DISCOURS SUR LES AFFAIRES DES PAYS-BAS
DE
GHAMPAGNEY
Discours sur les affaires des Pays-Bas
Il est vrai que cette mesure fut prise tard', et sans les ménag-emens qu'exigeaient des susceptibilités , ignorées du roi peut-être. Car, outre ce qui a été dit plus haut, on fut blessé que le roi, dans ces conjonctures , eût introduit dans le Conseil d'Etat Roda et Mansfelt".
' Ce mémoire porte la date du 21 décembre 1589 ; il est cependant placé dans lo Mss. N" 12,962 delà bibliothèque royale à la suite du suivant, évidemment écrit pendant l'été de 1590 ; l'un et l'autre sont rédigés en langue espagnole et semblent être des fragments ou des essais restés inachevés ; on ne voit pas non plus à qui l'auteur les adresse pour les faire remettre sous les yeux du roi.
* Hieronymo de Roda fut nommé conseiller d'Etat, par lettres patentes données à Bruxelles, le 7 avril 1574 n. s. ; la nomination de Mansfelt est datée de Madrid, le 1"' juillet 1576, mais le roi, par lettre du 28 octobre 1575, avait autorisé le grand commandeur de Castille à l'appeler auprès de lui, et à le faire entrer aux conseils d'Etat et de guerre. 5" et 1'^ comptes de Nicolas Baert; Bulletins de la Commission royale d'histoire, 2* série, I, 131, 138. — Correspondance dePhilippe II, III, 50, 394.
Si l'on avait eu le choix, je pense que l'on eût admis un Espagnol plutôt que Mansfelt, pourvu qu'il eût parmi les indigènes, la réputation d'être leur ami franc et droit; surtout si le roi, saisissant une occasion , le nommait à l'improviste , ou avec entrée aux conseils par intérim, jusqu'à ce qu'il fît une nomination conforme aux traités, prolongeant ses fonctions, selon que l'on verrait qu'il convient et qu'il serait agréable, en s'excusant sur le désir de ne pas inspirer de jalousie, en choisissant un conseiller du paj'^s.
Peut-être que pour le roi celavaudrait mieux, parce que ce serait un frein pour les conseillers d'être nommés à cette condition, et que l'on pourrait restreindre leurs attributions et prendre tels arrangemens que l'on trouverait convenables : le précédent une fois posé, les successeurs, de quelque qualité qu'ils fussent, devraient passer par là; car on voit que la trop grande confiance et la latitude accordées successivement, après la reine Marie, sœur de l'empereur Charles-Quint, aux gouverneurs généraux, les a rendus insupportables ( quoi qu'ils ne fussent pas de la même qualité), dès les commencements de leur entrée en possession ; et le roi n'a pu bonnement ensuite les réprimer, repoussant ceux du conseil et avilissant leur autorité et leur dignité, parce que dans des vues intéressées, ils préféraient leurs propres serviteurs dans les administrations publiques, lesquels n'ayant point prêté serment au roi, et plusieurs n'étant point ses vassaux, alors que les gouverneurs étaient étrangers aussi, leurs serviteurs, qui ne devaient pas avoir non plus une résidence perpétuelle dans le pays, ne songeaient qu'à s'enri-
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chir,et agissaient comme des gens à qui l'on ne devait jamais demander compte de leurs excès, sans considérer ni les vœux du pays, ni ce qui convenait le mieux au roi, pour le conserver.
On vit les choses se passer de la sorte, d'abord chez le conte de Stropiana et l'aLLé de Filien , au temps du duc de Savoye', malgré la présence du roi qui diminua le mal ; ensuite, chez Armenteros, quand madame de Parme gouverna ; plus tard, sous le duc d'Albe , chez Albornoz ; Juan Moreno et autres pareils, sous le gouvernement de don Louis de Requesens et môme quand il fut du conseil d'Etat, ledit Jérôme de Roda osa concevoir la pensée de se faire, de son autorité privée, gouverneur général; dans cette vue il manigança la mutinerie de Zierikzée, qui fît si grand tort au service du roi.
Il n'y a pas de plus grand mal, môme pour les indigènes, que de savoir qu'on ait accrédité avec les gouverneurs, des hommes qui ne doivent pas demeurer dans le pays , ce qui ouvre les portes à la cupidité : comme les habitacs sont industrieux, par les inventions qu'ils suggèrent à ces gens, ou h prix d'argent, ils arrivent à gagner leurs bonnes grâces et à réussir dans toutes leurs prétentions, laissant la responsabilité de leurs méfaits à charge des étrangers, qui savent esquiver la peine , soit en abandonnant le pays, soit grâce à l'autorité de leurs maîtres, comme on l'a vu avec Armenteros; car le duc d'Albe, venu pour opérer des réformes, disait de lui : que, de tous, c'était le plus coquin , mais qu'il n'osait pas
' Voir ci-dessus p. 238. — Mémoire remis au duc de Médina Celi.
le récompenser selon ses mérites, parce qu'il avait si bien entortillé sa maîtresse dans tous ses actes, qu'on ne pouvait demander compte à lui , ni à elle. Ainsi ces gens ayant la liberté de partir, après avoir fait leur coup , ils se hasardaient sans crainte. Par cette voie, sans doute, quand Sa Majesté eût quitté ces Etats, le prince d'Orange a pu faire ce qu'il a fait; madame ayant été amenée par Armenteros, comme on l'a vu, malgré le cardinal de Granvelle, à vendre tous les offices; Armenteros mettait à prix tous ceux qui étaient à la collation de Madame , ce à quoi le cardinal résista toujours tant qu'il fut avec elle, voulant qu'ils fussent le prix de la capacité. C'est ainsi que le prince d'Orange put remplir toutes les magistratures de ses complices, et donner les autres charges à ses partisans, d'où résulta dans le pays la confusion que l'on sait; en continuant ainsi de pourvoir leurs favoris, sans songer à autre chose, les gouverneurs généraux et leurs gouvernements en sont venus à éprouver dans leurs administrations, les déboires qui sont survenus dans ces derniers temps. Il serait donc convenable que Sa Majesté restreignît chez les gouverneurs généraux le droit auquel ils prétendent , de pourvoir aux offices et aux bénéfices ; car il y en a beaucoup de si importans et de si fortement rétribués, qu'il serait juste que Sa Majesté en pourvût ses serviteurs; autrement ceux qui servent les gouverneurs généraux ont plus d'avantages que ceux qui servent le roi.
Il en est de même des bénéfices ecclésiastiques; il faudrait en réserver une part au roi, sur une échelle
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plus large que celle admise, en imposant d'abord la vente des bénéfices à une taxe fixe ; le Roi aurait la distribution des bénéfices dont les revenus sont le plus élevés, car il est important môme pour sa conscience, qu'ils ne soient conférés qu'à des personnes qualifiées. Ainsi le prieuré de Morteau ', l'un des plus riches bénéfices de la Bourgogne, qui vaut plusieurs milliers de livres de revenu, a été donné il y a peu de temps, par le duc de Parme, d'abord h un frère du président Richardot, afin qu'il le gardât pour le fils de celui-ci. Ce frère mort, le prieuré a été donné au fils du président, garçon de 15 à 16 ans, se trouvant par conséquent à un âge où l'on ignore s'il suivra la profession ecclésiastique et s'il aura l'habileté requise pour une telle gestion; ce qui a bien son importance quand on laisse en arrière des personnes dignes et qualifiées. Il résulte de cette façon d'agir que les biens ecclésiastiques tombent dans les mains de laïques qui en font profiter leurs maisons et ne remplissent pas les devoirs de leurs offices. Par suite de ces fautes, les bénéfices perdent une partie de leurs ressources , de leur réputation et de l'édification, au grand dommage de l'église, comme nous le voyons.
La chose publique ne souffre pas un moindre préjudice de ce que les offices qui ont été en grande considération , tant qu'ils étaient desservis par des personnes de qualité et que la nomination en appartenait au souverain lui-môme etse faisaitpar lui, sans lucre aucun, sont venus à déchoir dans l'opinion par
' La fondation du riche prieuré de Morteau était antérieure à l'année 1100. L. GoUut, 1817.
la manière dont on les distribue, ce qui se voit actuellement dans une infinité de cas. Pour gratifier ou contenter leurs partisans , les gouverneurs généraux, sans se proposer un autre but, en ont pourvu des personnes de mince étoffe , auxquelles sont fâchées de succéder les personnes de qualité qui auparavant y prétendaient. Par là ces offices s'avilissent dans des maisons roturières, qui les exploitent pour le profit et non pour l'honneur ; de plus, les gens de distinction, repoussés dans leur propre pays, des charges élevées auxquelles ils aspiraient, afin d'améliorer leur position, se livrent à de dangereux projets. Les Nassau étaient drossards de Brabant, et faisaient desservir cet office par quelque gentilhomme, qui s'en glorifiait comme eux. Le titulaire actuel ' l'est devenu parce qu'il est parent de la femme de Castro, serviteur de la chambre du Duc, laquelle femme est de petite maison de Malines et par égard pour le mari, on laisse l'office au parent, qui ne le dessert pas. Les barons de Beersel, chevaliers de la Toison d'or, exerçaient l'office d'amman de Bruxelles; actuellement c'est un individu marié à une servante de la chambre de madame de Parme ^; les autres emplois sont distribués de la même façon. Les principaux baillis de Brabant ^ étaient les comtes de Lalaiug, baillis d'Audenarde; M. de Courrères,
' André d'Anderlecht. Archives de l'Audience, 1118, 1145.
2 Sire Jean Van der Ee, chevalier, seigneur de Woluwe St-Etienne, Meysse, Hérent, fut amman de Bruxelles du 21 janvier 1589 au 13 décembre 1G07. TMM. Henné et Wauters, Histoire de Bruxelles, II, 507.
' Jamais Audenaerde, ni Alost, n'ont fait partie du Brabant ; l'auteur emploie sans doute ce nom au lieu des Paj's-Bas.
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(le la nmisun de Montmorency, majordome' de l'empereur Charles-Quint et de l'ordre de la Toison était hailli d'Alost"; le comte d'Isenghien, du conseil d'État et chef des finances' lui succéda; cetoiHcc a été donné à Benoît Charreton*; pour qu'il ne se plaignit pas de ce que Drcnckwart, son successeur h l'emjjloi de commis des finances, avait été fait trésorier parle duc de Parme, afin de donner au comte de Beaurieu*, le beau-père de la Franceline", le com-
• Martre clliOtel.
' Lo seigneur de Courières était en mflmo temps capitaine des archers do corps, bailli do Tormondo et gouverneur do Lille, Douai et Orchies.
» Maximilien Vilain , conite dlseng-hien , baron do Rassenghien, franc seigneur do St-Jean Steen, etc., né :\ Gand en 1530, souverain bailli d'Alost et de Grammont, gouverneur de Lille, Douai et Orchies, puis do l'Artois ; conseiller d'état et chef des finances en 157G; mort à Tournai en 1583.
* Benoît Charreton, seigneur de Chassey, fut chargé de la recette générale des confiscations, pour cause des troubles, depuis le 1" janvier 1579 jusqu'au 31 décembre 1589; il fut aussi membre de la chambre des récompenses du 20 janvier 1582 jusqu'au 31 décembre 1585. Bulletins de la Commission royale d'histoire, 2" série, I, 139-145,
* Charles de Gavre, chevalier, comte de Beaurieu, soigneur do Fresin, d'OUignies, do Mussain et du pays d'Ayseau, gentilhomme de la bouche du roi, avait été nommé commissaire général des vivres à l'armée des Etats, le 20 décembre 1576; outre la charge de superintendant des vivres do l'armée royale, il obtint celles de conseiller d'état , de colonel d'infanterie, de châtelain et gouverneur d'Ath. Il s'était rallié au parti royaliste en livrant Breda aux Espagnols en 1581. Il est mort en 1611 à l'âge de 86 ans. De son premier mariage, avec Marguerite de la Marck, était né Jean Charles de Gavre, époux de la belle Franceliiie; du second, avec Honorine de l'Esclatière, dame d'Ayseau , est issu Adrien de Gavre , auteur des marquis d'Ayseau et princes de Gavre, éteints, le 2 avril 1832, en la personne de Charles Alexandre François Rasse, prince de Gavre, grand maréchal de la cour des Pays-Bas.
• Françoise de Renty, dame de Griboval , de Rixensart, de
missariat général de vivres, un des offices principaux, dont la gestion était conférée par intérim à Drenckwart. Cbarreton n'étant pas encore content, il a fait nommer commis des finances son fils, garçon de quinze ans, qui n'a pas été élevé pour cela et sera on ne sait quoi; ces choses sont contre la réputation de ce collège. Il faut pourtant y faire attention , car c'est là que l'on gère les revenus du Roi , dans toutes les provinces de ces Etats et de Bourgogne. Le Roi ne devrait pas le permettre, pas plus que tant d'absurdes nominations dans les conseils collatéraux où , comme aux finances et au conseil privé, ne devrait entrer personne qui ne fut nommé par le roi, de même qu'au conseil d'Etat et aux offi.ces qui autrefois étaient desservis par des seigneurs de grande maison, ou des chevaliers de la Toison d'or. Les charges de margrave et d'amman d'Anvers, des plus opulentes et peut-être les plus opulentes du pays, sont occupées la première par un T'Seraerts, l'un des principaux instruments de ceux
Geneval , Lamotte , Quercamp , de Courtebourne , etc. , fllîe d'Oudart , baron de Renty, et de Marie de Licques , mariée en 1586, à Jean Charles de Gavre, chevalier, comte de Fresin et du Saint Empire, baTon d'Inchy, seigneur d'Ollignies, d'Esloo, de Diepenbeek, do Hamal, etc., né le 3 juin 1564, gentilhomme de la chambre du duc de Parme, colonel d'un régiment" d'infanterie wallonne, gouverneur du Quesnoy, capitaine d'une bande d'ordonnances. Archives de l'audience, liasses 1122, 1123. — « Le lendemain 15 septembre 1589, il (Philippe d'Egmont) alla « prêter serment à Anderlecht en qualité d'avoué du chapitre « de cet endroit. Cette fois on voyait dans son cortège, outre « les personnes dont les noms sont cités plus haut, la belle « Franceline, Champigny, de Mavreville » M. Goetals, Dictionnaire généalogique et héraldique , v" Homes, Gaesbeeh et HouthercTie.
