CH AM PAGN EY
RECUEILS D'ARÉTOPHILE
Comme soûls le gouvernement du conseil d' Estât, après la mort du grand commandeur, la ville d'Anvers fut forcée par les mesmes Espaignols derechef mutinez, associez d'autres soldats estrangiers mercenaires dudit Roy, où ils saccagèrent et meurdrirent plusieurs jours de toutes nations, d'âges et sexes ; outre infinies cruautcz et ahominahles vilainles qu'ils perpétrèrent ayans iruslé grande partie de la ville, dont n'est suivy aucun cliastoy ni démonstration de justice. »
RECUEILS D'ARÉTOPIIILE
Comme les Fspaipiols amutincz avec leurs associez entrèrent en la ville cV Anvers, le iiij" de novembre Tan xV Lxxvi.
Le xii]**" d'apvril xV lxxvii, au matin en pleine et notable congrég-ation des Etats généraux des Pays- Bas assemblez à Bruxelles, en la maison de ville, illecq présens plusieurs prélats, seigneurs, gentilshommes et députez des provinces et villes, signamment le R"*" évesque de Boisledueq; l'abbé de St.-Guilain' , esleu évesque d'Arras ; l'abbé de Ninove ; celhiy de Marolles-; et autres abbez et seigneurs d'esglisc; le conte de Lalaing, gouverneur et grand bailly du conté de Haynnaut, lieutenant général de l'armée du Roy et des Estats auxdits Pays-Bas; le conte de Bossu ', nommé pour gouverneur de Frise, Gro-
' Mathieu Moullart,
2 Frédéric d'Yves , abbé de Maroilles , embrassa chaudement le parti des États généraux et se montra môme dévoué au prince d'Orange, qui le fit appeler au conseil d'État, au mois de décembre 1577. Il fut député au congrès de Cologne , le 9 avril 1571), et la môme année, il se réconcilia avec le roi, à condition d'être maintenu au conseil d'État et moyennant une pension de 3,000 ducats, sur l'abbaye de Saint-Bertin, à Saint- Omer, qu'il continuait à administrer.
* Maximilien de Hcnin, comte de Boussu, fils de Jean, premier comte de Boussu, chevalier de la Toison d'or, et d'Anne de Bourgogne, nommé gouverneur d'Amsterdam, au mois de mai 1567, fut, peu de temps après, investi du gouvernement de la Hollande ; il venait d'être établi <» chief et général des bateaulx
uiug-Lie, etc., coroniiel de xiij enseignes de Bas AUemans; le baron de Hierges, gouverneur du duché de Gueldres, Overissel, etc., coronnel aussi d'un régiment de Bas AUemans et d'un autre de Wallons ' ;
de guerre » lorsqu'il tomba au pouvoir des insurgés, en octobre 15T3 ; il ne recouvra sa liberté qu'à la fln de 1576. A son retour à Bruxelles, « il fut gratulé par les États généraux de sa « venue et requis de vouloir assister la patrie. » Le 8 décembre, les États demandèrent au conseil d'État sa nomination au gouvernement de Frise, Groningue et Overyssel. A la bataille de Gembloux, il conduisait le centre de l'armée des États ; le commandement de cette armée lui fut confié le l*"" mars 1578; il défit les troupes royales, sous les ordres de don Juan et d'Alexandre Farnèse, dans un combat livré le !«'' août, à Rymenam. Il mourut h Anvers, le 21 décembre de la même année. Archives de l'audience, liasse 1116. — M. Groen van Prinsterer, V. 561. — M. Gacbard. Corresipondance de Guillaume le Taciturne, IV, 56, 97.
' La baronnie de Hierges, composée de huit villages, était lune des pairies du duché de Bouillon ; Manassès, seigneur de Hierges, accompagna Godefroid à la Terre sainte et devint chancelier du royaume de Jérusalem. Les ruines pittoresques, du vieux château de Hierges couronnent encore un rocher escarpé, à une lieue environ au sud de Givet. M. Ozeray, Histoire de Bouillon, 69, 114,336. — Bulletins de la Comin. roy. d'hist., \'"' série. X, 349.
Gilles de Bcrlaymont, baron de Hierges, fils de Charles de Berlaymont et d"Adrienne de Ligne, était l'un des plus braves et des plus habiles ofiîciers wallons de son temps. Il avait été nommé colonel de six enseignes d'infanterie wallonne, par la duchesse de Parme, dès le 17 décembre 1566 [Archives de l'audience, liasses 1114, 1118). Appelé successivement au gouvernement du duché de Gueldre, de la Hollande et de la Frise, il commandait à la fois, depuis 1574, une bande des ordonnances, un régiment de Wallons et un régiment de Bas Allemands. Il se distingua particulit remeut aux combats de Jemmigum (Hanovre), de Mook et dans la soumission d'une partie de la Hollande ; le commandeur Requesens écrivait au roi, le 17 août 1575 : « M. de « Hierges et son frère, le comte de ?»Iegen, ont montré en cette « occasion, comme en toutes, une gTande valeur; aussi sont-ils « très-bien vuy des Espagnols. » Cependant le baron de Hierges
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monsieur de Hese' , gouverneur de Bruxelles, et coronnel d'infanterie wallonne ; monsieur de Fre-
avait adhéré à l'union des États généraux et dans une lettre du 19 octobre 1576, il faisait part de cette résolution à son ami, le comte de Boussu; « Les Estats de par deçà, dit-il, so sont « joints la plupart ensemble pour la liberté du pays, la con- « servation de la religion catholique et romaine et service de « S. M. et partement des Espaignols , avecques leurs adhérons; « et voyant une cause si juste, me suis déterminé me joindre « aussy aux Estats susdicts, ne veuillant estre instrument pour « mettre ma patrie en perpétuelle servitude et couper la gorge « à tous mes parents et amis. » Quoi qu'il eu soit de la sincérité des sentiments exprimés dans cette lettre, dès le mois de mai 1577, son auteur s'était rapproché de don Juan; il l'accompagna à Namur et l'aida efficacement à s'emparer du château. Il fut nommé gouverneur de Charlemont le 9 novembre [Archives de l'audience, liasse 1118), et succéda. Tannée suivante, à son père dans les gouvernements de Namur et de l'Artois et au conseil des finances. Il commandait l'artillerie au siège de Maestricht, où il fut tué en juin 1579. Il n'a pas laissé d'enfants de sa femme Lamberte de Croy. fille d'Adrien, comte du Rœulx.
Le comte Charles de Berlaymont, suivant l'expression du duc d'Albe, n'entendait rien aux alfaires et ne savait qu'être bon homme (y no sabe mas que ser buen kombre), mais il était insatiable de places et de faveurs pour sa famille ; outre les grades militaires conférés à quatre de ses fils, grâce à la protection du roi, il avait fait élire archevêque de Cambrai, le 5 septembre 1570, son fils Louis, qui n'avait pas encore achevé ses études ; il avait obtenu, pour d'autres, les prévôtés de Maestricht et de Liège, ce qui faisait dire à Albornoz, secrétaire du duc d'A11)e « avec tout cela, il a encore soif, après avoir tant bu. » Plus tard, le commandeur de Requesens écrivait au roi que les Berlaymont avaient obtenu ving-t choses dont une seule suffirait pour rendre une famille tout à fait obligée à son souverain, « et cependant il semble, dit-il, qu'on ne leur a rien donné. » Correspondance de Philippe II, I, 151, II, 224, III, 155.
' Guillaume de Hornes , seigneur de Heze , Geldorp , fils de Martin de Hornes, comte de Houtekercke, nommé colonel de 2,000 hommes de pied, le 31 juillet 1576, puis capitaine général de la ville de Bruxelles, prit une part active aux événements de cette époque; il abandonna, en 1578, le parti des États et du
sin, chef de la charge générale des vivres' ; monsieur de Goignies, grand mareschal du camp^; le baron de Beercele% et monseiur de Floyon*, co-
prince d'Orange, pour embrasser celui du roi. Accusé , un an après, d'intelligences avec le duc d'Alençon et le prince d'Orange, il fut condamné à mort, le 21 octobre 1580 et exécuté au Quesnoj^ le 8 novembre.
' Charles de Gavre, comte de Beaurieux, seigneur de Fresin, chef et commissaire général des vivres de l'armée des États. Patentes du 20 décembre 1576. Archives de l'audience, liasse 1117.
* Antoine de Goingnies, sieur de Vendegies au Bois, chevalier, capitaine, gouverneur et prévôt de la ville du Quesnoy, maréchal de camp de l'armée des États (2 octobre 1576), qu'il commandait à la bataille de Gembloux, 1. c.
' Jean de Witthem, baron de Bautersem, sieur de Beersel, Braine l'Alleud et colonel de 2,000 hommes de pied, 1. c.
* Florent de Berlaymont, sieur de Flocon, destiné à l'église dès sa jeunesse, quitta le chapitre de Liège, pour embrasser la carrière des armes ; il était capitaine en 1572, quand il fut fait prisonnier par les insurgés à Ruremonde ; nommé colonel de 10 enseignes de piétons wallons, le 12 novembre 1575 , il passa au mois d'août suivant, au service des États généraux; il était tombé au pouvoir de Julien Romero, en allant au secours d'Anvers et les États, qui venaient d'obtenir sa liberté, lui avaient écrit le 10 avril 1577 pour le remercier de ses services passés « et le prier de vouloir continuer en sa bonne affection et dévo- « tion envers la patrie. » Mais bientôt après il devint l'un des favoris de don Juan et l'accompagna à la surprise de Namur (24 juillet 1577). 11 reçut le gouvernement de îNIarienbourg et pai' lettres patentes , datées de Beaumont du 10 avril 1578 , fut nommé colonel d'un régiment wallon. 11 succéda à son frère, le baron de Hierges, dans le gouvei*nement de Namur et de l'Artois ; il obtint depuis celui du Luxembourg. Ses frères étant morts sans enfants, il hérita du comté de Berlaymont, de la baronnie de Hierges, des seigneuries de Perwez et de Beauraing. 11 avait épousé en premières noces, Hélène de Melun, veuve de Florent de Montmorency, seigneur de Montigny, étranglé par ordre de Philippe II, au château de Simancas, au mois d'octobre 1570 et qui était marié depuis quatre mois , lors de son départ pour l'Espagne. Il se remaria avec Marguerite, comtesse
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ronuels tous deux de Wallons; monseiur de Swevegem, gouverneur et capitaine d'Audenarde, et commissaire au renouvellement des loix de Flandres ' ; monseiur de Câpres - ; et autre grand nombre de noblesse , gens d'église et do loy ; messire Frédéricq Perrenot, baron de Renaix, seigneur de Champaigney, gouverneur d'Anvers, et fait coronnel pour le Roy et les Estats, depuis qu'il est sorti d'Anvers% des Wallons qui furent soubs le sieur de Billi*, par ordre du conseil d'Estat, commis par le
de Lalaing, fille de Philippe de Lalaing, grand bailli du Hainaut et de Marguerite de Ligne, dite d'Arenberg. Il était chevalier de •ila Toison-dOr. Il mourut à Namur, le 8 avril 1626. Archives de l'audience, liasses 1116, 1117, 1119. — Comptes du trésorier des guerres, n" 25, 547. — Mss. n» 15,888, f» 31. — Correspondance de Philippe II, II, 94 et suiv.
' François de Halewin, chevalier, seigneur de Sweveghem, Passchendaele, gentilhomme de la chambre de Marguerite de Parme, souverain bailli de Flandre, en 1570, gouverneur de Malines en 1572, fut chargé de plusieurs missions importantes par cette princesse, puis par les États généraux. Archives de l'audience, liasse 122. Lettre du 11 octobre 1572.
* Oudart ou Edouard de Bournonville, vicomte de Barlin, baron de Câpres et de Houllefort et comte de Henin, gouverneur d'Arras, avait épousé Christine, fille de Lamoral, comte d'Egmont, et de Sabine de Bavière. Son fils, Alexandre comte de Henin-Lietard , fut créé duc de Bournonville, par Henri n% en 1598. Mss. cité f» 32 v».
» Lettres patentes du 9 février 1577. Archives de l'audience, liasse 1118.
♦ Gaspard de Robles , sieur de Billy, d'origine portugaise , était fils de la nourrice de Philippe II : il débuta par être page de René de Châlons, prince d'Orange, puis capitaine de chevaux-légers. On le trouve gouverneur de Philippeville en 1566 : i< et aussy est venu icy le seigneur de Billy gouverneur de Phi- « lippeville, pour me faire remontrance de la nécessité de la dite '< ville et dudangier où elle se trouve. » Lettres de Marguerite de Parme. En 1567, cette princesse le chargea d'une mission auprès
Roy au gouvernement général des Pays-Bas, supplia l'assemblée de luy vouloir permettre audience en faveur des services et affection qu'il a exhibé auxdits pays en plusieurs sortes puisqu'il, estoit forcé de la requérir pour satisfaction de son honneur, auquel tout homme de sa profession estoit obligé, ores qu'il luy grevoit d'occuper ce temps en son fait particulier, sçachant les grands affaires pour lesquels lesdits Estats s'assembloyent ; en considération desquels il
du roi. Par lettres patentes de la veille de Pâques 1568, il fut nommé colonel de cinq enseignes d'infanterie. Appelé au gouvernement de la Frise et des Ommelandes il fit preuve de capacité et de bravoure, mais aussi d'extrême rigueur; vers la fin de novembre 1576, les habitants et la garnison de Groningue," se prononçant pour les États, s'emparèrent de Robles et de sa famille et il ne fut rendu à la liberté que l'année suivante, en échange des prisonniers faits par les Espagnols au sac d'Anvers. Sous le prince de Parme, Robles devint capitaine d'une compagnie de g"ens d'armes et colonel d'un régiment allemand ; il périt le 4 mai 1585, par l'explosion d'une machine infernale, au siège d'Anvers. Il avait épousé Jeanne de Saint -Quentin, dame de Billy, en Artois ; à cette occasion, Philippe II lui assura une rente de 1,200 livres, sur les recettes d'Arras, de Sens, de Westflandre et de Hainaut. Il fut créé successivement chevalier de Saint-Jacques, commandeur de Saraxo et baron de Billy. Son fils, Jean de Robles; baron de Billy, seigneur de Saintes, Wevelgem et gouverneur et grand bailly de Courtrai, capitaine général des villes et châtelenies de Lille, Douai et Orchies, mort en 1621, avait épousé Marie de Liedelierke, fille d'Antoine, sieur de Heule, i\Iorsel, Wevelgem et de Louise de la Barre, dame de Mouscron. Il fut la souche des seigneurs d'Annapes, éteints au siècle dernier; la terre d'Annapes, située dans la châtellenie de Lille, avait été érigée, pour lui, en comté, par lettres patentes d'Albert et d'Isabelle de l'année 1603. — Archives de l'audience, liasse 1114. — Correspondance de Marguerite de Parme. — Strada. — Mémoires anonymes sur les troîihles des Pays-Bas, 1, 214 et suiv. — M. Gachard, Correspondance de Guillaume le Taciturne, III, 263. — Le même. Correspondance de Philippe II, I, 552, 559. — M. Groen van Prinsterer, V, 449.
[IS'T'îl DE CHAMPAGNEY. T7
n'avoit jusques lors voulu s'advancer à donner conte de sa conduite en la ville d'Anvers, tant auparavant que à la calamité survenue à ladite ville, le iiij" de novembre dernièrement passé, causée par les désordres des Espaignols, après que aucuns d'eux se furent amutinez aux isles de Scliauwe depuis la rèndition de la ville de Siriqsée; ce qu'il avoit différé tant pour le respect susdit, que celluy qu'il désiroit en toute modestie porter à chacqu'uu ; ayant estimé aussi estre notoires à tout le monde les debvoirs par luy faits avec si notable hasard et perte ; mais à présent il ne pouvoit plus reculer, puisqu'il avoit ouy que aucuns pensoj^ent que ledit sieur de Champaigney avoit quelque coulpe à l'inconvénient advenu audit Anvers, pour avoir possible mal entendu le susdit sieur de Câpres, le jour précédent, qu'à semblable heure que lors, absent ledit sieur de Champaigney, avoit récité la rencontre que les gens des Estats eurent en celle ville, avec lesquels ledit sieur de Câpres estoit. Partant, affin d'acertener chacqu'unde la vérité, si quelque chose avoit esté obmise, il reprendroit, dès l'origine avec la bonne souffrance de l'assemblée, toute celle histoire, à laquelle, et des debvoirs faits pour le remède, plusieurs des assistants, en maints endroits, pourroyent donner tesmoignage.
Sur quoy prenant monsieur de Câpres la parolle, dit en peu de mots, que ce qu'il avoit mis en avant, estoit que si le jour que les trouppes des Estats arrivèrent devant Anvers, on les eut receu, l'accident depuis ensuivi n'eut succédé , car l'on eut eu loisir pour se fortifier avant la venue des amutinez
18 MÉMOIRES [is're]
qui estojent h Alost , n'ayant toutesfois voulu charger particulièrement le sieur de Champaignej, pour non sçavoir à qui il avoit tenu.
A quoi ledit sieur de Champaigney répliqua que de vray il estimoit tant de la vertu dudit sieur de Câpres que jamais n'avoit creu qu'il eut voulu parler à son désavantaige , puisqu'il n'en avoit occasion et commençant son propos, conta que estans allé au mois de janvier de l'an xv"= lxxvi, en Angleterre, où feu le grand commandeur de Castille, don Louis de Requesens et Çuniga, gouverneur et capitaine général lors des Pays-Bas, l'avoit envoyé pour divertir la Royne illecques et son conseil des entreprinses de guerre que de tous costez on advertissoit elle avoit sus main contre lesdits pays ; (de quoy il treuva si grandes apparences qu'il se tenoit pour tout arresté), non seulement il estaignit ce feu de si notable conséquence, mais rapporta de très grandes et très avantageuses ouvertures et moyens pour pacifier fort aisément et en brief les différens, qui lors estoyent es Pays-Bas contre Hollande et Zelande, par l'intervention de celle princesse, avec le rétablissement de la religion catholicque romaine et conservation de l'autorité de Sa Majesté. Mais de malbeur, avant son retour estant décédé assez subitement ledit grand commandeur, treuvant le sieur de Champaigney à son arrivée à Bruxelles, les choses desdits pays avec ce changement, il ne peut davantaige que d'advertir (comme il fit), fidèlement et diligemment le Roy de tout son besoigné ' .
• Voir les lettres de Champagney adressées au commandeur de Castille et au conseil d'État, pendant sa mission en Angleterre. Airpendice.
