prinsterer, 111, 436. — Correspondance de Philippe //, 11, 354, 406, 409.
' La ville et le château d'Anvers furent remis, par les Espagnols au duc d'Aerschot, avant le 22 mars 1577. Correspondance de Guillaume le Taciturne, 111, 269.
- Sous prétexte que les États généraux voulaient faire démolir la citadelle d'Anvers , don Juan se prétendait autorisé ù s'en emparer au mépris du traité de ^larche; il y envoya, à la place du prince de Chimay, fils du duc d'Arschot, Louis de Blois, seigneur de Trélon,qui n'avait pas prêté serment de fidélité aux États. La défaite des troupes de Yan Enden déconcerta les Allemands , restes dans la ville , ils prirent la fuite, abandonnant leurs chefs, contre lesquels, du reste, ils s'étaient révoltés quelques jours auparavant. Le 1«' août, le capitaine l'once de Noyelles, Seigneur de Bours, attaqua la compagnie commandée par Jacques de Marville, lieutenant de Trélon, la mit en fuite, arrêta celui-ci et le fit conduire à Bruxelles , où il fut enfermé à la Broodhuis. Voyez sur les causes et les détails de la délivrance d'Anvers, Bor. — Ilooft, — Notice historiqtie sur les
Et s'estant retiré le coronnel Foucre à Bergues sur le Zoom, où il mit encores une compaignie, qu'il avoit eu en Anvers, contre l'ordre donné à Malines par le seigneur don Juan, du moins celluy qu'il déclaira aux Estats, se joingnant à deux autres enseignes qu'il avoit auparavant audit Bergues et faisant conte de se faire payer par ladite ville de ce que luy estoit deu, le sieur de Champaigney l'alla assiéger à la chaude avec cincq de ses compaignies et cincquanteliarcquebousiers à cheval de sa charge ' , outre autres cincquante du duc d'Arschot, qui y furent menez par Monsieur de Heze. Avec quoy ledit sieur de Champaigney fit de sorte qu'il mit hors celle ville, la compaignie qui avoit esté au sacq d'Anvers. Et ores qu'elle debvoit estre dévalisée des armes, par accord, ayant esté audit sacq d'Anvers , pour infamie des soldats, auxquels on pardonneroit la vie de grâce spéciale, le sieur de Champaigney les • leur fit rendre, .pour le respect de la nation, se contentant d'une quittance qu'ils firent de tout ce qu'ils avoyent servi aux Pays-Bas, et d'envoyer à Bruxelles leur coronnel Charles Foucre prisonnier * , qui les
monnaies ohsidionales frai^oées ciBreda -pendant le siège de 1571, par M. Prosper Cuypers van Velthoven, (Bruxelles 1849) ; — Mss. Bibliothèque royale , n» 15886, f" 43. — Archives de l'audience liasse 1118. — Chambre des comptes , n°2ô, 547, î" 181. —Discours véritable , 15.
• « Le sieur de Champigney, avec cinq compagnies d'infan- « terie et cent chevauls print le chasteau de Wouwe , près de « Berghes et assiégea la ville de Berghes sur le Zoom... » Van Meteren, f" 138. Des lettres patentes du 2 avril 1574, avaient autorisé le sieur de Champagney à prendre 100 payes sur les cinq enseignes de son régiment wallon, pour faii'e cinquante arquebusiers à cheval. Archives de l'audience, liasse 1116.
2 Le rapport de Jean Raispelt, agent du duc de Bavière, AI-
lI5'77j de champagney. !7
avoit abusé, pour en faire justice, si les Estats vouloyent suivre le vir article de l'Edit perpétuel de paix', contracté par le seigneur don Juan au nom du Eoy catholicque, publié à Bruxelles le xvij*" de febvrier le mesme an xV lxxvii, présens les ambassadeurs de l'Empereur, qui en furent moyenneurs". Et avec les deux autres compaignies, qui n'avoyent bougé de Bergues, ledit sieur de Champaigney accorda à termes de ce que le Roy leur restoit redevable, que les Estats acceptèrent de payer.
