‹ Mémoires de Frédéric Perrenot, sieur de Champagney, 1573-1590; avec notice et annotationsChapitre 20 sur 37 · CH AM PAGN EY · texte numérisé non relu

CH AM PAGN EY

RECUEILS D'ARETOPHILE

P-ar quels moyens les gens de guerre espaignols ammenez es Pays las, far le duc d'Alve, s'estans mutinez en iceux diverses fois, entrèrent en Anvers, le xxvj d'afvril xV^ i.xxiiii, où ils commirent innumérablcs désordres, estant es dits pays Lieutenant Gouverneur et Capitaine général, pour le Roy calholicqne des Espaignes don Phili2)pe le second, le grand commandeur de Cas tille, don Louis de Requesens et de Çuniga. »

RECUEILS D'ARÉTOPIIILE

Par qvel moyen les Espaignolsamntinez entrèrent en Amers le xxvj d^apiûril 1574.

Le xjx d'apvril xv^ lxxiiii, un sergeant de bande' qui servoitau chasteau d'Anvers, homme de moyenne stature, d'une barbette rousse, tirant jà sur le gris, vint treuver messire Frédéricq Perrenot, baron de Renaix, sieur de Champaigney, gouverneur de celle ville pour Sa Majesté, disant estre envoyé vers luy par le lieutenant dudit chasteau , en absence du chastelain Sancho d'Avila, pour l'advertir que les Espaignols s'estans amutinez après la journée de Mouwyck* marchoyent droit vers la ville

• « L'enseigne d'infanterie se divisait en centuries, comman- « dées par des sergents de bande; en demi-centuries ou esca- << dres, commandées par des gentilshommes ou principaux sou- « darts. >• M. Henné , Histoire du règne de Charles-Quint en Belgique, 111, 49.

* La mutinerie avait éclaté avant la bataille de Mook : « Le << conte de la Roche lors gouverneur de l'Arthois, lequel esi< tant arrivé au mois de mars audit Utrecht, luy fut ordonné du 'I grand commandeur d'envoyer secours à M. de Hierges, en 0 Gueldres, contre le conte Loduwicq , ce qu'il feit le 22 dudit ■< mois 1574 : à savoir quelque bon nombre d'Espaignols et les " reytres de Schincq Tatemburch , sans autres cincq ou six " autres enseignes d'Espaignols amutinez qui avoient deschirez " les drappeaux et enchâssez leurs officiers , lesquels s'en allè- " rent aussy droit vers Gueldres et Niemeghem, à intention " daller chercher leur payement en Anvers, comme ils fei- '< rent par après. Mais en chemin vindrent si à poinct qu'ils ai- 1. dèrent h rompre la teste au conte Loduwic , prenant pour

d'Anvers avec intention de s'en emjDarer, et s'y faire payer de ce qu'ils prétendoyent leur estre deu, ou bien de celle de Gand, et que desjà ils estoyentprès de Bolduc; voire vouloyent dire aucuns par deçà faisans grandes journées. Sur quoy ledit sieur de Champaigney luy dit n'avoir double qu'ils sçeussent entrer en Anvers, si se n'estoit par la jointe', laquelle n'est serrée que d'un bien mauvais terrau, et peu fossoyé , plus de xiii'' pas de long , depuis qu'on desmolit les murailles de la ville et que on rasât le terraplain, lorsque le Duc d'Alve fit bastir ledit cliasteau ; toutesfois que avec l'assistence de celluy là (de laquelle il se tenoit asseuré), il espéroit bien la leur deffendre. Ledit sergeant respondit qu'il ne pensoit pas que la garnison du chasteau, laquelle estoit espaignole, s'en voulut empesclier, car il ne s'estoit aussi jamais veu que les soldats s'employassent l'un contre l'autre, de quelque nation qu'ils fussent, en semblable occasion, pour estre la cause commune , puisque ces amutinez demandoyent leur payements Aussi n'estim oit-il pas que les Wallons

« leur cliief le baron de Chevrau, lors sans charge et audit Nie- « megliem . . . lesquels tous ensemble se joindirent avec 'la « troupe qu amesna quant et soy d'Anvers, le chastelain Sancho « d'Avila. » Mss, n» 15,888, f" 19. — « Ces séditieux disent que dès « leur sortie de Harlem, ils résolurent de se mutiner, si on n ef- « fectuoit pas ce qu'on leur avoit promis ... La vérité est que « beaucoup de leurs officiers les ont excités. » Correspondance de Philippe n, 111,79.

