‹ Mémoires de Frédéric Perrenot, sieur de Champagney, 1573-1590; avec notice et annotationsChapitre 25 sur 37 · A LA S. C. R. E. DU ROY N03TRE SIRE. S. C. R. M · texte numérisé non relu

A LA S. C. R. E. DU ROY N03TRE SIRE. S. C. R. M

Ciladelle d'Amers, i8 octobre ISTG.

J'ay donné conte à Vostre Majesté tous ces jours de ce qu'est succédé ici. Ce que se présente astheure, s'est que les Estats ont chassé hors de Tilemont, avec aide de ceux de la ville, deux compaignies d'Allemands, qui y estoyeut, du régiment du baron de Fransperg. Car ores que on avoit osté les armes aux habitants, lesquelles on avoit mis en la maison de ville, ils les ont reprins. Et on dit que les Allemands ont fait serment aux Estats , du moins qu'il ne seroyent contre eux. Et celle nation et leurs coronnels se déportent tant froidement au service de Vostre Majesté comme je l'ay escrit par autres. Voires arrive la chose jusque là que à Nivelles, ils tiennent prisonnière une compaignie du baron Pohveiller, de laquelle ceux des Estats ont tué aucuns soldats. Dont ledit baron n'a fait aucune démonstration, ni les autres compaignies dudit régiment. La cavallerie a perdu à Tilemont tout son hagage, qu'estoit de grande valeur ; don Alonso de Vargas est allé vers là,

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avec une partie des chevaux et l'infanterie pour ramener lesdites compaignies d'Allemands, et pour procurer avec celles là de recouvrer Tilemont et le bag-age; et paraprès mettre lesdites compaignies à Diest, 011 il y a une autre compaignie du baron de Fransperg, en hasard d'avoir la gorge couppée, ou d'estre chassée hors de là , car la ville est pour les Estats, selon que don Alonso escrit, et avec beaucoup de gens de guerre tant de la ville que de ceux que les Estats ont levé nouvellement. Je ne sçay autre chose de Bruxelles, dont je puisse donner conte à Vostre Majesté, fors que les Estats généraux sont ensemble', et que on dit que le duc d'Arschot mène cent musquetiers de garde, et qu'il a prins livrée comme gouverneur. Lon entend que le prince d'Oranges a déclairé à ceux qui allarent traitter la paix, que les Estats de Hollande et Zelande veulent, quoy qu'il en soit, l'exercice de la religion calviniste. Et ayants par touts leurs dits et escrits les Estats de Brabant mis en avant qu'on doive maintenir la foy catholicque et l'autorité de Vostre Majesté, ils se treuveront astheure bien honteux que ceci leur ressort tant au contraire.

Je ne scay si dès Bruxelles le conseil donne conte à Vostre Majesté de ce que passe là, seul sçay je que la prison des deux contes et d'Assomvile va avant % et que Malines s'a déclairé pour les Estats, ayant donné passage par la ville à quatre compaignies de

• Sont assemblés.

' La détention des comtes de Mansfelt et de Berlaymont durait encore, mais d'Assonle\'ille avait été mis en liberté le 15 septembre. MM. Henné et Wauters, Histoire de Bruxelles, I, 440.

Wallons, qui se vindrent mettre au pont de Walem, à trois lieues de ceste ville. Pour cela, le maistre de camp Julian Romero sortit de Liere, la nuit passée, avec une troupe de cavallerie et d'infanterie et se rua sur eux. Ce matin il m'a mandé dire qu'ils ont couppé la gorge h plus de cincq cents et que le reste s'en est fui avec les enseignes. A ceste cause, la cavallerie et infanterie a resté tout ce jour cherchant ceux qui s'en sont fuis au bois. Lon a donné ordre que ce pont là soit rompu , puisque s'est le passage d'ici à Malines et Bruxelles. D'ores en avant il sera par Liere, puisqu'il convient qu'on registre là tout ce quepassera. Quand et quand que Malines se déclaira, ils arrestèrent hors de celle-là, une barcque qui desœndoit la rivière chargée de bled, pour la provision de ce chasteau. On leur escrira qu'ils la laissent venir et s'ils ne le font, on les devra traiter comme ennemis déclairez. Avec l'occasion de ceste nouvelle guerre, l'on n'a peu retenir les soldats. Car il y a eu et a grand pillage à tous costez. Mais comme on l«s a déclairé pour rebelles à Vostre Majesté et qu'on confisque leurs biens, ce qu'a esté desjà exécuté à Bruxelles et à Tilemont et où lon treuve du bien des Espaignols, pour la mesme raison chacqu'un trousse' ce qu'il treuve. Et certes la chose va autant à la route, que je seroye aise qu'on le peut empescher. Mais il n'est au povoir de ceux qui sommes astheure ministres de Vostre Majesté; ains ceci croistra tous les jours, tant plus si Vostre Majesté ne pourvoit astheure le remède, veu que certes les Estats