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qui, en 157G, ont amené le mauvais gouvernement, la seconde est actuellement desservie par un frère du président Damant'.
D'ailleurs il ne suffit pas que l'on ne confère qu'à des naturels les offices du pays, selon la réserve faite au duc de Savoy e et je pense encore à d'autres depuis et môme par les traités des provinces, si on les vend ou si on les confère au gré des domestiques des gouverneurs généraux et pis que cela au gré d'étrangers qui en profitent, ne pouvant ou ne voulant pas les desservir. Il est nécessaire d'en défendre absolument l'achat ou la vente et d'empêcher qu'on puisse braver cette défense, sans en écrire au roi les motifs ; il faut de plus que toute nomination ait lieu sur l'avis préalable des conseils auxquels elle ressortit. C'est un point dont Sa Majesté peut désormais commander absolument l'observation .
Il y avait à ce sujet beaucoup d'habileté dans les instructions données par Sa Majesté au seigneur don Juan, quand il vint gouverner ces États : il devait renouveler sa maison, la composant toute de naturels et de gentilshommes d'ici, en la forme usitée par la maison de Bourgogne ; reprenant tous les usages suivis très-heureusement et avec grand succès par ces princes, comme par l'empereur Charles- Quint et la reine Marie ; cette princesse n'employa jamais que des vassaux de ces États et n'admit aux affaires que des officiers nommés par le Roi (l'empereur), montrant dans les naturels du pays une
• Nicolas Damant, d'abord chancelier do Brabant, était alors président du conseil de Flandre à Madrid.
confiance sans laquelle jamais rien ne réussira. Agir autrement , c'est donner lieu à des nouveaux désordres. Tant qu'on ne rentrera pas dans cette ornière, tant que l'on ne donnera point la préférence aux regnicoles, la haine contre les étrangers s'envenimera cliaque jour davantage. Peu à peu l'on y remédierait facilement et on finirait par les accepter avec le même amour que l'on a vu, quand le comte de Rœulx, le père du Comte actuel, prit Montoya pour son lieutenant au château de Gand , du temps de l'empereur Charles-Quint ; d'autres obtinrent également des charges, sans contradiction, tant qu'ils s'accommodèrent à l'humeur des habitants, qu'il faut avant tout guérir de leurs ombrages.
Le Roi, notre seigneur, montra qu'il connaissait le caractère du pays bien mieux que le seigneur don Juan, qui ne voulut pas lui obéir, en cela, pas plus que dans d'autres choses accommodées à l'humeur de ces États; il fut ainsi- conduit à sa perte, entraînant avec lui beaucoup d'hommes peu au fait de ce qu'il entreprenait ; attirant dans son parti les plus nécessiteux; ceux qui étaient menacés delà banqueroute, ou guidés par l'intérêt et pour cela abhorrés du pays ; toutes ces choses ont inspiré un si grand éloignement pour les étrangers, et même pour .les gouverneurs généraux, que dans les traités avec les provinces on n'en a point perdu le souvenir. Malgré toute la patience et le flegme que montrent les habitans, à l'égard de ce mépris de leur volonté, ils attendent l'occasion, se défiant des bonnes intentions et de la sincérité des gouverneurs et des ministres ; ceux-ci et le Roi même perdent chaque jour de leur
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crédit et ces Etats, deviennent plus circonspects. De là en outre l'aheurtement des rebelles ; s'appropriant les plaintes des nôtres , ils disent , quand on essaie de les gagner, qu'ils ne doivent pas se fier à nos promesses ; ils tracent le tableau de la misère et des calamités qui pèsent sur les parties réconciliées, par les violences et les exactions de nos gens; par suite d'un gouvernement sans police, sans justice, sans vérité ni prudence, dirigés par des chefs avides, n'ayant en vue que leur profit et non le service du Roi. Celui donc qui accepterait les idées que nous venons d'émettre , s'il voulait réussir , devrait suivre une marche toute différente de celle adoptée par les derniers gouverneurs, et plus tôt ce remède serait appliqué, mieux vaudrait. Si le duc de Parme venait à mourir, ousi Sa Majesté voulait saisir l'occasion de l'éloigner de ce gouvernement, ou de l'occuper à des entreprises hors du pays, en s'y prenant à temps, et comme on l'a dit, en faisant plus de cas des naturels, on verrait bientôt un si grand changement, que ce serait merveille ' .
Immédiatement môme et en attendant que Sa Majesté se dispose à cette mesure, (pour laquelle on pourrait donner à celui qui serait chargé d'appliquer les idées ci-dessus exposées, le commandement général de la cavalerie, ou tout autre emploi supérieur, afin qu'il soit respecté du duc de Parme
» Il était réservé h notre époque de voir se réaliser les prévisions de l'auteur: après avoir subi, pendant plus de deux siècles, la domination étrangère, la Belgique rendue enfin à elle-même, soumise h une dynastie de son choix, régie par des institutions qu'elle scst librement données, est parvenue depuis 1830, à un degré de prospérité inconnu jusques alors.
même et de tous) , on ne doit pas différer un instant d'imposer audit Duc une règle, en beaucoup de choses, qu'il n'oserait pas enfreindre, s'il voyait quelqu'un prêt aie suppléer; mais plus tardera le remède, plus s'envenimera le mal, qui conduira à la perte irréparable de ces États. Beaucoup disent déjà que l'on a violé et que l'on viole les réconciliations, ainsi que je l'ai dit plus haut; d'autres, parmi les Wallons , parlent de se donner au nouveau roi de Béarn*, qui admet les catholiques avec leurs armées, plutôt que de supporter encore le mauvais gouvernement actuel et les nouveaux envois de troupes sur les frontières, par suite des affaires de France ; ils redoutent, si l'on en vient à une nouvelle rupture, les calamités souffertes lors des dernières guerres; ils prétendent que les articles de leurs traités de réconciliation défendent d'agir ainsi, sans l'avis des États , chose qui vaut la peine d'être bien pesée.
Si cette guerre s'allume, comme il y a apparence que nous finirons par là , les esprits ni les affaires n'étant ici bien assis, il est facile de prévoir à quel danger tout sera exposé, si, outre le commerce maritime, on perd encore le commerce avec la France, et combien s'aigrira le désespoir causé, dans une si grande pauvreté, par la ruine de nos relations actuelles.
Il est certain aussi que déjà tous les hérétiques des côtes de l'Océan essayent de se liguer , par la
* Zélé partisan de la ligue, Cliampagnej' ne donne pas à Henri IV le titre de roi de France, qui ne lui a été accordé d'ailleurs par le gouvernement espagnol qu'après la paix de Vervins.
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crainte qu'ils ont de l'accroissement de la puissance de notre Roi et de l'avantage qu'il peut tirer des troubles de France. Et comme ils reconnaissent que c'est l'argent des Indes qui maintient sa puissance et sa grandeur, il est évident qu'ils portent leurs vues de ce côté, comme l'ont prouvé les tentatives de la France d'abord, puis de l'Angleterre. Ils savent aussi tout l'avantage que peuvent leur procurer la Hollande et la Zélande, ils font tous leurs efforts pour les gagner ; mais ils n'ont pu réussir jusqu'ici, à cause de la tranquilité dont ces provinces jouissent, conservant avec tant de succès leur position contre nous.
Avant donc qu'elles ne soient entraînées par dos motifs gagnant tous les jours plus de force, il vaudrait mieux pour l'Espagne leur fournir l'occasion de fermer l'oreille à ces suggestions, et songer aux meilleurs moyens de garantir leur tranquilité, sans plus hasarder la fortune des armes ; or, elles désespèrent de conserver cette tranquilité, si elles rentrent dans le devoir et l'obéissance. Comme je l'ai dit, les violences et le désordre qui troublent ici les possessions du Roi, lequel ne pardonne pas encore aux princes voisins, rendent le gouvernement odieux à tous les pays limitrophes, comme on le voit à Clèves. Quelques petits gouverneurs sur cette frontière , pourvu qu'ils fassent leurs profits , ne s'inquiètent pas d'où ils proviennent, ni par quels moyens; ils laissent perdre toutes nos villes de commerce situées sur les principaux fleuves et sur les cotes favorisant d'avides étrangers, ils corrompent toute police par leurs opérations usuraires et accablent les marchands de la résidence et des alentours à leur
profit, ainsi qu'où s'en aperçoit par leurs richesses accumulées rapidement, par leur conduite et leur luxe ; ils s'emparent môme des droits et des revenus du Roi, sans aucune répression: ce qui, beaucoup plus que la religion, fait abhorer son autotorité.
Aussi quand on représente aux rebelles qu'ils doivent considérer la puissance du Roi, à laquelle n'ont pu résister toutes les villes reconquises, les prédicants et tous ceux mêlés au gouvernement répondent qu'il n'y a de quoi se hâter, pour tomber dans la même misère que ces villes, tant que l'on peut résister; ils ajoutent qu'avant d'avoir tout reconquis pied à pied, un aussi mauvais gouvernement que le nôtre doit exciter des révolutions, lesquelles nonseulement arrêteront tous nos progrès , mais amèneront l'affranchissement des parties encore soumises, à l'instar de celles déjà délivrées de la tyrannie, c'est le terme dont ils se servent. Ils s'obstinent dans leurs sentiments, à la vue de cette émigration d'une foule infinie de catholiques , exposant leurs âmes à un danger dont on peut se faire une idée ; de sorte que la plupart des villes que nous avons recouvrées sont presque désertes.
Une cause active de cette émigration est le préjudice nouveau que portent au commerce les monopoles créés par les licences accordées à la maison de Paul de Rinaldi, un maître d'hôtel du Duc ; ceux auxquels le Duc avait remis ce pouvoir n'avaient pas osé pousser l'effronterie aussi loin que ce Rinaldi. Suivant l'ordre donné aux gouverneurs généraux, par nos souverains, pendant les guerres passées et
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depuis, ces licences devaient avoir pour but d'entretenir le négoce de remédier aux besoins du peuple et de subvenir à la guerre; elles ne servent aujourd'hui qu'à enrichir un petit nombre d'individus au préjudice de la généralité et à accroître la cherté de certaines marchandises; loin de tourner au profit des nationaux, elles favorisent l'ennemi, et lui procurent des gains plus considérables. Le conseil des finances reçoit de ce chef, un nombre infini de plaintes, nonseulement des particuliers et des villes, (qui pensent que ce conseil distribue ces licences, comme cela s'est toujours fait), mais encore de ceux qui ont reçu du Roi ou des finances la ferme des douanes; ils demandent des compensations, parce qu'ils se voyent frustrés de leurs droits, contre la coutume ancienne et le placcard récemment publié, au mépris duquel les passes accordées à Paul lîinaldi exemptent des tonlieux; sans compter que le Roi en est frustré, il perd encore le droit de scel mis sur les passes, dont on eut toujours soin de tenir compte aux finances; ce collège ne peut y remédier, parce que le Duc lui a enlevé et s'est réservé à lui seul, la distribution des licences , qu'il abandonne à ses domestiques et autres particuliers choisis par ceux qui en profitent. Si l'on ])rend son recours vers le Duc, si les finances et les villes lui adressent des représentations pour d'autres affaires et quelque soit leur importance, l'on n'obtient ni réponse , ni audience, sous prétexte de son indisposition, depuis bien des mois et notamment depuis son voyage à Gertrudenberg'.
' Le fluc do Parme entra le 10 avril 1580 dans Gertrudenberg',
Il n'y a si petit gouverneur ou commandant de fort qui ne se croie autorisé, par ce mépris du conseil des finances, à oser tout ce qui lui plaît et à établir des droits nouveaux à son profit ; on a beau réclamer, tout est inutile. Il n'y a pas jusqu'à Cigogna, italien aussi' qui, outre le maniement que lui a donné le Duc de contributions très-violentes, sans contrôle et à l'exclusion des finances, ne commence aussi à exploiter les licences, sous l'égide de Paul Rinaldi, tellement à la ruine du domaine royal et de la nation entière que de nouvelles commotions deviennent imminentes. Outre la ville d'Anvers, qui a remis, à Bruxelles, au comte de Mansfelt pour le conseil d'Etat, pour le conseil des finances et le conseil privé, des requêtes signées des consuls étrangers; d'autres collèges et un nombre infini de
que lui livra la garnison anglaise. La défaite de l'invincible armada , l'échec de Berg-op-Zoom , les railleries et les imputations offensantes que ces événements inspirèrent aux Espagnols et à ses envieux avaient contribué à altérer sa santé, dès l'année 1588; les voyages qu'il dut faire à Spa, pour son rétablissement devinrent un grief contre lui; le roi n'en reconnaissant pas la nécessité, y vit une preuve de peu de zèle et s'en montra mécontent. Lettre du 1" août 1592.
« Le duc de Médina Celi était gouverné par un secrétaire italien, excellent homme, à ce qu'on disait, mais gouverné luimême par Jean André Cigoigne, très-grand coquin que .le due d'Albe avait voulu châtier, parceque étant commissaire du régiment du feu comte de Meghen, il avait fait figurer sur les rôles quantité de soldats qui n'existaient pas au corps. Lettre d'Albornoz au secrétaire Çayas, 6 novembre 1572.
Par lettre du 3 avril 1590, « le duc de Parme ordonne au che- « valier Cigoigne, gouverneur de Ruremunde, de payer au « docteur Philippe de Valladolid, auditeur des gens de guerre « de Sa Majesté en ladite ville de Ruremunde, son service, sur « les licences et contributions dudict quartier.... » Correspondance de Philippell, ll,2d3.— Archives de l'audience,\isi,ssell2i-
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marchands ont représenté les désastres causés par le monopole et les autres villes en font autant.