* Digue ou levée en terre.

* Au lieu de concourir à la répression des mutineries, souvent les soldats de nations différentes se joignaient aux mutinés. Bentivoglio L, IX. — M. Gacbard, Anciennes assemblées nationales.

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ot Allemand que ledit sieur de Cliampnigney avoit en la ville, en fissent autrement. A quoy il luy fut répliqué que les officiers pouroient beaucoup en ceci, et que le sieur de Cliampaigney tenoit ceux du chasteau tant lionnorats' qu'ils feroyent faire à leurs g'cns tout ce que conviendroit pour le service de Sa Majesté. Quant aux Wallons qui estoyent sous sa charge, ils n'avoyent rien de commun en la cause desdits amutinez , pource qu'ils estoyent en leur première paye*, et qu'il les assisteroit encores de ses propres deniers, tellement qu'ils n'auroyent occasion de luy refuser ce qu'il leur commanderoit pour ledit service. Et avec les Allemans aussi il s'accommoderoit si bien qu'il n'avoit doubte de rien moyennant que le chasteau fit son debvoir, lequel estoit basti pour la tuition de la ville. Ledit sergeant insista, que les officiers au chasteau estoyent peu de personnes et que la multitude l'emporteroit. Voires asseura assez audit sieur de Champaigney (comme en confidence), que possible les soldats du chasteau. ne se contenteroyent pas de non vouloir empescher aux amutinez l'entrée, ains que, comme gens mal

' Honorati, honorés, respectés par leurs inférieurs. Cette sédition offrait cette circonstance particulière que les soldats gentilshommes ne s'étaient pas, comme d'ordinaire, séparés des mutinés; les capitaines, les alferez (enseignes) et les serg-enfs seuls les avaient abandonnés ; le grand commandeur était persuadé qu'ils voyaient avec plaisir la révolte de leurs soldats et même qu'ils l'avaient excitée, pour n'être pas obligés de rendre compte de leurs malversations. Lettres du 28 et du 30 avril 1571. Correspondance de Philippe II, 111, 55, 62, 65, 93.

* Ses patentes de colonel d'un régiment de cinq enseignes d'infanterie wallonne portaient la date du 22 février 1573, avant pâques, c'est-à-dire 1574. N. S.

contens des bonne pièce, il y avoit cncores à craindre qu'ils n'y aidassent.

2. De tout ce que dessus ledit sieur de Champaigney advisa au mesme instant, par un de ses gens qu'il envoya exprès par la poste, le grand commandeur de Castille, don Louis de Requesens et de Çuniga, Lieutenant, Gouverneur et Capitaine général pour le Roy en ses Pays-Bas, lequel estoit à Bruxelles , et que les Allemans de la garnison en Anvers n'estoyent de rien mieux satisfaits que les Espaignols , ni l'armée de mer qui estoit au port. Car on debvoit beaucoup à tous*. Aussi comme la ville estoit de grande estendue, qu'il avoit bien peu de gens pour furnir à tous les endroits requerans deffense, joint qu'il n avoit que un demi canon et deux pièces de fer fondu en toute la ville, qui estoient aux advenues de la rivière du costé des Oisterlings*, pour favoriser l'armée de mer, car l'artillerie que le duc d'Alve avoit ordonné pour la garde de la ville, le grand Commandeur l'avoit fait prendre pour esquipper les basteaux , avec promesse qu'il en feroit rendre en ce lieu de celle du chasteau.

3. Tout aussitost le mesme soir, il mit à la garde de ladite jointe les Wallons, qui n'estoyent que quatre compaignies, car la cincquiesme, par ordre du grand Commandeur, estoit allé faire escolte* à quel-

' Requesens écrivait au Roi le 30 décembre 1573, qu'il était dû approximativement, aux gens d'armes et h l'infanterie ordinaire, plus de 5,000,000 de florins ou 2,000,000 et demi d'écus ; plus de 3,500,000 écus aux autres corps de l'armée ; sans compter de grosses sommes dont on était redevable aux noirs Jiarnas ou cavaliers allemands. — Correspondance de Philippe II, 11,456.