(IG'/G] DK CHAMl'AGNEY. 7D
Et pour ce que le conte Haunibal d'Altaemst', coronnel d'Allemans, estoit en Anvers, avec quelques enseignes siennes, où il s'estoit comporté assez estrang-ement du vivant encores dudit grand commandeur, et se monstrant après le décès de celluy là plus malaisé, prétendant celle ville luy avoir esté mise en mains , par le trespassé , pour gage de ce que luy estoit deu ; excédant tous termes d'iionnesteté, et entreprenant illecques toute autorité : le conseil d'Estat, qui estoit enchargé du gouvernement des pays par ordre du Roy, depuis la mort dudit grand commandeur, se résolut de le licentier, comme le grand commandeur susdit avoit proposé, considérées les estranges humeurs de ce coronnel. En quoy passèrent quelques mois , pendant que le conté de Flandres furnit aucuns deniers, à condition nommément que on le descliargeroit des gens du feu conte d'Everstain*. Ce que on ne pouvoit faire que par changement de place, pource que trop grande somme luy estoit deue. Et paya-t-on celluy d'Altaemst avec les compaignies qu'il avoit en Anvers, à qui on debvoit le moins de tous les Allemaus qui estoyent par deçà. Desquels jà piéçà
* Le comte Hannibal dAltaemps, fils de la sœur du pape Pie IV (Jean Ang-e de Médicis), apprit le métier des armes dès son enfance, sous son oncle Jacques de Médicis, marquis de Marignan. A la demande de Requesens, il amena dans les Pays- Bas, au printemps de 1574, un corps de quatre mille Suisses et Allemands, qui faillit se mutiner dès le mois de juin suivant; il fut question de le licencier en novembre , mais on ne le put, faute d'argent pour le solder. Correspondance de Philippe II, 111,23,114, 196.
* On verra plus loin que le comte d'Eberstein . périt le 4 novembre 1576, au sac d'Anvers.
80 MÉMOIRES [lô'TGl
on estoit bien soûl, pour avoir esté la pluspart recogneus inutiles : mais à faute d'argent il les falloit retenir; joint qu'ils ne se vouloyent accomoder à aucune raison. Cependant ledit sieur de Champaigney fut retenu par messieurs du conseil d'Estat et entremis au conseil de gnierre, comme desjà il estoit du vivant du grand commandeur, et quelquefois en celluy d'Estat', attendant le licenciement du conte Hannibal, lorsque on assiégeoit encore Siricqsée; or comme les Espaignols qui estoyent au camp netraittoyent publicquement que de s'amutiner, le siège achevé, si on ne les contentoit et que la cavallerie légère de la mesme nation n'estoit encores bien appaisée, qui naguères s'estoit amutinée, peu avant la mort du grand commandeur , qui la fit ranger par force, doubtant que tant celle là que l'infanterie espaignole et les régimens allemands, qui faisoyent aussi des malcontents ne se joingnissent; voyant la grande faute de moyen qu'il y avoit pour y obvier et qu'il s'entendoit par divers advertissemens , et entre autres du maistre de camp, Julian Romero (lequel le dit en conseil de guerre), que aucuns chiefs de l'infanterie espaignole secondoyent l'altération, des soldats si deshontéement que jà l'on sçavoit quasi de quelles compaignies debvoyent estre l'Electo, sergeant major, et autres officiers de ceste sédition; comme il en advertit encores en son absence le sieur de Champaigney, le priant qu'il le fit sçavoir au conseil, ce que aussi depuis le capitaine Juan de Castilla a asseurée , avec autres traits assez mal séants
» Correspondance de Philippe II, III, 245, 341, 399. — Mémoires anonymes, 1,273.
[157G] DE CHAMPAQNEY. 81
de plusieurs chiefs de celle nation , ledit sieur de Champaigney fut tousjours d'advis que l'on ne debvoit traitter avec la ville de Siricqsée jusques à tant que le Roy eut pourveu de quoy l'on peut contenter les soldats qu'estoyent à ce siège, d'autant que l'honneur les retiendroit en debvoir illecques , pendant que on gaigneroit temps pour advertir Sa Majesté et que on le luy donneroit pour y remédier; car si de force ces gens de guerre emportoyent la ville cependant, (que n'estoit vray semblable), le sacq les appaiseroit , autrement composant avec la ville , il estoit impossible qu'elle sceut furnir à leur paye ou contentement, si tost comme il seroit requis. Et lors ou ils la saccageroyent, sans respecter les paches ' , (que seroit fausser la parolle du conseil, à grande desréputation et conséquence), ou bien si cela n'advenoit, la mutinerie, qui estoit certaine, seroit avec tel désordre comme l'expérience l'a tesmoingné depuis.
Or, comme ceste opinion n'eut lieu pendant que l'on traittoit d'accord avec ceux de Siricqsée, pour la grande instance que Christofle de Mondragon en faisoit, à qui feu le grand commandeur avoit donné la charge du siège, ledit sieur de Champaigney rentra en Anvers, par ordre du conseil d'Estat, avec huit enseignes du conte Otto d'Everstain, qu'avoyent esté en Flandres. Et au nom dudit conseil, le conte de Mansfelt, gouverneur du duché de Luxembourg et chevalier de l'ordre du Toison d'or , convint par escrit et soubs signature avec ledit conte d'Everstain, entre autres choses, que le sieur de Champaigney feroit tout office et auroit le commandement en celle
' Les capitulations., de l'espagnol /jac^o.
ville, tel que liiy appartenoit, comme à gouverneur et capitaine, et puisqu'il en debvoit respondre, qu'il donneroit le mot du guet, et que les gens de guerre l'obéiroyent, pour éviter l'abus auparavant prétendu par le conte Hannibal susdit. Davantage promit le conte d'Everstain, que luy ni ses compaignies ne consentiroyent entrée en la ville à nulles gens de guerre quels qu'ils fussent, sans exprès commandement dudit conseil d'Estat. Tost après ledit conte Otto d'Everstain se retira vers Bruxelles, laissant en Anvers son lieutenant coronnel Hans Moussenham.
Depuis comme Siricqsée se rendit par accord, tout ainsi que ledit sieur de Champaigney avoit doubté, l'infanterie Espaignole s'amutina prenant pour couverte la faute de payement. Mais à ceste leur intention n'aida peu que Mondragon mît dedans la ville pour garnison des Wallons de son régiment par subtilité, sans faire conte des Espaignols'. Ainsi ceux là amutinez entrèrent en Brabant, menassans entre autres la ville d'Anvers, disant d'estre asseurez de la faveur du chasteau, de laquelle ils avoyent jà autrefois abusé. Dont le sieur de Cbampaig-ney dit qu'il advertit le conseil d'estat, pour y pourveoir. Car combien qu'il treuvoit ledit Moussenham assez prompt à la deffense, il le cognoissoit peu et ses soldats. Cependant, quoy que le causât*, les mutinez qui n'estoyent encores en grand nombre, passèrent vers la ville de Bruxelles ; d'où ayant sceu le bon ordre qui y estoit, ils tournèrent vers la ville d'Alost et s'en
' Mondragon fut arrêté peu de temps après et retenu prisonnier par ses propres soldats wallons. Voir ci-après la lettre de Roda au secrétaire d'État Çayas, datée du 20 octobre 1576.
2 Quel qu'en fût le motif.
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saisirent violentement à l'improviste ; tellement que pour celluy et autres désordres ces amutinez furent déclairez rebelles par le conseil d'Estat, suivant l'advis de Hieronymo de Roda, qui en minuta lettres de sa main. Et si furent annominez ' par placcart du mesme crime tous ceux qui les assisteroyent. Ce que le sieur de Cliampaigney ne voulut faire publier en la ville d'Anvers, tant pour non altérer les marchands de leur nation et autres estrangiers, que pour non prester occasion auxdits amutinez, qui s'alloyent renforçans, de venir vers celle ville, pour s'en venger et au chasteau illecques , de les admettre , comme il fit passé trois ans. Congnoissant le sieur de Champaigny l'inclination du chastelain Sancho d'Avila, qui dès pièçà avoit assez manifesté ne désirer sinon prétexte pour la saccager. Car il ne l'avoit dissimulé en présence du maistre de camp Julian Romero et du docteur Arrias Montanus* autrefois, regrettant que au prince d'Oranges n'estoit succédée une entreprinse sur Anvers qui fut descouverte», pour la reconquerre (disoit-il), par le moyen de son chasteau et s'enrichir avec les Espaignols, chastiant ceux de la ville. Tesmoingnant par là assez sa mauvaise volonté. Laquelle ledit maistre de camp luy reprocha fort brusquement, jusques quasi à venir aux armes sur le champ. Autant vertueusement lors, que peu constamment à ce coup il s'est laissé emmener à la malice de ceux qu'il souloit blasmer du tout. Et ayant cela esté déclairé au grand commandeur susdit, avec
' Déclarés coupables.
- Don Benoit Arias Montano. Trésor national, III, 167, 189.
* En septembre 1572. M. Groen van Prinsterer, III, 502.
un tumulte que ledit Sancho d'Avila procura lors eu la ville (où il y avoit des Espaignols en garnison), sous un faux donner à entendre' on le passa néantmoins par dissimulation ; comme on a tousjours fait toutes les insolences dudit Sancho d'Avila, et de ses semblables.
Or, pour revenir au propos, estant deu* beaucoup aux Allemans susdicts du conte d'Everstain, qui estoyent entrez en Anvers au lieu de ceux du conteHanibal d'Altaemst , le sieur de Champaigney dit qu'il ne sçavoit aussi encores comme il s'en debvoit fier. Avec ce que , ayant une compaignie Espaignole de Damian de Morales , abandonné le village de Lilloo, avec le cbasteau qui est, à la veue des batteaux du prince d'Oranges, pour suivre les amutinez susdits, le sieur de Champaigney avait fait secourir celle place de bonne heure (à grande aventure) par la garnison qu'il avoit en Anvers, dont il estoit autant affoibli. D'autre part le conseil d'Estat n'avoit encores nulles gens lors à sa poste % pour empescher ces amutinez et ceux qui s'alloyent journellement allians à eux.
En ces entrefaites estant creue la haine des pays contre les Espaignols qui jà tant de fois estoyent tombez en ces fautes , dont généralement on ne donnoit petite coulpe à leurs chefs , (comme dit est)
' Sous un faux prétexte.
* A la fin du mois de juin 1575, il était dû près d"un million d ecus aux régiments allemands d'Eberstein , d"Altaemps, de Fugger, de Freunsberg et du baron de Polweiler. Correspondance de Philippe II, III, 316, 337.
* Les levées de troupes nationales ont été ordonnées à la fin de juillet 1576. Archives de l'audience, liasse 1117.
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et de si grands désordres et outrages, aux occasions et apparences ordinairement des plus beaux succès, par où l'on congnoissoit évidentement qu'ils ne désiroyent qu'à continuer la guerre pour leur prouffit, se mocquant du Roy et des pays; tumultuans contre eux tous les naturels, et signamment ceux de la ville de Bruxelles, pour avoir esté fort menassez, le conseiller Hieronymo de Roda, Don Alonso de Vargas, gouverneur de la cavallerie légière, et le maistre de camp Julian Romero, qui y estoyent, de pure diffidence se renserrèrent au palais que le Roy y a, comme Hieronymo de Roda mesme confessa au sieur de Champaigney depuis aussi tost qu'il vinst en Anvers et qu'il n'y avoit eu autre cause ni contrainte. Lors estant appelé audit Bruxelles, Chartes Foucre, coronnel d'Allemans, par le conseil d'Estat de cas fortuit pour quelques affaires particuliers de son régiment, en lieu de les traitter, le sieur de Champaigney dit avoir entendu que ayant prins occasion de visiter Hieronymo de Roda, qui tousjours l'a voit soustenu assez mal à propos en ses volontez, il fut exhorté de souslever le chastelain d'Anvers, Sancho d'Avila. Par où estant subit retourné en Anvers au desceu du conseil d'Estat, et sans avoir traicté avec celluy là, ores qu'il l'eut fait venir, on vit que Sancho d'Avila commença tout aussi tost à secourir publicquement de toutes munitions de guerre les amutinez qui estoyent à Alost avec les galères du Roy, auxquelles il comrnandoit, et à l'armée de mer qu'estoit audit Anvers. Depuis ledit Foucre fit aussi approcher d'Anvers quelques compaignies des siennes, attirant le
Baron George de Fransperg en ceste communion , coronnel d'AUemans comme luy, qui pareillement s'estoit fourré en celle ville. En laquelle jamais ces deux chefs n'eussent prins tel pied, ni les Espaignols si commodément l'appuy d'eux et des autres coronnels de leur nation, pour lequel ils osèrent entreprendre ce qu'ils firent encores paraprès , si le conseil d'Estat les eut fait sortir d'Anvers, après le décès du grand commandeur, puisque la cour n'y résidoit plus, et qu'ils n'y avoyent nulle garnison, les renvoyant à celles que leurs gens tenoyent , sans leur permettre d'occuper maisons particulières en celle ville contre toute raison, à la foulle, et contre la volonté des propriétaires , et de la franchise et privilèges de la ville. Car Fransperg' passé plusieurs mois tenoit celle des Welsers, principaux marchands AUemans, et Charles Foucre celle de maistre Jehan Asseliers , secrétaire de la ville , pour leurs voluptez , n'ayans autres affaires en Anvers ; retenans d'autres maisons néantmoins en leurs garnisons, à manifeste composition , auxquelles ni avec leurs gens ils n'avoyent résidé passé an et jour. Ce que par plusieurs requestes fut remonstré au conseil d'Estat , et supplié par la ville d'Anvers et propriétaires des maisons illecques, et instamment sollicité souvent par le sieur de Champaigney, qui prévoyoit les inconvéniens dépendants de cela, pour ce que ces coronnels estoyent picquez de ces poursuites, et de ce qu'on ne les vouloit laisser abuser davantRge des immunitez d'accises, auxquels ils faisoyent grand dommage à la ville. En quoy lesdicts coronnels furent supportez contre justice par une évidente souf-
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france et connivence d'aucuns qui voulurent plustost complaire leurs plaisirs particuliers que suivre équité et raison. Ce que n'a pas esté en plusieurs autres endroits possible la moindre cause des maux advenus es Pays-Bas.
Encores tasclia le Foucre soubs main avec Sancho d'Avila, pour parachever leurs entreprinses, à suborner le lieutenant Moussenham, afiin de séparer la correspondance qu'il avoit avec le sieur de Champaigney. Mais n'y treuvant rencontre, ayant Sanclio d'Avila (qui s'avoit joint Olieviera commissaire de la cavallerie légiere), fait assembler en Brabant d'autorité usurpée, contre le conseil d'Estat les compaignies desdits chevaux légiers, leur faisant abandonner les garnisons à ceux là ordonnées, tant par le feu grand Commandeur , que continuées par le conseil d'Estat' : voulant sortir de Flandres celle de Falconetta, comme elle fut suivie jusques à la rivière de l'Escau vis-à-vis d'Anvers, par des paysans, auxquels il avoit esté commandé par aucuns officiers de justice en Flandres, disans avoir telle charge du conseil d'Estat et du conte de Reux, Gouverneur de la province; estant aussi publié illecques à tous batteaux de n'approcher la rive de Flandres sur l'Escau peine à la vie% semblant lors à Sancho d'Avila qu'il avoit une occasion propre ou de soustraire finement ledit lieutenant Moussenham au sieur de Champaigney, ou de les rendre plus odieux et l'un et l'autre
' Les Espagnols concentraient alors leur cavalerie dans les environs de Maestricht, afin de s'emparer d'une place importante au centre du Brabant.
* Sous peine de mort.
'avec la ville aux Espaignols ; il manda requérir le magistrat d'Anvers de faire passer barcques pour accommoder ces chevaux légiers, comme s'il en eut faute, ayant à sa charge et à la main l'armée de mer. Et fit prier ledit lieutenant d'envoyer secours à la compaignie de Falconetta, qui estoit à l'autre costé de la rivière. Ce que Moussenham ne voulut faire sans advertir le sieur de Champaigney. A quoi Sancho d'Avila s'accorda aussitost, pour les diviser, ou les faire tomber tous deux au bricquet. Ainsi le sieur de Champaigney accompaigné du sieur de Berchem, premier bourgmaistre d'Anvers, vint treuver incontinent Moussenham, qui tenoit la maison pour quelque mal de jambe, et l'ayant persuadé de se contenter de la garde de la ville, sans irriter ceux de Flandres, où l'un ne l'autre n'avoyent que cognoistre et le peuple d'Anvers, qui ressentiroit l'outrage des voisins, et possible de leurs parens, alliez, ou du moins amis, (ce que Sancho d'Avila procuroit pour, l'aliénant des naturels du pays, l'astraindre à soy), il luy dit qu'il laissât audit chastelain secourrir celle cavallerie, si elle en avoit besoing, comme il ' pouvoit de la garnison de son chasteau, puisque ces chevaux marchoyent par son ordonnance , sans que ledit sieur de Champaigney, sceut à quelle fin, mais bien que c'estoit contre la volonté du conseil d'Estat ; outre ce qu'estans jà arrivez au village, sur le bord de la rivière, sans autre dommage, ils estoyent à seurté. Par où, quoy que Fransperg depuis sceut crier, qui vint vers ledit lieutenant tost après et Charles Foucre induire et Çayas, capitaine de Weert, qui est marié à la fille
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de Falconetta, et autres espaignols, le lieutenant Moussenbam se tint au conseil du sieur de Cliampaig-ney ; de quoy ledit sieur de Cliampaigney appella à tesmoing ledit sieur de Berchem, qui estoit en l'assemblée des Estats,
Suivant après son propos, il conta qu'estans passez en Flandres aucun du chasteau , à la faveur de l'artillerie de celluy là, il se fit un grand massacre audit Flandres sur les paysans ; et que quelques compaiguies du Foucre, qui estoyent aux villages sur le terroir d'Anvers, s'enclieminèrent depuis vers la rivière pour faire espaule' aux Espaignols du chasteau. Ce que voyant le sieur de Champaigney, et manifestement à quoy le Foucre tendoit, il obtint à force de solliciter le conseil d'Estat, quoy que le Foucre n'y voulut entendre, que son lieutenant coronnel (qui est gentilhomme de bien bon lieu et qui peut tout avec ce régiment, auquel quasi on ne congnoit le coronnel, si peu là-t-il hanté), emmenant outre Meuse cincq des compaignies dudit Foucre *. Tellement que ce coronnel n'en a jamais sceu abuser depuis. Mais pourtant ne cessa-t-il pas, car il fit appeller par Sancho d'Avila, le coronnel Nicolas de Polweiller* qui estoit à Termonde en garnison, et après d'autre costé Cornélius van Enden, à qui le
* Soutenir, aider.