A Bois-le-Duc (qui pis est,) ville si chatouilleuse, où il a fallu déployer tant d'hahileté pour la conserver, le peuple en est venu h un tel désespoir, h la suite de l'échec sur Heusden', qu'il a voulu tuer un des monopoleurs , muni de licences du Duc ; la justice a été forcée, pour empocher qu'on ne l'achevât, de l'arrêter, tout maltraité qu'il fût avec sa passe, et de l'enfermer dans la prison publique, où il se trouve encore; si l'on ne châtie pas cet excès, on peut prévoir quelle en sera la conséquence et l'on châtiera difficilement, dans la crainte de résultats plus fâcheux. Cette ville ne demeure fidèle que par sa bonne volonté et le Roi n'est pas peu redevable aux démarches qui la lui ont procurée ; elle lui est ainsi assurée bien mieux, que par la force des armes. Elle était sur le point, quand le seigneur don Juan fut amené par ses favoris à susciter de nouveaux troubles, de se livrer au prince d'Orange; il n'eût pas été facile de la lui reprendre ; ces semences doivent porter autant de fruits que le dixième et le vingtième denier du duc d'Albe.
C'est pour un semblable motif, que les sujets du plat pays, émigrent de cette contrée ; l'extorsion des impôts croissant chaque jour davantage, au gré dudit Cigogna, comme sur d'autres points , au gré du bailli de Waes* et autres pareils.
* Au printemps de l'année 1589. Bentivoglio, IV, 195. — Strada, \'I, 202.
* Servais Van Steelandt, chevalier, seigneur de Wissekerk, grand bailly du pays de Waes et superintendant des gens de
Ces énormités n'étaient pas ignorées du président Damant , quand il est parti pour l'Espagne , ni du président Ricliardot non plus , mais ils ne le diront pas, pour ne point blesser le Duc , dont ils sont les créatures; d'ailleurs cela tourne en grande partie au bénéfice de ses compagnies italiennes. Il est horrible d'entendre tout ce qu'elles extorquent au pauvre peuple et on laisse agir de même les autres troupes, sans entrave, afin de ne pas gêner les profits des premières.
Et cependant le chiffre de l'armée est si faible, en proportion des dépenses imposées aux provinces, que ce que l'on gaspille pour les besoins de la guerre, serait suffisant et au delà pour la guerre que nous faisons, sans l'argent d'Espagne. Le Duc ne l'ignore pas et aux termes où nous en sommes , l'armée devrait être renforcée ; mais peu nombreuse comme elle est , les profits sont plus grands et il est plus facile de dissiper l'argent du Roi et les revenus du pays , sans ordre ni parmi les troupes, ni ailleurs. Il est clair que n'étant pas suffisantes pour la guerre actuelle, nos ressources le seront encore bien moins, si nous engageons une lutte contre la France.
Ne nous laissons pas égarer par nos succès passés; nous n'avons pas vaincu de véritables difficultés; l'estacade d'Anvers , qui a fait tant de bruit , n'était qu'une plaisanterie, si elle eût rencontré des obstacles sérieux; ou ne sait quel serait le résultat d'une attaque contre la France, si nous ne changeons et
guerre audit paj's, se concilia la faveur du duc de Parme par la prise du château de Rupelmonde et par différents services importants. DorAimetits historiques inédits, II, 290.
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bien que les Lorrains nous appellent , on voit combien peu nous avons g-agnô contre les Anglais; Bergues en effet n'était rien'; et à cause d'eux il a fallu lever le siège; Ostende est moins encore, et pourtant on y est arrêté; notre vigueur mollit h vue d'œil, dès qu'on nous résiste et si les Anglais s'étaient bien entendus avec les Etats généraux , peut-être verrions nous pis encore.
Il est certain que le prince d'Orange seul a rompu les desseins du duc d'Anjou*; dès l'entrée de ce personnage aux Pays-Bas; il ne lui permit jamais d'aller à l'armée; il entrava les secours qu'il projetait d'envoyer aux villes assiégées par le duc de Parme : Nassau craignait que d'Anjou n'acquit trop de crédit près des Etats, tant qu'à la fin d'Anjou prit la résolution que l'on sait*. S'il avait réussi, on peut imaginer h quoi aboutissaient les affaires du pays ; car
' L'i'chec éprouv('' par k- duc de Parme devant Berg-op-Zoom, à la fin du mois doctobro 1588, ne fut pas refTot de la valeur des Anglais, mais d'une surprise perfide. Bentivoglio.
* Le traité conclu le 19 septembre 1580, h Plessis-lès-Tours, entre les commissaires des états généraux et ceux du duc d'Anjou, ne conférait à ce prince que l'apparence de la souveraineté; le pouvoir réel restait aux mains des Etats, qui n'agissaient eux-mt?mes que sous l'inspiration du prince d'Orange ; plusieurs historiens afBrment même que le duc leur avait cédé, par un traité secret, la souveraineté de la Zélande et de la Hollande. Grotius. — Ilooft. — Strada.
* Le duc d'Anjou, débauché, faux, cruel et ambitieux, passait sa vie dans les intrigues et avait trahi tous les partis ; mécontent de la position que lui faisait le traité de Plessis-lès- Tours, ou de Fleix, qu'il avait juré, jaloux de l'autorité des Etats généraux et du prince d'Orange, il n'hésita pas à violer son serment, et pour saisir le pouvoir, il voulut s'emparer de vive force des principales villes du pays; sa trahison, secondée par des troupes françaises, échoua h Anvers, le 17 janvier 158:3.
il avait fait lever le siège de Cambray , commencé depuis tant de mois ; il avait obligé , dès qu'il avait eu le pouvoir, le duc do Parme et son armée à la retraite' : d'où l'on doit reconnaître que jusqu'ici nous devons plus à notre bonheur qu'à notre bravoure; depuis lors notre armée amoindrie, a perdu sa discipline; le Roi ne doit pas s'endormir davantage et mettre trop de confiance dans le passé. Tout est dépensé maintenant en services superflus , en gratifications et surpayes ; il n'y a peintre, orfèvre ou artisan et môme des plus bas, vils et infâmes, voire des femmes , qui n'en reçoivent , au grand deshonneur des affaires militaires ; mais ce n'est pas tout ; le premier mois est pour le secrétaire Côme de Massi, ce qui annuellement égale la solde de tous les généraux , et même suivant plusieurs , atteint parfois le traitement de généralissime , sans parler d'autres gains moins honnêtes ; aussi le voit-on au train brillant que Côme a mené depuis qu'il est en Flandre, sans ce que l'on ne voit pas.
Ajoutez que commissaires, trésoriers (contadores) et commis montent en un instant, des maisons royales; leurs meubles et leurs bijoux, leurs acquisitions , leurs dépenses et celles de leurs femmes font connaître les sommes que le Roi dépense à leur ser-
' La passion et la haine inspirent l'auteur, car quelques fussent les défauts du duc de Parme, c'est lui faire injure que de le comparer, surtout sous le rapport militaire, à un être aussi méprisable que le duc d'Anjou: « il a le cœur double et « si malin, disait Henri IV, et le courage si lâche, le corps si « mal bâti et est tant inliabile à toute sorte de vertueux exer- « cices, que je ne me saurois persuader qu'il fasse jamais rien « de généreux. » Sully, Economies royales. A. 15, 308.
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vice et non au sien ; il n'est pas surprenant (ju'il y ait une telle confusion, alors que sans surveillance , ni réforme, depuis si longtemps et mArae sous un général (loué (le grandes qualités , l'argent destiné à la guerre passe par tant de bourses et de mains différentes, que l'une ne sait presque rien de l'autre.
En outre, les usuriers et les marchands, au moyen de leurs changes et rechanges, leurs payments en draps, en soies et autres tromperies s'entendent avec ces fripons et refondent l'argent en divers endroits; il en résulte que le Roi tire à peine cent mille écus pour un million; d'un autre côté le payement de la solde sans revue, les gratifications et autres abus rendent très-coùteuses les dépenses de l'armée, oîi il y a presque plus d'officiers que de soldats.
L'argent et l'or pourraient être expédiés d'Espagne , ou par convoi ou par mer, moyennant au besoin l'assurance qui serait peu de chose, comparée aux énormes frais quitombentà la charge du Roi par les autres voies ; si on les adressait ici au conseil des finances, composé des officiers du roi et si l'on battait monnaie dans le pays, sans passer par tant de mains, il y aurait profit pour le Roi ; on rendrait à la personne désignée par Sa Majesté, un compte des dépenses plus clair et plus économique ; car tout serait vérifié par les ordres du général et la vérification bien faite, il ne pourrait y avoir tricherie aucune; l'on éviterait les dommages que subissent le peuple et le commerce par tant de monnaie falsifiée , abus que l'on tolère pour gratifier les personnes susmentionnées, aussi bien que la falsification des marchandises, dans le môme but et non sans grand péché
sur la conscience. Le changement au système suivi sous l'empereur Charles-Quint jusqu'au temps d'Erasso, et le maniement actuel des fonds expédiés d'Espagne ici sont l'invention de ceux qui ont voulu trouver des offices superflus , pour faire leur profit et celui de leurs amis aux dépens du Eoi ; on s'en aperçoit aux comptes mal rendus par Erasso et Lixalde. Les règlements du Conseil des finances si précis , si exacts, si concis comme on peut le voir par leurs instructions, rendraient tous ces désordres impossibles, si on laissait à ce Conseil la gestion de tout l'argent qui entre dans le pays et en sort, pour les besoins de la guerre; on épargnerait tant de soldes superflues, tant d'autres concessions et l'on éviterait l'abus introduit par les secrétaires des généraux, de franchir toutes les bornes, sous le couvert des droits du trésorier des guerres.
Par le système adopté aujourd'hui, le Roi et le pays, comme on l'a dit, perdent beaucoup de leurs revenus , sans avantages , ni garanties ; telle est la conclusion à tirer de tout ce qui vient d'être dit et si l'on n'y remédie promptement, on peut tomber bientôt dans un chaos inextricable, car depuis quelques mois nous faisons peu de progrès et peut-être sommes nous à la veille de plus grandes pertes, à en juger par ce qui se passe en Frise, à Nimègue et Deventer; partout se fait sentir la disette de troupes, de vivres, de munitions, de tout.
Si une compagnie de cavaliers italiens reçoit douze mille florins par mois, comme on l'affirme, est-il étonnant que l'argent et les hommes manquent? Si de trois des meilleures compagnies, on n'en peut former
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deux? Et quand on ne peut entretenir lt\s quatorze l)andes de gens d'armes du pays, de trois mille hommes et autant de chevaux? Alors que leurs grands gages ne s'élèvent qu'à 31,842 florins par mois, et leurs petits gages, quand on les laisse chez eux, à 25,220 florins par mois. En leur donnant la solde, l'argent demeure dans les états du Roi , et , s'ils commettent du désordre, ayant toute leur fortune dans ces provinces, ils ne peuvent esquiver le châtiment, comme les autres. Aussi les Etats murmurent fort de ce qu'on se montre si prodigue envers les premiers , et qu'on n'ait pas un liard pour ceux du pays; de ce que les premiers nagent dans l'abondance, tandis que les autres ne trouvent que la misère, eux qui n'ont jamais refusé le service, ni à l'intérieur, ni à l'extérieur. Il y a donc irritation réciproque et le remède viendra trop tard, si l'on ne prend de promptes mesures, avec l'activité et la maturité requises.
Les provinces wallonnes disent déjà hautement qu'elles ont consenti au retour des troupes étrangères , pour terminer plus rapidement la guerre civile contre le prince d'Orange ; mais elles voyent que l'on n'a pris cette résolution que pour détruire et abattre les milices nationales ; la cavalerie spécialement, qui a toujours rendu des services signalés au dedans et au dehors des provinces, et l'infanterie, qui également depuis a accompli avec non moins de valeur, les expéditions les plus périlleuses et les plus importantes, voyent pourtant donner à d'autres le fruit de leurs travaux. Tandis que les naturels sont réduits à la misère et dévorés par la famine plus que par la guerre, les étrangers échappent à
ses daugers par leurs mutineries et font en sorte de la perpétuer, depuis l'affaire de Harlem.
Répéterai-je ce qui a été dit au sujet des nombreuses infractions aux capitulations que s'est permises le duc de Parme, en dépassant le nombre de serviteurs étrangers qu'il devait avoir et qui sucent le sang du pays? Alors que nul d'entre eux ne devait se mêler des affaires, non-seulement Côme, son secrétaire, mais encore ceux que nous avons dit plus haut y prennent part, et cependant quelques uns ne sont vassaux ni du Roi ni du Duc, mais florentins; Côme les traite sans que nul autre puisse y mettre la main et comme si le Conseil et les conseillers n'étaient que des zéros.
On observe aussi que le Conseil d'Etat n'a plus ni existence ni autorité , puisque Côme y siège ; ce qui est , comme on l'a dit , contraire aux traités de réconciliation; on va jusqu'à dire que Côme est le Conseil d'Etat à lui tout seul, ou Richardot, quand Côme le veut bien, parce que ce sont deux têtes sous un bonnet. Voilà ce qui fait murmurer contre les étrangers ; voilà ce qui provoque de graves accusations contre eux.