» Ealève.

sont jà arrivez à toute perdition. Les Espaignols d'Alost ne feront rien, si on ne leur paye tout ce qu'on leur doit, car outre les quarante trois mille escus qu'ils ont desjà, il leur en faut encores Imitante mille, par dessus les deux mois esclieus depuis qu'on a accordé'. Ils ont chassé hors de là le contador Alameda, lequel vint ici et dit qu'on ne fera rien avec eux, si on n'achève de payer tout ce que leur est deu. On a ammené en ce chasteau, sept gros canons de batterie, qui estoyent à Bergues, nonobstant les ordonnances que le conseil d'Estat donna au contraire. L'artillerie qui est aux isles, je crains qu'on ne la pourra retirer, pource que les ennemis ont nombre de batteaus à l'esgard* en tous les passages par où elle doit venir, et si ont mis pied en une escluse de l'isle de la Tôle, près de Sainte-Annelant, qu'est le pas principaP. Le coronnel Mondragon est là procurant de les chasser, mais il a faute de gens , et de plus que les siens l'abandonnent de plus en plus, il ne s'en fie pas. D'ici il n'y a moyen de luy envoyer des Espaignols. Monsieur de Floyon m'a respondu qu'il alloit là avec ce qu'il a peu recouvrer des siens. Je ne scay s'il le fera, puisque désormais il y a peu à fier de luy ni de ses frères et gens, jà que tous procèdent froidement en ce qui touche le service de Vostre Majesté. En conclusion, ce que l'on peut dire à Vostre Majesté s'est qu"e touts les pays sont rebellez et que Vostre Majesté n'a que

* Depuis que Ion a réglé le compte de la solde due aux troupes.

^ Aux aguets, gardant tous les passages. 2 Le passage.

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ce chasteau et Liere, sans autre lieu quelconcque, en touts ceux là, où il se puisse retirer un seul homme de Vostre Majesté, si ce n'est par force. A tel estât sommes nous venus. Dieu le remédie.

Post date : Les batteaus de l'armée de l'ennemis, qui sont au rivage de ceste rivière, sont montez à ce vespre à une mousquetade près de ceste ville , de laquelle il n'est sorti nulles gens de guerre et si n'a on tiré après eux comme on a de coustume; on dit qu'il y a ordre du gouverneur Champaignej et du conte d'Everstain que on ne le face. La trafBcque de l'armée à la ville est grande, et autant libre et sans scrupule comme si l'armée fut en obéissance de Vostre Majesté. Je dis jusques là qu'il y entra hier plusieurs barcques en la ville avec escolte de l'ennemy', pour empescher que nos galères ne les visitassent et les voulants approcher quelques barcques nostres, ceux de la garde de la ville tirarent après.

Les lettres de Londres, Calais et Bruges viennent par Flissingue désembarcquer à l'armée de l'ennemy, et de là en ceste ville, sans aucune fascherie et les Allemands, qui sont à la garde de celle là, ne leur donnent aucun empeschement. Sans doute l'armée a monté avec fondement, car Ion entend qu'il vient ceste nuit cincq huyes armées, du costé de Flandres le contrebas de la rivière avec gens , et desseing de prendre la grande galère et autres deux petites, lesquelles traversent le cueurà ces gens. Mais elles sont bien seurement sous le fort que le maistre de camp

' Les troupes du prince d'Orange.

Valdez fait an passage de Flandres vis-à-vis de ceste ville.

De Vostre ^lajesté Immble servitenr et vassal qui baise ses royales mains et pieds.

HiERONYMO DE RODA.

A l'illustre seigneur, monseigneur Gabriel de Çayas, du conseil de Sa Majesté et son secrétaire d' Estât.

Citadelle d'Anvers, 20 oclobre ISTf).