* Quartier habité par les marchands des villes hanséatiques.

* Escorte.

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ques munitions que on envoyoit vers Hollande. Et rangea les Alleraans vers le quartier mieus muré et clos, tant pour la mauvaise g-arde que ceux là faisoyent, (dont plusieurs fois il avoit adverti la cour et les gouverneurs généraux), comme aussi pour autant que des quatre compaignies allemandes qui y estoyent des coronnels George Fransperg , et Charles Foucre, il se craingnoit* des deux qui estoyent à Fransperg, à cause qu'on luy avoit escrit de Hollande, que sept autres de ce régiment là s'estoyent amutinées. Prenant pour occasion avec lesdits Allemans, (lesquels avoyent fait garde commune avec les Wallons jusques lors), que pour la commodité de leurs corps de garde, qui estoyent au grand marché et vers les Oisterlings, il donnoit la garde de la jointe à ses gens, laquelle est plus proche à la Mère S où estoit celluy des Wallons, et près du logis dudit sieur deCharapaigney. Avec ce, qu'estant l'une de ses compaignies au convoy par le commandement de son Excellence, il désiroit que les autres quatre fussent jointes', affin qu'il les peut tenir de plus près, et rendre meilleur service.

4. Le lendemain il fit ouvrir seulement la porte impériale % qui estoit non gueres loing de son logis, par laquelle la ville s'accommodoit aisément de tous les endroits qui abbordent par terre. Et du costé de la rivière il en fit ouvrir seulement trois qui estoyent nécessaires. Aussi tost ledit sieur de Champaigney fit faire un édict que les bourgeoys n'eussent à loger

' Se défiait. ^ La place de Meir. * Réunies. * Keysers poort, par laquelle Charles-Quint fit son entrée à Anvers, en 1545.

aucun soldat espaignol qu'il ne fut malade, desquels ou luy feroit rapport, à titre qu'il vouloit satisfaire à une autre ordonnance publiée en la ville à la part du grand Commandeur, que tous ceux qui estoyent de service se retirassent à leurs enseignes. Et de mesmes fit commander fort estroitement aux portes, que sans son sceu, on ne permit l'entrée à aucun soldat de quelque nation qu'il fut. D'autant qu'il estoit adverti les gens de Mondragon estre aussi amutinez ' ; et que des compaignies espaignoles , qui avoyent esté à Mouwyck, il y avoit ja quelques soldats en la ville, entrez à la desfilade'.

5. Quant et quant% affin qu'il ne fut prévenu avant d'estre renforcé par le grand commandeur, considéré la petite garnison qu'il avoit pour une si grande ville, il ordonna aux deux bourgmaistres et à Monsieur de Berchem", supérintendent de la chambre des contes, tous trois chefs des guides et confréries % qu'ils fissent dire à leurs gens de se tenir

« Mondrag-on commandait un réj^iment wallon de dix enseignes. Archives de l'audience, liasse 1,115. Il fut envoyé le 28 avril, pour relever les garnisons de Bréda, de Berglies et de quelques îles de la Zélande, composées de nations diverses. Lettre de liequesens, du 30 avril 1574.

2 Isolément, par petits pelotons, ou à la débandade.

' En même temps.

* Henri de Bercliera, issu d'une noble famille d'Anvers, était non seulement superintendant de la chambre des comptes, il devint ensuite premier bourgmestre de cette ville et siégea aux États généraux.

* Les gardes bourgeoises et les gildes ou sennenls, étaient organisées pour la défense des villes ; les bourgmestres en étaient les chefs suprêmes, c'est en cette qualité que Henri de Berchem donnait des ordres à celles d'Anvers. Voii' la notice historique sur les anciens serments, par M. A. Wauters, archiviste de la ville de Bruxelles.

prests toutes et qimntes fois qu'ils en seroyent requis, leur encliargeant bien fort le secret, craignant de esmouvoir la ville. N'ayant voulu encores pour lors dire chose aucune aux nations, de peur que les marchands intimidez ne se retirassent, et que le trafficq se esgarrat; différant jusques à entendre de vray la conduite des amutinez, lesquels il avoit envoyé recongnoistre.