bert le Magrnanime, donne h. ce sujet des détails intéressants :
« Champafrney et de Hezc sont les plus grands ennemis du " comte Fug'g'er ; ce sont eux qui lont arrêté et de Champa- « gney lui auroit enfoncé l'épée dans le cœur, si de Heze ne " l'en avoit pas empi^clié. Il est à présent à Bruxelles, dans le « Broodhuj-s, enfermé dans une chambre . sous la garde d'un '■ détachement d'hommes armés. Toutefois, il n'est pas gavotte (' et il a près de lui son valet de chambre, qui continue de le << servir. Quelques membres des États m'ont dit que l'on procé- « doit criminellement contre le comte, et plus tard, ils ont " ajouté que Ion n agiroit contre lui que conformément aux « règles de la justice. Fugger n'a que des ennemis en ce pays ; )' on l'accuse d'avoir été le moteur principal de tout le mal que <' les Espagnols firent, ceux-ci n'aj'ant agi que d'après ses con- " seils. Fugger est encore accusé d'avoir pillé l'hôtel de Cham- » pagney et d'avoir paru a Anvers, à la promenade, monté sur « le cheval de ce seigneur, c'est pour cela que celui-ci lui en « veut tant. » Trésor national, 11, 117, extrait de la secrétairerie d'État allemande, par le docteur Corremans.
La détention de Fugger, dura, paraît-il, jusqu'au mois d'avril 1579, et son élargissement imputé au prince d'Orange, causa un vif mécontentement. Lettre du prince au sieur Yan Dorp, 8 avril 1579, Correspondance, IV, 145.
• Ce traité fut signé le 12 février 1577.
2 Médiateurs. Cette médiation n'était pas désintéressée ; on lit dans les comptes du trésorier des guerres, pour l'année 1577 : « Payemens aux ambassadeurs de l'Empereur et du duc de Ju- « liers, 300,000 livres d'Artois, pour obtenir la sortie des Espai- « gïiolz. nArch. génér. Chambre des Comptes, noSS, 547, f" 310.
• Celle ville délivrée, tost après il fît le mesme de celle de Steenbergue', qui estoit tenue d'une autre compaignie dudit Foucre.
Après il passa à la ville et isle de la Tole^ , qui avoit de garnison la grande compaignie d'Allemans de laquelle Montesdoca^ espaiguol avoit esté Capitaine. Oîi le conte de Holienloe'* survint, avec les gens du Prince d'Oranges, pource que celle isle est du gouvernement de Zélande, S'estant auparavant aventuré le sieur de Cliampaigney avec si peu de gens entre onse compaignies d'Allemans, qui s'eussent peu assembler en un jour sur luy, car outre les susdites, qui se pouvoyent joindre en deux heures, estans plus le double que les gens ammenez là par le sieur de Champaigney, il y avoit six compaignies à Breda de Fransperg, dont les trois l'avoyent suivi d'Anvers, quand il se vint unir à autres tant qui estoyent paravant en garnison audit Breda\ Et brief comme le sieur de Champaigney se fut mis sur Bergues le ix" d'aoust du susdit an, le xix du mesme mois il acheva avec lesdites trois villes. Ce qu'il eut exploitté en peu de jours consécutivement es autres villes que les Allemans tenoyent encores, si on l'eut laissé passer outre et assembler tout son régiment. Mais ayant esté rappelle ^ et envoyez autres à Bolduc
* Steenbergen, place fortifiée au nord de Berg-op-Zoom.
* Tholen, place forte de la Zélande.
^ Montedosca , capitaine espagnol , avait été gouverneur de Maestricht. Il signait tantôt de Montesdocca, tantôt Montedoca. Archives de l'audience, liasse 121.
* Le comte Wolfgang de Holienlohe, beau-frère du prince d'Orange et l'un de ses lieutenants.
* M. Cuypers Van Velthoven. Notice historique, 29.