* Le régiment de Charles Fiig-ger était formé de 11 enseignes. Archives de l'audience, liasse 1118, Correspondance de Philippe II, III, 246.
* Nicolas baron de Polweiler, gouverneur de Haguenau avait été à la solde de Philippe II dès 1557, sur la recommandation de Granvelle. Son régiment, composé de 13 enseignes, présentait alors un effectif de 2600 hommes. Correspondance de Philippe 1 1 , III, 215.
conseil d'Estat avoit donné naguères, soubs titre de coronnel, charge de six compaiguies restantes du régiment du conte Hannibal d'Altaemst, de qui il avoit esté lieutenant coronnel. Et lors tous les coronnels ensemble, avec ledit Sancbo d'Avila, le maistre de camp Valdez, Olivera, Verdugo, Juan d'Isunça et Alameda commencèrent à tenir conseils et assemblées publicques en la ville, à mespris et en dépit du conseil d'Estat, se riants de ses commandemens, disans qu'il estoit prisonnier, quoy que le conseil d'Estat fit assez apparoir du contraire et à eux, et à autres, qui leur en monstrèrent lettres. Aussi Bruxelles n'estoit si loing d'Anvers (comme le sieur de Champaigney le dit audit baron de Polweiller), que par homme exprès ces coronnels n'en sceussent entendre la vérité de la mesme bouche de ceux du conseil ; outre ce que Sancho d'Avila n' avoit nulle charge ni qualité, dont on peut deffendre leurs assemblées à sa semonse', d'un vray monopole et sédition. Et enfin ceux dudit conseil qui leur vindrent parler à Willebroucq tost après ^ et depuis en Anvers, monstrèrent bien évidentement que leur prison estoit prétexée par Sancho d'Avila, ces coronnels et leur suite , pour s'attirer les amutinez d'Alost , comme depuis on a veu, et venir à ce qu'est suivi. Mesmes que le maistre de camp Valdez, soubz la résolution de ce nouveau conseil, avoit osé faire abandonner à aucuns Espaignols les forts qu'ilz te-
• A sa demande.
2 On accorda, dans cette conférence, la liberté à Roda, qui avait été emprisonné et l'on autorisa Romero et Vargas à quitter Bruxelles, pour chercher à ramener les mutinés à l'ordre.
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noyent encores aux isles sur Zélande, pour s'approcher d'Anvers, emmenant au chasteau illecques l'artillerie qui estoit auxdits forts. De la condition duquel Valdez on peut conjecturer le but que avoit ceste assemblée. Car il abandonna desjà honteusement le siège de Leyden', après avoir empesché, pour sa seule avarice, espérant de saccager celle ville, qu'elle ne se rendit au Roy, et au conte de la Roche, lors gouverneur de Hollande, à qui il debvoit obéir. De quoy n'ayant esté chastié, comme ne l'ont esté aussi plusieurs autres d'autres mésus, l'impunité a causé l'effrénée licence entre les gens de guerre, avec mespris de leurs supérieurs, qui paraprès leur a fait attenter tout ce qu'ils ont osé penser, sans se soucier de Dieu, du Roy, ni de la raison.
De tous les desseings de ceste congrégation, le sieur de Champaigney dit que non seulement il advertit le conseil d'Estat à menu% mais offrit, et particulièrement à monseigneur le duc d'Arschot et à autres du conseil, qu'il prendroit ce conciliabule, pourveu qu'on luy ordonnât de le faire, luy envoyant lettres à celle fin , avec une pour le lieutenant Moussenham , par où on luy commandât de l'assister, du moins ne l'empescher , et une au lieutenant du chasteau, pour la luy envoyer subit la prinse faite, luy déclairant que s'estoit par la charge du conseil d'Estat, et qu'il s'eut à contenir. De quoy l'exécution estoit aisée à faire, car la garnison du
* Voir sur la querelle de Valdès et du comte de la Roche, à roccasion du siège de Leyde, la Correspondance de Philippe II, III, p. 68, 476, 557, 559, 561, 562.
» En détail.
cliasteau fut fort faible lors, et jà le sieur de Champaigney avoit gaigné la grâce dudit lieutenant Moussenham et de ses capitaines et officiers , sans l'aide desquels, encores il avoit moyen de la justice et d'autres de la ville, s'assemblant journellement quasi ce nouveau conseil au logis de Charles Foucre, sans autre suite que de serviteurs ; maison que aisément se pouvoit serrer à tous costez, occupant celle de l'Ammand, qui est contigue. Et effectuant ceci et arrestant le pagador Lixalde' , qui s'accommodoit à ces séditieux, et Alameda, qui s'estoit gaudi^ des ordonnances du conseil d'Estat, ne les voulant recognoistre ; comme le sieur de Grobbendoncq ' , tbrésorier des finances, et secrétaire Pedro d'Aguillon* et autres, qui viendrent en Anvers pour négotier avec luy, de la part du conseil d'Estat, pourront attester ayant d'autre part* en Bruxelles, Hieronymo de Roda, Julian Romero et don Alonzo de Vargas, il ne restoit de tous les chefs de guerre
* Francisco de Lixalde, pagador ou trésorier de l'armée espagnole dans les Pays-Bas, était un personnage assez important pour que don Juan lui écrivît; une de ses lettres fut interceptée, avec beaucoup d'autres , au mois de novembre 1576. Correspondance de Guillaume le Taciturne, III, 172.
* Moqué, raillé. Alameda était contador de l'armée; ses attributions consistaient à vérifier la comptabilité militaire. Le gouvernement espagnol avait encore dans les Pays-Bas , un autre contador, chargé de vérifier les opérations financières du facteur du Roi à Anvers. Correspondance de Philippe II, I. Lettres d'Alonso del Canto.
* Gaspard Sclietz, chevalier, baron de Wesemaele, seigneur de Grobbendonck, trésorier général des finances.
* Pedro d'Aguilon était commis et secrétaire au conseil des finances. Lettres du Roi du 8 octobre et de Requesens du 28 novembre 1575. Correspondance de Philippe II, III, 369, 403.
' Étant d'autre part, à, Bruxelles....
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estrang-iei's que Moiidrag-on et Mario Carduiui, et n'avoyeut giiôres de crédit avec leurs soldats, comme on a veu depuis' ; et le maistre de camp* don Hernando de Toledo', maladif comme chacqu'un sçait, et plus traittable que quelque autre. Par où tout se fut redressé et contenu, et se descouvroyent toutes les intentions de Roda, et s'appaisoit Testât publicq, sans tant de frais et de calamitez, avec plus d'honneur, fort légitimement, à plus grand service de Sa Majesté et des Estats.
Regrettant fort le sieur de Champaigney le tort qu'on avoit fait à la ville d'Anvers et à sa bonne volonté, trop mal secondée tant en ceci qu'en maintes autres choses, auxquelles il debvoit avoir eu souvent plus de crédit. Mesmes debvoit-on retenir à Bruxelles le conte d'Everstain ce que se pouvoit honestement et facilement, comme le sieur de Champaigney avoit plusieurs fois escrit et supplié au duc d'Arschot, congnoissant comme ledit conte estoit peu résolu, et que pour sa qualité, et pour n'estre treuvez désunis.
' Ces deux officiers étaient à la tôte de régiments wallons ; Mondragon avait été prisonnier de ses propres soldats, après la prise de Zierikzée; le régiment de Mario Carduini passa au service des États généraux peu après le sac d'Anvers. « Le co- « ronel Mario Carduini fut fort maltraité des Estats et Vrybut- « ters, mesmes de ses propres capitaines, quant ilz eurent signez « pour les Estats ; monsieur Du Cerf qui estoit son lieutenant- « coronel, fust eslu en sa place, audit Schoonhove. »Mss, n» 15,888, f»22. — Archives de l'audience, liasse 1116. — Compte du trésorier des guerres, n" 25, 547.
* Chef de tercio, ce grade équivalait à celui de colonel. Voir /e Mémorable siège d'Ostende, 226.
' Don Fernando de Tolède, fils naturel du duc d'Albe, maître de camp du tercio de Lombardie.
les autres coronnels allemands faisoyent et feroyent tous efforts pour le tirer à leur cordelle ' . Que seroit bien plus facile quand ils l'auroyent entre eux et si près d'un tel chasteau. Mais enfin tous ces ad vis furent noncliallus'. Et s'encheminant pour Anvers ledit conte d'Everstain, jà le coronnel Foucre luy avoit offert de le loger; et l'eut obtenu, si par une lettre que le sieur de Champaig-ney fit escrire audit conte, par monsieur le marquis de Havrech pour l'en deshorter , il n'y fut prévenu. Lequel marquis estoit venu en Anvers avec le conte de Mansfelt, le président du privé conseil Sasbout et le sieur de Grobbendoncq, thrésorier des finances, pour réprimer l'attentat des susnommez, qui s'estoyent (comme dit est), usurpé l'autorité du conseil d'Estat soubs les prétextes susdits. Auxquels s'estoit desjà joint Hieronymo de Roda, que l'on avoit laissé sortir amiablement de Bruxelles , avec don Alonzo de Vargas, et Julian Romero peu auparavant. Car il se vit par ce qu'il porta la parolle et respondit au conte de Mansfelt , pour Sancho d'Avila, et ses complices. Mais comme il ne suivit autre exemple ni démonstration de ceci, demeurans les coronnels Allemands et toute ceste assemblée en Anvers en leur entier, partant le sieur de Rassenguien pour Espaigne\ sans que juridiquement fut prinse autre information de tels desordres, du moins pour donner quelque contentement au peuple, qui
' L'attirer dans leur parti. * Ne furent pas écoutés.
* Le baron de Rassenghien et Le Vasseur, sieur de Moriensart envoyés auprès du Roi, par le conseil d'État, partirent pour l'Espagne, le 2 septembre 1576. Vandervinckt, I, 349.
[ISIG] DE CHAMPAGNEY. 95
estoit extrêmement irrité partout, et à penser à ces chefs de guerre estrangiers, pour les modérer à l'advenir, suivit à Bruxelles la séquestration d'aucuns seigneurs du conseil d'Estat, et autres', h ce que peut conjecturer ledit sieur de Cliampaigney, par ceux qui les eurent suspects de connivence, veu le peu de conte que on avoit fait de si grands attentats contre l'autorité du conseil d'Estat et conséquamment du Roy ; vray crime de lèse Majesté, et dont on ne pouvoit présumer nul bien, estans demeurez non seulement impunis, mais (peut-on quasi dire) supportez, ou plustost respectez, ces fauteurs des amutinez contre le placcart, continuans leurs assemblées pleines de menaces contre tous les Pays- Bas universelement.
Toutesfois le sieur de Charapaigney dit qu'il fut fort esbalii quand à Vimproviste il entendit ladite séquestration et en la manière qu'elle estoit suivie. Et se treuva plus empesclié quand il vit subit* ce conseil usurpatif (qui n'avoit esté du moins séparé), se rejoindre et que Roda s'en fit chef ouvertement, qu'il cognoissoit convoiteus de vengeance. Celluylà fut le fruict de sa sortie de Bruxelles, et de celle de Julian Romero, et Don Alonzo de Vargas, permise comme chacqu'un sçait. Encores que fut pour paix ou guerre, ils duisoyent* trop mieus à Bruxelles avec le reste du conseil, qui les pouvoit retenir, puisqu'ils en estoyent. Roda de celluy d'Estat, les autres
* Histoire de Bruxelles, par MM. Henné et Wauters, I, 440,
* Bientôt, peu après.
* Duire, convenir. Il convenait mieux qu'ils fussent à Bruxelles.
de celluy de guerre. Signamment estans ces affaires en ces termes , il estoit clair qu'ils ne duisoyent en Anvers, après avoir esté le conseil d'Estat adverti tout particulièrement de ce qui s'y passoit. Mais comme si escientement ' on eut voulu verser sus à celle ville tout le malheur des péchez d'autruy, s'assemhlans publicquement et notoirement en Anvers soubs l'ombre du chasteau, que les Espaignols tenoyent, tous ceux qui pouvoyent servir à leurs mauvais desseings, le conseil d'Estat ne les en voulut oncques divertir % quoyque l'on sollicitât. Encores depuis que incontinent arrivé Hieronymo de Roda, avant la séquestration des autres seigneurs, le sieur de Champaigney manda par monsieur de Grobbendoncq à ceux dudit conseil d'Estat restans à Bruxelles, divers propos que ledit Roda avoit tenu , tesmoignans ses mauvaises entrailles, et qu'il ne cesseroit sans mal faire, disant qu'il tenoit tous ceux qu'il avoit laissé dudit conseil d'Estat pour traistres au Roy , sans nul excepter ; dequoy il y a encores tesmoings ; et comme il en vouloit principalement au duc d'Arschot, (dont le sieur de Champaigney l'advertit aussi), prenant pied depuis sus la séquestration des autres, en voulant faire auteur et criminel ledit seigneur Duc% le rejettant du tout, il s'appella gouverneur et capitaine-général, comme
* A escient, sciemment, exprès.
* Détourner, éloigner.
* Le duc d'Arschot s'était dit malade et n'avait pas assisté à la séance du conseil d'État , le 4 septembre 1576 , ce qui le fît soupçonner d'avoir pris part au complot exécuté par le sieur de Heze. Histoire de Bruxelles ^ 1, 440.
1157GJ 1)K CIIAMPAGNEY. '.)"
restant seul du conseil d'I-lstat libre, k son dire'. Et rassemblant de rechef (ainsi qu'il s'est dit cidessus), le mesme conseil que Sancho d'Avila avoit eu, il y fit venir aussi le conle d'Everstain ; et quand et quand' appella le sieur de Champaig-ney, qui ne s'y voulut oncques treuver, quoyque Roda procurât, faisant et offrant par divers qu'il interposa , tout ce qu'il peut, pour l'attirer, A quoy le sieur de Champaigney respondit qu'il n'avoit jamais veu communiquer des affaires des Pays-bas à plusieurs de ceux qui se trcuvoyent en celle assemblée ; laquelle estoit en effect pour la pluspart la mesme qui avoit esté reprouvée par le conseil d'Estat les jours passez; mesme que aux coronnels allemands n'appertenoit (comme non vassaux du R03O, de s'ingérer aux affaires du pays ; lesquels il n'avoit veu appeler en nul conseil, (et si avoit esté en maints, comme Roda sçavoit"), que respectivement en ce que concernoit particulièrement leur charge et eucores peu souvent, pour obéir et non autrement*. A Valdez, Oliviera , Verdugo , Ysunça , et Alameda il disoit aussi ne leur avoir veu donner autre part aux affaires. Mais que s'il appelloit le sieur de Naves' et
• Les lettres du Roi f't de don Juan avaient autorisé Roda à s'arroger cette autorité. M. Groen \an Prinstereer, "V, 450.
* En même temps.
' « Le commandeur de Castille a fait ce qu'il à pu pour con- « tenter Champagney; la première fois qu'il vint à Anvers, il « l'appela à plusieurs conseils, maintenant il l'appelle à tous. <> Lettre du 9 janvier 1575. Correspondance de Philippe II, III, 245.
♦ Ces oflSciers étaient appelés aux conseils non pour prendre part aux délibérations, mais pour fournir des renseignements.
* Jean de Naves, sieur de Sivry, prévôt de Marville, était fils de Nicolas de Naves, sieur de Messancy, vice-chancelier de
celluy de GroLbeudoncq , qui estoyent en la ville, avec lesquels le sieur de Cliampaig-uey avoit souvent assisté le conseil, il s'y treuveroit volontiers avec eux, pour conférer. Et s'il vouloit une conversation tant générale , que le sieur de Floyon estoit du pais, et coronnel d'autre qualibre que aucuns des appelez par Hieronymo de Roda, à qui le fait touchoit, puisque le conte de Berlaymont, son père, estoit des arrestez ' . Ce qu'il mettoit en avant pour tempérer ou rompre (secondé de ces personnages auxquels il avoit parlé), les pernicieuses entreprinses qu'il recognoissoit audit Roda. Non qu'il voulut advouer l'assemblée de conseil que Roda prétendoit faire et de non capables, mais bien entrer en communication sur un cas tant estrauge , pour cognoistre à quoi il tendoit et ce qu'il conviendroit faire.
Enfin voyant que Roda fuioit tesmoings et jugemens sains, ledit sieur de Champaigny cog'uoissant ses simulations dès pieça% son ambition et cruauté,
l'empire et petit fils de Nicolas de Naves, receveur général du duché de Luxembourg, puis président du conseil de cette province; il siégeait dans ce même conseil, quand le duc d'Albe lui donna la charge de commissaire général des vivres et munitions de l'armée (3 août 1573) : au mois de juin 1576, il reçut du conseil d'État la mission de négocier le licenciement des troupes allemandes et d'en passer montre, il fut chargé aussi de traiter avec le régiment mutiné de Mondragon , mais il abandonna le parti des États et se retira à Luxembourg, où don Juan le trouva à son arrivée « et de luy l'on sceut tout ce que passoit « des deux costez, pour selon se régler. » Il fut nommé superintendant de l'armée royale, par lettres patentes du 11 octobre 1577. Il devint conseiller d'État et mourut en 1599. Mss. 15,888 f» 33. — Archives de l'audience, liasses 1116, 1117, 1118.
' Le comte de Berlaymont ne fut élargi que le 19janvier 1577.
^ Depuis longtemps.
[ir)7G] DE CIIAMPAQNEY. 99
pour laquelle il ne cesseroit de tout troubler, pour se ressentir du tort qu'il alloit murmurant entre dents, souljs une fîiinte modestie, luy avoir esté fait à Bruxelles, il rabbattit court toutes les communications auxquelles encores depuis que les susdits de par deçà se retirèrent d'Anvers il fut semonds'. Pensant Hieronymo de Roda l'attirer par louanges, espérances et persuasions, emploj^ant en ceci ses complices, qu'il pensa aucunement familiers dudit sieur de Champaigney. Voire jusques à offrir de venir avec tout son conseil communicquer avec le sieur de Champaigney à Saint Michel, mais qu'il y peut ammener guarde d'Espaignols , veant que le sieur de Champaigney s'excusoit avec fort légitimes raisons de non aller au chasteau. En quoy outre ce que ledit sieur de Champaigney n'eut esté de rien plus seur , ne sachant comme il l'estoit encores du conte d'Everstain , qu'il veoit aller à ce conseil , il insista tousjours que ces assemblées sans autres naturels du pays, ne convenoyent; ni aucunes résolutions en choses tant extraordinaires, sans participation des gouverneurs des provinces, seigneurs, et autres consaux du pays, qui estoyent libres. Lesquels avoyent esté convocquez autrefois à moindre occasion, et lors le debvoyent estre, si tout celluy d'Estat estoit prisonnier, comme Roda disoit, lequel il ne pouvoit représenter seul. Ce que fut dit par le sieur de
■ Semondre , — semoncer, — requérir, ordonner de se trouver à une assemblée; cette phrase un peu embarrassée signifie que Champagney ne tint aucun compte des invitations que lui adressa Roda, après le départ d'Anvers des sieurs de Naves, de Grobbendonck et de FI03 on.
