‹ Mémoires de Frédéric Perrenot, sieur de Champagney, 1573-1590; avec notice et annotationsChapitre 31 sur 37 · CH AM PAGIM EY · texte numérisé non relu

CH AM PAGIM EY

AFFAIRES PARTICVLIÈRES

MEMOIRES GHAMPAGNEY

Affaires particulières '

Il y a vingt ans que je suis venu par deçà au gouvernement d'Anvers, appelé par lettre de Sa Majesté particulière à moy, que me fit laisser ma maison et mes affaires, estant peu de mois auparavant morte ma mère, qui avoit manyé toute la succession de feu mon père, vingt ans depuis la mort de luy, sans en donner guieres de connoissance à ses enfans; tost après elle, estoit aussi mort mon frère, le conte de Cantecroy, laissant tous ses enfans en bas eage, si qu'estant lors le cardinal de Granvelle, mon frère, viceroy deNapels, n'estant plus que nous deux, tout ce soing estoit sur mes bras; non obstant ce, je m'absentay comme est dict, mancant aux affaires de ma maison et aux miens propres, beaucoup plus jusques ores; non sans très grand interest comme l'on peult bien penser.

Mes gaiges en Anvers ne furent oncques que

■ Ce mémoire est extrait du Mss. n» 12,962 de la Bibliothèque royale.

deux mille florins', par où on peult estimer la despense qu'il m'y a convenu soustenir, mesmes ayant payé de louage d'une maison neuf cents florins trois ans de long, et doibs encorles aultres trois, car je n'en sceus avoir en tout ce temps là nulle des confisquées % comme le duc d'Albe m'avoit promis.

> Le traitement du gouverneur d'Anvers était de 1200 florins, plus un aide extraordinaire de 800 florins pour frais de logement. Voici quel était le traitement de quelques « gouverneurs « et capitaines particuliers des villes et places des pays de par « deçà :

Marienbourg,

Philippeville,

Cliarlemont,

Landrecies,

Thionville,

Gravelines,

Hesdin,

Bapeaulmes,

Cambray,

Avesnes,

Montmedy,

Damvillers,

Aire,

Renty,

Bouchain,

Quesnoy,

Malines,

1,000 livres de 40 gros monnaie de Flandre et sis hallebardiers.

1,200 livres. — Six hallebardiers.

700 livres. — Six hallebardiers.

600 livres. =— Six hallebardiers.

200 livres. — Six hallebardiers.

1200 florins et un aide de 500 florins.

Les gouverneurs d'Anvers et de Malines avaient sous leurs ordres 40 hallebardiers « pour la tuition de leur personne. » Deux hallebardiers faisaient « le guet à chaque porte de la ville « pour avoir l'œil sur les entrans et les sortans. » Archives de l'Audience, liasses 122 et 1112. Avis des conseils d'État et des finances, des 11 août 1569 et 14 octobre 1572.

Les colUgues ou conseillers attachés aux gouverneurs de Malines et d'Anvers recevaient « les gaiges ordinaires des conseil- « lers du grand conseil de Malines, 28 sols par jour. » — Ib.

2 Maisons confisquées par le conseil des troubles.

[1591] DE CHAMI'AGNEY. 32^7

Je levay cincq compagnyes d'infanterie par ordre du grand commandeur don Luys de Requesens, desquelles les armes me sont encores deues et partie des gaiges.

Par le commandement du mesme, j'allay à Utrecht pour induire à reconciliation les rebelles, où il me fallut employer du temps et ce à mes despens.

Envoyé depuis en Angleterre par le mesme, j'y frayas du mien beaucoup plus que je ne receu', pour le voyage très difficille et beaucoup plus dangereux, où je fis rompre lentreprise et aliance du prince d'Oranges et des rebelles, qui se vouloient jà donner à celle Royne, et apportas très grands moyens pour la paix et plus advantageux beaucoup que le grand Commandeur ne mavoit chargé.

