‹ Mémoires de Frédéric Perrenot, sieur de Champagney, 1573-1590; avec notice et annotationsChapitre 24 sur 37 · LETTRES DE IIIERONYMO DE RODA · texte numérisé non relu

LETTRES DE IIIERONYMO DE RODA

Lettres du licencié Eieronymo de Roda au Roy cathoïicqîte des Espaignes, don Philippe le second et au secrétaire Gabriel de Çayas , avec une de BaWiasar Lopez au mesme Çayas, escrites au chasteau d'Anvers l'an 1576.

A LA s. C. R. M. DU ROY NOSTRE SIRE. S. C. R. M.

Citadelle d'Amers, 23 septembre <576.

Avec ceste il y aura deux lettres, duplicats d'autres que j'ay escrit à Vostre Majesté. Et par celle que don Alonso de Vargas escrit à Vostre Majesté elle pourra faire veoir ce que a succédé avec les gens des Estats qui sortirent de Bruxelles, pour coupper la gorge à la cavallerie légiere'. Ce que a esté bien dissimulé tant par nostre conseil d'Estat qui s'est formé là, comme Vostre Majesté verra par la copie d'une lettre que le duc d'Arschot m'a escrit, à laquelle j'ay respondu ce que Vostre Majesté pourra faire veoir. Car

• Don Alonzo de Vargaz rendait compte au Roi du combat de Vissenacken, 15 septembre 1576.

pour touts respects il m'a semblé de luy parler si clair, puisqu'il n'est plus temps que ceux qui doibvent estre bons vassaux et serviteurs de Vostre Majesté s'aident avec plus de masque. Et a esté grande nouvelleté que l'on a mis audit conseil le marquis d'Havrecb, et les conseilliers Indevelde et Foncq. Je ne sça}^ comme Vostre Majesté prendra que ceux de ce conseil l'ayent fait sans son ordonnance. Somme celluy là ne se peut appeller conseil, ni ses commandemens doibvent estre obéis, jusques à ce qu'ils soyent en lieu libre où nous nous puissions assembler tous les serviteurs et ministres de Vostre Majesté tant du conseil d'Estat que de guerre, pour faire nos offices. Et pendant que cela ne sera, je ne laisseray de faire tout ce que se présentera pour le service de Vostre Majesté avec ceux du conseil de g'uerre qui sont ici, ainsi que nous l'avons fait jusques astheure. Tant plus^ qu'il se sçait maintenant pour chose certaine, que le duc d'Arscbot a fait nouveau serment aux Estats de Brabant avec le surplus des colliguez. Et cela est certain, selon que les coronnels nous rapportèrent hier qu'ils l'avoyent entendu du conte d'Everstain. Le maistre de camp don Hernando de Toledo est arrivé à Turnhout avec ses gens. On luy a donné pour ordre de s'approcher demain aiix fauxbourg de ceste ville. Et le maistre de camp Valdez alla à Alost parler aux Espaig-nols amutinez. Ils sont de sorte, et avec les conditions qu'ils ont voulu, que s'est grande pitié devoir venir à ces termes avec gens tant indomtez ; car outre ce qu'ils coustent tant à Vostre Majesté, son service en est estrangement endommagé : autant que je suis cer-