6. De quoy il donna conte sur l'heure au grand commandeur, et qu'il avoit tout prests quelques deniers du sien qu'il repartiroit entre ses Wallons, lesquels souffroyent nécessité pour la grande cherté de la ville , affin de les secourir et les rendre plus volontaires , si les amutinez s'approchoyent : attendant la commodité de la cour, dont tost après il fit distribution par les compaignies , suppliant son Excellence de pourveoir en tout les remèdes requis, et mesmes derechef qu'il luy fit donner quelque artillerie.

7, Le xxij, sur les onze heures du matin, le chastelain Sancho d'Avila revenant de Mouwyck, où avoyent esté deffaits les ennemis, se vint présenter à la porte Impériale, autrement dite de Saint-George, avec une compaignie d'harcquebousiers à cheval, qu'on disoit estre de Mondragon. Les commissaires qui y estoyent, luy permirent l'entrée et à son train ; mais firent difficulté aux gens de guerre , si premier n'eussent licence du sieur de Champaignejs gouverneur de la ville. Et comme ledit Sancho d'Avila ne voulut entrer sans ceux-là, l'on envoya subit vers ledit gouverneur, qui estoit en la maison de ville : lequel tout aussitost manda l'un de ses gens

devers Sancho d'Avila, affin qu'on ne luy donnât aucun empeschement et que on sceut de luy où tiroit celle cavallerie, et s'il y avoit ordonnance de son Excellence pour la mettre en la ville.

8. Celluy qui y fut envoyé trouva que ledit chaS' telain estoit entré dedans son chasteau,avec toute sa trouppe par la porte de cellui-là qui respond au dehors de la ville. D'où, sans mander chose aucune, audit gouverneur, il fit entrer tost après, dedans la ville par la porte qui y respond dès le chasteau, lesdits harcquehousiers à cheval, qui allèrent par toutes les rues, où bon leur sembla, urlans et crians, trainans les enseignes qu'ils rapportoyent du ren^ contre gaigné à Mouwyck, accompaignez de grands sons de trompettes. De quoy ledit sieur de Champaigney advertit son Excellence par la poste et homme exprès et qu'il luy sembloit estrange qu'eu une ville, où il y avoit gouverneur et garnison, telle chose se fît en tel temps, au desceu dudit gouver^ neur. Et d'autant plus fut meu à ce faire, (comme il le manda au grand Commandeur), pourc€ que un soldat de celle compaignie dit haut et clair par la ville, que cincq mille Espaignols debvoyent estre Geste nuict là, ou le jour suivant, devant ladite ville, déterminez d'y entrer, et d'y demeurer tant que on les payât ; et si on les empeschoit, qu'ils se saisiroyent des advenus de la commarcque ' d'où ils empescheroyent à tous l'entrée et la sortie de la ville : avec infinies autres bravades , se promettans la faveur du chasteau pour forcer la ville.

• Banlieue, ou territoire environnant la ville ; comarcaBigni&Q district, arrondissement.

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9. Ledit sieur de Champaigney manda aussi comme le jour précédent il y avoit eu quelque meslée entre les Wallons et aucuns Espaignols du cbasteau, qui estoyent entrez en la ville. Sur quoy ayant envoyé audit chasteau pour entendre ce fait et prendre meilleure information, afin de sçavoir si les siens estoyent coulpables, (qu'il eut fait chastier), les soldats du chasteau dirent ouvertement, parlans des amutinez, que les officiers de celluy-là ne seroyent pas bastans à les pouvoir empescber qu'ils ne les aidassent à leur intention ' . Mandant expressément à son Excellence que ceux-ci n'estoyent moyens^ pour appaiser les cueurs en la ville, desjà assez mal contens pour divers rapports , qui venoyent journellement du chasteau et autres occasions de peu de satisfaction, que le chasteau avoit donné souvent. Car si on se craignoit' en un tel lieu que Anvers, du chasteau, qui debvoit garder la ville, son Excellence pouvoit imaginer ce que cela causeroit en Testât des affaires présentes : aussi ce qu'en pourroit naistre et que de fait, s'il y eut apparence de semblable oppression, par telle voye, sans que on y mit remède, il faudroit par force que ledit sieur deChampaigney s'assistât de ce que seroit dedans la ville, pour la seureté des vies, des biens, et personnes de ceux qui y estoyent. De quoy il avoit voulu advertir en diligence, afin que la coulpe du

• Baster, advenir, arriver, réussir, suffire; c'est-à-dire que les officiers du château ne pourraient pas empêcher la garnison d'aider les mutinés dans leurs desseins.