8 Les régiments du duc d'Aerschot, du comte d'Egmontetdu
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etBreda, sans sentiment' aucun dudit sieur de Champaigney, qui a tousjours désiré que autres fissent mieux que luy, pour raffection qu'il a au publicq, oncores fut-il prié à la fin par les Estais d'aller vers ces deux villes pour traitter avec les Allemans qui y estoyent. Et s'estant premier addressé à Bolduc, où le conte de Holienloe tenoit assiégées quatre compaignies d'AUemans, le sieur de Champaigney en desfit la ville*, par traité le xxi de septembre, estant venu devant celle là le xii du mesme mois. Dont désanimez les gens de Fransperg , ils rendirent non guères après leur Coronnel et la ville de Breda, voyans qu'ils ne pouvoyent plus espérer aucuns secours'.
En toutes ces choses et plusieurs autres, ayant fait ledit sieurs de Champaigney si notables et avantageux services aux Pays-bas, il a assez monstre qu'il ne luy mancquoit cœur ni conduite et que s'il eut eu moyen, et que on l'eut secondé comme on debvoit, en ses advertissemens et advis, jamais la ville d'Anvers ni les pays mesmes ne fussent tombez en tant d'adversitez comme on aveu. Lesquelles debvoient estre imputées à ceux qui ont eu le commandement absolu et les forces, non à celluy qui n'a jamais voulu excéder d'obéissance où il la debvoit, ains l'accomplir partout. Car ce qu'on fit contre Cornélius Van Enden, fut encores suivant la déclaration du seigneur
sieur de Champagney, formant 30 enseignes, avaient été dirigés sur Gembloux. Avis du conseil de guerre et résolution des États généraux, du 31 août 1577, art. 10. Corresjwndance de GnillauMe le Taciturne, IV, 16.
• Sans mécontentement. "^ En délivra la ville.
» « Les soldats prinrent leur colonel Frunsberg et le sieur de
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don Juan et ce qu'il avoit ordonné et conclu à Malines , comme il a été reprius ci-dessus , et bien a temjDs, considéré ce que son Altèze a fait depuis. Laquelle, monstrant de se vouloir reconguoistre, et suivant la raison effectuer l'Edit perpétuel d'accord et ses promesses, escrivit à tous les AUemans, au mesme temps que le sieur de Champaigney les fît sortir des villes susdites, lettres qu'il adressa par le moyen des Estats, ordonnant à celle nation de quitter les places auxquelles ils estoyent ; combien que il ne fut besoing de s'en servir pour les susdites ; car il y estoit pourveu, et avec la plus grande douceur qu'il fut possible , néantmoins que les susdits Allemans n'avoyent laissé d'endommager les gens des Estats qui les allèrent sommer, sans user d'armes que avec extrême modération.
Mais ce que depuis est suivi à Ruremonde', fait
« Kinsick, prisonniers ; qu'ils attachèrent avec des chaînes à un « puits, sur le marché, où ils les laissèrent toute une nuict, « voulant qu'on en fist justice, pour les avoir abusés et avoir « traité si déloyaument avec eux... mais ils furent par compo- « sition depuis délivrés. » Yan Meteren, f» 138. — M. Cuypers « van Velthoven, Notice citée, 38 et suiv.
' « Et ce pendant (août 1577), les sieurs de Hierges et de Megem « allèrent s'assurer des places fortes de Marienbourg et Char- « lemont, dont ils estoient gouverneurs, engageant leur vasselle « pour contenter leurs soldats qui tindrent bon pour Son Altèze « jusquea à la fin; comme feit aussy le pays de Luxembourg, « et la ville de Rurmond, que tenoit le baron de Polwiller, avec « ses hauts-Allemands. » Mss. n» 15,888, f" 44.
Ruremonde devint le principal lieu de réunion des troupes allemandes ; ainsi le 1^'' septembre 1577, Paul de Zomere, reçutde don Juan, mission d'y conduire de Saint Yith et de Luxembourg, quatre compagnies de Corneille Van Enden et 700 hommes du régiment du feu comte d'Eberstein ; le 6 octobre sept compagnies du baron de Freundsberg furent dirigées sur la môme ville. Archives de l'audience., liasse 111$.