L'an 1576 ayant adverty Sa Majesté du désordre apparent en Anvers et des dessaings de Sanclio d'Avila et des amutinez Espagnols qui estoient à Alost et supplié qu'elle y pourveutpour la confusion causée par Hieronimo de Roda, qui se vouloit faire gouverneur général seul, s'y opposant coulx qui estoient du Conseil d'Estat à Bruxelles, ayant le Roy commis audict gouvernement ledict Conseil, auquel aussi tousjours depuis s'addressèrent ses lettres en ceste qualité, mesmes réclamant contre Roda le président Viglius,avec qui je tenoye correspondence, et m'entretenant le mieux que se pouvoy être, ledict Roda et ceux de la citadelle d'Anvers d'une part et ceulx qui estoyent du Conseil d'Estat avec les Estats d'aultre, attandant remède de Sa Majesté ; enfin venant

' Voir à ce sujet la lettre de Champagney au grand Commandeur, du 16 février 1576. Appendice.

les choses à tel desarroy que on a veu , à faulte de ce, oultre les extrêmes hazards de ma vie que jy passas quatre mois entiers , et plus , que dura celle compétence, et depuis y entrans les amutinez , j'y fus espolié pour la valeur de 60/"" écus d'or, en meubles, vaisselles, joyaux et argent.

Gomme aussi ay je depuis esté à Bruxelles de nouveau, quand jy fus prins par les héréticques pour ce que j'empeschoy leur progrès et procuroy oster la ville au prince d'Orang-es, dont ensuivit ma prison en Gand, où je fus conduict et tenu serré six ans et un mois tous les joui*s en bazard de ma vie.

Depuis ayant encor là servy tant que tous sçavent et à la réduction de celle ville' (sans laquelle on n'heut oncques lieu Anvers) et à celle d'Anvers mesmes, paraprès estant rentré au gouvernement d'Anvers par ordre du duc de Parme, sans aultres gaiges que du passé, jy ay induict le peuple à demander la redresse^ de la citadelle, torcionairement édiffiée jadis par le duc d'Albe.

Après on mat mis en finances, où les gaiges ne sont aussi que de deux mille florins et les fraiz de la cour mesmes en celle charge congneuz à tous, où je me consomme en changes et rechanges plus chers sur mon pays que on ne les vit oncques, d'où.encores prenant à rente je tire mon argent; m^aj^ant petit à petit le duc de Parme débouté du gouvernement susdit, sans que jen aye veu lettre du Roy, de qui j'ay patente signée de sa main, qui en celle des finances m'appelle encores gouverneur d'Anvers ;

• La ville de Gand. - La reconstruction.

[1591] DE CHAMPAGNEY. '32[)

usant en ce le duc de Parme avec moy, contre la forme de la maison de Bourgogne, qui n'oste les charges données à personne sans luy oster la vie, ou du moins l'honneur et pour faulte, si ce n'est du consentement de ceux qui les tiennent et les récompensant à leur goust, aussi ne m'en tiens je despourveu légitimement, me tenant aux lettres et patentes que j'ay du Roy, que je tiens prince juste et raisonnable.

Car c'est loing de ce que tous estimoient, que on m'adjousteroit la citadelle au gouvernement pour le debvoir susdict que j'avois faict , par lequel elle est restituée, et si elle est jamais débatue de nouveau, ce sera par la faulte de ceux que on at entremis depuis à la restablir, qui n'y ont tenu le pied par moy encommencé, par lequel je l'iieu mise à jamais hors de dispute ; où l'on y a procédé contre les propositions faites et obmis des choses que si on ne les redresse avec le temps on n'en serat asseuré. Cependant je n'heu laissé de servir en finances, estant gouverneur d'Anvers, comme ont' plusieurs en divers Estats ; car aussi les gaiges de ceux de par deçà ordinairement sont si petis, qu'il n'est possible se maintenir en un ; et abusent le Roy ceux qui le raectent en ces nouvelletez, cependant Monsieur de Noircarmes, entre aultres, tint soubs le duc d'Albe avec le Conseil d'Estat et finances, le gouvernement de Haynnault et la citadelle de Cambray * qu'est bien

' l^ait.