Il n'y a pas non plus au Conseil d'Etat le nombre convenu de gentilshommes ; de profonds dégoûts en ont éloigné le duc d'Arschot ; le comte de Mansfelt s'y montre rarement; on y a introduit récemment le marquis d'Havre , dont personne n'ignore la conduite dans ces troubles ; depuis qu'il est revenu d'Espagne et qu'il a fait sa paix, il n'a jamais pris les armes pour le service du Roi; il a été en Lorraine servir le Duc, qu'il sert encore; de façon qu'il n'as-
siste guère davantage au Conseil, où l'on avait trouvé fort mauvais que le seigneur don Juan le fît entrer, étant frère du duc d'Arschot, h cause des inconvénients résultant de la présence de deux frères, alors qu'il n'y avait faute de plusieurs personnages qualifiés, dignes de confiance et plus expérimentés. Le Conseil d'Etat ne se compose plus que de trois avocats, Pamele, Assonleville et Richardot, ou de moines, que l'on n'y avait jamais vus jusqu'au gouvernement du duc de Parme. Et bien qu'il n'y ait que deux abbés , pour le moment , celui de Maroilles et de. Saint Vaast, pour ne pas entrer dans des considérations personnelles, disons qu'ils siègent bien rarement; mais de l'avis général, ils seraient beaucoup mieux dans leur couvent , suivant le précepte donné par Saint Paul à Timothée son disciple, de ne point s'immiscer dans les affaires du monde. Peut-être le Duc aime-t-il qu'il y ait peu ou point de gentilshommes au Conseil d'Etat ; peut-être aussi n'aime-t-il pas d'y voir les chefs des finances? Plaçant au Conseil privé ceux qui lui conviennent le mieux, il en fait tirer la plupart des présentations au Conseil d'Etat, car enfin Assonleville ou Richardot pourront bien être envoyés en Espagne, sans appeler des hommes nouveaux; ainsi prévaut l'autorité du Duc, il n'a point de peine à intimider de tels conseillers, vu leur mince qualité; dépourvus de fortune personnelle, ils font par un intérêt égoïste tout ce qu'il veut; môme, comme on l'a dit, tous ne sont rien, sauf un seul, c'est une remarque générale. Dans la plupart des paix et des capitulations avec les villes ralliées, on n'a employé qu'un homme seul, sur Tn-
vis de Corne, parce qu'il y avait plus de pi-olît à n'en pas employer un second ; or, beaucoup de choses ont été admises, tandis qu'elles auraient été réservées, si l'on avait employé un membre de chaque Conseil , comme c'est l'usage; d'autres ont été abandonnées peut-être parce que Ricbardot ne les connaissait pas et cependant elles pouvaient, par la suite, servir à une meilleure direction de ces villes et des Pays- Bas. Rien n'a été communiqué à ce sujet, aux conseillers des finances, quoi qu'il y en eût aux armées; si on l'avait fait, ils auraient préféré le dégrèvement des dettes du Roi et d'autres engagements, que l'on réclame aujourd'hui au grand préjudice du trésor royal.
Toutes les provinces et les ministres les mieux intentionnés se plaignent aussi que presque rien n'étant paraphé, contrairement à l'ancien usage des Conseils et aux capitulations nouvelles, le Duc signe une infinité de pièces sans connaître leur contenu, ni savoir qui les a présentées ; au moyen du paraphe on échapperait à ce grave abus, puisqu'on saurait qui a rédigé les dépêches et qu'on pourrait rendre compte des motifs de la signature , s'il survenait plus tard quelque scrupule de conscience, ce qui peut arriver chaque jour.
A peine un secrétaire est-il admis à soumettre les pièces à la signature ; tout passe par les mains de ceux de la chambre, ou d'étrangers, ou par ordre de Côme, et c'est une source de désordres infinis. Jamais non plus un grefi5.er des finances n'entre chez le duc, pour les signatures requises en ce Conseil ;. tout se fait par l'entremise des mêmes personnes.
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Quand on présente rapport des oflices vacants, le Duc en prend la liste et sur l'avis particulier de Côine, les ordres viennent apostilles de la main dudit Côme, sans intervention d'autres officiers. Et pour plus g-rand mépris du Conseil des finances, le sceau confié d'ordinaire h la g-ardede l'un des chefs, a été remis en mains de Jean Baptiste, un aide de chambre italien ; Paul Rinaldi le tient depuis qu'il administre les licences ; de telle sorte que le Duc s'absentant si souvent de Bruxelles, où réside le Conseil des finances et les cliefs qui siègent n'ayant point le sceau, sont obligés d'envoyer chaque jour des messagers pour faire sceller les dépêches , d'où résultent de grands frais pour le Roi; d'un autre côté, Rinaldi retenant les dépêches, suivant son caprice, on ne peut apurer les états du receveur général des finances aux époques régulières, sans confusion, les dates étant incertaines ; enfin on ignore ce qui se fait ou non par ordre du gouverneur, puisque Jean Baptiste, lourdeau qui ne sait point lire ou Rinaldi scellent sans lui et quand il leur plait. En somme^ tout est confusion et désordre rien ne se fait qu'au profit de ces gens et de leurs pareils. Il suit de là que les Conseils eux-mêmes se corrompent et suivent le courant ; les affaires du roi demeurent en souffrance, la plupart s'accommodant, par intérêt au bon plaisir de ces valets.
L'on voit clairement que les gens du Duc et, diton, le Duc lui-même, ne songent qu'à semer la division entre les Conseils et même à brouiller entre eux les memlSres d'un même Conseil; par les uns, on ferme la bouche aux autres; ainsi, roux du Conseil
privé se dressent contre les finances, bien mieux ceux de ce collège, qui font partie du Conseil d'Etat, se dressent contre le peu de gentilshommes qui y siègent, de quoi tout le monde se plaint, jusqu'au vieux comte de Mansfelt. Déjà on a égalisé leurs gages ; le Roi envoyant d'Espagne les patentes avec les noms en blanc , afin que l'on ignore la qualité de ceux à qui elles sont destinées; les conseillers de longue robe ont mis leurs noms sur les patentes qui allouaient les plus gros gages et Assonleville, sous prétexte qu'il avait perdu sa première commission ' , s'est adjugé une de ces dernières, alors qu'il jouissait déjà d'une pension particulière de 600 florins, qui lui avait été accordée autrefois, pour ne point porter ses gages au niveau de ceux des gentils-hommes. Et tout cela se fait contre les instructions des finances, en dehors des pouvoirs du (gouverneur) général, et aux dépens du Roi; malheur à qui ferait des représentations; certains des finances n'y ont pas manqué, mais on le voit bien à leur manteau.
Le Duc a aussi dépassé et dépasse le nombre ordinaire des membres dans plusieurs Conseils et chambres des comptes, au mépris des instructions des finances et de l'exprès commandement du Roi; malgré l'insufiîsance des recettes pour payer le nombre ordinaire, et cela par des intrigues de favoris, et' nonobstant les observations de plusieurs des finances, qui lui avaient représenté qu'au cas où il voudrait ces nominations surnuméraires, il ne devait pas y
' Christophe d'Assonleville avait été nommé conseiller d'état, par lettres patentes données à Bruxelles, le 7 avril 1574 n. s. 5<^ compte de Nicolas Bacrt, f» 248.
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attacher de gages, aussi longtemps que le Conseil était au complet; l'on a nommé aussi à d'autres charges, sans nécessité, sans urgence, beaucoup d'individus qui ont trahi le Roi , prêté serment à Alençon, hanté les églises des hérétiques et posé d'autres actes aussi blâmables, non sans grand scanrdale.
Les gentilshommes du Conseil d'État et spécialement Mansfelt, se plaignent encore que l'on ne convoque presque jamais le Conseil pour des affaires d'Etat, mais pour des affaires rentrant dans les attributions des autres Conseils, lesqtielles sont traitées là par ceux du Conseil privé, sans délibération, ni examen des autres conseillers, et cela afin d'étendre, sous le manteau du Conseil d'Etat, la juridiction du Conseil privé, qui envahit non-seulement le ressort des finances, mais du conseil de Malines et d'autres conseils provinciaux ; ceux-ci ont aussi exprimé leur plainte, mais en secret, presque tous aspirant à être du Conseil privé, dans l'espoir d'arriver au Conseil d'Etat; et pourtant ils disent que le droit déjuger est expressément interdit au Conseil privé, droit qu'il a usurpé depuis peu, en donnant à entendre au Duc que son autorité y était intéressée; confondant ainsi tout ordre; car ses instructions lui prescrivent de traiter sommairement et sans forme de procès, les choses intéressant la conservation des droits royaux, (pour empêcher la longueur,) et non pas contre ces droits ; ce qu'il fait, bien qu'il n'ait pas d'instructions pour la judicature et qu'il n'ait pas d'avocats, parce qu'il forme un Conseil ambulatoire'. Cette usur-
• Voir sur les rivalités entre les différents conseils et les
pation fort dangereuse pour les parties et pour le Roi, continue à s'étendre peu à peu; des fiscaux ont été nommés près de ce Conseil, ce qui fait tort h ceux du grand conseil de Malines. Et il prétend instituer (ce qui revient au même) un receveur des exploits, tandis que d'après les instructions des finances, l'on ne peut créer d'offices ni leur allouer des gages nouveaux, sans l'exprès commandement du Roi.
Que les gens du Conseil privé empiètent encore au Conseil d'État sur des affaires concernant uniquement les finances, ce n'est pas fort étonnant, puisque nul des chefs ne fait partie du Conseil d'État, chose qui ne s'était jamais vue; car la substance de l'État, ce sont les finances du Roi, et (comme on l'a dit) les finances gouvernaient ordinairement. C'est pourquoi l'on a institué le Conseil d'État, afin d'accroître la considération de personnes de rang, que l'Empereur ne voulait pas au Conseil des finances. De là naissent encore d'autres désordres et par exemple actuellement l'abus des licences , pour lesquelles on a fabriqué là-bas le dernier placcard, sans aucune participation des finances ; sans compter l'affront qu'on leur inflige, c'est du plus grand préjudice pour les revenus du Roi, outre l'oppression qui en résulte pour les vassaux.
Aussi cet objet ne pouvait-il être décidé que par l'assemblée des trois Conseils collatéraux, et en nombre suffisant pour prendre une résolution bien mûrie, dans une affaire qui touche à la police, aux intérêts des vassaux, aux besoins de la guerre et
conflits qu'elles faisaient naître les Mémoires de Wynants, Mss. delà Bibliothèque royale, N" 15,284.
aux revenu'? du Roi, Le Conseil privé aussi bien que
le Conseil d'État, s'occupe non-seulement de diverses matières non comprises dans ses instructions , mais expressément réservées aux finances, et par là il nuit aussi aux ressources du Roi; le président du Conseil privé loin d'y mettre empêchement, quoiqu'il ait entrée aux finances y pousse, parce qu'il ne préside pas ce collège; et si le sujet se discute, ce membre du Conseil d'État étant d'accord avec les autres du Conseil privé, qui en sont membres aussi et personne ne s'y opposant, au nom des finances, ils embrouillent la chose et l'abus passe au préjudice chaque jour croissant du trésor royal.
Ceux du Conseil privé, membres du Conseil d'Etat traitent des finances avec le Duc, contrairement aux instructions, ledit président ayant seul qualité à cet effet; car l'Empereur voulant que l'administration de ses revenus demeurât secrète , en avait exclu expressément et sans exception tous ceux qui n'étaient pas des finances, et le Duc admet l'intervention de ceux-là au grand dommage du domaine royal et ce qui n'est pas un moindre mal, au mépris de l'autorité de ses administrateurs.
Ils intriguent encore dans les cours provinciales, prétendant se mettre au-dessus d'elles, alors cependant qu'ils n'ont rien à voir en Brabant, et que les autres provinces ressortissent au conseil de Malines ; ils usurpent la juridiction en matière domaniale, au grand détriment des revenus du Roi, puisqu'il n'y a pas d'exécution pour leur recette, qui ne soit suspendue par le séquestre des nantissements qu'ils ont ordonnés; or, le Roi ne doit plaider qu'à main
garnie (niano giiarnescida), son argent étant privilégié , comme on le voit par les instructions données aux chambre de comptes, lesquelles défendent aux conseils provinciaux de se mêler des exécutions et d'empêcher les nantissements. Presque tous les revenus du Roi se dépensent en procès, dont le plus grand nombre est perdu, parce que les parties offrent des profits (épices) que l'on n'oserait pas réclamer du Roi et que l'on n'obtiendrait pas; ou bien ils sont absorbés dans des entreprises que l'on accorde sans le concours du conseil des finances et des chambres des comptes, à grande perte pour le domaine royal, qui tourne à rien. Toujours et en France même, les agents des finances ont eu juridiction, en première instance, pour le moins et plus, avant toutes les cours; si l'on n'y apporte prompt remède, le Roi sera privé de revenus. Il importe de restituer l'autorité à ceux qui les administrent, de corriger les abus, de se conformer aux instructions anciennes ou de les remettre en vigueur, dans les points avantageux aux finances ; de défendre l'intrusion de tous autres collèges que ceux des finances et des chambres des comptes, à moins qu'ils n'en soient requis par justice ; de laisser à la discrétion de ces derniers de traiter ces matières devant les conseils provinciaux, devant les conseils suprêmes, ou même le Conseil privé, pour plus de célérité, ou enfin le conseil de Malines , puisqu'on y appelle de tous , sauf du conseil de Brabant, qui est souverain.
Le grand conseil de Malines est régulièrement organisé, il se compose de tous les éléments d'un tribunal fixe et il administre la justice selon des in-
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structions précises ; il n'eu est pas de même du Conseil privé auquel ses instructions défendent notamment d'évoquer des causes, bien qu'il se le permette tous les jours. A plus forte raison ne peut-il évoqueriez causes relatives aux domaines du Roi, ni de leurs officiers, {causa ojicii), sans en faire part au Conseil des finances, où elles doivent être introduites d'abord, afin d'être renvoyées de là aux conseils et fiscaux que l'on juge le plus convenables, pour son royal service et la conservation de ses revenus. Le Conseil privé ne peut les traiter que sommairement et sans forme de procès, ses décisions , n'ont donc réellement pas force de sentence ; l'on a déjà vu des cas où ce Conseil s'est trouvé en divergence d'opinion avec celui de Malines, cour éminemment compétente, et cela au préjudice des droits du Roi, pour le maintien desquels il devait seulement intervenir, comme on l'a déjà dit; mais Dieu sait que ces divisions plaisent à qui les fomente.