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assez coiignoistre que les lettres susdites du seigneur don Juan estoj^ent à deux ententes et pour amuser les Estats ' . Par où l'on a peu comprendre combien le sieur de Cliampaigney estoit venu à propos auxdits Estats. Comme certes il fut au seigneur don Juan, s'il eut suivi ses conseils justes et équitables. Car on ne l'a oncques sceu flescliir hors du droit chemin, ne s'ajant jamais voulu rendre à la tyrannie des Espaignols, ni aussi aux mauvais conseils de ceux qui ont esté contraires au Roy et aux bons debvoirs que luy sont deus, quoy que on luy aye sceu offrir, ou comme que on l'aye voulu allécher. Ains parlant tousjours franchement et librement partout où l'on a voulu son advis ; il remonstra fort constamment au duc d'Alve ce que causeroit l'exécution de l'imposition du x^ et xx" denier. Jusques là, que ayans veu casuelement ceux des Pays-bas, qui lors estoyent au conseil d'estat, par inadvertence des secrétaires dudit Duc, aucunes lettres du sieur de Champaigney , responsives en secret de sa main à son Excellence, sur ceste matière, estonnez des fondements et rondeur de celles-là, ils se condamnèrent eux-môrnes du peu qu'ils avoyent fait en ceci auparavant ^ Au Duc de Médina Celi% seigneur de très
'■.... Par lettres des xx« et xxi« de ce mois , envoyées vers « Brada, (Son Altèze) déclaire ne pouvoir secourir les Allemans « d'Lllecq que au bout de six sepmaines ou deux mois, et pour « lors il n'y aura faulte. » Points proposés par les États généraux au prince d'Orange, 24 août 1577. Correspondance, l'y, 15. Bentivoglio atteste aussi les efforts tentés par don Juan pour attirer les Allemands à son service. Lib. X.
* D. Anselme Bertliod, Anali/se des mémoires de M. de Champagney, W ., 12. — Lettre de Champagney au duc d'Albe, 18 décembre 1571. — Pap. d'État, Correspondance de Brabant, XI, 335.
* Don Juan de la Cerda, duc de Médina Celi, marquis de Co-
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vertueuse et juste intention, (qui le rechercha fort pour sa sincérité), il déclaira fidèlement plusieurs abus de la conduite publicque ' , espérant qu'un personnage de telle authorité, gravité, et bonté, auroit le crédit en Espaigne qu'il convenoit, selon le mauvais estât qu'avoyent pris les affaires du Roy catholicque aux Pays-Bas soubs le Duc d'Alve.
Depuis il dit ouvertement, au grand commandeur de Castille^, plusieurs fois, que Hieronymo de Roda' le circonvenoit ; lequel entra en crédit, à très grand préjudice de la république, quand les Espaignols amutinez estoyent en Anvers l'an xv' lxxiiii. Et es conseils d'estat et de guerre, sans plus regarder à l'Espaignol que au Flameng, ni au Flameng que à l'Espaignol, l'on sçait que le sieur de Champaigney a tousjours parlé pour la raison hors de toute passion et affection. Venu de Angleterre, lorsque le conseil
golludo , envoyé dans les Pays-Bas pour remplacer le duc d'Albe, avait en apparence, une mission de paix et de conciliation ; il s était rapproché du parti national modéré ; les affidés du duc d'Albe lui reprochaient sa liaison avec le duc d'Aerschot, ses conférences secrètes avec Beauvoir et Champagney. Après son retour en Espagne, le commandement de la fameuse armada lui fut confié. — Correspondance de Philippe II. — M. Groen van Prinsterer,IV,257, etc. — Simonde de Sismondi, Eist. des Français, XIV, an.
• Nous donnerons le texte de ce mémoire en appendice.
* Voyez la Notice sur Champagney.