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Champaigney expressément au seigneur Alexandre Gonzaga, au docteur Hieronymo Olsignano, à Furio Ceriolano, (qui plusieurs fois tascha de suborner ledit sieur de Champag-ney), à Hieronymo de Curiel, Fernando de Sevilla et autres , pour le rapporter audit Roda. Et à la fin comme ledit Roda tentoit de négotier par billets, chose qui fut esté captieuse avec une si fine raousche, se descouvrant de plus en plus sa malice, le sieur Champaigney dit ouvertement à ses moyenneurs \ mesmes à Julia Romero, outre ce que dessus, qu'il ne présumoit d'estre conseillier*, mais que quand il debvroit dire son advis, tout considéré, il ne le sçauroit donner meilleur pour toutes parties, attendu les troubles apparens qui adviendroyent de ces divisions et le grand desservice qu'il appercevoit que sa Majesté recevroit de tant de desordres commis , et qui se commettroyent encores à l'exemple des Espaignols, sinon qu'ils se retirassent et continssent en quelques places de celles que leur estoyent assignées dès pieçà, et illecques se pourveussent, et cependant attendissent l'ordre de Sa Majesté, sans plus avant irriter et désespérer ces peuples ; lesquels avec raison ne sçauroyent demander davantage d'eux; et quand ils voudroyent forcer les Espaignols à sortir des pays avant que le Roy leur commandât, il seroit plus légitime d'user les armes pour deffense que comme ils y alloyent. Aussi que par ce moyen tout se pourroit encheminer avec plus d'autorité, et commodité de Sa Majesté, jà qu'ils veoyent à quelz termes les gens de guerre
* Médiateurs, agents, négociateurs.
* Il n'avait pas la présomption de se croire conseiller d'État.
[Iô~(j) LK CUAMPAONKY. 101
avoyent réduit Testât de ces affaires par leurs attentats et mauvaise conduite.
Protestant tousjours le sieur de Champagney qu'il vouloit servir son gouvernement que le Roi luy avoit euchargé, sans chercher autre chose que de maintenir la ville d'Anvers en paix et tranquillité, et sans inconvénient ; car Julian Romero le voulut quelquefois persuader d'en sortir ; disant que les Espaiguols s'animoyent contre luy ; mais le sieur de Champaigney soustenoit qu'il ne pouvoit pour son acquit, puisque Sa Majesté ne luy avoit voulu donner son congé, lequel il sollicitoit passé quelques années. Et quant aux Espaignols, qu'ils n'avoyent que commander en Anvers', puisqu'il en estoit enchargé, et non eux, aux estats desquels il ne s'estoit jamais entremis. Enfin, ne bastant^ les séductions. Roda se résolut d'abbatre le sieur de Champaigney, pour s'impatronir d'Anvers' ; et ayant proposé à son assemblée son généralat, combien que le conte d'Everstain dit assez qu'il ne le recognoissoit, (à ce qu'il afferma au sieur de Champaigney), sinon pour prendre advis de luy comme à un du conseil royal, si est-se que requis de Roda de non recevoir le mot du guet* du sieur de Champaigney, il se laissa autoriser à le donner, parce qu'il ne le voulut oncques recevoir de Roda, qui se contenta, pourveu que ledit conte d'Êverstain ne le print du sieur de Cham-
' N'avaient pas d'autorité dans Anvers.
- Les séductions ne suffisant pas.
' S'impatronir, s'impatroniser, s'emparer de l'autorité dan.s une maison.
* Le mot d'ordre.
paigney ; avec lequel sieur de Champaigney le conte s'excusa, disant que aussi tost qu'il luy seroit escrit par ceux du conseil d'Estat qui estoyent à Bruxelles, de le luy rendre, il le feroit; affin qu'il eut excuse vers Roda, qui présupposoit le conseil illecques estre prisonnier, sans autorité ni commandement. Et ores qu'il ne le recogneut point gouverneur général, si ne le vouloit-il condamner, ni se faire juge entre le sieur de Champaigney et luy, mesmes pour ce qu'il pourroit avoir besoing de son aide en plusieurs clioses, pour la grande debte de laquelle le Roy estoit redevable à la coronnellerie du conte'. Mais oncques le sieur de Champaigney ne sceut obtenir depuis dudit conseil qu'il en voulut escrire, combien qu'il luy remonstrat assez la conséquence. Sur quoy il dit ne se vouloir eslargir davantage, mais en laissoit penser à chacqu'un ce que s'en devoit; car par là, cuidans ceux du conseil, conserver plus à leur dévotion le conte d'Everstain, ils désautorisarent et désaccommodarent quasi de tout pouvoir le sieur de Champaigney.
Toutesfois sans s'irriter autrement pour cette injure, comme Roda avoit espéré et que ledit sieur de Champaigney romproit avec le conte, il ne laissa de faire tout debvoir, s'estant tousjours mis pour mire devant les œils de ne se laisser fourvoyer du vray service et zèle du bénéfice publicq, pour passions ni quelques traverses qu'il ait enduré en tous temps, ains commença à honnorer et gaigner le conte d'Everstain plus que oncques , pour le retenir tant
' Aux troupes dont le comte d'Eberstein était colonel.
[lôlO] DE CHAMPAGNEY. 103
qu'il })Oiirroit au droit oliemin. Tellement cjne R«)(l?i désespéré se mit h chercher moyens de troubler la ville. Pour à quoy parvenir, il escrivit une lettre intitulée, au gouverneur, ning-istrat, marcgrave, et ammand de la ville d'Anvers, (au dernier desquels la Cour n'a coustume d'adresser telles lettres d'Estat), d'un stile contrefait, signée de son nom , sans plus, comme les gouverneurs généraux ont coustume, par laquelle il prétendoit estre recogneu pour gouverneur et capitaine général des Pays Bas et comme tel obéy. Et fut cachetée du cachet du Roy, que plusieurs qui le visitèrent tenoyent pour contrefait'. De ceste lettre le sieur de Champaigney fît tenir copie incontinent à monsieur le prévost de S. Bavon*, président du conseil d'Estat ; et l'ayant supplié d'avoir son advis, comme tant principal et loyal ministre de Sa Majesté; aussi tost qu'il en eut response, il dépescha en Espaigne avec le double de tout, arraisonnant encores quelques considérations. Ce qui ayant esté veu par le Roy, le sieur de Rassenguien, du conseil d'Estat, et chef des finances, qui estoit lors en Espaigne, récite que sa Majesté blasma fort l'impertinence de Roda. D'autre part, ayant aussi le sieur de Champaigney exhibé au.ssitost celle lettre de Roda au collège du magistrat d'Anvers et particulièrement encores à ceux qui pour leurs indispositions ne s'y peurent trouver et l'ayant fait porter à l'ammand, qui estoit détenu des
' Vandervinckt, I, 338.
' Viglius de Zuichem; on sait qu'il s'était fait d'église, à un âge avancé, pour obtenir le riche bénéfice de la prévôté do Saint-Bavon, àGand. Correspondance de Philippe II, I, 319.
104 MÉMOIKKS [1576]
goûtes, puisqu'il y estoit nommé, pour le retenir, car les Espaignols le pratticquoyent fort', d'une voix elle fut réprouvée de tous. Encores non content il la fit motiver par ceux qui estoyent estimez au collège meilleurs légistes, comme le pensionnaire Maes% qui survit encores entre autres de ce nombre, le pourroit tesmoigner ; et si la fit consulter ailleurs, pour non s'arrester à un advis seul. Ce que le sieur de Champaig-ney disoit avoir exhibé entre autres pièces, passez quelques jours , aux Estatz, joints à une requeste, par laquelle il les réquéroit qu'ilsl'assistassent à obtenir justice contre ledit Roda et ses adliérens, suivant le vij'' article de l'accord contracté avec le seigneur don Juan d'Austrice au nom du Roy\
De là poursuivit, disant qu'il avoit communicqué celle mesme consulte, au baron de Polweiller et la luy avoit laissé quelque temps en main , comme il faisoit profession de lettres ; par où Roda, porté de luy", prétendoit d'abuser les autres coronnels allemands ; mais la conclusion qu'il sacqua* de Polweiller, fut que cliacqu'un estait pour soy et Dieu pour tous ; répétant qu'il désiroit recouvrer quelques vingt mille escus, ou plus, qui luy restoyent deus de son expédition de Bresse ° et que
' Fréquentaient, — hantaient.
* Jacques Maes, depuis conseiller au conseil deBrabant.
^ Cet article prescrivait d'informer sur les délits des gens de guerre et d'indemniser les habitants qui en avaient souffert.
* Soutenu par lui.
* Tira, — obtint.
8 Polweiler avait levé par les ordres de Charles-Quint et de Philippe II , 10,000 hommes de pied et 12 à Ij.'jOO chevaux, des-
[\Ô16\ DE CHAMPAGNEY. 105
pour cela il avoit besoing de la faveur des Espaignols. Voire afin que le mesme Roda ne prétextât ignorance, le sieur de Champaigney donna copie de ce que avoit esté consulté, à Furio Ceriolano, familier dudit Roda, sans que jamais Roda, ni ledit Furio ayent fait semblant d'y réplicquer.
Tant de diligences fit le sieur de Champaigney
tinés à pénétrer en Bresse et en Savoie, pour y opérer un soulèvement en faveur de Philibert Emmanuel, dépossédé par les français; rencontrée par les troupes que le duc de Guise et le duc d'Aumale ramenaient dltalie, cette petite armée fut mise en déroute et se retira en Franche-Comté ; au mépris de la neutralité de cette province, les soldats de Polweiler dépourvus d'argent et de munitions, se disposaient à piller Vesoul , quand un phénomène naturel sauva cette ville ; voici le récit naïf de cet événement, par un contemporain :
« Mais ce fut un cas prodigieux ; ou plustot un miracle tes- « moignant la bonté et la miséricorde du Tout-Puissant de ce >< que ce frépuits (frais puits), sauvât la ville d'estre saccagiée « par l'armée du seigneur baron de Polweilers, lorsque retour- « nant du voïage de Bresse, le 13 de novembre l'an 1557, le camp « se mutinât contre les chefs et demandât l'argent que luy es- « toit dehu et refusé ou dilaié. Car alors il advint que les soldats '< estans prêts à marcher avec quelques pièces d'artillerie me- '< niie et des eschelles, pour forcer et emporter la ville et la <' mettre à sac, le frépuits se meit subitement à vomir tant « d'eaux , combien qu'il n'heut pieu, sinon 24 heures, ou envi- " ron, qu'en moins de 5 ou 6 heures , toute la campaigne en " demeurât couverte. Ce que feit croire aux soldats que les « habitans havoient en leurs puissances quelques cataractes, « par la levée desquelles l'on pouvoit baigner la campaigne et « néer (noyer) tous ceux qui se treuveroient sur icelle. Et en « cestè fantaisie, se retirèrent hastivement, quittant la plaine « pour se sauver au dessus des montaignes, sans plus vouloir « descendre, pour demander le ffueît, abandonnans eschelles, « artilleries, tambours et autres choses; voire (chose incrédible « entre les Allemans), les bouteilles mesmes et les barils. » Loys Gollut. République sequanoise., 124.
pour non s'abuser en son debvoir suivant son propre sens et pour non faillir à son roj et à sa conscience, il advertit aussi , par homme exprès, le Duc d'Arschot, lequel il entendit n'avoir esté arresté avec le surplus du conseil, des attentats susdits de Hieronymo de Roda, et d'autres encores qu'il alloit machinant à tous costez ; exhortant ledit seigneur Duc à vouloir tenir la main à la délivrance des autres seigneurs séquestrez , pour obvier à un désarroy si énorme, comme il prévoyoit par la division qui s'engendreroit aux pays par les poursuites de Roda et l'incertitude en laquelle aucuns pourroyent tomber de ceste nouvelleté. A quoy ledit seigneur Duc luy respondit qu'il n'avoit nulle part ni pouvoir en la détention de ceux du conseil. Toutesfois bien tost après estans relaschez aucuns, et rassemblé le conseil d'Estat, qui par lettres expresses asseura et le Conte d'Everstain et ledit sieur de Champaigney qu'ils estoyent en libre administration des affaires, le sieur de Champaigney tant que Sa Majesté ordonnât autrement trouva par conseil (comme dit est) qu'il luy convenoit recevoir les commandemens de ce costé-là, comme de la plus grande et seure partie.
Considéré aussi que Hieronymo de Roda, qui s'estoit fait fauteur des mutins d'Alost, (que luy-mesme entre autres avoit déclairé rebelles autrefois ') monstroit à ceste heure son inconstance et qu'il ne tendoit qu'à violence, ruine et désolation de ces pays ; soustenant les estrangiers, tel qu'il estoit% qui la
' Edit du 26 juillet 1576. 2 Comme il était lui-même.
[15"7G] DE CHAMPAGNEY. 107
procuroyent, et autres encores non vassaux de Sa Majesté, sans aucune ou bien petite practique des affaires de par deçà, laquelle il appliquoit plus au support des insolences de sa nation et de leurs fauteurs en celles-là, que à autre chose; exhortant et autorisant à ce plusieurs, comme il se vit par divers mandements siens , et mesme par une commission donnée à un anglois dit Cotton', qui fut prins pource qu'il enrolloit et amassoit secrètement quelques uns de sa nation (et disoit-t-on des François), avec armes en une maison en Anvers. De quoy le sieur de Champaigney et le conte d'Everstain advertis, eurent doute que se ne fut quelque trame du prince d'Oranges et des ennemys, qui pour lors avoyent grosse armée par eau près de la ville ^ Mais ils treuvèrent dedans aucuns papiers que ce Cotton avoit musse', (car du commencement il ne voulut rien confesser), que le mesme jour qu'il fut arresté, Roda luy avoit dépesché soubs son titre de Gouver-
' Les Anglais se mêlaient activement aux entreprises des deux partis; au mois de janvier 1573, le duc d'Albe informe le Roi, qu'à la déroute du sieur de Genlis, on en avait pris un. porteur d'une commission roj-ale et qu'il l'avait fait étrangler secrètement au château d'Anvers. Au moLs de mai 1571, Requesens se plaint qu'Anvers est plein d'Anglais, qui attisent le feu de la sédition; il en est de môme dans presque tout le pays. Le 20 octobre 1578, un capitaine Cotton fut envoyé par Ryliove, à la tête de quelques compagnies anglaises, au secours des habitants d'Ypres, mais le magistrat de cette ville refusa ces auxiliaires. Correspondance de Philippe II, II, 313, III, 91, 92. — Documents inédits I, 35, 39, 40.
* Le prince d'Orange était en relation avec les patriotes dès le l*"" août. Lettre au sieur de Heze. — Correspondance de Guillaume le Taciturne, III. 106.
' Caché.
108 MÉMOIRES [iôlQ]
neur général et le scel du Roy, commission (comme le conseil d'Estat a veu), pour surprendre quelques lieux en Flandres, où luy et sa suite debvoyent vivre sur le bon homme', louant sa loyauté, qui toutesfois estoit telle que aussitost qu'il se vit descouvert il s'offrit à trahir la citadelle d'Anvers par un moyen fort aisé. Telle estoit la bande et tels les desseing-s de Roda. Là où* ceux qu'estoyent en la ville de Bruxelles estoyent naturels , dès longtemps exercitez aux affaires des pays, de loyauté preuvée, et entre eux signamment le Duc d'Arschot, seigneur si principal, qui tous monstroyent de vouloir reprimer les violences de ces rebelles; joint que de tous les autres seigneurs, gouverneurs des provinces et consaux des pays, ledit sieur de Champaigney dit n'avoir entendu que aucuns s'adressassent autre part que audit conseil qui estoit à Bruxelles et n'en a sceu oncques qui se résoluissent à recevoir les cornmandemens de Roda , vers lequel on ne voyoit abborder pour la pluspart que gens de petite estoffe, et qui ne cherchoyent que participer aux larrecins et autres telles meschancetéz auxquelles Roda et ses complices lachoyent la bride.
Et de faict le sieur de Champaigney appella à tesmoings le sieur baron de Hierges et monsieur de Floyon son frère là présens, de la part desquels estoit venu le feu seigneur d'Iberguen% lieutenant
• Aux frais des habitants. ^ Là où, — tandis que.
* Suivant les patentes déposées aux Archives de l'audience , liasse 1,117, au mois de novembre 1576, le lieutenant-colonel du régiment du sieur de Floyon était Frani^ois de Nédonchel, qui fut remplacé par Louis de Ghoy.
Iir^til DE ClIAMPAGNEY. 109
coroimel dudit sieur de Floyon, vers le sieur de Champaigney pour sçavoir son intention , auquel il donna pour response copie des consultes susdits. Lors le baron de Hierges dit, devant lesdits Estats, qu'il avoit treuvé aussi tous les consaux deGueldres, Hollande, Utrecht, et d'Overissel d'opinion conforme, que sans faillir au Roy et au publicq, on ne poiivoit soustenir le prétendu de Hieronymo de Roda.