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tain que nous ne nous treuverions en tel estât que nous sommes, si les susdits Espaignols ne se fussent amutinez. Ceux de Flandres continuent en leur déclaration, en ce qu'ils veulent le mesme que BraLant, quant au point de faire la paix et que les Espaignols ayent h sortir; mais touchant la prison du conseil, ils ne s'en peuvent mesler, comme Vostre Majesté le verra par l'escrit de leur résolution, qui va joint à ceste. Ils assemblent force gens autour du chasteau de Gand, et jà se sont deshontez contre celluy là tirant force artillerie. Les soldats ont fait une saillie, et bruslé quelques maisons aux fauxbourgs. Le chasteau est serré. De nostre part on procure le secours. Lon a arresté en celle ville beaucoup de biens des marchands de ceste ci tantEspaig-nols que Flaraengs, qui venoyent de Calais, lesquels ils ne laissent passer par eau. Ils dient que le conte de Reux leur a dit qu'ils les facent porter par terre, car ils ont besoing de batteaus pour s'en servir. Je ne sçay quel desseing ils peuvent avoir avec lesdits batteaus. Il y a grand inconvénient à porter la marchandise par terre, dautant que les batteaus des ennemis, qui sont en la rivière, une lieue de ceste ville, jettent gens du costé de Flandres, surprenants toutsles charriots qui vont et viennent , sans qu'il y ait homme qui les deffende. Et ceci et la trafScque des ennemis est desjà tant deshontée en touts que s'est grand pitié. Et je ne puis laisser de le représenter à Vostre Majesté, afin que elle commande en tout ceci le remède qui convient à son service. Nostre seigneur garde la S. C. R. personne de Vostre Majesté, et prospère ses royaumes comme le besoingde la dires-

tienté requiert, et les vassaux et serviteurs de Vostre Majesté le désirons. De la citadelle d'Anvers le xxiii^ de septembre xv'^lxxvi.

De Vostre Majesté humble serviteur et vassal qui baise ses pieds et mains royales.

HiERONTMO DE RODA.

A la s. C. R. M. d% Roy nostre sire, es mains du secrétaire Çayas. — Dupliquée.

A LA s. c. R. DU ROY NOSTRE SIRE S. C. R. M.

Citadelle d'Anvers, 28 septembre 1570.

Par toutes les voyes qu'il m'a esté possible j'ay donné conte à Vostre Majesté particulièrement de Testât auquel les choses sont ici ; et avec ceste va le duplicat de ce que j'escrivis dernièrement. Tout est allé en empirant depuis. En telle sorte que je ne sçauroye dire autre chose à Vostre Majesté sinon que en touts endroits il a fait grand dommage que Vostre Majesté a différé d'e'nvoj-er ici gens de guerre, et que elle s'est résolue à ce que les Estats prétendent, et aux remèdes qui leur estoyent offerts. Comme j'ay escrit à Vostre Majesté par autres, ceux qui sont jà déclairez sont Brabant et Haynnaut. Depuis Flandres a fait le mesme; sans cela il y avoit plus d'es-

pérance que le surplus eut peu faire peu. Avec Flandres ils se sont fort engaillardis. De sorte que à g-rands pas ils ont avancé de jour à autre le siège du cbasteau de Gand. Lequel est fort proche de se perdre, pour deux difficultez qui se présentent à nous pour luy donner secours. La première est que les Espaignols amutinez qui sont à Alost, n'ont voulu sortir de là avec le maistre de camp don Hernando de Toledo, qui est allé audit secours avec les gens qu'il a ammené de Hollande. Dautre part ceux de Flandres veulent payer aux trois compaignies de Polweiller, qui sont en garnison à Termonde, tout ce qui leur est deu, affin qu'ils s'en aillent et leur laissent celle place. J'entends que le lieutenant du conte de Reux y est sollicitant cest accord'. Lequel a tant sceu faire que les soldats ont arresté leur coronnel, et si ont laissé rompre le pont de la ville, refusant le passage à nostre cavallerie, qui alloit avec ledit maistre de camp. Sans laquelle et les gens de guerre qui sont à Alost, il n'y a ordre ; dautant que le nombre de ceux qui sont devant le chasteau est grand, lequel s'est trenclié autour de celluy là. Et cela est fort publicq que le prince d'Oranges a licencié beaucoup de ses gens, à intention que les Estats les recevront , et qu'il envoyé à Gand quelques pièces d'artillerie pour batre le cbasteau ^ Celluy là perdu, (comme il en est proche), ceste ville perdra la honte quand et quand, et tout chargera sur ce chasteau* et sur Liere, qui

'• Cet accord fut conclu par François de la Ketulle, sieur de Ryliove, depuis grand bailli de la ville et du pays de Termonde.

^ Lettre du prince d'Orange au comte de Rœulx, 7 octobre 1.576. Correspondance de Guillaume le Taciturne, III, 126.