En retirant la recette des confiscations aux finances on a créé, pour cet objet, un conseil dit des récompenses', où seul des finances est entré le commis Cbarreton * de l'épargne et un maître de la chambre de Lille nommé Lautène avec Assonleville* et Ri-
• << 337 livres h Paul de Croonenrlacle, greffier des finances, « pour ses vacations en la chambre des récompenses, du 26 juil- « let 1581 au 20 janvier 1582, que lors la connaissance des con- « fiscations fut ostée aux seigneurs des finances. » Bulletins de la commission royale d'histoire, 2" série. I, 144.
• « 5720 livres à Cbarreton, pour traitement de
« membre de la cbambre des récompenses. Bulletins de la commission royale d'histoire, 2* série, I, 139-145.
• M 240 livres à Jean Lautten, conseiller et maître de la « cbambre des comptes à Lille, pour son traitement en qualité
286 MÉMOIRES ll58i))
chardot' et le secrétaire Garnier% tous les trois du Conseil privé. Ils règlent ces affaires, suivant leur bon plaisir, sans instruction aucune, avec de fort bons gages, et leur part du gâteau, comme tout le monde sait. Les ecclésiastiques se plaignent qu'ils rendront la réconciliation des catholiques plus difficile, tandis qu'ils accueillent bénévolement les prétentions de l'hérétique abandonnant volontiers une partie de ses biens aux gens qui peuvent lui être utiles, afin de sauver le reste; ils réconcilient, sans la participation de leurs seigneurs, grand nombre d'hérétiques qui reviennent peupler leurs terres et le pays; ils ont deux poids et deux mesures et créent des dangers évidents; ils font du bien à de nombreux coquins, alors que le Roi n'a pas de quoi payer les créances les plus légitimes. Le Conseil des finances, suivant ses instructions et au grand profit de Sa Majesté, grossissait souvent de ces confiscations le trésor royal; il coupait court à tous les murmures
" de commis en la chambre ordonnée sur le fait des récom- « penses. » 1. c. 143. « 5720 livres à Christophe d'Assonle- « ville, pour traitement de membre de la chambre des récomw penses, depuis le commencement qu'elle fut érigée de nou- " veau, le 20 janvier 1582 jusqu'au 31 décembre 1585. » 1. « c. 144.
* « Pareilles sommes à Richardot. » 1. c.
^ « 2,550 livres à Flaminio Garnier, secrétaire des consaux « d'état et privé du roi, pour les frais du voyage qu'il a fait, » étant appelé d'Allemagne aux Pays-Bas, afin de remplir « l'ofiBce du secrétaire de Laloo , qui allait en Espagne » 1. C.142.
« 4320 livres à Flaminio Garnier, .... pour son traitement " de commis en la chambre des récompenses, depuis le 20 jan- " vier 1582. Compte de 1.584. » 1. c. 143.
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et épargnait la nouvelle dépense d'un conseil sans instructions ni règle. Le Duc ne laisseraitpas d'avoir la faculté de faire du bien à qui il voudrait, mais ce ne serait pas avec la licence effrénée que se permet ce nouveau collège, comme on le verra si on vérifie ses actes. Le Roi devrait très-expressément commander aux finances cette vérification et l'envoi du rapport de tout ce qui s'est passé; puis supprimer ce nouveau conseil et rendre les confiscations à leur ancienne administration. Les lettres écrites aux finances par Sa Majesté, au sujet du comte de Schaumbourg semblaient annoncer l'intention de rendre les confiscations aux finances, toujours administrées par elles, jusqu'aux changements introduits par le duc d'Albe, et si coûteux au Roi. On cesserait parla de détourner du Conseil privé deux conseillers et un secrétaire et des finances un commis, lesquels par suite font défaut à leurs Conseils la plupart du temps, ainsi qu'un maître de la chambre de Lille, absent, pour ce motif, de cette ville depuis des années ; tous reçoivent des gages doubles et privent de leur autorité môme les chefs des finances, exclus de ce Conseil, lequel en réalité dispose des biens du Roi et excite l'envie de tous les collèges contre les gens appelés à une affaire si dépourvue de toute forme régulière.
Mais voici les inventions profitables au chef de la trésorerie de l'épargne, charge obtenue des gouverneurs généraux subrepticement, en l'absence de Sa Majesté, sans aucune nécessité, et qui, aux termes des instructions des finances, aurait dû être supprimée depuis longtemps; la clause générale de Tin-
stitution de cet emploi porte que le trésorier sera chargé de toutes les recettes extraordinaires et énumère quelles seront ces recettes; or, contre tout usage et sous prétexte que les licences étaient recettes extraordinaires , tandis qu'elles ont toujours été distribuées et perçues par le receveur général des finances, le commis Charreton, en sa qualité de trésorier de l'épargne, a prétendu qu'elles étaient dans ses attributions ; il a négocié secrètement cette affaire à Bruges, au moment où le Duc, sur le point de passer en Angleterre, cherchait les moyens de donner des gratifications pécuniaires à ses serviteurs et autres. Le droit du receveur g*énéral a été reconnu par le Conseil privé et le Conseil des finances ; le duc de Parme convaincu qu'il ne pourrait en disposer aussi librement que de l'épargne, dont on abuse malgré les instructions et la nature même de l'institution , a voulu néanmoins soutenir la prétention de Charreton, il a remis la gestion spéciale des licences à lui et à Paul Rinaldi, sous son autorité absolue et à l'exclusion des finances.
L'on a dressé à ce sujet un placcard au Conseil d'État (comme il est dit), où siégeaient seulement les jurisconsultes sans la participation des finances, ni même qu'il leur en fût donné communication, malgré les représentations de Pamele et d'Assonleville, qui disaient que cela ne pouvait se faire, étant contraire à toutes les formes usitées et que cette recette appartenait aux finances. Au bruit des murmures soulevés par cette opération, le prince voulut persuader au trésorier et au receveur général des finances de se contenter des licences des marchan-
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dises non prohibées et non préjudiciables à laguerre, (contrebande de gruerre), toujours sous sa seule autorité et réservant à Cbarreton les autres, qui se vendent plus cher; il .s'iraagiua, par ce partage, gagner leur silence; mais ils s'excusèrent, disant que ce manège était contraire à l'usage et à l'instruction des finances, qu'ils ne voulaient point encourir les peines comminées contre telles transgressions, et qu'à leur avis, elles avaient été encourues par Charreton et l'audiencier , comme officiers du roi.
Le Duc n'avait pas autorité suffisante pour cette mesure, car tout bien considéré, c'était un autre abus, à moins qu'elle ne fût justifiée par des motifs très légitimes et dont on devrait rendre spécialement compte au Roi. Si l'Empereur, en rédigeant les instructions des finances, avait réservé à la Reine Marie, sa sœur, le pouvoir de modifier l'usage lorsqu'un changement lui paraîtrait convenir, afin de ne pas diminuer l'autorité que méritait sa qualité, il est clair qu'il ne lui avait pas donné ce droit, pour en user sans cause légitime. Bien plus, quand il donna ses instructions, l'Empereur voulait que sa sœur et tous connussent son intention pour la suivre ; autrement il fallait tout laisser au bon plaisir de la Reine; l'Empereur savait qu'ellelui portait trop grand respect pour vouloir jamais transgresser sa volonté, quelque latitude qu'il lui laissât, si ce n'est pour des causes graves et le bien de son service.
On voit clairement, par ce que l'on vient de dire, la puissance de la convoitise, puisque, par ces divisions, dans un Conseil aussi éminent, elle sait atteindre un but, détournant les ressources du Roi les
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plus liquides, actuellement si embarrassées et ce par des moyens aussi préjudiciables.
Il serait bon que le Roi écrivît immédiatement d'une manière fort expresse au duc de Parme, de mander à tous les Conseils d'observer leurs instructions, et à lui d'y tenir la main, surtout en finances; de ne point passer outre, sans informer Sa Majesté de ses motifs, et aux finances de signaler aussi toutes les transgressions qu'à cet égard se permettrait le gouverneur général, afin que le Roi les sache et puisse s'enquérir des causes. S'il y a des raisons secrètes, dont il ne convienne pas de donner connaissance aux finances ou aux chefs, que le gouverneur général en fasse part au Roi, tout en obligeant chacun des Conseils à ne point s'écarter de ses instructions, à les respecter, sans qu'aucun usage contraire (qui est abus ou usurpation), se perpétue davantage. Le Roi adresserait à ce sujet des lettres expresses aux Conseils, les transmettant par un autre intermédiaire que le Duc, ou par une personne choisie spécialement, et ordonnerait à chacun d'eux d'observer cette règle, sous peine de son indignation et avec menaces de châtiment.
Il faut supprimer les offices créés depuis ces instructions, à moins qu'il n'y ait, pour cela, un ordre spécial du Roi. Il faut aussi retrancher les conseillers surnuméraires ou au moins leur enlever leurs gages, jusqu'à ce que des sièges ordinaires deviennent vacants, comme je l'ai dit.
Il importe que le Conseil des finances prenne des informations ponctuelles sur la manière dont les licences ont été distribuées et placées; sur les con-
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tributions et leur montant; sur les frais qui, de ce chef, ont pesé sur le peuple et au profit de qui elles ont été appliquées, contrôlant avec ceux qui manient actuellement l'argent d'Espagne, les sommes payées et décomptées à l'armée, afin de vérifier ce que l'on pourrait avoir payé deux fois.
Pour ces informations, réclamées par le pays, Sa Majesté doit désigner un chef des finances, avec un membre du Conseil privé; en Brabant, un delà chancellerie et un de la chambre des comptes, et dans les autres provinces, outre les deux premiers, un conseiller du Conseil de Malines et des chambres des comptes respectives; si le chef voulait y joindre un commis des finances, il le pourrait en vertu de lettres particulières de Sa Majesté, ordonnant à chacun d'eux de vaquer à cette besogne loyalement, et de l'informer de tout en détail; s' opérant à son profit les recouvrements justes, le Roi saurait quelles ont été les recettes et les dépenses employées à son service; elles monteront à une somme incroyable ; il est nécessaire de procéder avec autant de célérité et de rigueur que possible, afin que l'on connaisse la vérité, dans l'intérêt de Sa Majesté, pour l'exemple et la satisfaction du pays ; ainsi elle regagnera l'afi^ection des sujets, avant que ne s'éloignent les gens qui ont réalisé ces profits, au grand détriment de Sa Majesté et de ses Etats.
Que l'on procède sans acception de personne , en vue de l'intérêt du service, exigeant de tous un compte sévère ; que les sommes détournées et que l'on pourra recouvrer , soient portées à l'avoir du Roi , après décompte exact avec l'armée et les autres, des
profits qu'ils auront faits de cette façon; qu'il soit ordonné au Duc de ne plus administrer licences, ni contributions, ni aucune recette du Roi en ces Etats , sans le concours du Conseil des finances ; que l'on réforme immédiatement la trésorerie et l'épargne; que l'on fasse rentrer au compte ordinaire des domaines, ou dans la recette générale les sommes réservées pour les menus plaisirs, etc., des souverains, sur lesquelles ils voulaient que l'on gardât le secret, puisque l'ordre établi par l'Empereur ne subsiste plus ; c'est le moyen de mettre fin aux abus et aux débats signalés plus haut et autres désordres ; cette trésorerie est non-seulement inutile , mais nuisible et abrogée, comme je l'ai dit, si l'on interprète bien les instructions ; déjà le grand Commandeur de Castille avait pris cette détermination et l'eût exécutée, s'il n'en avait été empêché par les circonstances ; lorsque le dernier préposé à la trésorerie de l'épargne fut mort, on le remplaça par Ringault', pour qu'il fît l'avance et se remboursât, sur ladite trésorerie, de certaines sommes; or, trompant le grand Commandeur, il les en détourna.
Si l'on veut fructueusement opérer des réductions dans l'intérêt de Sa Majesté et empêcher toutes les occasions de dommages, il faut, comme je l'ai dit, sans plus tarder, abolir la chambre des récompenses; car dans sa marche, elle n'offre pas moins d'abus que le conseil des troubles, au temps du duc d'Albe; c'est
• « Gages et pensions de ceux des finances : ■ « A Jacques Reingout, conseiller commis des finances, et tré- « sorier de l'épargne. » 6« compte de Nicolas Baert, du l" janvier au 31 décembre 1576, fol. 267. 1. c. 136.
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la même chose et pis encore ; on fera rentrer les confiscations aux finances, ainsi que cela s'est déjà pratiqué au temps du grand Commandeur, comme chose appartenant à ce collège, où l'on a toujours géré toutes les confiscations; le Roi y trouvera grand profit.
A raison des motifs énoncés plus haut, on est embarrassé pour présenter au Roi ces considérations, si utiles, si nécessaires à son service et à la conservation de ces Etats, que si les remèdes qu'elles conseillent ne sont appliqués, le pays marche à sa ruine, et aussi pour empêcher qu'elles ne tombent aux mains de ceux du Conseil de Flandre , qui sont là bas. Ces deux envoyés sont des créatures du duc de Parme ; Damant a pris pour son collègue , le protonotaire Schetz', parce qu'il sait que étant parent de sa femme, du côté de sa mère, il n'en sera point contredit; tous les deux ont été choisis nonseulement à la recommandation du Duc, mais de ses favoris. Damant a été présenté au Conseil privé par madame du Rœulx mère de Franceline^; et celle-ci a recommandé au duc de Parme le frère de Damant, pour l'ammanie d'Anvers, un des offices les plus riches, comme on le dit plus haut, et peut-être le plus riche de ces provinces.
Aussi, entre autres choses, a-t-on vu se manifester la reconnaissance de Damant , dans l'affaire des
• Schetz fils de Gaspard Schetz, seigneur de Grobbendonck était conseiller au grand conseil de Malines, lorsqu'il fut envoyé en Espagne.