Après rentrant le sieur de Champaigney en son récit, dit qu'en ces entrefaites, pour quelques difficultez qui se présentèrent entre le conte d'Everstain et le susdict Hieronymo de Roda pour la garde que les Allemans faisoyent près du chasteau, sur laquelle ceux dudit cliasteau taschoyent d'empiéter, ils se passèrent quelques messages et escrits, pour lesquels s'altérant le Comte d'Everstain , il ne voulut plus retourner au chasteau , craignant d'y estrë arresté ; ce que d'ailleurs on a entendu véritablement luy fut advenu. Et s'il fut esté si bien avisé de se faire aussi quite des autres coronnels, comme souvent le sieur de Cbampaigney l'en admonesta et que sans faute ils le vendoyent, jamais les choses ne fussent venues si avant ; mais comme il estoit homme facile, les coronnels, signamment Foucre et Polweiller, ne cessoyent de l'amuser. Et se servant Roda particulièrement du Foucre, qu'il embouchoit' , le sieur de Champaigney eut fort grand travail à descouvrir au Conte les trousses^ qu'il luy donnoyent. Car aussitost que ceux-là revenoyent
» Qu'il instruisait de ce qu'il devait dire. 2 Les pièges qu'ils lui tendaient.
vers luy, ils le sçavoyent tellement enchanter, qu'il ne sçavoit à quel costé se tourner, se praticquant cependant entre ses soldats diverses séditions, par cartels', en allemand, affichez puhlicquement aux corps de garde ; desquels le sieur de Charapaigney envoya souvent au conseil d'Estat; tellement que le sieur de Champaigney dit que voyant le Conte d'Everstain si peu arresté et résolu, il fut continuelement en doute qu'il le livreroit un jour, ou le lairroit prendre à ceux du chasteau. Si est se que nonobstant ce hazard si apparent, il ne laissa de s'advanturer et attendre toute fortune qui luy sçauroit advenir, seul pour le désir qu'il avoit de servir au bien publicq et à l'acquit de sa charge. Combien qu'il fut encores adverti que ceux du chasteau, par autre voye, procureroyent de le surprendre. Et de fait une fois il firent une saillie du costé de l'église de Saint-George, après la diane% heure à laquelle pouvoit estre plus facile l'arriver au logis dudit sieur de Champaigney, qui n'estoit guères loing de la place dudit chasteau ; car de nuit la garde eut donné arme% laquelle le sieur de Champaigney faisoit tousjours recongnoistre, et procuroit par le moyen de Moussenham qu'elle fût bien renforcée vers le chasteau. Mais sur le jour comme elle "se met quasi le plus à reposer, après les rondes, lorsque les bourgeois ne sont encores fréquens* par ville, ils vindrent en bon nombre, et arrivèrent jusques à l'hôpital ; d'où sentans qu'on se commençoit de
' Placcards, afiSches, de l'espagnol cartel.
* Batterie de tambour qui se fait à la pointe du jour.
» Eut crié aux armes : de l'italien aïl arme. * Nombreux.
[ISne] DE CHAMPAGNEY. 111
mettre à l'erte', ils se retirèrent, alléguans pour excuse, que ayans ouy à telle heure descliarger quelques harcquebousades, Sancho d'Avila cuidoit que les bourgeois et la garnison estoyent aux mains, ce que on entendit fort bien ; aussi luy fît-on response qu'il n'avoit que faire de ce souci, pendant qu'il n'en estoit requis.
Allans ainsi recherchans diverses occasions, ceux qui estoyent au chasteau, pour suppediter ^ la ville, il advint que le sieur de Champaigney fut adverti qu'en leur conseil, l'on avoit résolu de surprendre l'autre rive en Flandres vis-à-vis d'Anvers , pour y faire un fort. Ce que le sieur de Champaigney ne pceut persuader au conte, qui disoit que les coronnels Allemands, pour estre ses amis, ne le consentiroyent aucunement, ou l'en advertiroyent ; car s'estant cela délibéré une fois au chasteau en sa présence, on l'avoit rejette à son respect. Mais comme le sieur de Champaigney sceut certainement que ceux du chasteau faisoyent estât de pouvoir affamer et battre plus facilement dès là la ville et qu'ils se mocquoyent avec les autres coronnels du conte d'Everstain , qu'ils prétendoient d'expulser , ressentant aussi Fransperg grièvement (comme les seigneurs du conseil d'Estat sçavent), que on ne luy avoit donné garnison en Anvers , lorsqu'on en tira les gens du Conte Hannibal d'Altaemst, il en advertit incontinent ceux du conseil d'Estat, affin qu'ils fissent par autre moyen préoccuper celle place plusieurs jours avant que les Espaignols la saisissent.
• Qu'on se mettait sur ses gardes, en défense.
* Assujétir, surprendre, de l'espagnol st'.peditar.
112 MÉMOIRES [lo7fi]
De laquelle, par après ayants monstre ceux du chasteau, leur mauvaise intention, ostant par là de faict à la ville les victuailles qui venoyent de Flandres et avec leurs gallères celles qui venoyent du haut et bas de la rivière ; comme on trouva quelque remède pour les vivres qui venoyent du costé de Sudbeverlant avec passeport du conseil d'Estat et que on abusa ceux du chasteau, ne procurants eux que de mettre famine et par ce moyen schisme en la ville, ils commençarent à tirer deux jours force coups de cannons tant du chasteau que du nouveau fort, à travers la ville, sans autre propos, quelque remonstrance qu'on leur fit. Comme plus amplement est déduit aux responses marginaires que le sieur de Champaigney a fait sur les lettres interceptées de Roda, exhibées à messieurs des Estats ; lesquelles il dit aussi avoir envoyé tout ainsi au Roy, à quoy il se rapporta, pour éviter prolixité superflue'.
Sur ceste occasion, les autres coronnels AUemans commencèrent à contrefaire les moyenneurs entre le chasteau et le Conte pour le mieux livrer. D'autre part les Espaignols se mirent à rompre les chemins entre Malines et Bruxelles, avec la commodité de la ville de Lierre % qu'ils tenoyent. Tellement qu'ils ostoyent quasi tout commerce et moyen à la ville d'Anvers, trafficquans continuellement avec ceux d'Alost pour les attirer, prétendants par leur moyen occuper
' Ces lettres, au nombre de six, sont imprimées à la suite du récit de la prise d'Anvers, en espagnol et en français, nous nous bornerons a donner cette traduction.
^ Julien Romero, à la tête des cavaliers noirs, (de zmarte ruyters ou noirs harnas), avait fortifié Lierre et faisait de continuelles excursions dans le pays environnant.
[]7ÛQ\ DE CHAMPAGNEY. 113
plus facilement la ville et en jetter hors la garnison, quoyque le sieur de Champaigney professât tousjours, nonobstant ces injures, (comme dit est), de vouloir sans plus tenir la ville franche et en liberté au service de Sa Majesté. A quoy aussi il a voit induit le conte et à n'entendre qu'à la tranquilité et commodité de celle là ; pour laquelle il l'avoit persuadé de dresser une escolte ordinaire du costé de Flandres, afin d'entretenir le commerce et asseurer les marchans des gens de guerre du Prince d'Oranges, avant l'érection du fort susdit.
Mais voyant que les Espaignols, sans vouloir entendre chose aucune, estoyent résolus de tenir pour ennemis tous ceux qui ne voudroyent adhérer à leurs desseings, le sieur de Champaigney sollicita le conseil d'Estat afin qu'il se saisit du pont de Walem et d'autres places, par où l'on pouvoit affranchir les chemins de Brabant, mettant quelques forces vers Saint-Bernard et autres maisons fossoyées' et villages tenables, d'où il estoit aisé d'oster le moyen à ceux d'Alost, au chasteau d'Anvers et à ceux de Liere de se communicquer. Ce que fut exploitté si mal à propos que l'on sçait. Et tout d'un chemin, l'on eût fourclos les correspondences à ce conseil qui estoit au chasteau, qui ne taschoit qu'à troubler de plus en plus les affaires du pays, envoyant çà et là Roda et quelques-uns d'entre eux encores leurs commandemens absolus en divers endroits, calomnians le conseil d'Estat qui estoit à Bruxelles; dont ne s'engendroit que une division,
' Maisons fortes, ou entourées de fossés.
estans plusieurs incertains s'ils suivroyent les Espaig-nols, le conseil d'Estat, ou nul des deux.
Le sieur de Champaigney advertit aussi en temps, quand le Foucre estoit pour ammener l'artillerie de Bergues au chasteau d'Anvers, des diligences et ordonnances qu'il convenoit faire pour la divertir, et conduire à la ville d'Anvers, où il y en avoit faute. Mais outre ce que le Foucre ne voulut obéir au conseil d'Estat, qui par lettres expresses luy commanda de la livrer au conte d'Everstain , le même conte exécuta froidement, sur les advertissements que le sieur de Champaigney lui donna, la charge qu'il eut du conseil d'Estat ; et en effet le conte craignoit d'irriter les autres coronnels ; aussi le sieur de Champaigney ayant addressé tous les maronniers' avec le vice-admiral à Bruxelles, selon le désir du conseil d'Estat, il estoit d'accord avec aucuns qui aisément eussent surprins les gallères de Sancho d'Avila, lesquelles pilloyent toute la rivière et secourroyent de tout ceux d'Aiost, les maintenans en leur rébellion: Dont il escrivit plusieurs fois, et advertit ceux dudit conseil, mais toutes occasions se perdirent par longueurs et irrésolutions.
Enfin, comme le conte d'Everstain quelquefois recongnoissoit évidentement la malheureuse intention de ceux qui estoyent au chasteau, il se résolut de renforcer sa garnison; premièrement d'une de ses compaignies de Maestricht et depuis on peut facilement juger qu'il receut Cornélius Van Enden, avec quatre compaignies , par l'advis des autres co-
' Les marins, mariniers.
[lô~6) DB CHAMPAGNEY. 115
ronnels, qui entendirent que le conseil d'Estat et les Estats soUicitoyent le conte qu'il fit venir en Anvers celles qu'il avoit à Bolduc ; nonobstant que le sieur de Cliampaig-ney admonestoit tousjours le Conte qu'il se donnât à garde de Cornélius, qui avoit conjuré (ainsi qu'on a ouy ci-dessus), avec ceux du chasteau dès leurs premières assemblées. Mais voyant qu'il ne prouffitoit rien, et soupçonnant de plus en plus qu'il y avoit trahison, pour la grande joye que l'on fit au chasteau, quand ils sceurent que le Conte se condescendoit à ce renfort, il en advertit ceux du conseil d'Estat, afin de s'y opposer; lesquels trouvèrent ses raisons tellement fondées, que selon son advis, ils écrivirent au Conte de non recevoir Cornélius. A quoy on pourveut si tard que encores que le sieur de Champaigney retint ces compaignies là (combien qu'elles fussent aux portes), quatre jours sans les admettre, soubs diverses excuses, à la fin, n'ayant plus moyen d'entretenir le Conte sans le mettre en suspition, les compaignies entrèrent, pource que les lettres du conseil d'Estat tardèrent trop (comme dit est). Et ces nouveaux soldats advancèrent fort la mutinerie, dès longtemps practiquée, qui survint depuis entre ceux du Conte, pour les insolents et faux langages qu'ils commencèrent h tenir. Subit aussi à leur arrivée, Cornélius en sa première harangue, présent le Conte, leur promit payement dans A)ivers; dont le Conte ne se monstra à part moins scandalisé que le fut le sieur de Champaigney et autres de la ville, quand ils rouirent. Au lieu de ces gens de Cornélius , le conseil d'Estat entendoit qu'on fit quelque com-
116 ^rÉMOIRES [1576]
paignie de la ville ; ce que le Conte ne vouloit consentir du commencement et aucuns du magistrat mesme corrompus du chasteau l'erapesclièrent à la fin, quand il s'y accomoda, Voires avo'it Ion mis divers scrupules au Conte de ce que le sieur de Champaigney avoit fait remplir le nombre des centeniers et dixeniers de la ville ; et se murmuroyent fort ceux du chasteau de ce que le Conte admit les guides en garde avec ses gens, à intercession du sieur de Champaigney ; qui le procura pour le contentement des bourgeois, qui méritoyent bien ceste confidence. On évitoit aussi par là et par les centeniers et dixeniers que tumultairement, sans ordre, la populace ne s'armât, possible à mauvaise fin.
En ces entrefaictes les gens du Conte entendirent de quelle sorte on avoit jette hors de Maestricht, la garnison qu'il y avoit', ce que le sieur de Champaigney luy avoit prédit et que on y envoyoit du chasteau d'Anvers à ceste fin, l'exhortant en temps, d'advertir ses gens qu'ils fussent sur leur garde. Aussitost, à l'enhort^ du chasteau et des complices de celluy-là, les compaignies que le Conte avoit en Anvers s'amutinèrent, disants qu'elles vouloyent sçavoir ce fait de Maestricht et à qui elles servoyent et comme ils seroyent payez , puisque deux compaignies de Fransperg (qui estoit journelement avec le Conte), s'estoyent trouvées à desfaire leurs compai-
• Les trois compagnies du comte d'Eberstein , détachées à Maestricht, en avaient été chassées le 20 octobre 1576; elles furent amenées à Anvers et combattirent avec la garnison du château. Lettre de Roda du 6 novembre 1576 ci-après.
* A l'instigation.
[ISTel DE CIIAMPAGXEY. 117
gnons en celle ville. Et les quatre de Cornélius, qui estoyent naguères entrées en Anvers , embouchées du chasteau, s'amassèrent au marché au bled, derrière le pand des tapissiers, non guère loing du logis du sieur de Champaigney, à intention de le trousser' aussitost que les soldats du Conte, qui estoyent sollicitez de ceux du chasteau, auroyent prins leur coronnel prisonnier, Ayans ceux du chasteau semé un bruit que le Conte et le sieur de Champaigney avoyent receu argent des Estats pour payer la garnison allemande et que les troussants ils trouveroyent bon conte ; dont le sieur de Champaigney advertit le conte peu avant que ses gens entreprinssent sa saisine; lequel respondit l'avoir jà entendu, et que le sieur de Champaigney pensât luy-mesme à sa seureté. Mais comme le Conte trouva moyen de se sauver et que les Espaignols et leurs correspondents ne peurent corrompre si grand nombre des gens du Conte, comme ils eussent voulu et procurèrent, celle mutinerie s'accomoda par divers debvoirs que le sieur de Champaigney fit faire soubs main avec les officiers et vers aucuns du magistrat qui trouvèrent quelque argent ; car le sieur de Champaigney s'estoit retiré aussi hors de sa maison secrètement. Tellement que ceux du chasteau, qui entreteuoyent ce soubslèvement offrans toute assistence aux AUemans, qu'ils confortoyent en leur faute, disans que à grande raison, ils s'estoyent esmeus ; espérans .s'accorder avec les amutinez d'Alost cependant, comme ils virent que ceux d'Alost ne s'accomodoyent encores et quasi appaisées les com- * L'arrêter, de l'espagnol atroiar.
lis MÉMOIRES [15-76]
paig'iiies du Conte d'Everstain, craignants les autres corouuels que pour ceste occasion, le sieur de Champaig-ney ne se voudroit plus asseurer des Allemans, ils firent à croire au Conte d'Everstain que les amutinez d'Alost marchoyent desjà ; (car le Conte le dit au sieur de Cbampaig-ney, lequel ne luy sceut jamais mettre hors de teste), et hastèrent si fort le Conte à faire un accord avec le chasteau, pour non estre prévenus par les g*ens des Estats, qu'ils savoyent aussi se préparer, pour ceste mutinerie advenue en Anvers, que le mesme Conte d'Everstain dit au sieur de Champaigney pour excuse, que ceux du chasteau et les coronnels avoyent tellement corrompus ses gens qu'il se tenoit pour certain que ses soldats ne voudroyent combattre contre les amutinez d'Alost, lesquels le lendemain matin ils luy asseuroyent seroyent aux portes de la ville. Et pourtant qu'ils s'estoyent offerts d'amis de traitter entre luy et le chasteau , et comme tels luy avoyent donné la paroUe de le faire fidèlement ; déclairant ouvertement au sieur de Champaigney que ces coronnels trouvoyent fort mauvaise la hantise si fréquente qu'il avoit avec luy.
Depuis il a dit au sieur de Champaigney qu'il avoit esté forcé par les coronnels Charles Foucre et Polweiller, le xxix* d'octobre à la nuit, de signer certains articles quasi sans les veoir, (lesquels furent couchez en espaignol, que le Conte entendoit bien peu et en stile fort éloingné de celluy des armes, qu'il avoit tousjours suivi). Comme en effect il se trouvera aussi que ni le lieutenant Moussenham , ni nul des capitaines du Conte ne furent
[15~GJ DE CHAUPAONEY. 119
appeliez, ni consultez de ceci, comme est l'ordinaire; et que on divertissoit en tout et par tout le Conte de non admettre ledit Moussenliam, es communications que les coronnels Allemans tenoyent avec luy, comme ils le trouvoyent plus fin et accort qu'il ne convenoit pour leur mauvaise intention. Et le Baron Fransperg ne signa aussi lesdits chapitres.
Ces choses considérées par le sieur de Champaigney et que le conte s'estoit esperdu, il se tint secret, craignant (comme il n'avoit nulle défense), qu'on le voudroit aussi forcer à mauvais contract. Mais tout appaisé, comme il sceut l'indignité de l'accord dressé au chasteau et que Hieronymo de Roda stipuloit pour ceux qui estoyent absents des consaux qu'il nommoit là, à quoy il n'estoit autorisé, avec ce qu'il y a au contexte une infinité d'impertinences, qui rendent du tout captieus celluy escrit, vicieus, et nul, joint que l'on y avoit fait disposer au conte d'Everstain et au coronnel Cornélius de ce que appertenoit purement au sieur de Champaigney, à raison de sa charge de gouverneur de la x'ûle, s'estant plaint aux capitaines du conte du tort qu'on faisoit à la ville et à luy, qui en estoit gouverneur establi par le Roy, ayants le conte et le coronnel Cornélius (lequel le sieur de Champaigney ne recognoissoit que comme officier sous le conte,) accepté qu'ils laisseroyent les armes des bourgeois au chasteau, ce qu'ils ne pouvoyent ni ne devoyent sans participation et consentement du sieur de Champaigney, les gens mesmes du conte s'opposèrent par après à l'exécution des conditions, signammententendansqueonvouloit donner à Cornélius Van Enden, à part, la garde de
la nouvelle ville, où estoit l'armée de mer et l'artillerie; tellement que l'esgalant au conte, à qui il avoit fait serment de servir soubs sa charge et l'o- "béir, ils se trouveroyent manifestement à la miséricorde de ceux qu'ils recongnoissoyent mieux que leur coronnel ; par oii ils dirent clairement au Conte qu'ils n'endureroyent jamais ceste séparation de garde, ni qu'on désarmât les bourgeois, desquels ils n'avoyent diffidence, ains en esperoyent secours.