* Le château d'Anvers.

sont les deux places où nous nous devons retirer touts, car des autres il n'y a que fier, puis que les Allemands les tiennent; lesquels non seulement n'assistent en chose quelconque, ains sont dommageables. Et ce que ceux de Termonde ont fait, sera conséquence et loy pour tous les autres , qui sont aux autres places. Outre cestuy, il y a un autre inconvénient non moindre, s'est que le coronnel Mondragon est venu des isles , laissant là son lieutenant , et est allé pour se treuver au secours de son chasteau', afin de n'y mancquer en ceste occasion; lequel nous arapporté que les soldats de son régiment s'en vont tant qu'ils peuvent servir aux Estats. Car lesdits Estats ont publié à Bruxelles un édict (duquel j'envoye ici la copie), par lequel ils nous ont tous publié pour rebelles, avec ordre général qu'on nous tue par tout; aussi ont ils fait proclamer que on n'obéisse à mes ordonnances au nom de Vostre Majesté. Semblant au conseil d'Estat de Bruxelles que sans aucune cause, je m'ay usurpé l'autorité de gouverneur et eux continuent de dépescher au nom de Vostre Majesté, toutes ces choses contre nous,, néantmoins que (comme j'ay dit), ils sont encores en prison % et les Estats leur font faire ce qu'ils veulent; de plus' que le duc d'Arschot est le principal de ceste trame ; lequel a juré aux Estats qu'il sera leur chef. Lon n'a

' Mondragon ('-tait g-ouverneur du château deGand, que sa femme défendait, dit-on, en son absence.

2 A la date de cette lettre, les comtes de Mansfeld et de Berlaymont étaient les seuls membres du conseil d'État encore détenus.

* D"autant plus.

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publié en ceste ville ces placcarte, pour ce que le gouverneur etle magistrat l'ont défendu, néantmoins que le peuple crioit qu'on le fit. Mais la ville (à ce qu'on entend), a procuré de ne se déclairer, de peur du chasteau, combien que ils ont leurs députez à Bruxelles, lesquels on fait condescendre à tout ce qu'on ordonne là. Tellement que ceste ville se tient neutrale; mais elle est autant rebelle que toutes les autres, fors que dissimulant de parolles, d'euvre' elle nous fait tout le dommage qu'elle peut. Ce que ayant esté veu par nous et le mauvais train que ces choses prenoyent, il sembloit à ceux du conseil de guerre qu'on occupât un village, à l'autre costé en Flandres, vis-à-vis de ceste ville, qui s'appelle le passage et que là se fit un fort contre ladite ville. Dautant que dès ce lieu, il la tient autant subjecte et en partie plus, que le chasteau. Lon le mit en exécution et se va faisant à l'assistence du maistre de camp Valdez, avec partie de ses gens. Les causes qu'il y a eu pour le faire , sont celles-ci : l'armée de l'ennemy est à demie lieue de ceste ville , à laquelle elle montoit chaques marées jusques aux portes, ce que est empesché par ce fort, voires l'a fait retirer bien loing la rivière en bas; l'autre part on entendit que l'ennemy vouloit occuper ce lieu et faire le mesme que nous autres , et passer son armée rebroussanf* la rivière, pour empescher le passage des victuailles qui viennent en ceste ville, faisant sorte que nos gens n'eussent pied en Flandres, où, si l'on va secourir le chasteau de Gand , comme il fut lors

De fait. * Remontant le cours de la rivière.

arresté, il est bien que nos gens ayent par là leur retraite asseurée, pourveu seulement qu'ils s'y veulent employer. Ces causes et plusieurs autres nous meurent à jDrendre ceste résolution, avec grand resentement de ceste ville, laquelle dit qu'on luy oste les victuailles de Flandres. Estant contraire à la vérité, car ceux de Gand sont ceux qui les ostent, ne laissants passer les barcques de bled lesquelles viennent de là pour la provision de ceste ville. Le surplus a autres endroits pour l'embarcquer, et la rivière libre pour naviguer.