* Ce n'était pas le moyen d'apaiser.

' On se défiait.

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mal qu'eu pourroit advenir, fut imputée à qui le mériteroit', si on n'y pourvoyoit autrement.

10. Tost après, il dépesclia autre estafette advertissant son Excellence que une personne qui s'estoit trouvée au rencontre de Mouwyck, et qui depuis avoit marché quelques temps avec les amutinez, luy avoit dit que ceste nuict là ils faisoyent conte de se treuver à Herentals, cincq lieues d'Anvers, asseurez de venir au-dessus de ladite ville ^ par la jointe près du chasteau, et que le chasteau estoit pour eux. Comme il se pouvoit croire aussi selon les langages que ceux de dedans tenoyent publicquement par tout. Davantage' disoit avoir entendu le mesme jour, de deux Gusmans des mêmes tercios * amutinez (se sont soldats advantagez *), lesquels il avoit veu sortir du chasteau, et se pourmener par la place vers la jointe, qu'ils recongnoissoyent par où debvroyent entrer leurs gens, (car ils Guidèrent qu'il en fut) ; et rameutent le sieur de Champaigney, avec

• Afin que la faute en fût imputée à qui le mériterait. 2 Pénétrer dans la ville et s'en emparer. * En outre.

* Cette dénomination s'appliquait aux corps de troupes espagnoles seulement ; en 1602 les régiments wallons furent organisés sur le pied des tercios ou terces; ce qui fut considéré comme un amoindrissement de l'autorité des chefs de corps , parce que l'état major des tercios était à la nomination du Roi, tandis que les colonels disposaient eux-mêmes de tous les emplois de l'étatmajor de leurs régiments. Les tercios étaient commandés par des maîtres-de-camp. Mémorable siège d'Ostende, 226.

* Un certain nombre de gentilshommes servaient, comme simples soldats, dans l'infanterie espagnole; mieux armés et mieux payés que les autres, ils vivaient en camerada avec les oflaciers et commandaient les demi-centuries ou escadres ; de là cette dénomination de Gnstnans ou de soldados aventajados. On trouve aussi des soldats particuliers, dans l'infanterie allemande. Papiers d'État, liasse 126.

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ceste advertencc, comme les autres fuis, la faute que la ville avoit d'artillerie' .

11. Depuis viut uu tambourin fuiant du Tertio deSicille, qui luy dit aussi que lesdits amutinez saus faute prétendoyent d'estre favorisez des soldats de la citadelle , lesquels esperoyent de se faire payer avec ceste mesme occasion. Dont ledit sieur de Cliampaigney advertit par estafette, et que à ce conte si ceux qui debvro^'ent estre à la deffense de la ville, estoyent en hazard d'avoir les espaules mal seures, par le moyen du cliasteau, se seroit pour faire venir en la garnison que le sieur de Champaigney avoit, quelque desseing mal propre, espécialement aux compaignies de Fransperg.

12. De plus l'un des gens que ledit de Champaigney avoit envoyé recongnoistre, luy confirmoit de nouveau que les amutinez debvoyent estre celle nuict à Herentals, et qu'ils faisoyent grandes journées, sans espargner la nuict.

13. Aux onze heures du soir, le capitaine Artajon, du tertio de Sicille, vint treuver le sieur de Cliampaigney, qui alloit recongnoissant ses gardes et l'ayant tiré à l'escart près du corps de garde à la Mère, luy dit, soubs protest de l'amitié qu'il luy portoit, ne pouvoir laisser de l'advertir, que ayant esté, celluy après disner, au cliasteau, il avoit entendu ouvertement tant des soldats que d'autres, que sans faute, ledit sieur de Charapaigney n'avoit qu'espérer d'eux, ni moins de quoy s'asseurer. De manière qu'il seroit contraint de se deffendre, (si les amutinez