" Hieronymo de Roda, licencié auditeur (juge) en la royale audience et chancellerie de Valladolid, fut envoyé par Philippe II dans les Pays-Bas, pour être employé aux offices que le duc d'Albe jugerait à propos de lui confier, avec un salaire de 2,000 écus par an. Leduc le nomma du conseil des troubles, avec voix délibérative près du conseil d'État ; Requesens lui accorda aussi sa confiance, et le chargea de présider provisoirement le même conseil des troubles : il proposa ensuite au Roi de
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d'Estat ^uuvernoit, après la mort du grand commandeur, j'ay ouï plusieurs fois, à ceux qui y entroyent, que si on eut suivi les mis en avant dudit sieur de Cbampaig-ney, jamais les pauvres Pa^-s-Bas ne fussent tombez en tant de calamitez, ni le Roy catLolicque en si grand désordre. Et il se voit assez par sa justification sur la dévastation d'Anvers. J'ay veu aussi plusieurs lettres siennes au susdit Roy, audit Duc de Médina, au Cardinal de Granvelle, frère dudit sieur de Champaigney, et plusieurs discours dressez par luy tant pour les Estats que autres seigneurs, lesquels à la mienne volonté, on eut imprimé, pour une vraye histoire de tout le temps que nous avons veu de tant d'afflictions. Et de ces advertissemens, qui estoyent singuliers pour restaurer et redresser la cliose publicque, on pourroit encores apprendre beaucoup, avec ce que on congnoistroit comme autres s'y sont comportez, et l'intégrité du zèle dont il a cbéri son Prince, et les Pays-Bas, pour lesquels Dieu sçait combien de fois il a proposé audit grand commandeur expédiens pour casser la multitude d'AUemans', qui a rongé le Roy catliolicque et tous les pays, sans autre service.
lo placer au conseil des finances. Il siégeait au conseil d'État, quand presque tous les membres de ce corps furent arrêtés, le 4 se])tembre 1576 ; on eut le tort de le laisser échapper ; il gixgna le château d'Anvers, où se disant le seul représentant du conseil d'État, il s'arrogeait lautorito d'un gouverneur général. Les lettres écrites au Roi et au secrétaire Çayas, par ce personnage et données à la fin de VAréfophile, le font suffîsauimcut connaître. Correspondance de Philippe II, II, 110, 41G, 452. 453, 455; — Correspondance de Guillamue le Taciturne, III, 172. — Archives de l'audience, liasse 121. Lettre du 14 octobre 1572. • L'armée remise, lo 18 décembre 1573, par le duc d'Albc à
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Et l'on a veu combien mal propres furent les levées nouvelles que ce mesme Gouverneur général fit tant de celle nation que de Suisses'. Car de l'un et de l'autre, il en a prins selon l'opinion dudit sieur de Cbampaig-nej^ qui le desconseilla tousjours. L'on sçait aussi qu'il soustint en conseil librement, que l'eniprinse des isles de Seliouwe ^ qu'estoit pleine de g-randes difficultez, ne seroit d'aucun avantage, ores que ou en vint à cbef % et qu'elle rebouteroit celles du costé de Hollande , lesquelles estoyent plus certaines et asseurées. Mais pensants les Espaignols, qui en estoyent promoteurs, emporter seuls l'bonneur de cest exploit téméraire, après y avoir esté plus heureux que sages, ils firent consommer là tout le moyen de la guerre, pour non se retirer honteusement du siège de la ville de Siriczée*. Et laissans à faute le surplus, enfin ils se sont treuvez bienloing du but qu'ils avoyent imaginé. Lequel a miné le Roy, leur maistre et ses affaires pour nourrir sur vains fondemens leur ambition et convoitise, pleine de mauvaise discipline, et pire exemple.
Requesens se composait de79 compagnies espagnoles, 7900 hommes ; 54 compagnies de Hauts Allemands, 16,200 liommes;. 32 compagnies de Bas Allemands, 9,600 hommes ; 104 compagnies wallonnes 20,800 homme», total 54,500 hommes; plus 3,000 hommes en garnison dans les places frontières , et 35 compagnies de cavalerie 4,780 hommes. Correspondance de Philippe II, \l ^Tl.
• Dès le 30 décembre 1573, Requesens , d'accord avec le conseil d'État, prit en tvartgelt 3,000 chevaux et fit mettre en ordre les bandes d'ordonnances. Correspondance deVMlippelI, 11,444.