' Marie de Licques avait épousé en 1545, Oudart de Renty, dont elle eut plusieurs enfants et entre autres Franceline; elle épousa en secondes noces. Jean de Croy, comte du Rœulx,
biens de M. d'Iucliy', oncle du mari de Franceline, qui livra Cambray aux Français; ces biens furent donnés au neveu, après que Damant fut passé en Espagne, à la grande indignation du beau père de Franceline*, qui ayant échoué dans sa prétention, disait à haute voix que le Duc l'avait trompé, puisqu'il lui avait promis cette succession, quand il maria son fils à Franceline ; il ne murmurait pas moins que tout le public, d'une si grande indignité, pour l'importance et la valeur de cette fortune, qu'il proclamait partout et de ce que l'on avait récompensé ce petit garçon, sans expérience, et sans titres à une telle munificence, tandis qu'on laisse dans l'oubli ceux qui ont rendu les meilleurs services ; il n'y avait pas un moindre désespoir chez les honnêtes gens, qui ont risqué leur existence et leur fortune.
On remarque aussi qu'il ne vient d'Espagne aucune dépêche, si ce n'est en faveur de ceux qui servent ou ont servi Damant et Schetz , ou leurs intérêts, ou ceux de leurs parents, ou du Conseil privé; le Duc, en fait de gratifications, les préfère à ceux des finances, auxquels seuls auparavant elles étaient
mort sans enfants, en 1581. Renseignement dû ci, l'obligeance de M. Goetals.
« 6000 livres à Marie de Licques, comtesse douairière du « Rœulx, en considération de la perte de ses biens et du décès » de son mari. » 3^ compte de Benoit Charreton, seigneur de Chassey, du 1" janvier au 31 décembre 15SI. Bulletins de la commission royale d'histoire, 2^ série I, 144.
» Bauduin de Gavre, baron d'Inchy, gouverneur de Cambrai pour les États , d'accord avec le prince d'Orange, livra la place au duc d'Alençon, en 1581; il fut tué dans une partie de chasse, près de Cambrai, en 1583.
* Charles de Gavre, comte deBeaurieu , seigneur de Frestin, frère aîné du baron d'Inchy.
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presque réservées , vu la qualité des personnes et les dépenses auxquelles ils sont obligés. Le Duc agit de la sorte, pour froisser le Conseil des finances, qu'il abhorre; il veut maltraiter ses membres; les chefs, d'habitude chevaliers de la Toison , n'auront pas , grâce aux intrigues de Damant , autant de gages qu'un simple conseiller du Conseil privé ; cependant ils sont obligés à plus de dépenses que personne, en cette cour, après le gouverneur général, vu la qualité de leur personne et de leur office, préféré même au président du Conseil privé, sans contradiction , fut-il du Conseil d'Etat, et qu'ils n'en fissent point partie , ainsi que cela existe actuellement; pour le bien du service du Roi, ils doivent tenir maison et table ouvertes, à tous ceux qui ont des affaires avec eux, et il leur faut une suite plus considérable. Sur tous ces objets. Damant et Schetz rédigent et font signer par le Roi des dépêches et des lettres d'un style si indécent que personne ne peut les voir sans indignation " .
On sait quel déficit il y a eu depuis que le père de Schetz est entré en la factorerie du Roi ^ et qu'il
• Le Mss. n» 12962 de la Bibliothèque royale renferme plusieurs lettres adressées en 1593, par Cliampagney à Damant et les réponses de celui-ci.
- « Comme pour mettre tant meilleur ordre au fait de noz « finances, nous avons érigé, ung- estât de factorye en nostre « ville d'Anvers, et à ce commis nostre cbier et féal conseiller « Messire Jaspar Schetz, S' de Grobbendonck, afin que ledict « de Grobbendonck ait tant meilleur moyen d'effectuer sa <> charge... nous vous requérons... Voeuillez avoir ledict fac- " teur en bonne réputation et recommendation... » Lettre du roi Philippe II, au magistrat d'Anvers, 1" janvier 15oG. M. Gachard, Analedes historiques, 4* série.
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est devenu trésorier des finances ; viennent du Roi lettres sur lettres, mandant de précipiter (si on peut le dire ) , les comptes de cette factorerie , si embrouillés qu'il est impossible d'en venir à bout, aussi sommairement qu'on le prétend, sans tromper le Roi, et lui causer de notables préjudices ; de lettres de la propre main du feu trésorier Schetz, du protonotaire, actuellement en Espagne et de son frère, (dont le Duc vient de faire un commis ordinaire des finances), résultent de graves indices qu'ils ont fort vilainement volé SaMajesté, tant dans cette factorerie, que dans les calamines ; toutes choses que l'on ne peut vérifier si rapidement*. Quand Baert*, avant ces troubles, fut receveur général des finances, et le comte de Berlajmont chef, ils ont refusé , de signer ces comptes de la factorerie, et il y a trois mois, Baert appelé à dire les motifs de son refus, a persisté dans l'opinion qu'on ne devait pas les apurer; il est mort lorsqu'il se disposait à déclarer ces motifs au conseiller Houst et aux autres délégués, chargés de l'examen de ces comptes; en outre, Gaspard Schetz a été accusé ouvertement par Aert Vleming en la chancellerie de Brabant; la chancellerie lui ayant ordonné de satisfaire à son honneur , il a pris délai sur délai ; il s'est absenté , envoyé par les Etats et l'archiduc Mathias aux négociations de Cologne, et rallié depuis au parti du
• Dès 1566, Fray Lorenço de Villavicencio accusait Gaspard Schetz de sacrifier les intérêts du Roi à ses intérêts personnels. M. Gacliard, Correxpondance de Philippe II. II, 29.
* Nicolas Baert fut receveur général des finances depuis 1571 jusqu'en 1578. Bulletins de la commission royale d'histoire, I, 2« série 128 à 138.
Roi, il n'a jamais répondu à la justice ni aux fiscaux.
On employé à ces vérifications des personnes peu au fait des tromperies et des comptes de marchands; le Roi devrait charger de contrôler ponctuellement les comptes de la factorerie et des calamines, la chambre des comptes de Brabant, qui est plus expérimentée en ces matières et la chancellerie de Brabant; elles pourraient s'adjoindre les personnes qu'elles jugeraient à propos, sous la surintendance des finances, auxquelles on recommanderait d'y mettre toute vigilance.
C'est à coup sûr une grande honte, qu'avant d'avoir réglé cette affaire (qui au dire de tout le monde jette beaucoup d'infamie sur les Schetz), on ait placé le protonotaire au grand Conseil de Malines et qu'on l'ait ensuite donné pour collègue à Damant ; que son frère Hingene ait été nommé commis extraordinaire des finances et puis commis ordinaire, pour avoir épousé la fille du président Richardot. Il y a aux finances tant d'écritures et d'avis contre eux, que nul n'eût dû être admis dans un Conseil royal ; bien plus on devrait encore les suspendre aujourd'hui, jusqu'à justification, et même en présence des accusations qui pèsent sur leur père et sur eux, on ne sait comment, sans outrage pour les Conseils, sans déshonneur pour le Roi , on a pu leur conférer une charge quelconque. Enfin, placer des marchands dans les affaires publiques ou au trésor est une grave erreur, parce qu'ils ne savent jamais se dépouiller de la cupidité ; c'est ainsi que les Schetz ont obéré le trésor du Roi et les revenus de la ville d'An-
vers; ils sont les plus riches que l'on connaisse; celui d'Anvers avait 40,000 florins de rentes, sans les fonds accordés par le peuple pour les fortifications, ce qui faisait bien davantage. Il y aurait d'autres choses à dire encore sur la fidélité du trésorier Schetz; elles montreraient combien le Roi a été dupé par ceux qui lui ont soutiré la dépêche qu'à ce sujet l'on a envoyé d'Espagne, depuis que les deux sont à Madrid; c'est assurément une honte, surtout que leur conduite est si publique et, à beaucoup d'égards, la chose ne convenait pas à la gravité royale.
Damant choisi dans le Conseil privé, est actuellement du Conseil d'Etat et peut avec le temps devenir chef du Conseil privé ; on lui a encore réservé la chancellerie de Brabant; Schetz aspire aussi à toutes ces positions ; ils inclinent à favoriser la suprématie qu'ils ont et peuvent obtenir, et autant que possible ils la défendent là où ils se trouvent ; le Roi devrait y faire bien attention puisqu'ils n'ont pas d'autre profession.
Déjà ils suivent les erremens de Funck; celui-ci, au grand préjudice du Roi, lui persuada, pour se procurer les profits du scel , de faire dépêcher en Espagne les commissions adressées ordinairement aux finances par une lettre royale ; elles étaient encore expédiées ainsi au temps de Tisnacq, homme fort intègre, aussi est-il mort pauvre, et plus tard pendant la résidence de Hopperus en Espagne; n'ayant point les registres, ils ont adopté une rédaction vicieuse et donné des titres pour lesquels on réclame des émoluments, au grand détriment du trésor sans compter que l'on pouvait répondre aux
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lettres du Roi, et représenter les inconvénients que l'on découvrait aux finances; mais à présent les dépêches arrivent de Madrid rédigées et payées , (et c'est le payement qui a été le mobile de la mesure.) On y peut difficilement faire des observations et les finances ne les feront pas, bien que le service du Roi l'exige, pour ne pas s'exposer aux calomnies, comme cela est arrivé déjà et pour ne pas blesser ; le collège des finances cédant, ils en viennent à faire mille impertinences aux dépens du Roi. Autrefois l'Empereur approuvait les contradictions, même celles que faisait les finances à la Reine sa sœur, quand elles étaient conformes aux instructions , comme le prouvent les lettres qu'il écrivit à M. de Praet', chef des finances, avec lequel il entretenait une correspondance à ce sujet; mais aujourd'hui le véritable serviteur du Roi est accusé de trahison, s'il ne laisse ravir son patrimoine, ses États et son autorité.
De tout cela on peut conclure quelle mauvaise administration ces Etats ont et auront, si l'on ne met pas sur un autre pied les trois Conseils d'État, des finances et privé; comme on l'a dit, on ne devrait en permettre l'accès qu'en vertu d'une nomination émanée du Roi même et après bonne information ; laisser au bon plaisir du gouverneur général, d'observer ou non les instructions envoyées aux Conseils, la faculté de régler leurs attributions, celle d'}'^ appeler les personnes qu'il juge à propos et de se gouverner comme il leur plaît, ainsi, qu'en réalité, cela
' Louis de Flandre, seigneur de Praet était l'un des principaux ministres de Charles-Quint. Mémoires de Fery de Gui/on, 77.
306 MÉMOIRES DE CHAMPAGNEY. [1589]
se pratique aujourd'hui, il n'est pas étonnant que tout ailie comme il a été dit et que l'on courre le danger d'une ruine totale.
C'est tout ce que l'on peut dire actuellement de l'état des choses en ces provinces. Le 21 décembre 1589.
CH AMPAGNEY
DISCOURS SUR LES AFFAIRES DES PATS-BAS (traduit de l'espagnol)
DE
CHAMPAGNEY
Discours sur les affaires des Pays-Bas'
Parmi les créatures et les favoris du Duc et parmi ceux-là surtout, qui semblent entrer le plus avant dans la confidence de ses secrets et de ses desseins, plusieurs donnent à entendre que , malgré ses instances auprès du Roi, afin d'être débarrassé du gouvernement de ces provinces et de pouvoir retourner chez lui , on ne lui a pas accordé le congé qu'il sollicite, parce que personne n'a paru habile à lui succéder, à cause de la réputation qu'il a gagnée d'invincible, non seulement chez les rebelles, mais
' Ce mémoire a été écrit pendant l'été de 1590, c'est-à-dire après le 14 mars, date de la mort du comte d'Egmont, à Ivry et avant le départ du duc de Parme, pour aller secourir Paris, assiégé par Henri IV, (4 août 1590). A cette même époque, mécontent dune lettre du commandeur de Moreo. qui l'accusait d'être opposé à l'expédition de France, le Duc avait demandé au Roi d'être déchargé du gouvernement des Pays-Bas. M. Gachard. Correapondance de Philippe II, II. lxxxv.
encore chez les peuples voisins et que le Roi peut maintenaut l'envoyer en France , en lui donnant un remplaçant momentané ' . Ils disent aussi que si l'on veut terminer par un accommodement les affaires de Hollande et Zélande et des rebelles confédérés, comme le Duc lui-même en voit la nécessité , son crédit et la haute idée que l'on a de sa personne sont tels que nul ne réussira mieux et qu'un Espagnol ne pourrait convenir dans une telle négociation , à cause de la haine que tout le monde porte à cette nation ; que, par ce motif, il ne serait pas sûr d'envoyer un prince légitime de la famille impériale, soit d'Allemagne soit d'ailleurs, de crainte que ces peuples n'inclinassent à le prendre pour maître, puisqu'au temps du seig'neur don Juan, plusieurs, et ce n'étaient pas les plus ignorants, osèrent essayer de l'y pousser. Par ces considérations et afin de ne pas inspirer au Duc assez de dégoûts pour qu'il s'obstine à partir, avec ou sans congé, en s'excusant sur les besoins de sa maison ou sur le délabrement de sa santé , le Roi a voulu faire plaisir à Richardot et à Linden^ en toutes leurs prétentions per-
* Les recherches de M. Gachard aux Archives de Simancas ont jeté un jour nouveau sur des faits enveloppés jusqu'à présent d'obscurité : les documents découverts par notre savant et infatigable archiviste établissent que si d'un côté le duc de Parme demandait à quitter le gouvernement des Paj^s-Bas, de l'autre le Roi, tout en lui prodiguant, avec sa perfidie habituelle, les éloges et les marques de confiance, méditait et combinait sa destitution. Correspondance de Philippe II, II. lxxx —
* Jean Richardot, chevalier, seigneur de Barli , président du Conseil d'Artois et chef du Conseil privé était Bourguignon et jouissait de toute la confiance du duc de Parme. C'était un grief
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sonnelles ou relatives au Duc, au gré de qui l'on remet toute cette machine, dans la supposition qu'il est fort aimé de ces peuples , sans vouloir qu'en Espagne, ni ici l'on fasse pour eux rien qui ne soit conforme à son avis, ou par son entremise, lui abandonnant tout, comme au ssul capable de les conserver ou guérir.