Cependant aussi ceux du chasteau ne cessoyent de pousser outre leur practicque avec les amutinez qui estoyent à Alost, et cela sçavoit-on fort bien, n'ayans voulu avec tout l'accord fait avec le Conte, sinon l'endormir, luy mettans de plus en plus en teste toute la suspition qu'ils pouvoyent de la bourgeoisie, s'aidant d'aucuns du magistrat mesme à cest effect, pour mettre tout en division ; sollicitans continuelement ceux d' Alost avec l'espoir qu'ils leur donnoyent que jettez hors le conte et ses gens, les Espaignols amutinez hyverneroyent en Anvers; leur donnant aussi espérance du sacq de la ville. Dont le sieur de Cbampaigney insista vers le conseil d'Estat, par tous moyens, qu'il peut (car tous les chemins estoyent occupez), affin qu'on se hastat premier que ceux de Maestricbt et Alost se joingnissent et que pour cela il se fît maistre de la campaigne, comme il avoit représenté tant de fois, et les moyens, puisque allors il n'y avoit pas deux cents hommes au chasteau, dont la ville ne pouvoit estre endommagée, et qu'il y avoit batteaux assez et esquippez aux vlits' d'Anvers (que le Conte avoit arresté par
• Canaux intérieurs de la ville d'Anvers.
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leur ordonnance), pour empesclier le pas' de la rivière ; mais que on renvoyât les maronniers qu'on amusoit pour rien à Bruxelles. Sur quoy le conseil luy envoya patente de chef de l'armée sans qu'il l'eut demandé'; et néantmoins l'on retint les matelots à Bruxelles, qui sans fruit ont cousté ce que les Estats sçavent.
Depuis il entendit que monsieur le marquis de Havrech* venoit (à ce qu'on faisoit bruit), avec artillerie, deux mille pionniers, xxj enseignes de gens de pied et quatre compaignies d'hommes d'armes, assçavoir celle de monsieur le duc d'Arschot, celle du marquis mesme , celle de monsieur le Conte de Bossu et celle de monsieur le visconte de Gand* et
' Le passage.
* Au mois de février 1574 , le commandeur de Castille avait prié Champagney de prendre le commandement de la flotte, à la place de son ami, le sieur de Beauvoir, malade à Berghes; Champagney l'avait d'abord refusé, mais il finit par l'accepter au mois de mars suivant; ayant dû quitter Anvers à la suite de la mutinerie du mois d'avril, le vice amiral Adolphe de Haemstède resta seul ; enfin , par lettres patentes du 23 octobre 1576 , « Sancho d'Avila fut déporté et descliargé de Testât de chief et <■ superintendant de l'armée de mer et à sa place fut commis " Frédéric Perrenot, chevalier, sieur de Champagney, Saint- « Loup, etc., gouverneur, chief et capitaine de la cité d'An- « vers... » Archives de l'audience ,1111. Correspondance de Philippe II, III, 27, 94.
' Charles Philippe de Croy, marquis d'Havre, frère du duc d'Arschot, avait été nommé général de toute la cavalerie levée ou à lever, le 27 septembre 157G ; une patente du 2 octobre suivant, le nommait » chief et capitaine général des bandes d'orn donnances et des chevaux-légers pistoliers. » Archives de l'audience. 1. c.
♦ Robert de Melun, vicomte de Gand, sieur deRichebourg, outre sa bande d'ordonnance, commandait un régiment de huit enseignes de piétons. Patentes du 9 octobre 1576. Archives de l'audience.
que feu monsieur de Bievre ammenoit six compaignies de chevaux légiers'. Outre ce, monsieur de Floyon se debvoit joindre à eux avec ses compaignies, lequel se perdit depuis % en la sorte que luy dit le sieur de Champaigney il ne debvoit conter en celle assemblée puis qu'il y estoit pour le réciter luy mesme, s'il le treuvoit bon. En effet si ses forces se fussent advancées au temps qu'on le sollicita, et que l'on a voit promis d'approcher Anvers, l'on y fut arrivé quatre jours plus tost qu'on ne fît, lorsqu'il y avoit peu d'hommes au chasteau, (comme dit est) et que encores Sancho d'Avila et Roda n'estoyent concertez avec les amutinez, pendant aussi que la cavallerie légière des Espaignols et bonne part de l'infanterie estoyeut dans Maestricht. Par où il fut esté aisé de se planter et fortifier en tels liens et de telle sorte et avec telle commodité pour les vivres, tenant la rivière haut et bas, que le chasteau n'eut sceu recevoir le moyen qu'il attendoit pour mal faire. Et pour ce remède il y eut assez d'avis donnez, et temps assez, voires trop plus qu'il n'en falloit, s'il eut esté employé es places avantageuses, telles que le sieur de Champaigney diverses fois avoit desseigné ; que l'on eut fortifié utilement pour toutes occasions en peu d'heures, sans qu'il fut besoing que les gens
* Adrien de Rubempré, baron de Rêves, sieur de Bièvre, reçut le 7 août 1576 , une patente de capitaine de 600 hommes h, cheval «pour les employer contre lesesmotions et séditions des gens « de guerre espaignols mutinez et aultres qui se pourront « joindre et mutiner avec eulx. « Archives de Vaudience.
2 Les troupes de Floyon furent défaites par Julien Romero, comme elles se disposaient à occuper Maliues. Lettre de Roda, ci-après, 6 novembre 1576. — Mss. 15,888. f" 31.
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des Estats entrassent en Anvers , comme oncques n'avoit esté l'intention du sieur de Champaigney, mais que par leur approche, on réprimât et barrât les correspondences du chasteau, comme il estoit facile et de tenir serrez ceux qui y estoyent. Voires s'en pouvoit-on faire maistre facilement, comme on a assez fait entendre. Mais celle exécution ne toucboit au sieur de Champaigney, qui n'avoit nulles gens de guerre à soy ; somme l'on perdit quatre ou cinq jours.
Enfin les trouppes des gens de guerre susdites vindrent sans artillerie ni aucuns pionniers et s'addressèrent droit aux portes de la ville d'Anvers, le ij'' de novembre xv^ lxxvi après disner , sans ordre pour leur entrée ni advertence, au lieu de saisir des places au dehors, qu'on avoit advisé, pour s'y accommoder ; car quant à la ville, il n'y avoit que trop de gens pour la garder, avec fort bonne provision et repartiment, que les Wallons rompirent et troublèrent par après, pource que les compaignies du conte, sans celles de Cornélius Van Enden, bastoyent avec les bourgeois', lesquels le sieur de Champaigney eut mis en ordre, à la faveur de ce camp sans rumeur, d'autant que lors on ne luy eut peu contredire, et eut mis encores hors les gens de Cornélius, si on l'eut trouvé ainsi convenir. Et jà tout estoit en tel estât qu'il n'y avoit maison qui n'eut fourni un homme esquippé si on eut voulu, l'une portant l'autre et davantage. Sans s'estre néantmoins souslevez ni bougez les bourgeois par tant d'outrages receus : ains se sont maintenus en toute modestie tous-
* Les compag-nies du comte suflSsaient avec les bourgeois.
jours avec grande obéissance, recevants et attendants commandement et ordre de leurs chefs , qu'en peu d'heure se pouvoit mettre , et y eut esté passé quelques jours, s'il n'eut esté empesché (comme sus est dit), tant par la doubte| du Conte que depuis par les practiques d'aucuns mesmes du magistrat. Et si le sieur de Champaigney n'eut esté contreminé dès pieçà et mal secondé par aucuns, qu'il ne voulut spécifier pour non aigrir davantage la bonne correspondence qu'on doibt procurer par tout, il n'y falloit autres piéçà que les bourgeois pour garder leur ville, aussi bien et mieux que à Amsterdam et autres lieux. Laissons à part que les neuf compaignies du Conte estoyent des meilleures de tous les Hauts Allemans, mieux aguerries, disciplinées, plus obéissantes et de meilleurs et plus vaillants officiers, comme il s'est veu, car la pluspart y sont morts combattans ; et tous s'entendoyent fort bien avec le sieur de Champaigney, sçachans à un clin d'œil, ce qu'ils debvoyent faire; pource que jà piéçà dès que l'on commença à congnoistre l'intention de ceux du chasteau et leurs négociations avec les amutinez d'Alost et que Roda et ses complices prétendoyent jetter hors la garnison qui estoit en Anvers et s'en faire maistres, pour en user à leur volonté, comme on ne se pouvoit trancher contre le chasteau, pour ne rien esmouvoir sans grande occasion, l'on avoit toutesfois ordonné toutes choses de sorte qu'on eut receu dans les rues hors du canon du chasteau, arresté et combattu l'ennemis, voire enserré. Auquel effect toutes provisions estoyent prestes et les corps de garde répartis, pour se renforcer et secourrir l'un
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l'autre ; tellement que sans faute ni la cavallerie ni l'infanterie qui survint n'eut rien fait; ce que le lieutenant coronnel Moussenham pourra encores tesmoigner et autres du régiment ; car les capitaines et oflS.ciers sçavoyent jà toutes leurs advenues et estoyent prévenus de ce qu'ils debvoyent faire, avec tel ordre qu'il y eut eu temps pour employer fort bien encores les bourgeois sans tumulte, puisque la pluspart des gens qui pouvoyent estre de service avoyent tous armes et des centeniers et dixeniers le sieur de Champaigney portoit tousjours la note sur soy et de tous ceux qu'en telle conjoncture on debvoit employer , pour mettre en peu de temps la ville en arme , en un besoing ; qu'estoit toute la diligence qu'il avoit sceu faire quant aux bourgeois, pour les contradictions susdites. Mais par le changement de place, les gens du conte d'Everstain furent mis en confusion et rompus des Wallons , qui avoyent entreprins de garder le quartier de la ville vers le chasteau, outre ce qu'ils furent depuis trahis par leurs compaignons, soubs la charge de Cornélius Van Enden; si est ce que plusieurs bourgeois firent encores, selon le désordre, autant vaillamment le jour du combat que hommes au monde sçauroyent faire.
De là rentrant en son propos, il dit que n'ayant encores le conte d'Everstain rien ouy de ces gens que le conseil d'Estat envoya, le sieur de Champaigney le vint incontinent treuver sans garde, pour ne le troubler et entendre ce qu'il diroit ; subit on les advertit au logis du Conte que ces trouppes venoyent droit à la ville. Par où le sieur de Champaigney
bien esbalii de cest abbord, (qui ne pouvoit servir que à altérer la garnison et causer esmotion en la ville), il conseilla au conte d'aller à la muraille, pour contenir les Allemans, qui ne sçavoyent aussi comme entendre ceste venue, doubtans que on les voulut trahir, dont eut peu suivre quelque hostilité. En ces entrefaites vindrent les trois coronnels Polweiller, Fransperg- et Charles Foucre sur le rampart, qui commencèrent loing du conte, à solliciter ses gens, pour les amutiner de nouveau. De quoy le sieur de Champaigney fut le premier qui s'en apperceut et l'en advertit. Aussi tost le conte y accourrut, ayans jà commencé les serviteurs de Charles Foucre à se ruer sur aucuns bourgeois, pour attacquer les soldats et les bourgeois ensemble. A la fin, en présence du conte mesme, Polweiller commença à haranguer les soldats et les autres deux coronnels à le suivre, pour les commouvoir contre leur chef, tellement que le conte et Polweiller vindrent à parolles et quasi au fait, car le conte luy dit qu'il allât garder Nivelle ', et garantir ses gens, qu'on en avoit chassé honteusement, sans coup frapper, et qu'il ne meslàt des siens, ni de sa garde, puisqu'il n'avoit que voir ni que commander en Anvers. Si est ce que le sieur de Champaigney ne pust sinon reprendre bien fort la trop grande souffrance^ du conte, qui debvoit faire tuer ces coronnels sur le champ. Enfin si bien print que aucuns des gens du conte d'eux mesmes
' Une partie du régiment de Polweiler venait d'être chassé de Nivelles, Fleurus et Gembloux. — Mémoires anonymes, 1,223.
- Patience.
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baissèrent les armes, sans plus, contre Polweiller, qui de paour se retira au chasteau, avec les deux coronnels ses compaignons. Tout ceci plus de mille personnes le virent et entendirent, qui en peuvent tesmoigner.
Lors le conte d'Everstain et le sieur de Champaigney voyans les g-eus des Estats appuiez à la porte de la ville, envoyèrent pour entendre leur entretien. Sur quoi le sieur de Champaigney dit au sieur de Câpres qu'il se pouvoit souvenir que le conte et luy se plaignirent fort à luy mesme, qui entra vers eux et porta la parolle pour les gens des Estats, de ceste façon dont ils estoyent venus et que le sieur de Champaigney luy dit où s'estoit que les gens des Estats se pouvoyent loger hors de la ville à seureté et à propos, pour l'assister si besoing faisoit, et pour estre secondez des gens du prince d'Oranges, puisque monsieur le marquis d'Havrech asseuroit que la paix estoit accordée avec luy par le conseil d'Estat et les Estats'. Et comme le sieur de Champaigney
' Dès la fin de septembre, les États de Brabant, de Flandre et du Hainaut, puis les Etats généraux avaient demandé de traiter avec le prince d'Orange de la pacification des provinces ; il s'était empressé d'accéder à leurs propositions et il avait envoyé des députés à Gand ; il avait, en outre, secouru de troupes cette ville menacée par la garnison de la citadelle , et malgré l'incertitude où il était sur le parti embrassé par le comte d'Eberstein et par Champagney, il se montrait disposé à donner des secours à Anvers ; il écrivait en eff"et le 31 octobre, à ses députés : » J'ai mandé quatorze ou quinze compaignies d'Hollande , pour les employer au secours d'Anvers , mais comme je ne sais quel ordre je debvray suivre en cela, ce que lesdites compaignies auront à faire et avecq qny à se ranger, je vous prie d'en parler avecq messieurs les députez de delà , aussi de ;< sonder d'eulx quelle correspondance il y a entre eulx et les
entendit que aucuns des principaux qui venoyent avec les gens des Estats , faisoyent bruire de vouloir donner quelques faux assauts la nuyt, pour essayer d'entrer en la ville et ce que leur pourroit ressortir, il envoya parler à eux pour rompre ce desseing, voyant la confusion que cela pouvoit causer, pour ce tumulte que les coronnels avoyent 'procuré l'après disner. Ainsi outre ce que l'intention du sieur de Cbampaigney n'avoit jamais esté de recevoir les gens des Estats , pour n'estre nécessaire et que le conte n'y a voit jamais pensé, en ceste conjoncture il ne fut nullement esté conseillable , où il y avoit apparence d'un si grand tumulte, voyant les soldats Allemans esmeus d'un costé, comme incertains de la cause d'une si subite venue des gens des Estats et d'autre part ayans ouy les exhortations de ces coronnels, n'estans les Allemans appaisez que de trois jours d'une si grande mutinerie et les bourgeois d'autre part concitez de ce rumeur que les vallets de Charles Foucre avoyent procuré entre eux.
Les trois coronnels retirez au chasteau, mandèrent sommer le conte d'E vers tain de l'accord qu'il avoit fait avec ceux qui y estoyent , luy ayants cependant fait peu d'heures auparavant ce gentil garbouille; par là manifestèrent assez ce qu'ils luy avoyent tousjours machiné et le peu d'estime qu'ils faisoyent de son cerveau, pensans encores avec tout cela l'amuser. Mais le Conte leur respondit comme ils méritoyent ; et ayant sceu avec le sieur de Cbampaigney, que l'on avoit surprins près de Malines les
« sieurs comte d'Ebersteyn et Champagny. » Correspondance de Guillaume le Taciturne, III, 113, 115, 120, 139.
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lettres que Sanclio d'Avila et Roda escrivoyent aux amutinez d'Alost, depuis l'accord que eux et les susdits coronnels Allemans avoyent fait avec le conte d'Everstain, par lesquelles on leur offroit trois passages pour venir en Anvers, dont l'un signamnient estoit par Termonde, les asseurant que le fils du baron de Polweiller, qui estoit là, leur donneroit moyen : lesquelles lettres de Sancho d'Avila et de Roda, monsieur le marquis de Havrech apportoit, avec autres depesches servans à leur complot, comme tous les seigneurs de ce camp là scavent; au sieur de Champaigney fut apportée aussi une autre lettre que l'Electo des amutinez d'Alost' escrivôit à Sanclio d'Avila, par laquelle il luy mandoit qu'il se mettoit en chemin suivant son désir, ce que conformoit à ce qu'on avoit desjà veu, passé quelques jours, des lettres que Roda escrivôit tant pour l'Espaigne au secrétaire Çayas, que à autres lieusS auxquels il déclairoit manifestement qu'il avoit intention d'occuper Anvers par le mesme moyen que lors il pratticquoit
' Cet electo nommé Jean Navarese, fut tué à l'attaque d'Anvers; les officiers espagnols l'avaient laissé ù la tête des mutinés. Voir ci-après la lettre de Roda, du 6 novembre 1576.
* C'est une allusion aux lettres du Roi et du secrétaire d'État Çayas, répondant à celles de Roda ; interceptées au mois d'octobre, elles furent communiquées par le prince d'Orange aux: États généraux et aux magistrats des villes; elles annonçaient la résolution de désarmer les États, « de donner aux Espaignols « congé de faire pour leur seureté et maintenement, ce qu'ils « trouveront convenir, avec menasses bien expresses , nommé- <i ment sur monsieur dArscot et monsieur de Champagney et « tous autres qui sont de leur humeur, qui est de nestre trop af- « fectionnez aux Espaignols. » Groen van M. Prinsterer,Y, 450. Correspondance de Guillaume le Taciturne, III, 127. Ci-après lettre de Balthazar Lopez, 7 novembre 1576.
lîiO MÉMOIRES [157G]
d'où on rit évidentemeiit de quelle fo}'^ ceux du chasteau et les coronnels avoyent traité avec le conte d'Everstain.