» En donnant cet avis, Champagncj^ rappela que la ville manquait dartillorie

pouvoyent suivre leur desseing), dedans les rues respondantes sur la place du chasteau, lesquelles sont larges et en nombre. Tellement que à son advis, il seroit nécessaire s'asseurer dudit cliasteau, et y mettre quelques soldats d'autre nation, avec ceux qui y estoyent , pour empesclier la mauvaise intention de ceux auxquels elle ne seroit telle qu'il conviendroit. Et que le lendemain matin, il estoit délibéré d'aller à Bruxelles en advertir luy mesme son Excellence, comme il feroit aussi de la part dudit sieur de Cbampaigney, s'il vouloit : dont ledit sieur le requit; et le prévint encores à la mesme heure par un sien homme, qu'il envoya, par la posta exprès, advertissant son Excellence de ce qu'il avoit entendu dudit capitaine, luy suppliant très humblement considérer la conséquence de ce fait et ce qu'il emportoit au service de sa Majesté. Car estant avec suspition que le chasteau mesme deut nuire à la deffense de la ville, comme ceux qui estoyent disoyent ouvertement partout et ayant l'armée de mer ' et les AUemans, peu contons (comme ja il avoit adverti), son Excellence pouvoit penser en quels termes il se treuvoit, et qu'il falloit aller au devant de ces amutinez, fut pour leur donner contentement ou autrement, comme il luy avoit ja escrit autre fois, avant qu'ils corrompissent de gens davantage.

14. Le xxiij appercevant ledit sieur de Cbampaigney, par les responses que le grand commandeur luy faisoit, qu'il estimoit bien peu les inconvénients

' Rcquefsens se plaignait déjà dans sa lettre adressée au Roi , le 30 décembre 1573, des grandes difficultés qu'éprouvaient l'armement de la flotte et le payement des marins.

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dont il se doiibtoit, tout ainsi que si se fussent esté calomnies de malveillans, il fit une recharge ' par autre liomme exprès, et escrivit à son Excellence que tout ce qu'il advertissoit, il l'avoit sceu d'Espaiguols mesmes. Et puisqu'il estoit temps de parler clair, il entendoit que les mesmes chefs n'estoyent point marris de ceste commotion, à ce que leur dire propre manifestoit et au chasteau et au dehors*. Et que ceste suspition il la retenoit du langage des plus principaux d'eux ; luy remonstrant les attentats et violences que le chastelain et les siens avoyent usé par plusieurs fois en celle ville : ayant luy mesme en personne, avec le coronnel Mondragon, esté une fois un prisonnier à la justice, en pleine rue. De quoy on avoit envoyé les informations au duc d'Alve, qui n'en avoit fait autre démonstration quelconque'. Une autre, l'un des sergeans de bande du chasteau avoit tollu" violentement certaines informations des mains d'un ofRcier de la ville, lors qu'il les prenoit. Et par force, peu de jours après que ledit sieur de Champaigney fut installé en son gouvernement, ledit chastelain fit prendre en la ville

' Il revint h la charge, par l'envoi d'un autre exprès.

* VArétophile est d'accord sur ce point avec les lettres de Requesens. Correspondance de Philippe II, III. 55, 62, G5, 93.

' Cette information est aux archives du royaume ; elle avait été transmise le 15 août 1572 et le lendemain Champaigney écrivait au duc d'Albe : « Il y a quelques fois des avis aussy bons « que les leurs, (ceux de Sancho d'Avila et du colonel Mon- « dragon), et mieux informez des esfats du pays ; et à vouloir << rudoyer et passer leurs limites, ils ne feront de rien mieulx et « le roy pourroit quelquesfois porter la folanchère de leurs « excès, comme on vejt autre part. » — Papiers d'État, correspondance de Bradant, xiv, 378, 388. ♦ Enlevé de tollere.

46 MÉMOIRES [ISl'i]

par ses soldats, à main forte, le bois qu'il prétendoit pour ses guardes, contre les concordats de l'édification du chasteau , sans autre punition , nonobstant toutes remonstrances'. Tellement que estant accoustumé à plusieurs semblables attentats franchement S confrontant avec cela les propos qu'il tenoit présentement, ledit sieur de Champaigney ne s'esbahiroit de chose qu'il emprint.