Illustre seigneur : Partant pour Paris, un gentilhomme du duc de Guise', qui est personne de confiance, il m'a semblé d'envoyer le duplicata de ce que j'escrivis à Sa Majesté le 18 de ce mois, et de dire astheure brièvement ce que dès lors s'est présenté ; s'est que hier et aujourd'huy il est monté des batteaux de l'armée de l'ennemy jusques aux portes d'Anvers, qui accompaignoyent aucuns batteaux qui ammènent victuailles en la ville. Et voyant que ceux de la ville ne tiroyent point, le chastelain Sancho d'Avila a fait descharger contre celle-là quelques coups de canon, comme a^ aussi le maistre de camp Valdez de son fort, la galère de mesme. Mais on a fait peu de mal, car l'on tint les pièces

* Voir sur les relations de don Juan avec les Guise Anlonio Ferez, par M. Mignet, 23 et suiv.

2 Fait.

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hautes. Le Conte et ses gens, comme aussi le gou- \ erneur et le magistrat sont si très deshontez qui; on n'en voit que trop aux termes qu'ils tiennent. Tellement que la ville est fort proche de se perdre, pour le grand abbord des ennemis qui entrent et sortent. Et les Estats en partie ne désirent autre chose que d'assiéger ce chasteau, par celle ville. Et certes ce que le plus convient est de nous asseurer de cellelà. Ce que ne se peut fcijre, si se n'est l'occupant avec l'infanterie espaignole et la cavallerie que nous avons, laquelle est en petit nombre, puisque ceux d'Alost ne se bougent, ni n'y a homme qui les puisse mettre en raison. Le surplus sont fort espanchez ' .

Le maistre de camp don Hernando de Toledo partit hier pour rassembler les gens de guerre, qui sont à délivre*, pour s'aller joindre, avec ceux-là et la cavallerie qui estoit ici près, oij don Alonzo de \'argas se treuve avec le surplus. Et tout cela joint, on taschera de s'asseurer de Maestricht, puisque Montesdoca et les deux compaignies qui sont là, nous escrivent qu'ils sont vendus. Et si cela ne ressort', on les retirera, affin qu'on ne leur couppe la gorge, car ils ne sont point suffisants pour se deffendre. Ceste nuit j'ay eu avertissement du capitaine Antonio d'Avalos, qui est à Herentals, que monsieur de Flo von va vers ledit Maestricht , avec trois cents chevaux et huit compaignies d'infanterie. Je soupçonne que se n'est pas le fils de Berlaymont, mais un capitaine de monsieur de Hierges, fils du maire

' Disséminés. * Disponibles.

' Si cela ne réussit.

de Liège ' . Car le cnroiinel Foucre m'a dit que le régiment de Bas- Allemands du conte de Bossu et autres compaignies, viennent de Hollande au service des Estats , avec congé de monsieur de Hierges et Floyon, son frère, n'est allé ni ira aider le coronnel Mondragon, pour chasser les ennemis de l'escluse, où ils se fortifient en l'isle de la Tôle.

Considéré le hasard auquel sont ces isles et que les gens de Mondragon s'en vont, l'on a traitté cejourd'huy avec le hourgmaistre de Siricqsée, qu'il aille à Bruxelles , et qu'il procure de traitter avec le conseil , ou les Estats , et que ces isles là se conservent en l'ohéissance de Sa Majesté, et pour eux, sans qu'elles retournent au pouvoir du prince d'Oranges, demeurants trois compaignies en la ville, et que les Estats facent avec le Prince que le reste des gens puisse sortir librement , avec l'artillerie, les munitions de Sa Majesté et leur bagage; car si Ion peut négocier en ceste sorte, nous estimons que se ne sera mauvais parti, dautant que cela demeurera perdu, comme il est desjà. Ces coronnels Allemands ont eu si grande envie de communicquer avec les Estats, que ne nous estant accordez avec eux, à ce qu'ils allassent à Bruxelles , ils ont résolu d'y envoyer le coronnel Cornélius Van Eynden (qui fut lieutenant du conte Hannibal), avec autres députez. De ce que se fera on vous avisera. Nostre Seigneur garde vostre illustre personne et estât, et la prospère comme je désire. D'Anvers le xx d'octobre 1576.

Poste date : Depuis ceste escrite, j'ay sceu par

' On a vu plus haut que c'était bien Florent de Berlayraont sieur de Floyon lui-même.

lettre du coronnel Mondragon, ({ue hier il arriva au chasteau de Saint Mertensdjck, à la Tôle, fuiant les Wallons siens, qui sont en Sainte Annelant. De tant crains-je plus, et me touche en l'âme la perte de ces isles ! Don Alonzo de Vargas a rassemblé les compaignies du baron de Fransperg, lesquelles on a chassé de Tilemont. De quoy ledit baron et ses soldats sont esté fort contents.

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