* L'exemple de cumul choisi par Champagncy est adroit, .Noircarmcs ayant été le plus grand cumulard de son temps ; il était en effet, à sa mort, g-ouveracur, grand b-ailli et capitaine

plus loing' de Bruxelles que celle d'Anvers; au contraire on verra qu'il n'est guieres mesadvenu aux charges de ceux qui ont estez auctorisez et appuyez de diverses , car ils sont estez plus respectez et recouvrent lieutenans et officiers partant mieulx qualifiez et personnes de plus d'estoffe qui les secondent, pour l'espoir que on a de tirer advancement les servant; aussi sans faulte le sieur de Licques perdit la citadelle de Cambray à faulte de ce et ne s'abuse Sa Majesté qu'elle perdra plus en personnes de peu de crédit qu'elle n'y gaignera.

Aussi, Dieu mercy, les longs services des miens, leurs entremises si qualifiées et les miennes ne méritent pas moins que ne fit Monsieur de Noircarmes; que ay heu un père et deux frères du Conseil d'Estat', si je ne prétends rien de nouveau en ma maison, aspirant à celluy là avec les charges susdictes, voyre n'y a honneur en ces pays, ny de compagnye d'hommes d'armes, ny de l'ordre mesme qui messeit au Roy de m'en pourveoir, mais qu'il me donne moyen de les maintenir; que n'en auroy faulte, si je ne les heu vendu ou engaigé pour le servir ; et possible se faict tort le Roy, ayant esté le cardinal de

général de Hainaut ; conseiller d'État ; chef des finances ; gouverneur de la citadelle de Cambrai ; grand bailli et capitaine de Saint-Omer ; chef d'une bande d'ordonnances; commissaire pour le renouvellement des lois de Flandre ; prévôt, bailli et capitaine de Binche ; gouverneur de Tournehem et du pays de Bredenarde. Il avait de plus une commanderie de l'ordre d'Alcantara et 3,000 florins de rente perpétuelle. Lettre du grand commandeur de Castille, du 24 mars 1574.

' Ce second frère de Champagney, qui fut du conseil d'État s'appelait Charles Perrenot, il était abbé de Faverney. Loys Gollut, RéjpuUiq,ue Séquanoise.

[1591] DE CHAMPAGNET. 331

Granvelle constitué par luy viceroy de Napels et chef des consaulx d'Italie à ne favorir (sic), luy mort en son service , un sien frère de services aussi condignes à celluy là , mesmes les ayant fjiict avec tant de liazards et pertes qui méritent honneur, récompense et advancement de la main d'un prince magnanime.

Et comme je désire continuer, mais qu'on m'en donne les commodités, estant apparent qu'il y aura changement aux charges que les Espagnols tiennent et peult on dire sera nécessaire, si on ne veult mectre le tout en plus grand hazard, qu'il ne fut oncques, je vouldroye qu'il pleut à Sa Majesté pour son propre service me mectre en la citadelle d'Anvers, afin que j'y puisse achever, avec le gouvernement (atendu ce qu'est dict) en celle ville, ce que jy ay corumencé pour la religion, police et justice; ce que convient pour la conservation de ses Estats plus qu'on ne sçauroit enchérir ; et abusent grandement le Roy ceux qui vouldroient abolir ce gouvernement là, que le duc d'Albe entendit trop mieux combien il estoit nécessaire; d'advantage pourvoyant ainsi la citadelle, ce ne seroit esloigner tant les Espagnols, puisque je suis né en Espagne, estant toutesfois capas d'estats partout, pour être né en Court, oultre ce que chascun sçait combien jay toujours esté aggréable à tous les gens de bien de ces pays, avec quoy je ne lairray de servir en finances et au Conseil d'Estat, s'il plaict à Sa Majesté m'en pourveoir pour les causes susdites.

Aussi pour mieux m'entretenir, je vouldrois commission du Conseil de guerre, avec les cincq cents

332 MÉMOIRES DE GHAMPAGNEY. [1591]

écus par mois qu'on donne à d'aultres, ausquels tant pour les raisons alléguées que plusieurs aultres, je ne pense estre inférieur de plus d'expérience et de practicque que plusieurs d'à présent je le suis; des services j'ay procuré d'en faire de tant signalez que chascun sçait, et suis pour en faire possible plus que beaucoup d'aultres, qui ont ou telles charges ou coronelleries' de nations qu'ils n'entendent, qui ne leur vaillent pas moins de mille escus le mois, et si ne les servent, comme peu d'aultres font aussi, n'assistans celles qu'ils ont et si ne laissent d'en tirer les proffitz.