15. Toutesfois, pour ne rien obmettre de tout ce qu'il pouvoit de son costé, affin de conserver bonne correspondence, il avoit envoyé deux de ses capitaines, dont l'un estoit son lieutenant coronnel '; l'autre, Cornélius Sterck*, fils de l'ammand d'Anvers; avec le sergeant major de ses compaignies %

' Lettres de Champaigney au duc d'Albe, des 26, 27, 28 et 30 juillet 1571. Papiers d'État, XI, 157, 165, 170. Le duc d'Albe avait blâmé la conduite des soldats, celle du châtelain et de son propre fils, don Fadrique de Tolède, par une lettre adressée ù Cliampag-ney, le 29 juillet. Ibid., 169.

^ Accoutumé à commettre impunément semblables attentats.

* « A Claude de Vers, sieur de Vers, lieutenant colonel du « régiment d'infanterie wallonne, sous la charge de iL deCham- « paigney et capitaine de l'une des dites enseignes . . . pour « ses gaiges . . . Archives générales, compte de Thierry van der Beken. Trésorier des guerres. Chambre des comptes, n» 25,547.

* Cornélius Sterckx, amman d'Anvers, fut nommé commis- ' saire des vivres à l'armée de don Juan, Archives de l'audience liasse 1,118. André Sterclis, frère du capitaine cité dans le texte, reçut de ce prince le commandement d'une compagnie dite des Hollandais, formée des émigrés catholiques d'Amsterdam. Mss. n" 15, 888, 28.

* Le sergent-major était chargé de régler le service, d'exercer les soldats et de maintenir l'ordre intérieur dans le régiment. Les capitaines et les officiers subalternes lui devaient obéissance. Articles de guerre foiir les souldars wallons, du 27 mai 1563 et du 3 janvier 1566. — Patentes du 13 juin 1567. — Archives de l'audience, liasse 1113. — Lépêches de guerre, n"369.

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visiter le cliastelain celle mesme matinée. Lesquels uyans rapporté qu'il n'estoit point au cliasteau, ils les avoit renvoyé vers son Lieutenant, prétendant en ce que s'offriroit bonne conformité. Mais cependant ledit sieur de Cliampaigney supplia sou Excellence qu'elle luy mandat expressément, si à faute de correspondence, il se pouvoit mettre en defiPense comme qu'il fut', ores que le cliasteau* voulut assister les amutinez, car il sçavoit les moyens et expédiens pour cela, qu'estoit d'abandonner la jointe, laquelle ne se pouvoit tenir ayant suspition du chasteau. Et que en tout ceci il ne feroit rien, sans préadvertir Sancho d'Avila mesme, affin qu'il sceut pour quelle occasion on se répareroit' avant la venue des amutinez, s'il ne pouvoit, ou ne vouloit respondre de ses soldats. Ce que néantmoins ledit sieur de Champaigney n'avoit voulu encores intenter, sans en advertir son Excellence considérant assez la conséquence de ce fait.

16. De plus il manda aussi que escrivant ce que sus est dit, un de ses sergeands l'estoit venu advertir que le mesme matin l'on avoit tiré du cliasteau trois coups d'iiarcquebouses, vers une sienne sentinelle, qui avoyent donné devant les pieds de ladite sentinelle. Et combien que le sieur de Champaigney l'excusât vers ses gens, qui en murmuroyent, comme chose qui facilement pouvoit advenir par meschef, et qu'il le failloit croire, puis que on n'avoit attaint la sentinelle, comme il estoit aisé, son Excellence devoit considérer que cela estoit chercher noise.

» A tout événement. * Et môme pour le cas où le cliûteau... ' Se mettrait en défense.

