‹ Mémoires de Frédéric Perrenot, sieur de Champagney, 1573-1590; avec notice et annotationsChapitre 27 sur 37 · LETTRE DE BALTAZAR LOPEZ AU SECRÉTAIRE OAYAS · texte numérisé non relu

LETTRE DE BALTAZAR LOPEZ AU SECRÉTAIRE OAYAS

A l'illustre seigtieurmonseigneur Gabriel de Çayas, du Conseil de Sa, Majesté et son secrétaire d' Estât.

Citadelle d'Aorers, 7 noTembre 1S76.

Dieu soit loué de si bon succès qu'il luy a pieu nous donner en ceste ville. Le seigneur Hieronymo de Roda l'escrit bien au long à Sa Majesté. Lon a treuvé entre les papiers de Champaigney (lesquels je recueillay hier avec ses livres) , copie des lettres de Sa Majesté que don Alonso de Sottomaior apporta , qui furent prinses à Gand, et décifrées en la maison

de Cliampaignej , car il se voit clair par les copies que on y a treuvé. Je tiens pour certain que Aguyllon luy a donné la cifre avant partir , car depuis la prison du conseil, il se retira à Liège. Comme qu'il en soit, avec ce qu'il a mis luy' et le conte d'Everstain, les gens des Estats en ceste ville, et s'estre retrenclié et avoir planté artillerie, contre le chasteau, s'a esté une grande trahison. Grâces à Dieu qu'il nous en a si bien délivré, car certes s'a esté une victoire très-remarcquable, et instrument par lequel Sa Majesté sera seigneur de ces estats, mieus que jusques astheure. Lon n'a peu excuser le dommage^ De nos gens ils seront morts jusques à 50 et cent blecez. Le capitaine don Manuel Cabeça de Vacca mourut en la place du chasteau, avant que arriver aux trenchez ; don Juan de Robles , neveu de monsieur de Billy, en la place de la ville; le capitaine Damian de Morales est blecé dangereusement et le coronnel Foucre en est sorti avec trois bleceures non périlleuses. Il n'y est mort autre personne de marcque.

Plusieurs des ennemis sont esté tuez et noyez. Quand on combattoit, l'armée des ennemis approcha la ville, pour donner chaleur à ceux de dedans ; mais elle se retira , comme elle vit qu'on les alloit vaincquant ; lon traitte de composer les choses et donner ordre en tout, car s'est pitié de veoir ceste ville et sa perdition. Mais on doit luy imputer grande coulpe de ce qui est succédé, car tous ces seigneurs, ministres de Sa Majesté, estoyent bien loing de venir à ce point, s'il ne se fut présenté un cas tant forcé. Et je

' Champagney.

* De l'espagnol eoccusar, éviter ou refuser.

[157GJ DE CHAMPAGNEY. 20:^

VOUS certifie que il ne se peut croire combien ils se resjouirént en la ville, quand les gens des Estais y entrèrent ; car ils travaillèrent fort avec grand contentement aux trencliées, tellement que en xxiiij heures ils les mirent fort hautes , et furent quasi tout du long de la ])lace de la ville. Lon traitte de réduire du tout les amutinez et de passer avec le plus de gens que lon pourra au secours de Gand, ou àMalines,car quelconcque de ces choses se peut faire avec facilité à ceste heure. Le régiment de Mondragon est sorti des isles, les ayant abandonné. L'artillerie et les munitions de guerre et de bouche qui y estoyent y sont demeuré, que est un mauvais cas quoy qu'il en soit. Le coronnel Mondragon (qui est venu ici), dit qu'ils iront servir à l'emprinse de Gand, et avec ce succès ils le feront plus volontiers. Il ne se présente autre chose, dont on vous puisse aviser. Nostre seigneur garde vostre illustre personne, et prospère vostre estât comme je le désire. De la citadelle d'Anvers, le septiesme de novembre xVlxxvi.

Vostre fort certain serviteur vous baise les mains.

Baltazar Lopez.

Poste date: Entre les papiers de Champaigney j'ay treuvé une provision avec le seel royal, depeschée par le conseil d'Estat, par laquelle ils donnoyentla superintendence de l'armée à Champaigney et l'ostoyent à Sancho d'Avila. Ni plus ni moins ordre pour prendre le coronnel Foucre. Mais tout ce leur est tourné à rebours. Et sans doute monsieur de Havrech apportoit la provision du gouvernement et du

20 i MÉMOIRES [1576]

chasteau de ceste ville. Car il venoit la teste pleine que en arrivant, ils le prendoyent, et si n'y avoit chose qui leur semblât plus facile que de l'entreprendre, et en ressortir, parce qu'il estimoit tousjours qu'il estoit impossible que la cavallerie etceux d'Alost vinssent à nostre secours, pour autant qu'il s'estoit saisi des passages à tous costez.

Traité auquel ceux qui cstoyent rassemblez au chasteau d'Anvers ^rent condescendre le conte Otto d'Everstain, coronnel de xvi enseignes d'allemanS; par le moyen de Nicolas, laron de Pohoeiller et Charles Foucre, coronnels de la mesme nation, lorsque l'on avoit fait mutiner contre ledit conte d' Everstain les com/paignies qui estoyenten la ville d'Anvers, sous sa charge, Van 1576.

Ceux qui s'ensuivent sont les chapitres dénotez pour l'accord qui se fait par le moyen et intervention des seigneurs baron de Polweiller et Charle Foucre, coronnels d'infanterie de hauts Allemands, entre les seigneurs du conseil d'Estat et de guerre de Sa Majesté, qui résident présentement en la citadelle de la ville d'Anvers, et les seigneurs conte d'Everstain et Cornélius Van Enden, coronnels d'infanterie de Hauts Allemands, laquelle avec neuf compaignies du régiment dudit seigneur Conte, et quatre dudit seigneur Cornélius, tient la garde de ladite ville. Le tout pour le plus grand service de Sa Majesté, plus de seureté et repos de ladite ville et des bourgeois d'icelle.

Page 1