Toutes ces choses considérées et les lettres expresses du conseil d'Estat réitérées, qui enchargeoyent le conte et le sieur de Champaigney bien expressément de recevoir les gens des Estats que ledit sieur marquis ammenoit, voire avec protest de se donner à garde que le mesme n'advint en Anvers qu'estoit advenu à Mastricht, jusques à les admonnester que le conseil d'Estat estoit certainement adverti que ceux du chasteau avoyent quelque desseing particulier sur les personnes dudit conte et le sieur de Champaigney, (lesquels surprins pourroyent mal respondre de la ville), jointe à cela l'instante réquisition des Estats, pour asseurer et le conseil et iceux Estats que le Conte et le sieur de Champaigney ne prétendoj'ent autre chose que la bonne direction des affaires du pays et le sieur de Champaigney particulièrement d'obéir audit conseil d'Estat, suivant la charg-e que ledit conseil avoit, par Sa Majesté, du généralat aux pa^-s, sans que Sa Majesté eut signifié autre volonté, nonobstant que passé quelques mois, il fut informé par le sieur de Champaigney des altérations survenues au pays, (comme dit est), qui sçavoit ses lettres avoir esté addressées piéçà, outre ce que depuis par deux autres lettres encores, lesquelles il sçavoit estre passées Paris, il avoit particulièrement donné Conte à Sa Majesté, mesmes en divers temps, de Testât auquel la ville d'Anvers se trouvoit et que ceux du chasteau prétendoyent s'en saisir et la saccager, dont la minute est venue, entre
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autres papiers du sieur de Champaigney, aux mains de Hieronymo de Roda, à ce qu'un escrivain sien, qui est encoresavec luy, lequel fut arresté en Bruxelles, avait conté en présence de monsieur de Hese, qui asseura aux Estats l'avoir ouy ; les rumeurs susdits appaisez que ceste venue abrupte des gens des Estats avoit causé en la ville, estaus requis le lendemain matin derechef le conte et le sieur de Champaigney par le sieur de Câpres et depuis en personne par monsieur le marquis d'Havrech, ils se contentareut, et le Conte se laissa persuader à recevoir quelques compaignies des Estats, plus pour asseurer le conseil d'Estat et les Estats de leur obéissance et fidélité que autrement. Mais comme ledit sieur marquis fit instance que le tout fut receu, disant ouvertement au sieur de Champaigney que les gens de guerre qu'il avoit avec luy ne pourroyent soustenir en campaigne, si les Espaignols venoyent à l'impourveue ; si bien il luy dit qu'il ne se doubtoit de ceux d'Alost, d'autant qu'il avoit pourveu de batteaux la rivière de Maliues, comme il fut aussi escrit au conseil d'Estat et aux Estats; sçachant bien, d'autre part , le sieur de Champaigney que la nouvelle de la défaicte de monsieur de Floyon avoit estonné ' ces gens de guerre, qui n'avoyent artillerie , munition, ni pionniers, ayans desjà abandonné en chemin quelques pièces de campaigne en marchant, il se contenta, avec le conte d'Everstain, de les accommoder, pour les redresser*, et pourveoir h ce qu'il conviendroit ultérieurement, d'autant principale-
' Ébranlé. — intimidé. - Raffermir. — onooiirager.
ment que le sieur de Cliampaig-ne}'- considéroit que en cas qu'il mesj)rint' h ces gens, pour ne les avoir recueilli, outre l'inconvénient qui redondoit" à Testât général des pays, estans les commandemens du conseil d'Estat si exprès, ou advenant autre inconvénient, on ne l'admettroit h excuse aucune, pour n'avoir obéy. De sorte qu'ils furent reçus sur les dix heures du matin, pour leur seureté et non pour besoing aucun que la ville en eut.
Cela arresté, monsieur le marquis remerciant de la part du conseil d'Estat et des Estats ledit conte et le sieur de Champaigney des bons debvoirs qu'ils avo^'ent fait, tant pour le service de Sa Majesté que des Estats, ayans si bien maintenus celle ville contre les rebelles, il présenta à tous deux, sans en estre requis, naturalité es pays et signamment de la part de Brabant, qui les faisoyent capax de tous estats, ofBces et prérogatives, les recevant en ses corps et ses collèges pour patriotes, comme s'ils fussent nez en Brabant ^ Et quand et quand" choisit pour son infanterie et print à sa charge la garde des advenues du costé du chasteau, tellement que les Wallons s'encheminarent vers l'abbaye de Saint-Michel, et le sieur de Champaigney donîia quartier à la cavallerie vers le marché aux chevaux, laquelle il fît guider par Cornélius Sterck, fils de l'ammand d'Anvers, qui s'y offrit. Subit* comme plusieurs marchands Espaignols et Italiens commencèrent à fuir vers le chasteau sans propos, car le sieur de Cham-
> Qu'il arrivât malheur. * Résulterait.
' Voir la notice sur Champagney.
* En même temps. * Soudain.
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paigiiey g-aniutit tous ceux, qui demeurèrent en la ville , donnants ceux-ci occasion de désordre paraprès, d'autant que les Wallons prétextèrent la recherclie de leurs maisons, comme d'ennemis qui s'estoyent déclairez; entendans ceux du chasteau, par ces marcliands, l'entrée des gens des Estats, ils commencèrent incontinent, sans plus ni plus, ni mander chose aucune ni au conte, ni au g'ouverneur, à canonner sur la ville à toute furie et firent, tost après, une saillie du chasteau hostilement avec le feu, tellement que s'attachant l'escarmouche, que une compaig-nie françoise du seig-neur de Fontaine, soubs monsieur de Eguemout' soustint et repoussa fort gaillardement, l'on fut d'advis de joindre' le conseil, que ledit sieur marquis convocqua, se portant pour général et y appella avec soy ledit conte d'Everstain, le sieur de Goignies, monsieur de Câpres, feu monsieur de rieci, monsieur de Vers, (capitaine soubs monsieur de Floyon et autrefois lieutenant coronnel de monsieur de Champaigney, qui de cas de fortune s'estoit venu refaire en Anvers d'une maladie) et le mesme sieur de Champaigney.
Or, comme il fut là conclu, attendu que ceux du chasteau y procédoyent ainsi , qu'il convenoit de se trancher*, le sieur de Champaigney, pource qu'il n'y avoit nul entre eux qui sceut les addresses et advenues de la ville, à ce costé là, fit apporter un des-
• Philippe d'Effmont, fils aine de l'infortuné Lamoral, avait été élevé avec beaucoup de soin à la cour de l'Empereur Maximilien II ; il fut reçu en triomphe par la population de Bruxelles et nommé colonel de dix enseignes, le 24 septembre 1576. Archives de l'audience, 1117.
* Réunir. ' Ouvrir la tranchée.
seing à leur requeste, qu'il avoit quelquefois communiqué au conte d'Everstain et quand et quand fit venir un ingéniaire sien amis , (car monsieur le marquis n'en avoit nul avec soy), et arresté ce qu'il convenoit faire ; voyant que le sieur marquis n'ammenoit pas les pionniers que on avoit dit, il fît ordonner en la ville de sorte que ledit sieur marquis fut servi , en moins d'une heure, de dix à onse mille personnes pour travailler et de toutes sortes d'instruments requis à faire tranchées, et quand et quand de balles tant de laine, houblon, pastel, que autres, à suflS.sance, pour se fermer en un moment, ores qu'il n'y eut eu autre chose que cela. Et brief de toutes provisions que gens de guerre eussent sceu souhaiter il n'y en eut faute. Sur le mesme desseing aussi le sieur de Champaigney monstra et assigna à monsieur de Goignies, mareschal du camp , toutes les gardes requises, lesquelles le sieur de Goignies alla recongnoistre au mesme instant, accompaigné du sieur de Vers, qui avoit fait autrefois la garde en Anvers, en la charge susdite, soubs le sieur de Champaigney, du commencement que le grand commandeur de Castille don Louis de Requesens gouvernoit les Pays-Bas. Tellement que au rapport que fit le sieiir de Goignies, il se satisfit grandement de toutes ces gardes là et du repartiment que luy avoit esté donné.
Selon ce, les Allemans se retirèrent plus en dedans la ville, et les Wallons s'arrengèrent à celle advenue par ordre du susdit sieur marquis, prenans dès la porte impériale, ou de Saint-George, jusques à Saint-Michiel : assçavoir sept, enseignes du conte
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d'Egueniûiit, Luit de monsieur de Beercele, que les coronnelsmenoyent en personne, trois de monsieur de Hese, et trois de Namur'. Et ne voulut le sieur de Champaigney qu'on leur donnât logis, car aussi bien ne faisoit-il pas conte de les retenir en la ville, sinon qu'ils demeurassent aux tranchées, puisqu'il faisoit beau temps, et que les capitaines en soingnasseut, jusques à ce qu'ils fussent en deue deffense. Et affin qu'ils n'eussent occasion quelle quelle fût d'abandonner ce lieu, le sieur de Champaigney les fit furnir de vivres, qu'il fit conduire en l'abbaj^e de Saint-Michiel fort abondamment et si fut encores contraint ordonner -distributeurs desdits vivres à ladite abbaye, d'autant qu'il n'y avoit nul qui en eut la charge en ceste expédition. Mais au lieu de soingner du tranché, la pluspart des officiers et des principaux et autres de celle trouppe, commencèrent à s'esgarer pour chercher les meilleures maisons, et les soldats à leur exemple, (n'ayants nul qui les commandât), à procurer d'en saccager des autres. A ceci, d'autant qu'il n'y avoit nul prévost , ni officier de justice*, le mesme sieur de Champaigney fut contraint d'aller, en personne, en diverses maisons chasser dehors à coups d'espée les soldats qui pilloyent, non sans passer hazard de sa personne en plusieurs
' Les états de chaque province avaient ordonné la levée d"un régiment; lune des compagnies de celui de Namur était commandée par Xavier de Salmier, sieur de Chaleux. Patente du 13 octobre 1576. Archives de l'audience, 1117.
2 Le compte rendu aus. États généraux , le 24 octobre 1578, par Thierry Van der Becken, trésorier des guerres, prouve qu'à cette époque les régiments à la solde des États étaient presque tous dépour\'us de ces oflBciers. Archives générales, compte n° 25. 547.
liens, voyant qu'il n'y avoit autre ordre. Tellement qu'il luy fallut perdre en ceci quelques heures, sans qu'il sceut obtenir cliastoy d'un seul. Et comme il ne vouloit admettre nulle force indeue, il eut encores peine de sçauver quelques Espaignols malades qui furent trouvez à l'hospital de Saint-Michiel, pour les eschanger avec quelques AUemans du conte d'Everstain, qui estoyent au cliasteau, tant acharnés estoyent ces soldats contre ceux qui ne leur faisoyent nulle résistence, et au pillage. Aussi monsieur le marquis vouloit que l'on troussât le bourgmaistre Van der Meeren, et quelques autres du magistrat et l'ammand, lequel sur le champ il faisoit conte d'envoyer à l'armée du prince d'Oranges. Mais le sieur de Champaigney le fit sauver chez soy et ne voulut consentir à ces autres appréhensions ; non qu'il ne sceut que de vray il y en avoit, en ce nombre, qui ne valoyent guères, mais outre ce qu'il y avoit autre chose à faire, ayant tousjours respecté justice, il n'estoit délibéré consentir tels exploits violents , du moins sans préallable forme, oi^i il avoit la charge du gouvernement.
Le vespre, comme se vint à asseoir la garde, il se treuva faute d'officiers entre ces Wallons, de sorte qu'il en fallut faire aucuns sur le champ; monsieur le marquis, comme général, donna le mot du guet, sans contradiction du conte d'Everstain, et le sieur de Champaigney le récent, comme du général déclairé par le conseil d'Estat à la conduite et exploit de ces gens de guerre. La nuit le sieur de Champaigney dit qu'il trouva, parmi ces Wallons grand effroy, dont il se desgousta fort et de ce qu'il ne vit nul
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chef prmcipal à la tranchée. A hujuelle il mena monsieur de Goig-nies pour y donner ordre, et reveoir les fautes que l'on y avoit fait par tout, à cause qu'elle avoit esté mal sollicitée par ceux auxquels lu garde estoit distribuée. Et mesme en aucuns lieus ils n'avoyent voulu suivre la trace de Tingeniaire, partie de paour, partie pour l'opiniastreté d'aucuns capitaines, qui firent par là perdre un flancq entre autres, au tranché qui respondoit à la rue dite de Baguinestrate' , lequel cousta cher par après ; toutesfois le desseing ne pouvoit estre meilleur , ni plus clair, au dire de tous ceux qui furent au conseil ; lequel le sieur de Champaigney ne sceut faire tenir, quoy qu'il fit; car sur le tard, ayant fait entre autres une reveue, ne pouvant assister par tout, comme il eut Lien voulu, veant le peu de cueur des gens de guerre, et combien ils mancquoyent à eux-mesmes, après avoir de lieu en lieu recongneu et assisté le tranché, s'exposant à la miséricorde de l'artillerie du chasteau, qui n'avoit cessé, pensant donner courage aux ouvriers, il ordonna quelques uns du magistrat, qu'il estimoit plus volontaires, à chacqu'une advenue, pour animer les travaillants pendant qu'il alloit ça et là; mais les bons eschevins se soûlèrent^ bientost de ceste vie, ores qu'il leur avoit enseigné quelques lieux assez asseurez ; si ne leur pouvoit on donner tort, voyans si mauvais exemples aux soldats. Les fautes revisitées, comme la plus part de la nuit estoit fort claire de la lune, monsieur de Goignies et ledit sieur de Champaigney furent d'advis qu'il fal-
' Rue des Béguines. - Se fatiguèrent.
loit attendre quelques peu d'heures de la première nuit suivante, qui estoyent obscures, pour les rabiJler, selon les gens qui s'en estoyent meslez, voyant la grande paour qu'ils avoyent du canon. Toutefois la terre fut levée de sorte qu'elle couvroit plus de cincq ou six pieds de mesure où elle estoit plus courte, et en tel lieu au double. Vray est que la lascbeté et crainte n'avoit laissé faire le fossé par dehors, ni à propos, comme il estoit ordonné. A quoy ceux qui avoyent charge de ces gens de guerre debvoyent tous surveiller. Tellement que le nonchalloir fut la vraye faute, non celle du temps.
Pour ceci le sieur de Champaigney estoit bien résolu de mettre autre ordre le lendemain, sans employer ces soldats, desquels il avoit tout son saoul, lorsqu'il esperoit estre un peu plus désoccupé, jà qu'il commençoit à recongnoistre à quelles gens il avoit à faire. Et si on luy eut donné loisir d'exploiter ce qu'il avoit pourjetté, il eut esquippé ses bourgeois en peu d'heures, de sorte qu'ils eussent peu soigner de leur ville; et si le Conseil d'Estat l'eut treuvé bon , la deffendre et soustenir , de là en avant sans autres soldats. Il faisoit aussi conte que suivant l'advis qu'il avoit donné au conseil que monsieur le marquis d'Havrech tint l'après-disner , que ledit sieur marquis feroit recongnoistre celle nuit une assiette proche du chasteau, vers la Marcgraveleye ' . aux jardins de Hinxthove* et en quelques autres endroits près de la ville quasi munis de soy, où la cavallerie et l'infanterie se pouvoit camper inconti-
• Marckgravenlye. Van Meteren, 123.
' Hengsthoven. 1. c.
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nent, estant jà fossoyé le lieu et facile à couvrir, et d'où l'on eût serré le chasteau de si près, qu'il n'y eût eu moyen d'y recevoir personne, ni d'en sortir, ni par conséquent d'agresser la ville; mais il semble que ces gens de guerre se treuvoyent mieux en ville que aux champs ; tellement que on n'envoya personne recongnoistre ces endroits là, ores que l'assiette qu'on prétendoit pour eux, de soy estoit forte et à peu se fut mise en sa perfection. Tout le reste de la nuit le sieur de Champaigney l'employa à planter au jardin des escrimeurs ce peu d'artillerie qu'il avoit, et le fit en personne, sans autre aide que d'aucuns bourgeois et de ses domestiques. Laquelle fut mise là pour contrebattre celle du chasteau, qui canonnoit furieusement. Nonobstant quoy et qu'il y perdit quelques gens, (car il y avoit grand hasard), elle fut accommodée de sorte que à ce costé là il n'y eut que redire. Et affin que on entendit comme ces gens de guerre des Estats estoyent mal pourveus , il conta qu'ils entrèrent quasi la plus part sans poudre , tellement que la provision que le sieur de Champaigney en avoit fait, leur vint bien à propos ; si est se qu'il n'y avoit homme de toute l'armée des Estats qui sceut celle qui y estoit.
La nuit passée , après avoir reveu par la ville si tout estoit quoy', comme il alla treuver monsieur le marquis à Saint-Michiel, où il estoit logé, ils arrestèrent quelques bans* ou cris publicqs, pour empescher la pillerie des soldats, et mit l'on quelque ordre
• Coi, — tranquille.
* Ordonnances , — édits publiés à son de trompe ou de tambour.
liO MKxMUIRES [1576]
pour la justice. Après ledit sieur marquis, les sieurs de Goigiiies , Câpres , Pleci et de Cliampaigney allèrent au logis du conte d'Everstain, pour tenir conseil. Lequel conte pria le sieur de Champaigney de luy donner la lettre dont a esté faite mention, que l'electo des amutinez avoit escrit à Sancho d'Avila, pour s'en servir à confusion des coronnels allemands, qui l'avoyent voulu abuser; le sieur de Champaigney la luy livra et dit que le conte la mit en une de ses faltricquettes ' après qu'on l'eut monstre à monsieur le marquis et au sieur de Câpres, outre plusieurs autres qui l'ont veu. Et le sieur de Goignies dit qu'il en avoit ouy parler, ores qu'il ne la vit ; car il estoit sorti pour donner ordre que la cavallerie et partie de l'infanterie, allât aux champs, pource que on descouvroit quelques gens, environ onse heures, que l'on soupçonnoit estre des ennemis; et le sieur de Champaigney doubtoit qu'ils venoyeut de Liere, pour brusler les moulins. Cette advertence ceux de la ville la firent, qui ne les apperceurent que près, à cause de une grosse bruine, d'autant que on n'avoit fait sortir nuls courreurs dès que les gens des Estats furent entrez en la ville, ayants toutesfois tant de compaignies de chevaux inutiles. Par où l'on fut surprins de plus près qu'il ne convenoit. Car de vray s'estoyent les ennemis à bonnes enseignes, comme on vit tost après au midi, estans entrez au chasteau, par le costé qui est hors de la ville, sur laquelle ils firent une saillie quand et quand vers les tranchez des Wallons. A ceste arme"
* Poche, de Yes^agnol faUriquera.
2 Cette alerte ou attaque.
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comme aucuns s'en rioyent, le sieur de Cbampaigney leur dit qu'il n'y avoit de quoy, car les Espaignols estoyent soldats qui n'essayeroyent rien , mesmes à telle heure, sans propos. Et montant en diligence achevai, trouva l'armée qui renforçoit, arrivant vers la rue des Juifs. Tellement qu'il ordonna que de rue en rue on fit armer les bourgeois, et qu'ils s'assemblassent au Marché aux bœufs, et à la bourse des Anglois, où il faisait conte d'aller incontinent qu'il auroit reveu le tranché. Lequel il estimoit seroit bien assisté, comme il estoit haute heure, et qu'il auroit loisir pour arranger quelque nombre de ceux qu'il trouveroit des bourgeois mieus en ordre; aussi qu'avec ceste occasion il viendroit à chef plus à propos, hors de toute contradiction, pour les réduire en compaignies.