La lascbeté du conte d'Everstain et la mauvaise correspondence qu'il a tenu avec nous est telle, qu'il convient que Vostre Majesté en face grande démonstration en son temps, et conviendroit (à mon advis), que Vostre Majesté présentement luy escrivit, et se plaignit de la mauvaise correspondence qu'il tient avec ce cbasteau; luy commandant que d'ores en avant il face mieus, et qu'il entende que cesteci est la volonté de Vostre Majesté. Ses gens suivent fort son bumeur, quant à estre moins diligents de ce qu'il conviendroit. Au surplus il est peu obéy et respecté d'eux. Il a fait entrer en ceste ville une compaignie de celles qu'il a à Mastricbt, l'ayant tiré de là de son autorité, en temps qu'il convenoit d'en mettre deux autres davantage en celle place. Tellement que Montesdoca m'escrit qu'il est pour se perdre avec les deux compaignies espaignolesqu'ilalà. Et on n'a peu persuader au conte qu'il veuille mettre en celle ville une autre compaignie ou de celles du coronnel Foucre, ou celle d'Allemands du mesme Montesdoca. Et satisfait disant qu'il donnera bon compte des trois

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places qu'il tient pour Vostre Majesté. Dieu veuille qu'il le face, car j'en doute, pour les choses que je vois de luy. Il a consenti que les guides de ceste ville s'arment, et que trois de celles là facent garde toutes les nuits avec ses gens. Qu'a esté très mauvaise résolution , pour ce à quoy l'on prétend de conserver ceste ville. En laquelle Champaigney ressort avec ce qu'il veut, puis que c'est luy qui l'a armé. Et demesme l'est tout le peuple. Et a fait des centeniers et diseniers et les fait avertir chacque nuit pour le temps qu'ils pourroyent estre appelez.

Le Conte et Champaigney firent prendre , il y a quatre ou cincq jours, Guillaume Cotton, anglois et quelques compaignons siens, jusques au nombre de dix , à couleur , qu'ils entroyent au chasteau et parloyent avec moy et avec le chastelain Sancho d'Avila , leur ayant imposé qu'ils vouloyent prendre la ville neuve ; dont le peuple s'est altéré tellement que plusieurs prindrent les armes , disants qu'il y avoit des Anglois cachez au monastère des théatins, avec force munition de guerre, pour mettre le feu en la ville. Tellement que grande quantité de gens y accoururent à midy, qui voulurent rompre les portes, ce que Ion juge estoit avec pire desseing. Mais en ces entrefaites, le Conte, Champaigney et le marcgrave y arrivèrent et avec bonnes paroles chassèrent les gens, et mirent garde aux portes. Mais on n'a pas chastié une insolence tant grande, comme a esté celle là, laquelle fut cause que celle mesme nuit, les guides commencèrent à faire la garde, et qu'ils ressortiront de jour à autre avec ce qu'ils voudront. Le Conte commence à congnoistre combien il est nécessaire de

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tenir ce peuple plus subject. Tellement qu'il m'a mandé, par le baron de Fransperg, que je fisse venir ici quatre autres compaignies des six qui restent du conte Hannibal; Ion a ordonné que les deux, lesquelles n'ont que faire en l'isle de la Tôle, viennent incontinent. Je croy qu'elles entreront demain. Si n'espère je qu'avec cela ceste place s'asseure, qui importe tant pour toutes clioses. Ledit conte se plaint que estant parent de Vostre Majesté' l'on se desfie de luy, puisque on ne luy communicqua l'érection du fort, que j'ay dit, avant le faire, et qu'on ne le luy laisse, afin qu'il le garde avec ses gens : sans qu'il considère le tort qu'il a, puisqu'il se prise d'estre parent à Vostre Majesté, qu'il se conduit si mal en son service, s'avançant plus à contenter les Estats, le duc d'Arschot et Champaigney, qu'il n'approche à ce quêtant emporte aux affaires qui se présentent à nous.