17. Or, les trois susdits que ledit sieur de Champaigney envoya vers le Chastelain, estoient encliargez, premièrement de le visiter, et saluer de sa part; et après luy avoir donné l'enbonlieur ' du succès qu'avoit eu le rencontre de Mouwyck, auquel il s'estoit trouvé, de le prier aussi quant et quant qu'il le voulut advertir de ce qu'il pouvoit entendre touchant l'intention tant des amutinez, que de ceux de son chasteau, pour les propos que aucuns d'eux tenoyent ouvertement, s'asseurant que pour le service de sa Majesté il assisteroit à empescher une chose de si mauvaise conséquence, comme seroit l'entrée desdits amutinez en la ville d'Anvers. Au surplus ledit sieur de Champaigney demandoit aussi qu'il luy voulut faire donner les affus d'aucunes pièces, qu'il avoit autre fois fait monter, pour la garde de la ville, lesquels il luy fit retirer au chasteau, lorsqu'on accommoda les batteaux desdites pièces. Cela désiroit il afin qu'il se peut servir des mesmes pièces, en ceste occasion, qu'il eut prins en l'armée, à laquelle il commandoit lors. Davantage ledit siear de Champaigney vouloit un moyen par lequel on peut congnoistre les soldats qui venoyent du chasteau en la ville, quels estoyent siens et quels non. Car par ce costé il entroit beaucoup d'Espaignols en Anvers, lesquels il convenoit recongnoistre , pour obéir à l'édict ci devant mentionné du Gouverneur général.

18. Les susdits envoyez après avoir demandé Sancho d'Avila premièrement au chasteau et puis

• L'avoir félicité.

[1574] DE CHAMPAGNEY. 49

l'ayans cherché en la ville, où l'on disoit qu'il estoit, à la fin retournez au chasteau, et aj'^ans fait tant que on les conduit vers le Lieutenant, sceurent que Sancho d'Avila y estoit, et qu'il n'en avoit bougé. Ainsi cstans menez vers luy par le Lieutenant, qui ne peut faire de moins, de plain abbord ledit Sancho d'Avila les voyant s'esmeut bien fort, et demanda à ceux qui estoyent présens, pourquoy l'on avoit mis ces gens léans ' . Toutesfois passans outre lesdits deux Capitaines à leur commission. Monsieur de Vers, cousin dudit sieur de Champaigney et Lieutenant-Coronnel de ses compaignies, fut celluy qui porta le propos. Auquel le Chastelain respondit en substance, plus troublé qu'il ne convenoit, et assez incivilement, que le sieur de Champaigney ne se debvoit mesler de son chasteau, duquel il sçavoit ce qu'il avoit à faire. Et que quant aux advertissemens de ce que passoit, il en donneroit conte au grand Commandeur, quand il luy sembleroit à propos. Aussi que se n'estoit point contre les serviteurs du Roy qu'il falloit donner esquipage d'artillerie, sinon* contre le prince d'Oranges. Voires encores en telle occasion il penseroit ce qu'il auroit à faire pour la ville ; avec autre propos extravagans et fort insolents. Ledit sieur de Vers luy répliqua qu'il n'}'- avoit rien en ce qu'il avoit traitté avec luy, qui concernât le particulier du sieur de Champaigney et qu'il ne s'agissoit ici que du service du Roy. De manière que voyant un langage tant mal basti, pour lequel on n'avoit oncques donné occasion à Sancho

' Pourquoi l'on avait introduit ces gens dans le château. 2 Mais bien contre.

d'Avila, considérant le sieur de Cliampaig'ney Testât présent, il despesclia sondit cousin, par la poste vers le grand Commandeur, afin qu'il luy donnât conte de tout le passé d'une part et d'autre, pour prévenir Son Excellence du succès qui se en pouvoit attendre. Escrivant quant et quant à icelle qu'il estoit content de se mesurer pour le présent à ce que convenoit au service de Sa Majesté, et de sadicte Excellence sans embrasser, en ce que touclioit son particulier, les expédiens sur ceci que ledit sieur de Cliampaigney pourroit bien raisonnablement ; mais que si Son Excellence ne pourvoyoit au remède requis à la ville d'Anvers, qu'il n'attendroit pas plus que celle journée à y mettre tel ordre que ni les amutinez ni le cbasteau ne luy feroyent nul tort.

19. Et de fait le mesme après disner, sur le tard, il fit rassambler en la maison de ville, les conseilliers de la Chancellerie de Brabant, le sieur de Ranst et Cornélius Boone, ses assesseurs', et les principaux du Magistrat, pour leur déclairer son intention. Là luy vindrent nouvelles du grand Commandeur, que le lendemain Son Excellence seroit en Anvers, et que pour plus de diligence, il venoit par eau.

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