Ainsi passant outre en toute haste, il vint à la terrasse des escrimeurs, à laquelle les ennemis tiroj^ent si furieusement que une pièce n'attendoit l'autre, pour l'artillerie qu'ils y apperceurent mise par le sieur de Champaigney, laquelle il fît jouer de sorte, voyant leur résolution, qu'elle endommageoit fort celle du chasteau, à ce qu'il a entendu depuis, car il ne fit tirer que lors ; et si leur en eut il encores mis tout à loisir ailleurs, qui leur eut bien tourmenté leurs pièces davantage, si les Wallons eussent tenu bon, jà que le chasteau estoit délibéré de ne laisser la ville en paix. Enfin voyant que tout estoit là assez bien pourveu, il y laissa le seigneur de Baudenguien, et depuis y envoya le sieur de Vers, son cousin, pour y maintenir ordre ; et passant au tranché de Saint-George, qui estoit en bon estât, au
sortir de celluy là, il treuva Cornélius Van Enden vagabondant, lequel luy dit qu'il alloit cherchant de la poudre; de quoy le sieur de Champaig-ney eut suspition; toutesfois voyant qu'il estoit temps de dissimuler , il le pria doucement qu'il se retirât vers ses gens, et que s'il avoit là homme confident, qu'il envoyeroit le capitaine Michiel Spranckneis, allemand avec, (qui estoit domesticque dudit sieur de Champaigney,) pour luy faire délivrer ce qu'il demandoit, comme il fit. Depuis on entend que sans que Cornélius, ni ses gens en eussent oncques besoing, (comme il se vit), il en manda querre tant de fois coup sur coup, qu'il sembla bien qu'il en pensoit affautir'; mais la provision estoit meilleure qu'il ne scavoit.
De là le sieur de Champaigney vint à la rue dite Baguinestrate et entrant par là au tranché, qui y estoit assez long, et sans autre issue, ayant mis pied à terre, il sortit à la place du chasteau, par une petite ouverture, qui se serroit d'un charriot et servoit comme de flancq, pour recongnoistre mieux la contenance de l'ennemis, lequel faisoit semblant de se retirer. Mais il entendit bien par les avoir sentu si près du tranché en venant, qu'ils alloyent querre ren^ fort ayants recongneu; se doubtant de la faute faite illecques, que tout exprès il désiroit veoir par dehors; combien qu'il s'asseuroit sur le nombre de gens qui devoyent estre à la deffense et vit là quelques bourgeois, qui estoyent jà sortis en ladite place par la mesme issue, escarmouchans et faisans si bon deb-
' En faire manquer, épuiser la provision.
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voir que si le tranché eut eu tels soldats, il n'en fut venu aucune faute. Ainsi estant rentré, le sieur de Champaigney et allant tout du long du tranché à pied, il sentit rapprocher les ennemis, et vit bien que les Wallons qui estoyent à la deffense deschargeoyent à coups perdus, pour ne s'oser monstrer; dont recongneue leur paour, il les anima à son possible, mais comme il n'estoit cogneu d'eux ni eux de luy, pour le peu qu'ils avoyent esté ensemble , s'estoit sans efficace.
Au bout du tranché il trouva le baron de Beercele, n'ayant recongneu en cest endroit autre homme de commandement, lequel il pria de ne laisser ses gens là , à faute de poudre, dont on treuveroit bonne provision à Saint-Michiel et à la maison des escrimeurs. A peine fut-il quelques pas plus avant, que tout à un coup les Wallons, abandonnants le tranché, se jettèrent en fuite unanimement, sans qu'il apperceut si tost les Espaignols dessus , et recongnoissant une frayeur si esperdue qu'il n'y avoit remède de les ravoir, voj-ant un jardin ouvert, il le traverse, se confiant que la maison tomboit à la première rue croisante dans la ville , ce qu'il treuva comme il l'avoit pourjetté; par où il tascha de se faire secourir par celle rue du renfort d'Allemans, qui estoit au Bleyenhoucq dans la Baguinestrate; en vain, car oncquesles Wallons ne voulurent tourner teste. Et comme ceux du Bleyenhoucq s'estoj^ent retirez jà à la croisée de la mesme rue, pour l'artillerie du chasteau, qui y faisoit grand dommage, où les Allemans du conte d'Everstain firent singulier debvoir, desquels on avoit renforcé les Wallons, au lieu de ceux qu'on
prétendoit envoj^er avec la cavallerie hors de la ville, (comme dit est), après estre demeurez la plus part; ce que restoit, voyant que les Wallons les abandonnoyent, et sentant d'ailleurs que l'ennemis estoit jà en la ville, mesmes aussi vers Saint-Michiel, ils quitèrent, et ne sceut oncques le sieur de Champaigney rallier, ni faire faire teste auxdits Wallons, quelque debvoir qu'il fit. Ores qu'il rattaint un des enseignes des Wallons, son enseigne sur le col, entre autres de son estât, qui courro3'ent au mieux, et l'ayant prins par le bras, il luy fit tourner le visage, mais cest enseigne reprint sa retraite pis que devant, comme il mescongneut le sieur de Champaigney.
Lequel estant en cest estât, vo3'ant sa peine perdue, espérant au corps de garde de Wallons, qu'estoit au l'Ouvre , il treuva tout à val de route en cest endroit là aussi, et les enseignes les premiers ; entre lesquels comme il n'estoit congneu, voyant les choses en tel désordre, et qu'il estoit trop bas pour se joindre aux bourgeois, qu'il avoit fait assembler, d'autant que les Espaignols le coujDoyent, descendants au marché par les rues droites, il fit estât de se rallier aux gens du conte d'Everstain; mais il ne voulut entrer sur le grand marché pour non tomber entr.e les gens de Cornélius Van Enden, lesquels pour estre aussi Allemands, il n'eut sceu recongnoistre, car soupçonnant de leur mauvaise intention, il doubtoit qu'ils ne procurassent de le prendre, pour le livrer au chasteau : mesmes qu'il ne se treuvoit que son nepveu le sieur de Myon' et deux autres de ses
* Jenn Baptiste d'Andclot, seigneur de Myon, fils de Jean d'Andelo, ccuyer de Charles-Quint, bailli de Dôle, lieutenant du
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gens, à cause qu'il avoit envoyé ça et là pour donner ordre, autres avoyent estez tuez, autres l'avoyent perdu. Par où pensant retenir du moins le quartier des Oisterlings et faire là corps pour railler ce qu'il pourroit, et au pis aller deffendre cela, comme il fit autrefois avec quatre enseignes wallonnes siennes, quand les Espaignols amutinez à Mouwyck, entrèrent à Anvers , l'an xv'^lxxiiii , tellement qu'ils ne l'osèrent jamais accommettre, lorsqu'ils furent arrière assistez' par le chasteau, combien que feule grand commandeur deCastille se treuvoit pour lors personnellement en Anvers. S'asseurant que en la nouvelle ville, les compaignies du conte d'Everstain,assçavoir de Fieurst et Vincent Bleicker, tous deux ses amis, y seroyent, (car ils avoyent là leur garde), passant par derrièrela maison de ville, il rencontra celle de Fieurst, en bataille devant le penultiesme vlit de la ville, lequel il pria de se retirer aux Oisterlings , mesmes le print avec soy pour luy monstrer la commodité de l'assiete, afin de l'asseurer, pour rallier le reste; mais Fieurst fut retiré* par ses gens, quoy que le sieur de Champaigney luy dit qu'il se verroit enveloppé où il s'estoit planté ; car il sentoit bien que le nombre des ennemis estoit plus grand que on ne pensoit. Et lors il entendit que le conte d'Everstain estoit à la maison des Oisterlings , pour se faire curer d'une harcquebousade au bras; qu'estoit faux; si bien il y estoit. Incontinent le sieur de Champai-
oomtede Mansfeld, puis capitaine au régiment de Champaigney. Loys Gollut, 125, 214. 1445, 1755. — Comptes du trésorier des Guerres, n" 25, 547.
' Soutenus. ^ Retenu.
gney s'enchemina vers là, pensant induire le conte à faire suivre ses gens l'intention susdite ; ainsi passant au long du canal qui court devant la maison des Oisterlings, où plusieurs s'embarquoyent pour se sauver, il vit en un batteau un des gens du conte d'Everstain, qui s'escria qu'il pensât àsoy, car tout estoit perdu. Et demandé du sieur de Champaigney où estoit son maistre, il respondit qu'il estoit en voye'. Tellement que le sieur de Champaigney faillit le conte*.
Partant se voj'ant abandonné de tout secours, encores voulut-il tenter de se tenir sus le Cattenberch* au petit réduit qui a esté fait pour l'artillerie, laquelle on avoit osté pour s'en servir où il a esté dit, d'autant que monsieur le marquis de Havrecli avoit asseuré la paix estre faite avec le prince d'Oranges, (comme il a esté dit) ; et pensa le sieur de Champaigney se contenir là, pour veoir s'il y auroit moyen de secours par l'armée dudit prince, qui estoit assez proche, selon que Ion avoit promis au matin audit sieur marquis*. Mais ne treuvant au Cattenberch que sept ou huit Allemands mal en couche % et plusieurs personnes qui se jettoyent des murailles, encores entendit-il que aux batteaux il n'y avoit nulles gens de guerre. En ces entrefaites il vit venir le sieur de Vers, son cousin seul sur un cheval des siens, dont
' En route, parti.
- Manqua le comte. ^ Kattendyck.
♦ Le prince d'Orange avait appelé 14 compagnies de la Hollande, pour secourir Anvers; un corps d"infanterie, commandé par Olivier Van Tyrapel défendait Gand et sa flotte, conduite par l'amiral Treslong, croisait dans l'Escaut.
* En désordre.
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il fut bien aise, car il le pensoit mort, selon la place qu'il luy avoit enchargé. Et appercevant d'autre part, la cavallerie des Estats, qu'il cuidait estre hors de la ville, venant à toute bride par le pont qui joint à la maison des Oisterlings, tirant à la porte d'Eckre ou Christeerne', laquelle il sçavoit estre serrée, subit print le cheval que le sieur de Vers avoit ammené, et coupa vers ladite porte, à intention de les persuader qu'ils voulussent tourner pour rompre l'ennemis aux rues, et donner moyen à l'infanterie wallonne et allemande de se rallier , espérant que la nécessité feroit ceste cavallerie vaillante si autre chose non, quand elle congnoistroit de ne .>e pouvoir sauver par là; mais il treuva au contraire que ces chevaux, sans le vouloir escouter, voyants celle porte serrée, tournèrent leur poindre par le rampart vers les logis des appestez*, à ce qu'il creut, pour atteindre la porte rouge, que l'on avoit ouvert, quand on les pensa faire sortir, (comme dessus a esté conté), à laquelle monsieur le marquis de Havrech avoit ordonné quelques hommes d'armes, pour garde, (car s'estoittout auprès de leur quartier), à cause qu'il luy sembloit que les gens de la ville ne se fioyent des Allemands qui y estoyent.
Ainsi retourné le sieur de Champaigney vers le Cattenberch, il vit monsieur le marquis qui prenoit la mesmes desroute que la cavallerie, et peu après apperceut les chevaux espaignols, desquels le sieur de Champaigney ne sçavoit encores à parler; lors il vit qu'il n'y avoit plus d'espoir ; car d'autre part les gens
' Porte d'Eoekoren ou Christine. * Pestiférés.
118 MÉMOIRES [157fi]
(le Fieiirst\'enoyent rompus par le dernier pont, vers la rivière , suivis aussi à toute furie ; la ville estoit en feu et tout abandonné. Ainsi ayant si près l'ennemis à tous costez, avec plus grandes forces que l'on n'avoit sceu, s'estant tousjours asseuré sur l'empeschement qu'on avoit dit estre donné aux amutinez d'Alost; se treuvant seul, sans nulle defFense, tellement qu'il ne restoit nul moyen de faire davantage, il fut forcé à quitter la ville. Et luy fut la bonté de Dieu si favorable, qu'à peine fût-il à secq, que jà du mesme rampartdu Cattenberch les Espaignols liarcquebousoyent. Ainsi il se retira vers l'armée du prince d'Oranges, où monsieur le marquis d'Havrech arriva aussitost'.
Ayant depuis entendu que, outre les amutinez d'Alost, se trouvèrent à ceste entrée tout à un temps les Espaignols retournants de Mastricht, avec la cavallerielégière espaignole, italienne, et bourguignonne, et six compaignies d'Allemands, assçavoir deux de Fransperg, une de Foucre, et trois du mesme conte d'Everstain, qui avoyent esté déboutées dudit Mastricht, lesquelles furent aussi à cest exploit; d'où l'on peut penser si cela se joingnit casuelement, et quelle estoit la parole donnée au conte d'Everstain, par ceux du cliasteau et les coronnels allemans qui assistèrent à ce fait ; assçavoir Fransperg et le Foucre de leurs personnes et gens , et Polweiller sans
• Le marquis d'Havre et Champagney , gagnèrent la flotté de l'amiral Treslong , qui suivant la lettre de Balthazar de Lopez, du 7 novembre, « s'approcha de la. ville pour donner chaleur à « ceux du dedans, mais se retira , comme elle vit qu'en alloit « les vainquant. » Van Meteren, 124. Mss. n» 15,888, f" 32.
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autre de son rég-iment, pour expulser un conte si principal de leur nation, hors d'une ville qui luy estoit encliarg'ée par le conseil d'Estat, commis au gouvernement général des Pays-Bas par le Roy, conjointement d'avis de tous ceux qui en estoyent; s'estans ces trois coronnels joints h des amutinez déclairez rebelles, par tout le conseil d'Estat, avec leurs fauteurs et par Hieronymo de Roda inesme, après que lesdits coronnels avoyent esté caressez de plusieurs courtoisies et faveurs par ledit conte d'Everstain , en la mesme ville de sa garnison ; où ils n'avoyent que faire, que pour lui l'aire un tel tort et aux Pays-Bas, qui sont, avec le conté de Bourgoingne, l'un des cercles de l'Empire, desquels ils ont reçeu tant d'honneur et de bénéHces, eux et tous les leurs. Encores s'accompaignèrent-ils desdites trois compaignies chassées de Mastricht, qu'ils firent porter les armes contre leur propre coronnel, lequel fut noyé en un des vlits dans la ville, se cuidant sauver dans un batteau. Monsieur le conte d'Eguemont, les sieurs de Câpres et de Goignies furent faits prisonniers '; monsieur de Bievre se noya et le sieur de Pleci fut tué. Et Cornélius Van Enden, faussant son serment qu'il avoit fait au conte d'Everstain, de l'obéir et deffendre, se tourna avec ses gens contre la ville, ledit conte et ses soldats, (comme ses propres lettres et de ses capitaines au conte Hannibal d'Altaemst interceptés et que les Estats ont veu, en font foy), trahissant sa propre patrie, car il est natif d'un village proche de Bruxelles.
' Voir Van Meteren. 211, sur le traitement que Roda fit subir k CCS prisonniers.
Après ceci le sieur de Champaigney demanda aux sieur de Goignies, de Câpres , de Beercele s'ils sçavoyent autrement de ce qu'il avoit conté ou quelqu'un de la compaignie ; mais on n'y opposa chose aucune et le sieur de Sweveguem attesta d'avoir veu en conseil d'Estat et de guerre plusieurs des advertissements et debvoirs contez lors et autres faits par le sieur de Champaigney. Adoncq le sieur de Champaigney supplia les Estats (puisqu'il pensoit avoir donné tel conte en celle assemblée, devant tels tesmoings qu'il les tenoit tous pour satisfaits de son acquit), que pour eux-mesmes ils voulussent tenir main à ce que par escrit, il leur avoit supplié, passez quelques jours, en faveur de justice, car son particulier seul ne l'avoit meu à cela ; d'autant que s'il l'eût fait sans plus pour ravoir le sien, il l'eût sollicité plus vivement avant qu'il fût emporté par les Espaignols hors des pays, comme il estoit présentement. Son honneur aussi ne pouvoit estre chargé, car il avoit obéy au commandement de Sa Majesté, puis qu'il n'avoit rien fait que par ordonnance expresse du conseil d'Estat, que le Roy avoit commis au gouvernement général des Pays-Bas ; et depuis la venue en iceux du seigneur don Juand'Austriche, qui debvoit succéder au gouvernement, les lettres de Sa Majesté, tant celles que ledit seigneur don Juan avoit apporté, que autres depuis avoyent esté addressées avec ce titre du gouvernement au Conseil, qui n'avoit bougé de Bruxelles ; et monsieur de Eassenguien avec les charges que Sa Majesté luy avoit donné. Mais si suivant le vii^ article de l'Édit perpétuel de paix, convenu avec le seigneur don Juan, au
[loll] DE GUAMPAGNEY. 151
nom de Sa Majesté, les Estats poursuivoyent les informations là stipulées, ils sauveroyent leur propre honneur, quand tous ceux qui blasonnent contre eux sçauroj^ent après quelles souffrances de tant d'abus, tant des chefs que des particuliers envoyez par deçà, Ion a esté forcé de venir aux armes : et s'asseureroyent àl'ad venir, quand SaMajesté, qui semble commencer de l'entendre, aussi le congnoistroit à plain, qui ne pourroit sinon sçavoir gré à une si grande obéissance et longue souffrance, sans imputer aux bons les inconvénients passez, et ceux que le temps pourroit possible encores apporter pour les fautes de ceux auxquels il a confié telles provinces jusques ores; et ses ministres par ciaprès pourront prendre exemple pour le mieux servir. Aussi devant Dieu, en leurs consciences, le conseil d'Estat ni les Estats ne pouvoyent ainsi abandonner si fidèles et obéissans bourgeois, comme se sont monstrez ceux d'Anvers, sans leur procurer justice, puisque le conseil d'Estat et les Estats debvoyent respondrede leur calamité , la volonté desquels celle ville a suivi sans excéder d'un point , ayans estez menez avec le mesme sieur de Champaigney de la sorte que les Estats présentement avoyent entendu ; lequel sieur de Champaigney avoit fait toutes diligences que il pourroit pour saproprepatrie. Avec ce que si les Estats faisoyent bon debvoir, on congnoistroit encores mieux le tort fait à tous, en tant de sorte, par tant d'années, mesmes si les informations se prenoyent pertinemment sans faintise, comme il est saintement promis. Et en ceci il les pria de s'acquiter, comme on debvoit attendre de la prudence et conscience de
152 MÉMOIRES DE CHAMPAGNEY. [1577]
tant de vénérables prélats, la valeur de seigneurs et personnages tant principaux, et la légalité de ceux auxquels en telle assemblée il appertenoit de sçavoir particulièrement à quoy justice oblige; sur lesquels tous ensemble tant de provinces, villes, et peuples si renommez , s'estoyent appuiez et confiez de tous leurs affaires et de Testât publicq.