2 Schouwen. * Si même elle réussissait.
♦ Zierikzée, ville principale de l'île de Schouwen, dont le siège, commencé au mois de septembre 1575, dura jusqu'au 2 juillet de l'année suivante.
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Ayans auparavant desja estez cause que le Turcfj; a eu moyen de prendre ailleurs à descouvert le Roy catholicque, au préjudice de toute la clirestienté, pour s'estre opiniastrez à vouloir tyranniser et rédiger en leur servitude les Pays-Bas, qu'ils ont forcé au désespoir que on a veu, après trop longue patience. Pour lequel il a fallu venir à un accord peu honorable aux Espaignols. Mais tel toutesfois que leur Roy et ses intentions saintes estoyeut en train d'un heureux succès , si depuis ils ne l'eussent violé, à la destruction de Sa Majesté et de ses subjects. Ce qui n'avantagera en rien la religion catholicque romaine.
Et pour cedit accord tous les Estats des Pays-Bas sçavent que après divers envoys et renvoys vers don Juan, le conseil d'Estat les vint requérir, nommément qu'on envoyât le sieur de Champaigney à Huy', pour accompaigner ledit conseil, qui s'alloit abboucher là, avec le seigneur don Juan. Et nonobstant divers refus qu'il fit, ceux de Brabant le naturalisèrent par un acte exprès % afin qu'il n'eut excuse, et fut député de la généralité. Auquel voyage il fit de sorte que ayant démasqué en présence du Révérendissime Evesque de Liège et autres ambassadeurs de l'Empereur, les ruses qui avoyent amusé ceux que les Estats avoyent envoyé auparavant vers don Juan, (dont les Espaignols furent fort faschez), peu de jours après le mesme don Juan procura que les dits Révérendissime de Liège et ambassadeurs vinssent vers les Estats à Bruxelles, où fut conclu
' Bibliothèque royale, Mss. n» 15888, f° 35. - Voyez la notice sur Champagney.
l'Edict perpétuel d'accord*. Duquel est résulté (pour non avoir suivi l'opinion dudit sieur de Cliampaigney), la trame des Allemans. Car il soustenoit tousjours la debte envers eux estre trop grande, pour en charger les Estats si facilement, déclarant les occasions que cela donneroit à divers inconvéniens que on a veu tost après.
Ce qui le rendit aussi odieus au seigneur don Juan, est qu'il sollicitoit, suivant le vu'' article du susdit Edict% que information fut prinse des crimes et désordres des gens de guerre, pour en donner satisfaction à la ville d'Anvers et évidence à tout le monde de la justice des Estats. Joint que suivant le v° et xV article du mesme Edict, traittant d'équité et raison avec les Coronnels Allemans et plusieurs de leurs compaignies, (ce que le sieur de Champaigney avoit fait adjouster au traitté exprès), non seul la plus grande part de la debte qu'ils prétendoyent, mais les personnes et honneurs de plusieurs eussent esté confisquez, trop plus justemment qu'on ne fit aux soldats du conte Albrich de Lodron, du temps du duc d'Alve^ Et par là ceste somme tant exces-
" L'édit perpétuel avait été signé à Marche-en-Faniernie, le 12 février 1577; il fut publié à Bruxelles, le 17, en présence du conseil d'État, des États et des ambassadeurs médiateurs du traité. MM. Henné et Wauters, Histoire de Bntxelles, 1, 450.
^ « Les Allemands sortiront incontinent que les Estats au- « ront faicl appoinctement et descompte avec eulx. » Mss. cité.
3 Les soldats d'Albéric de Lodron s'étant mutinés à Valenciennes, le duc dAlbe leur pardonna, mais ensuite il en fit pendre soixante à Anvers, et le reste fut dévalisé par son ordre; ce qui ne rempêcha pas décrire au Roi, le 19 octobre 1571 ' « les troupes licenciées ont reçu leur entier payement. » Correspondance de Philippe II, 11, 20r>, 111, 194.
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sive, qui montoit à plusieurs millions, eut esté amoindrie et pour le Roy et pour les Estats et les Allemans cliastiez, n'eussent esté une autre fois si faciles à estre subornez et séduits au dommage des Pays-Bas'.