De plus comme jay touché cy-dessus les grands frais que j'ay soubstenu et pertes que j'ay receu, jay prétendu pour ne demander ayuda de costa"^ de la bource du Roy sacqué' de 20" draps d'Angleterre pour les pays de pardeçà, lesquelles vous sçavez comme et à qui on les consent icy tous les jours; de quoy je ne tireray à concurrence du quart de mes dommages, ni du sixiesme, mais en secourray encor le pauvre Andréa de Loo*, et si en disposeray de sorte que j'en pourray faire des services à Sa Majesté que lui vaillent milions.

* Coronellerie , colonellie, charge ou grade de colonel d'un régiment wallon ou bourguignon.

^ Ayuda de Costa, gratification.

' Tirée ou prise de...

* André de Loo ou Van Loo commis aux finances. Avis du. 11 avril 15G9. Archives de l'Audience, liasse 1112.

Discours véritable sur ce qui est advenu touchant Valborote et esmotion des Es2mignoh mutinez es isles de Zélande, incontinent après iaprinsede Ziericzée, le second de juillet 1576.

Discours zéritable sur ce gui est advenu touchant l'alhorote et esmotion des Espaignoh mutinez es isles de Zélande, incontinent après lapriuse de Ziericzéej le second de juillet 1576 '.

Lorsque l'on estoit eucoires devant la ville de Ziericzée, les soldats Espaignolz estant audict siège, déclairoient à plaine bouche ouvertement , que incontinent la rondition de ladicte ville, ilz se vouloient retirer et se venir refreschir en Brabant, et nomméement en la ville de Bruxelles, où ilz disoient avoir esté mal traictez, usant de plusieurs bravades et propos plains de menaces.

Dont messeigneurs du Conseil d'Estat, commis par Sa Majesté au gouvernement général des pays de par deçà, advertiz, cognoissants que par là, la victoire que l'on debvoit espérer de l'ennemy en usant de l'occasion présente (selon queledict ennemy estoit pressé), avoientpar touts moyens, procuré d'empescher ce desseing, en taschant de donner contentement tant à eulx que aux Walons et aultres ayants servi en ce siège ; tellement que les dicts

* « Avec privilège de Sa Majesté; imprimé en la ville de •c Bruxelles, par Michel de Hamont, imprimeur juré de Sa Ma- -< jesté,ran 1576. »

seig'iieurs du Conseil, pour obvier à ceste mutinerie apparente, auroient déclairé cstre contents que les cent mil florins donnez par ceulx de ladicte ville de Ziericzée, fussent répartiz entièrement, sans rien réserver, entre lesdicts gens de guerre, ayants assisté audict siège, et que oultre ce, Ton procéderoit au descompte desdicts soldatz, avec secours telz que seroient en leur pouvoir, dont en raison se debvoyent bien contenter lesdicts soldatz; ce nonobstant, lesdicts Espaignolz amutinez auroient chassé leurs capitaines et officiers , abandonnants les lieux de leurs gardes et forts, et seroient en bien grande furie passé oultre en Brabant, où ayant confirmé leur conjuration soubz le sacrament de la messe faicte en leur cliemin, sont venus à Herentals.

Auquel lieu par ordonnance desdicts seigneurs du Conseil, s'est trouvé vers eulx en personne, monsieur le conte de Mansfelt, avec pouvoir' et instruction, leur ayant de la part d'iceulx seigneurs offert tout ce que raisonnablement ilz pouvoient demander et qui estoit au pouvoir desdicts seigneurs. Si comme pardon de leur mesuz ; leur part es cent mil florins de Ziericzée ; trois paies des premiers deniers qui viendront d'Espaigne^ ou aultrement seroient au pouvoir desdicts du Conseil, avec monstre générale.

Ce que n'ayants voulu accepter, demandèrent plusieurs choses impertinentes et non faisables : si comme, oultre leurdict payement total, augmentation de soulde; aussi quelque bonne ville en leur pouvoir, tant que l'on auroit descompté, et qu'ilz seroient du tout contentez, et aultres choses impertinentes.