Et affin queVostre Majesté l'entende mieus, il advint l'autre jour qu'ayant veu le cliastelain Sancho d'Avila l'armée de l'ennemy qui s'alloit gaillardant par ceste rivière, sans qu'il y eut personne qui l'empeschat, il voulut sacquer* des havres de ceste ville l'armée de Vostre Majesté, pour mettre quelques vaisseaus en ordre, et les tenir armez sous le chasteau, comme le sont aucunes galeotes, pour ce que se présente, les soldats ne consentirent que on les sacquât, et allant le vice-admiral parler au Conte là dessus, il respoudit qu'il avoit ordonnance du conseil de Bruxelles qu'on ne les laissât tirer d'où ils estoyent.

> Il a été dit que le comte Otto d'Eberstein était un cadet de la maison de Bade. * Tirer, — faire sortir de.

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Geste mesme ordre ont ils donné au lieutenant dn baron de Fransperg, qui est à Breda, qu'il ne laisse sacquer aux Espaig-nols l'armée que Vostre Majesté a là. FA de ces choses il y en a tant h cliacquepas qu'on n'achevroit jamais, si on les vouloit conter toutes à Vostre Majesté. Il suffît de dire que tout est en cest estât et tant hors de povoir estre remédié combien on le voit. Je supplie humblement Vostre Majesté que elle le considère, et que elle face de sa part l'effort possible pour nous secourrir en brief, car nous procurerons de nous entretenir et d'achever touts et nos vies au service de Vostre Majesté. De la citadelle d'Anvers le xxviij' de septembre 1576.

Poste date : Geste s'est serrée le xxix^ Hier soir arriva ici le coronnel Mondragon, lequel nous vint dire qu'on ne povoit secourir le chasteau de Gand à faute de gens, comme pour la difficulté qu'il y avoit au passage deceste rivière, tant pour la cavallerieque infanterie. Ledit coronnel reçeut lettres de ses Wallons qui sont aux isles, avec menaces que si on ne leur ^aje les deux mois qu'ils ont esté amutinez , et qu'ils ont gardé les isles , et celluy qui court présentement, qu'à la fin de cestui-ci ils sortiront et qu'ils abandonneront tout. Ayants traitté sur ces deux points par ensemble ceux du conseil de guerre on a prins pour résolution que ledit coronnel Mondragon aille aux isles, et qu'il traitte avec ses gens, pour faire demeurer là six ou huit compaignies, à la garde de la ville de Siricqsée, et d'aucuns forts, leur donnant une paye, pour les entretenir, retirant le surplus des gens pour aller treuver don Alonzo de Vargas, don Hernando de Toledo, et la cavallerie

et infanterie, avec quelques Espaignols, que Ion pourra desoccuper de l'isle de la Goes et du fort que le maistre de camp Valdez fait. Car ores que sept ou huit jours passent, j'espère que le chasteau s'entretiendra, puisqu'on ne le bat point, et qu'il y a dedans 150 Espaignols, avec bonne provision de vivres, néantmoins qu'ils ont faute de poudre. Le desordre et rébellion des Estats causera les dommages susdits et autres plusieurs, puisqu'il est force d'abandonner ce que s'est gaigné, avec tant de travail, pour faire teste à leurs insolences et invasions. Lon procurera de retirer l'artillerie et munition qu'il y aura pour non les perdre là et ici pourront estre de plus de service.

J'advertis Vostre Majesté qu'Anvers est du tout destruite', dautant que la contractation^ a cessé avec ces nouvelletez et les marchands de toutes nations en sont sortis et sortent tous les jours, et vont à Liège et autres parts, n'estimants d'estre seurs en ceste ville, et se sera avec grande difficulté qu'ils s'y pourront rejoindre si tost. Pour ceste cause si Vostre Majesté envoyé quelques cédulles', il n'y aura qui les accomplisse*. Le facteur des Foucres ne trouve pas un réal pour anticiper les escus restants des deux cents mille que Vostre Majesté envoya dernièrement; toutesfois le mois achève demain qu'il faut donner secours aux Allemands, car qui n'accomplira avec eux, (comme il ne se pourra faire), le désordre sera tant plus grand et à bon escient. Et je certifie à

• Ruinée.

* Commerce. ' Billets à ordre, — lettres de change. " Les acquitte.