Mais comme ce fait de droit inféroit par plus forte raison la condamnation des Espaignols, le seigneur don Juan faisant la sourde aureille fit tant qu'il endormit les Estats* : tellement qu'ils oublièrent le grand avantage et asseurance que leur eut apporté la justice tant pour ceste debte, leur réputation envers tout le monde, que pour toutes autres occasions au temps à venir. Depuis s'estant soubstrait le seigneur don Juan à Namur, et continuant en ses desseings, chasqu'un sçait (outre ce qu'est dit), avec quelle révérence envers le Roy, et les choses concernantes la religion, ledit sieur de Champaigney s'est déporté aux Estats. Et pource que aucuns ont treuvé estrange qu'il alla à Sainte Geertruydenbergue, envoyé avec autres, vers le Prince d'Oranges, pour l'appeller à l'assemblée desdits Estats généraux, j'ay joinct à ce livret l'instruction qu'ils portèrent, affin qu'on sache sur quelle intention principalement
• Dans les liquidations des soldes arriérées, on cherchait a porter en compte et à déduire des sommes dues aux troupes, les fournitures qui leur avaient été faites et les indemnités pour les exactions, pillages et mengcries dont elles s'étaient rendues coupables. C'est dans ce sens que sont rédigées les instructions données, le 13 juillet 1576, au comte de Mansfelt, par le conseil d'État, pour traiter du payement et du licenciement des soldats du baron de Polweiler. Archives de l'audience, liasse 1117.
* Voir à ce sujet : Apologie de don Juan, 206. — Lettres de don Juan aux États, 24: décembre 1576. Correspondance de Guillatoiie le Taciturne., 111, 175.
elle fut dressée'. Et combien qu'il n'arresta plus d'une nuict audit Sainte Geertruydenbergue, laissant là ses collègues, qui poursuivirent la négociation, (car sa principale charge estoit de passer à Bolduc et Breda), si fit-il de très grands offices, pour le peu de temps qu'il séjourna vers ledit Prince, suivant la résolution des Estats généraux, qui s'estoyent meus à ceci pour plusieurs causes fort pregnantes, en conformité de la pacification de Gand, et pour tascher de la maintenir, et ce que tant de fois on avoit promis au Roy catholicque ; veants une très dangereuse esmotion du peuple se préparer, de laquelle se sont ressentus depuis si terribles tourbillons que s'est miracle et faveur spéciale de la bonté divine de ce que ceste tempeste n'a accablé le totage. Laquelle elle veuille appaiser par sa miséricorde avant plus grand mal.
Comme si je vouloye particulièrement déduire tous les bons debvoirs que ledit sieur de Cliampaigney a fait pour le publicq, se seroit ne jamais achever, ceci suffise en brief, avec ce que l'on verra de& deux entrées queles Espaig-nols amutinez en divers temps, firent en Anvers, pendant que ledit sieur de Champaigney y a esté gouverneur. Car quelques malicieux et après ceux là, aucuns ignorans (suivant ce qu'est dit ci-dessus), n'en parlent comme ils doibvent, mais la faute cogneue de qui elle est, aussi sera en
• La députation envoyée par les États généraux à Geertruidenberg avait pour mission spéciale de traiter avec le prince d'Orange, du libre exercice de la religion catholique en Hollande et en Zélande, comme le prouvent l'instruction donnée aux députés et la réponse du prince.
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partie la grande obligation du Roy d'Espaigne et des Pays-bas envers ledit sieur de Champaigney. Et te souvienne, ami lecteur, que si bien les hommes s'oublient, celui qui est la mesme justice l'exige et la fait exactement un jour, soit tost ou tard, selon le secret de ses ordonnances. De ceci t'advertis-je, affin que tu ne devienne niche* à bien faire, voyant l'ingratitude d'autruy, et que toy mesme n'y tombe : estant ce crime le plus détestable qui se sçache devant Dieu et les hommes.
' Niche, nescius; « afin que tu ne refuses de bien faire. »