A en juger d'après ces données, si elles sont vraies, on est bien mal au fait en Espagne, de la disposition et de la nature des choses de ce pays et de l'humeur des gens qui l'habitent ; car le plan arrêté ici pour correspondre à celui tracé en Espagne contre l'Angleterre , les reproches que méritaient nos préparatifs, pour une si grande entreprise, le peu de renseignements que l'on avait sur l'état de l'Angleterre, de la Hollande et de la Zélande ont fortement diminué l'opinion favorable inspirée par les succès du Duc de Parme'; sa retraite de Berghes, après tant de tentatives avortées et si funestes à nos gens, a rappelé sa retraite devant le Duc d'Alençon, au siège de Cambray et le peu qu'il a fait en Gueldre contre les Anglais; enfin, sa maladie, à laquelle on croit
du roi contre le prince, qui ne suivait pas toujours aveuglément les instructions transmises de Madrid et ne donnait pas aux Espagnols assez d'autorité dans les Conseils. — Jean Van der Linden, abbé de Sainte-Gertrude, à Louvain, était conseiller d'État. Voir sur ce personnage M. Gachard, Correspondance de Guillauiiie le Taciturne, IV. 152, 157.
' Cliampagney se fait Téobo des Espagnols; ils avaient accusé ouvert^^ment le duc de Parme de n'avoir pas secondé, comme il aurait dû, les opérations de V Armada; ces accusations vinrent aux oreilles du prince, il s'en plaignit au Roi qui lui écrivit à ce sujet les lettres les plus rassurantes. Bulletins de la commission royale d'histoire, 1"'« série, XIII. 8.
qu'il sera toujours sujet, contribue également à dissiper l'opinion qu'avaient jadis de lui les voisins ou les habitants, rebelles et autres. Aussi voit-on ce qu'ont osé et osent chaque jour les révoltés en Frise, à Bréda , à Nimègue et autres lieux ; enfin tout le monde attribue ses victoires moins à ses talents militaires, qu'au manque de talent de ses adversaires.
Le peu de regrets qu'il a témoignés dans le cercle de ses partisans de la mort du comte d'Egmont, qui a péri pour avoir été envoyé si mal accompagné'
> Philippe, comte d'Egmont, prince de Gavre, fils de Lamoral avait d" abord embrassé le parti des États, il passa ensuite au service du Roi et les auteurs de Y Histoire de Bruxelles nous font connaître les circonstances de ce changement (1. 504.) Par lettres patentes du 20 décembre 1589, il fut nommé chef général des bandes d'ordonnances, au traitement de 1,000 livres par mois, [Archives de l'Audience, liasse 1122) ; au commencement de Tannée suivante , le duc de Parme l'envoj'a au secours des ligueurs français, à la tête de 1,500 hommes de ces bandes et de 400 arquebusiers ; il se trouvait le 14 mars, à la bataille d'Ivry, à l'extrême droite de l'armée de la ligue, exposée en-plein, au feu de l'artillerie ennemie, ne voulant pas attendre la troisième décharge, il se précipita avec fureur sur la cavalerie rangée, devant lui et la culbuta : il poussa, avec la même impétuosité, jusqu'aux batteries royales et se tournant vers sa troupe : « Com- « pagnons, leur cria-t-il, je vais vous montrer comme il faut « traiter cette arme des lâches et des hérétiques. » 11 fit reculer en même temps son clieval et alla frapper de la croupe contre les canons ; les hommes d'armes imitèrent cet exemple; le désordre se mit dans les rangs, et chargés vigoureusement au milieu de cette bizarre manœuvre, ils furent enfoncés et mis en pièces; d'Egmont périt avec ses principaux officiers. Il était chevalier de la Toison d'or et avait épousé Marie de Hornes ; « 3,000 livres « à dame Marie de Hornes, princesse douairière de Gavre, « comtesse d'Egmont, en considération des pertes qu'elle a « souffertes par le décès de son mari en France. » Sismondi, Histoire des Français, Xl'V, ^1^. — Bulletins de la Comriiis-
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est une cause d'accusation contre lui, non seulement de la part de ses ennemis, mais encore de la part de tous les honnêtes gens; il leur semble même que le Duc a voulu, de propos délibéré, envoyer à la boucherie un seigneur de cette qualité, natif de ces provinces et pour ce motif, sans parler de beaucoup d'autres, on lui suppose peu d'affection pour les naturels.
Les mauvaises manières qu'il emploj'e envers tout le monde , le petit nombre de conseillers , le peu d'autorité qu'il laisse à ceux que le Roi a nommés, la façon dont il entreprend et dirige tout, avec ses créatures, et dans leur intérêt, l'incroyable désordre non seulement de l'administration, mais de l'armée, tout cela réuni fait perdre aux habitants du pays et h tous ceux qui entrent en relation avec lui, leur foi dans son esprit et sa prudence , et le respect qu'ils devraient porter au Roi.
Il gouverne sans justice et sans ordre ; il laisse dévorer ces Etats au gré des étrangers et absorber la substance du pays, sans profit pour le Roi; les nullités en crédit près de lui, rongent jusqu'à la moelle toutes les villes rentrées sous l'obéissance; quant au plat pays, sans raison ni motif quelconques, il le laisse sans défense contre l'ennemi, qui parcourt et pille tout le territoire, comme il lui plaît; aucun de ceux vivant sous son gouvernement n'a la moindre garantie de ce qu'il possède, soit contre les rebelles, soit contre nos gens. On peut juger par ce tableau de la satisfaction qu'il donne à ces provinces , où ,
sion royale d Histoire, 2« série I. 147. — Compte de Christophe Godin, du 21 janvier —21 décembre 1593.
tous indistinctement, prélats, nobles et vilains, non seulement murmurent contre lui, mais jettent les hauts cris.
Les rebelles ne l'ignorent pas; gouvernés avec talent, ils se raillent de ceux qui se soumettent au duc de Parme ; ils s'affermissent dans leur rébellion , à la vue de la foule des émigrés se plaignant d'un si mauvais gouvernement abandonné par tous ceux qui pourront, en lui échappant, fuir la misère, la faim, la cherté générale, dont il est la cause ; les uns et les autres concluant qu'il n'y a plus rien à espérer de ce Duc pour le bien de ces contrées. Ils ne cherchent point à traiter avec lui, parce qu'ils ne le craignent plus ; ils savent que ses Italiens, préférés à tous , comme naguères on l'a vu encore à Gertrudenberg, sont plus déréglés que ne l'ont jamais été les Espagnols, et que l'on n'a pas moins envie de s'en débarrasser que des Espagnols euxmêmes.
Les choses en sont venues à ce point, même parmi ceux qu'il commande, que , ces jours derniers demandant au conseiller Assonleville , en présence des présidents Pamele et Richardot et même de Côme ', de qui ces États s'accommoderaient le mieux, des Espagnols ou des Italiens; Assonleville, sommé en vertu de la foi qu'il devait au Roi, répondit que c'était des Espagnols ; et interrogé pourquoi , il répondit : parce qu'ils entendent mieux raison et quel-
' Cosmo de Massi, d'abord secrétaire en langue italienne, devint secrétaire intime du duc de Parme et gagna toute sa confiance. Compte de Benoit Charreton, seigneur de Chassey, du l*' janvier au 31 décembre 1579. Bulletins de la Commission royale d'Histoire, 2* série, I. 139.
que violents qu'ils soyent , ils ne sont pas si cruels ; tout en faisant leur main , ils ne sont pas si avares , car ils savent dépenser et la nation en profite; tandis que les Italiens vivent comme des cancres et emportent tout chez eux. Le conseiller aurait pu ajouter que la plupart ne sont point vassaux du Roi, mais des étrangers s'enricbissant au détriment des sujets liéréditaires.
Si les rebelles exigeaient le départ des uns et des autres, il semble qu'ils l'obtiendraient plus difficilement de ce Duc que d'un Espagnol ; don Louis de Requesens leur offrit à Bréda de retirer les Espagnols avec tout ce qui appartenait à leur nation ' ; le seigneur don Juan à son arrivée les renvoya ; le duc de Parme lui-même, les éloigna aussi, à l'époque de la réconciliation des Wallons, qui en avaient fait une de leurs conditions ; mais bientôt il eut le talent de les faire consentir à leur retour, pour ramener aussi ses Italiens, sans autre but que de les enrichir; leur permettant, à ceux de sa suite surtout, toutes les violences, toutes les extorsions et les corruptions imaginables ; il laisse aussi à la plupart des Espagnols qu'il a voulu introduire dans les administrations, toute liberté de faire le mal , plus qu'aucun autre gouverneur jusqu'ici, afin qu'ils servent de plastron à ses Italiens ; ceux-ci d'autant plus mauvais qu'ils
' Loin de faire cette offre, Requesens déclarait dans une assemblée à laquelle Champagney assistait lui-même, à la fin de novembre 1575, que les ordres du Roi lui défendaient formellement de traiter du licenciement des troupes étrangères et surtout des Espagnols; lorsqu'il finit par y consentir ce ne fut que sous certaines réserves. Correspo7idance de Philippe II, III. 585, 644, 654, 663, 666, 696, 746, 778.
sont moins religieux , ou pour mieux dire , sans aucune religion , s'abandonnent non seulement aux excès et aux crimes, mais à d'infâmes abominations, dont ils souillent tous les lieux où ils entrent: exemple déplorable dans des pays oh l'on n'avait jamais entendu parler de semblables péchés, lesquels restant impunis, se commettent à la face du public'. Bien qu'on ne doive pas le soupçonner d'un pareil vice, cela fait grand tort à la réputation du Duc, (la maison Farnèse étant à cet égard si mal famée*), quand on considère le pouvoir qu'il laisse à un jeune blondin, à peine sorti de pages, pour lequel il semble retirer ses bonnes grâces à Franceline, et l'honneur qu'il lui fait, en le nommant d'aide de chambre qu'il était en sortant de page, gentilhomme de la chambre, tout de mince étoffe qu'il fût; quand on voit qu'il ne traite presque rien que par lui, qu'il le comble, avec un empressement public, de cadeaux, de bénéfices et qu'il l'a gratifié d'une des vieilles compagnies données ordinairement à des gens de qualité et pour de grands services ; l'on en conçoit une telle abomination que , ne fut-ce pour éviter le scandale, il devrait n'y point donner prise. Cela de-
' L'auteur du mémoire renouvelle cette accusation, dans une lettre du 29 juillet 1594. Don Anselme Berthod, III, 24.
^ « Paul III, avait un fils, Pierre Louis Farnèse qu'il avait « fait duc de Parme et de Plaisance; cet homme souillé de tous « les vices et de tous les crimes et dont on n'oserait aujourd'hui « nommer par leur nom les actions infâmes, vivait alors (1547), « perclus de goutte et d'infirmités, dans la citadelle de Plain sance, en haine à ses nouveaux sujets, exposés à éprouver (c chaque jour sa cupidité et sa cruauté. » Simonde de Sismondi, Histoire des Français. XII, 139.
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vient d'autant plus nécessaire que la plus grande partie de ces Italiens revêtus de charges sont manifestement, à cause de leurs extorsions, tributaires de Côme; cet Italien, principal favori du Duc, les défend et les protège dans ces actes injustes, n'ignorant pas môme leurs abominations ; ils ont la ferme confiance que lui seul, avec son maître, saura mettre obstacle à leur départ et à celui des ultramontains ; or sans l'éloignement de ces étrangers, comme je l'ai dit, on sait que la Hollande , la Zélande et leurs alliés ne consentiront à aucun accommodement et que les habitants de ces pays y tiennent beaucoup plus qu'à la religion ' .
Il faudra donc en passer par là une seconde fois , puisque les Wallons , s'appuyant sur leurs capitulations , le veulent aussi et qu'ils n'attendent que l'occasion ; mais il serait à propos que cette mesure fût appliquée par un Espagnol ; ainsi l'affection renaîtrait entre les deux peuples ; car celui qui leur rendrait un tel service regagnerait non seulement leur confiance , mais aussi leur amitié ; et d'un autre côté
• « Les ministres nationaux... témoignent leur mécontente- « ment et imputent tout le mal qui arrive, à la nation espagnole « et au gouvernement qu'on a introduit dans les Pays-Bas; il « en résulte qu'ils désirent plus encore la sortie des Espagnols, « que les rebelles eux-mômes. » — Lettre de Requesens, 6 juin 1575. Correspondance de Philippe II. III. 318.
Le cardinal de GranveUe écrivait le 11 janvier 1578 : « Ce « n'est pas la volonté de changer de religion , ni de se révolter « contre l'autorité du Roi qui a mis les armes à la main des « Flamands, ce sont les mauvais traitements des Espagnols;.... « Sancho d'Avila et quelques autres Espagnols ont mis le sceau " à la misère publique et dès lors on fut indigné contre leur « nation, » Analyses de don Anselme Berthod, Mss.de la Bibliothèque royale, n» 16, 107.
les continuelles relations de commerce avec l'Espagne , beaucoup plus fréquentes qu'avec l'Italie, amèneraient l'oubli de toutes les rancunes soulevées par de mauvais gouvernements.
Mais jamais les rebelles, ni les provinces, ni les villes de ces Etats n'attendront un remède durable de la main du Duc, ni de celle d'un homme par lui placé ; si ce remède vient d'un autre, ils auront confiance dans le Roi et si l'on s'accommode à leur humeur, si le gouvernement est remis aux nationaux, en leur envoyant, par intérim, un seigneur Espagnol , ne portant pas un nom odieux, il y aura beaucoup moins de difficultés pour les arrangements; surtout si ces arrangements sont conclus pendant que le duc de Parme fera la guerre en France , emmenant avec lui les Espagnols. Par suite, comme tout se tient, non seulement on aurait ces troupes à la main, pour agir sur ces Etats, mais, suivant les circonstances, allant et venant elles finiraient peut-être par se faire tolérer. La restauration étant opérée du vivant de Sa Majesté (point fort important) et l'ordre introduit, pendant que le duc de Parme serait occupé à son expédition, on pourrait lui rendre encore le gouvernement ainsi réglé, si Sa Majesté ne voulait pas en disposer en faveur d'un autre.