[lô'/e] DE CHAMPAGNEY. 183

Vostre Majesté qu'il ne reste pas uu réal, ni forme' pour en recouvrer, ores que Vostre Majesté fisse faire provision gaillarde. Tout ceci et plus a causé ceste nouvelleté des Estats. Néantmoings il convient que Vostre Majesté pourvoye de lettres, puisqu'on fera tout effort possible et cherchera Ion moyens pour sacquer quelque arg-ent. Veu aussi comme vont les choses, on pourra faire provision en Allemaigne pour lever quelques gens qui soyent de service, dautant que touts ceux qui sont ici d'icelle nation, ne sont pour cela (comme j'ay dit), ains nous empeschent. Si Vostre Majesté escrivoit au duc Eric% et autres seigneurs principaux de l'empire, je croy qu'il feroit gens^ et descendroit à nous secourrir. Car si le chasteau de Gand se perdoit, (que Dieu ne veuille), ils nous enserreroyent incontinent en cestuici et en Liere, lesquelles places ne sont pas pourveues comme je voudroye. Et encores que nous pensons de les pourveoir, quand la cavallerie et infanterie sera retournée de ce secours, avec tout cela je crains qu'il ne nous advienne quelque disgrâce, par où elles demeurent à faute, signamment de poudre. Ainsi il semble qu'il

' Ni moyen.

* Eric II, duc de Brunswick et de Lunebourg, fils du duc Eric I", élevé dans le protestantisme, embrassa depuis le catholicisme et commanda souvent de nombreux corps de cavalerie allemande, à la solde de Charles-Quint et de Philippe II. Après la mort de Requesens, il demanda au Roi le g-ouvernement des Pays-Bas, ce qui ne l'empêcha pas d'oiTrir, en même temps, ses services au conseil d'Etat. Correspondance de Marguerite de Parme, 132. — Correspondance de Philippe II, I, 447, 457, 471, II, 280, 289, 354, III, 453, 454. — Bulletins de la commission d'histoire, 1« série XVI, 323, 333, 343, 355, XI, 10.

' Il trouverait movcn de lever des soldats.

convient grandement que Vostre Majesté face provision d'argent, tant ici comme ià et qu'elle ordonne qu'on lève gens. Et ce que plus emporte (comme j'ay escrit par autres à Vostre Majesté), s'est qu'il vienne personnage, quel qu'il soit, qui oste l'autorité au conseil d'Estat, car par aventure plusieurs changeront de propos, ce qu'ils ne font astheure, s'excusants avec les publications du conseil d'Estat, auquel ils dient que Vostre Majesté leur commande d'obéir. Et par ce chemin ils nous soustrayent non seulement tous les gens qui nous pourroyent aider, mais feront perdre à Vostre Majesté toutes les villes, voires les provinces, qui jusques ici sont à sa dévotion et obéissance. Et cela se voit bien, puisque monsieur de Hierges, nonobstant le service de Vostre Majesté et que son père est prisonnier, ne nous veut aider ni de sa personne, ni avec ses gens' disant qu'il veut garder ce qu'est à sa charge. Ce que sera impossible, n'ayant argent, et que je ne l'en puis pourveoir, car il n'y a de quoy. Il n'y a eu homme de tous les Estats qui nous aye aidé avec la moindre offre du monde, ni fait démonstration de se vouloir joindre avec nous, si se n'est Gaspar de Robles, seigneur de Billi, lequel mit en prison celluy qui porta les lettres des Estats^ et nous a fait offrir qu'il lèvera

* Les motifs exprimés dans sa lettre du 19 octobre 1576, rapportée plus haut et la détention de son père, dont il avait demandé l'élargissement aux États généraux, expliquent ce refus de coopération de la part du baron de Hierges. Voir la lettre adressée à ce sujet par le prince d'Orange aux États généraux, le 11 novembre et rapportée par M. Groen van Prinsterer, V, 510.

* Cet envoyé des Etats de Brabant, chargé d'amener une alliance des provinces pour la défense commune, se nommait

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gens à pied et à cheval et qu'il viendra servir Vostre Majesté. Il a aussi fait un grand service donnant ordre avec ses provinces, afin que elles entretiennent pour quatre mois, les gens de guerre qu'il a là. Que est service tant remarquable en ce temps, qu'il mérite qu'on luy face toute mercede et faveur. Je ne sçay si la lettre que j'escrivis au duc d'Arschot fut de quelque effect (de laquelle le duplicat va avec ceste), dautant que Ion tient ici pour certain que samedi et lundi passez il voulut sortir de Bruxelles, mais on ne luy consentit, disant le peuple qu'il vouloit qu'il achevât de danser ceste danse, puis qu'il en avoit esté l'auteur. Ils font grandes provisions en celle ville, et se tient pour certain que dans deux ou trois jours, la paix se publiera avec lesquelles choses tout le peuple est tant affectionné aux Estats , et désireus que la paix se conclue, que bons et mauvais laveroyent volontiers leurs mains en nostre sang, pour ce qu'il leur semble que nous l'empeschons.

L'évesque de Liège' m'envoya l'autre jour le sei-

François Martini Stella ; les Mémoires anonymes sur les troubles des Pays-bas, I, 212 et suiv., racontent son arrestation à Groeningue et les tortures que lui fit infliger Robles de Billy. Il appartenait à une bonne famille de Bruxelles ; en 1556 , Cliarles- Quint accorda des lettres patentes en faveur de Jean Martini, docteur en droit, comte de Latran, procureur-général au conseil de Luxembourg ; le môme fut nommé auditeur de camp, le 29 juin 1557. Bibliot. roy. Mss 20, 411. — Bulletins de la commission d'histoire, 1" série, 111, 167.

» Gérard de Groesbeck ou de Groisbeck, issu d'une famille noble de la Gueldre, nommé coadjuteur de Robert de Berglies, le !"■ mai 1562, lui succéda en avril 1564 et gouverna 1 evOchc de Liège, jusqu'en 1580. Il prit une part active aux événements de son temps et particulièrement au traité de Marclie-en-Famene.

gneur de Linden, son maistred'liostel, affin qu'iltraittat avec moy de ces affaires. Je les liiy depaignis tels qu'ils sont, et à ce qu'il signifie, il s'en va avec opinion fort accomplie que ce que les Estats font est grande meschanceté. Ledit Linden venoit de Mastriclit de donner ordre à la garde de cette ville', à instance du capitaine et des gens de Montesdoca. Et à ce qu'il me dit il j avoit bien pourveu. Mais depuis j'ay eu quatre courriers en un jour dudit Montesdoca, qui me signifie que celle ville se perdra, puisque les bourgeois s'arment et veulent faire garde avec les Allemands, comme Ion fait ici , et que les Allemands et bourgeois se conformoyent% le tout contre les Espaignols qui sont là. Ainsi il estoit d'avis qu'on laissât celle place au Conte seuP, pour ce que les deux compaignies qui sont là, estoyent en dangier qu'on ne leur couppat la gorge. On luy a escrit qu'il s'entretienne, et Ion va procurant quelque remède*, tant avec le Conte, comme avec l'évesque, auquel j'ay escrit sur ceci. Je crains qu'il y en aura peu, puisque ce Conte est venu ici pour nos péchez , et je ne doute pas qu'il ne rende mauvais conte des trois places qu'il a en sa charge.

* Maestricht appartenait partie au Brabant , partie à la principauté de Liège; voir sur la situation de cette ville, Analectes belgiqt(es,pav M. Gachard, 174, 175. — M. A. Henné, Histoire dtc règne de Charles Quint, en Belgique, VIII, 225.

2 Les bourgeois et les Allemands étaient d'accord.

* Le comte d'Eberstein.

* Le remède 'procuré fut la prise et le sac de Maestricht, par les Espagnols , sous les ordres de Vargas et de Fernando de Tolède.

[ISTG] DE CHAMPAGNET. 187

De Vostre Majesté humble serviteur qui baise ses royales mains et pieds.

HiERONYMO DE RODA.

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