Il ne faut pas avoir peur que le duc de Parme cédant à des dégoûts ou à d'injustes mécontentements, veuille retourner en Italie; il faut au contraire être bien convaincu, que, poursuivi par les plaintes de tous les Espagnols, qui rentrent en Espagne et craignant d'être renvoyé, il a insisté pour
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obtenir son congé, afin d'éviter un plus grand discrédit ; dernier des roitelets d'Italie , privé des sympathies du pape, dont il est feudataire, en butte à la jalousie des autres princes italiens à cause des faveurs qu'il reçoit du Roi , il sait bien que personne ne lui céderait et que s'il tombait dans la disgrâce de Sa Majesté chacun se déclarerait son adversaire.
Si l'on traite cette nation avec justice, avec vérité, bonté et amour, elle sera très facile à régir et à ramener par de bonnes façons , môme quant à la religion ; car, bien que la religion paraisse avoir été la cause des troubles actuels , le prince d'Orange a toujours ameuté le peuple pour le maintien de ses antiques libertés, de ses privilèges et par le soupçon de nouveautés et de violences qu'il annonçait de la part de l'Espagne.
Pour le fait de la religion, il est certain que l'ignorance a donné naissance à l'hérésie. Il y a un moyen très-facile d'y remédier, de restaurer, en peu de temps et d'affermir plus que jamais notre sainte foi, corrompue, depuis vingt ans consécutifs, chez les rebelles, de façon qu'il en est beaucoup qui, n'ayant jamais connu que cette corruption, continuent leurs pratiques, toutes différentes de celles de l'Église romaine et leur erreur se propage et s'enracine. De la religion, certes, dépend en grande partie le respect, l'amour et l'obéissance que l'on porte aux princes souverains, c'est une arme puissante contre ce qui est dit plus haut , de penser qu'ils ne connaissent et n'honorent pas Dieu comme il faut. Cette opinion, plus encore que la justice ou la violence, soulève contre eux des haines, excusables souvent
et plus tenaces; si donc l'on maintient ces trois choses, savoir: la religion, la justice et la clémence elles seront sans doute les plus fermes colonnes sur lesquelles puissent s'appuyer et s'affermir les Rois.
Ces États s'étendent sur un vaste territoire; par la commodité des eaux et par leur situation, ils sont plus propres au commerce que presqu'aucun autre pays du monde. On y afflue de toute l'Europe, aussi n'est-il pas étonnant qu'ils ayent acquis une pareille population ; elle serait plus considérable encore sans les violences qui chassent les marchands. Que le commerce seul attire la population, on ne peut le nier et si on lui enlève ses facilités, il n'y aura point de contrée plus misérable et plus pauvre, vu la nature du climat et du sol. La garde d'un territoire aussi étendu, s'il faut le conserver par la force, non par la volonté des peuples, entouré de voisins si puissants et sans montagnes qui défendent les passages, serait infiniment coûteuse pour l'Espagne et peu sûre à la fin, à cause de l'éloignement. Cela ressort clairement des trésors des Indes qu'on y a dépensés, ce qui n'a pas eu lieu sans nuire à tous les progrès que l'on eût pu faire en Espagne et sans mettre en péril beaucoup d'intérêts uniquement Espagnols. Ainsi, voyantle Roi occupé à reconquérir ses provinces révoltées, l'Angleterre et d'autres, ont osé hasarder beaucoup d'entreprises auxquelles ils n'eussent pas songé, et ils s'enhardiraient à faire plus encore, s'ils pouvaient amener la Hollande et la Zélande à aller au delà du triomphe de leur révolte. Si ces provinces voulaient accéder aux ligues offensives auxquelles les invitent les hé-
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rétiques riverains de l'Océan (et, sauf l'Espagne, toutes les côtes sont infectées de l'hérésie), il n'y a pas à douter que l'Espagne courrait le risque de perdre ses meilleures possessions. Or, comme l'hérésie forme le lien et l'union de ces peuples maritimes, la première nécessité est d'y porter remède, autant que possible, non-seulement pour 'conserver au Roi ses Etats, mais encore pour fournir à d'autres l'occasion de s'accommoder avec lui ; car, comme je l'ai dit, en temps de paix, le commerce attire ici une grande affluence.
Revenant donc à notre propos, il semble étonnant que dans ces Etats , où les princes et la noblesse ont été si religieux, l'hérésie ait prévalu. Qu'en France, la dissolution des princes et des nobles ait corrompu la foi, ce n'est pas merveille, les principales maisons servaient ainsi leurs inimitiés, tandis que le peuple catholique, en général, a mieux persévéré dans la religion ; cette disposition du populaire tenait là au grand nombre des paroisses, alors qu'ici elles font faute, même dans les villes principales, beaucoup plus peuplées que la plupart des villes de France. Si l'on y remédie, il n'y a pas de doute que le peuple de ces pays revienne facilement à résipiscence, la haute noblesse étant très-catholique. Encore quel'on ait multiplié les évôchés dans les Pays-Bas, où auparavant on ne comptait que six diocèses, cette mesure n'a pas suffi et ne suffit pas, si l'on ne multiplie aussi les paroisses proportionnellement au nombre des habitans. Si l'on prend encore les autres mesures que l'on indiquera, personne ne pourra nier que dans un court intervalle
notre vraie foi sera restaurée et affermie , sans violence et mieux que jamais. Ainsi, outre ce qui vient d'être dit, il faut d'abord charger tous les ordres mendiants, dans lesquels le Roi, notre seigneur, a très saintement introduit des séminaires, puisqu'ils ont toujours été dans ces États les auxiliaires des curés, d'aller catéchiser dans chaque paroisse, en proportion de l'étendue du ressort ; de s'informer d3 porte en porte du nombre des enfants de chaque famille, afin de s'appliquer à les instruire du cathéchisme, au cas que les parents ne s'en occupent point et , si les parents se chargent de l'instruction religieuse, de vérifier leur enseignement, pour qu'il n'y ait point de fraude'. En second lieu, les évoques n'administreront la confirmation à aucun enfant, sans un billet du curé, attestant qu'il a été suffisamment catéchisé par lui ou ses coadjuteurs, comme on pourrait les appeler. De même dans la primitive Eglise, on n'admettait au baptême, que les catéchumènes, auxquels en même temps l'on imposait les mains (c'est la confirmation). Plus tard, lorsqu'on baptisa les enfants, on différa leur baptême jusqu'à l'âge où ils pouvaient professer , à la confirmation, la foi qu'ils avaient reçue au baptême, sous la garantie de leurs parrains. Mais actuellement il' n'y a plus de catéchisme au baptême, parce que l'on donne le sacrement aux nouveau-nés, ni à la confirmation,
' Entre autres mesures imaginées par le commandeur Requesens, pour assurer l'instruction religieuse et afin d'engager les parents à envoyer leurs enfants aux écoles, qu'il s'agissait d'établir dans chaque paroisse, il proposait d'exclure des distributions des aumônes, les familles dont les enfants ne les fréquenteraient pas. — Correspondance de Philippe II, III. 349.
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administrée à un âg-e où l'on ne devrait pas admettre les enfants, à moins qu'ils n'aient reçu une instruction suffisante. Il est certain que la première impression des choses de Dieu, faite en nos âmes, a une grande force; naturellement tous ont le désir de le connaîtra, et bonne ou mauvaise , la foi , si elle est reçue avec révérence, se modifie très-difficilement. Ce fut donc un grand avantage pour les hérétiques de trouver tant d'esprits, absolument comme des tables rases, sans aucune espèce d'instruction, sur lesquels, sous prétexte de piété, ils ont pu clandestinement graver leurs erreurs , avant d'oser le faire publiquement lorsqu'ils furent en nombre.
Quoique ce remède n'opérera guères sur les adultes, qu'il serait difficile de contraindre, cependant, si on l'applique, beaucoup reviendront d'eux-mêmes; au moins ceux qui se présenteront désormais seront confirmés véritablement dans la foi orthodoxe, encore que l'hérésie persiste chez les parents, qui ne pourront refuser cette instruction à leurs fils, si l'on sait stipuler de bonnes réconciliations; bien plus, ils pourront encourir une peine, s'ils donnent une autre instruction, en admettant les conditions des contrats antérieurs; bien que cela ne soit pas dit expressément, on leur permettra de vivre libres de toute inquisition , pourvu qu'ils ne tentent rien contre notre religion et qu'ils ne fassent pas de scandale. Mais s'ils enseignaient autre chose que notre catéchisme, ils s'exposeraient à des peines sévères et à l'inquisition, aussi bien que ceux qui sont actuellement déjà réconciliés.
Si, pour cette instruction religieuse, les ordres
mendiants ne suffisent pas, on pourrait aussi en charger les jésuites', en les adjoignant dans les paroisses, mais sous l'autorité des curés, pour affaiblir la jalousie que ceux-ci et les évêques leur portent; car il semble qu'ils dérobent les fidèles aux paroisses, et même à leurs supérieurs , les curés , en les attirant vers leurs maisons. Sans compter que les fidèles donneraient un meilleur exemple , en communiant à la paroisse, en entendant la grand'messe et assistant aux heures de l'église, comme cela s'est toujours fait ici avec grande édification; tandis qu'ils ne trouvent ni l'une ni l'autre de ces deux choses dans les collèges des jésuites. Au moyen d'une messe basse , ceux-ci abrogent cette coutume si louable et si ancienne; ce qui expose ces religieux à beaucoup de calomnies , laissant croire qu'ils veulent concentrer presque toutes les églises, dans leurs couvents, qui sont plutôt des collèges qu'autre chose ^
Pour cela même, il serait bon que Sa Majesté obtînt que le pape envoyât ordre aux jésuites (car autrement ils ne voudront pas s'y soumettre), de renvoyer dans ses États tous les religieux indigènes qui, distraits en d'autres provinces, abandonnent celle-ci, comme si l'on n'y avait pas un égal besoin de leur assistance. S'ils s'excusaient sur la pauvreté de leurs collèges, il devrait leur ordonner de venir en aide
' On se rappelle que Champagney avait introduit les jésuites à Besançon. Don Anselme Berthod.
2 Requesens se louait beaucoup du zèle, des talents des jésuites et des services qu'ils rendaient; de là peut-être aussi étaient nées les défiances et les calomnies du clergé régulier, dont parle Champagney. — Correspondance de Philippe II, III. 351.
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à uue œuvre aussi pieuse que le rétablissement de lareligion, avec les ressources qu'ils ont en d'autres lieux et où ils vivent; ils y sont obligés par les lois divines et humaines, tous par leur profession et le sacerdoce , et les régnicoles ' spécialement par leur devoir envers la patrie. Il semble que leur institut mériterait les reproches d'iniquité et d'avarice (s'ils le règ-lent comme on dit) , si une de leurs maisons ne pouvait en aider une autre de ses richesses ; car elles devraient être en communion, comme dans la primitive église , afin d'assister les localités le plus en besoin.
Comme on ne saurait se lasser de répéter qu'il faut porter les paroisses à un nombre convenable et leur attribuer des ressources suffisantes , ainsi qu'on avait projeté de le faire à Anvers, au temps du grand commandeur, don Louis de Requesens*,en les portant à treize , suivant les quartiers , dont on devait faire une égale répartition entre les dites paroisses , lesquelles ont encore les mêmes églises qu'on y avait destinées, il serait fort à propos de revenir à ce plan , attendu que cette ville est comme la règle des autres en ces Pays-Bas, qu'elle est la gouvernante (l'institutrice) de la plus grande partie de leur jeunesse, sur l'exemple de laquelle les autres se modèlent; cela serait généralement adopté avec plus de facilité et de proche en proche.
Mais les ressources auxquelles on avait songé,
* Les jésuites nés en Belgique.
- Lettres de Requesens au Roi, du 8 avril 1575; à son frère, don Juan de Ç'uniga, ambassadeur d'Espng-ne à Rome, du 13 août suivant.
pour entretenir les curés faisant défaut , le Roi , en attendant une annexion, pourrait allouer les fonds. La somme ne serait pas considérable et elle produirait bien plus d'avantages que les dépenses énormes et presque infinies que l'on a supportées sans bénéfice pour la religion, même au détriment de l'obéissance et de l'autorité royale.
On pourrait aussi rétablir à Anvers ce que l'on avait essayé avec les ordres mendiants, qui s'y trouvent, à savoir, que chacun de leurs monastères fournirait des prédicateurs français, allemands, anglais, prêchant dans les églises voisines de la bourse, les dimanches et fêtes, pendant l'avent et le carême, selon l'usage du pays, chacun dans sa langue, à dix heures du matin , l'heure la plus rapprochée de la tenue de la bourse ' . Ce serait une œuvre très-pieuse pour ces nations, dépourvues souvent même d'un confesseur qui les prêche ; ce serait un grand bienfait pour les Wallons, vassaux du Roi, qui envoient presque toute leur jeunesse à Anvers ; pour l'Allemagne qui, dans les temps paisibles , y afflue aussi en masse, et pour l'Angleterre. En cela Sa Majesté ferait une chose digne d'un si grand Roi, dont les bienfaits doivent se répandre sur toute la terre et conforme à sa dévotion. Si en même temps bonne et égal-e justice, police , sécurité et tranquillité des marchands régnaient à Anvers ; si une garde sûre y était établie pour maintenir cet ordre et sans violence, cette ville pourrait donner l'exemple, servir de modèle au
' Cette idée exprimée dans la lettre de Requesens à don Juan de Çuniga, avait été soumise par lui à l'évêque, au gouverneur de la ville et aux délégués des ordres mendiants. 1. c. 350, 351.
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reste du pays et comme mère du commerce , le restaurer sur l'Océan et sur la terre ferme, ainsi que la religion et l'obéissance au Roi; la possession ferme et stable de ses États serait garantie à sa postérité par la religion, l'amour, la soumission et le respect dus parles vassaux à leurs souverains, soigneux de leur salut, de leur bien et de leur repos