' 14 févrierl576, passe-port au c omte de Mansfelt se rendant « vers les soldats espaignols pour les apaiser, et de là vers Zie- (( riczée , pour se présenter à l'endroit des soldats wallons du « régiment du colonel Mondragon... » Archives de l'audience, liasse 1117.

Et combien qu'ik eussent promis, estants en une ville, de se quiéter' , attendant la response de mcsdicts seigneurs, néantmoius ne cessoieut braviser, veuillants tousjours occuper ledict Bruxelles, et de faict auroient escript lettres au magistrat de Maliues, demandants passaige par ladicte ville, et logement d'une nuict seulement, disants qu'il convenoit ainsi pour achever leur voyage, ce que leur fust refusé par lesdicts de Maliues, assistez lors d'une enseigne de Walons, que l'on avoit envoyé h leurs secours.

Quoy voyant, seroient par dehors ladicte ville passé oultre, et venu loger à Grimbcrghe, deux lieues dudict Bruxelles; où furent envoyées lettres dudict seigneur conte de Mansfelt, en response de leurdictes prétensions, qui furent portées par le capitaine Montesdoca, qui alla vers eux, auquel donnèrent quelques réplicques non sans démonstration de se vouloir renger à la raison, promectants ne bouger de \h, et y attendre la résolution du conseil.

Au lieu de satisfaire à leurdicte promesse, partent incontinent, tirants au villaige d'Assche, et aultres lieux alentour dudict Bruxelles, avec menaces d'y entrer par force, et faire plusieurs vengeances, qui a donné occasion au peuple de s'eslever, prendre les armes, et se préparer pour se mettre en défense contre force et violence.

Et depuis a derechief esté envoyé vers lesdicts amutinez ledict Montesdoca, lequel ilz ont rechassé furieusement ù, coups de harquebouzes, sans le vouloir esccuter. Kéantmoins après, l'ont remandé par lettres, pour se trouver vers eulx, comme il a fait le lendemain audict Assche, et luy promirent qu'ilz s'assambleroient illecq, pour incontinent envoyer toute response et résolution , dont ilz donnèrent grande asseurance.

Au contraire de quoy, et au lieu d'envoyer leurdicte

* Se tenir tranquilles.

response, au inesme jour sont partiz de là, et à l'impourveu donné l'assault par divers costcz h la ville d'Alost, y faisant toute hostilité, et tué plusieurs, tant païsans que bourgeois, raesmes pendu devant la porte delà ville, ung sergeant officier du Roy. Tellement que de nuict seroient entrez de force et hostilement en ladicte ville, avec cris espouventables , faisants les insolences que bon leur a semblé.

Ce qui a donné très just€ occasion ausdicts seigneurs du Conseil (voyant leur désobéissance si obstinée, et préjudiciable au service de Dieu et du Roy), pour les mesuz et actes susdits, mesraement qu'ils continuoient encoires leurs menaces sur les villes de Bruxelles, Anvers, Malines, de les déclairer désobéissants, rebelles et ennemis du Roy et du pays , entendant procéder à leur chastoy, tel que sera trouvé convenir pour les remectre en l'obéissance de Sa Majesté , et des cliiefs que Sa Majesté leur a commis, pour ainsi faire cesser plus grandes révoltes des subjects, se voyants ainsi indignement et sans leurs mérites, traictez des propres gents de guerre de Sa Majesté, qui les debvoient défendre.

Et partant comme ceste voye de déclaration ne s'extcnd ailleurs ny à aultre fin^ que contre lesdicts amutinez, ayants si violentement traité les subjects de Sa Majesté, mesdicts seigneurs ont bien voulu le faire entendre par tout, affin que chacun sçache le grand tort dosdicts amutinez, et avec quel fondement lesdicts seigneurs ont esté contraintz h faire ladicte déclaration, et de procéder contre eux, par la voyequ'ilz sont d'intention faire pour conserver les pays, et trouver moyen de renger lesdicts amutinez à la raison, et en l'obéissance et debvoir qu'ils doibveut au service de Sa Majesté, et non (comme lesdictz amutinez s'efforcent faulsement persuader aux autres soldatz), en intention de frustrer les gents de guerre de leur juste payement, soyent Espaignols, Walons, Allemaus haults et bas, et autres de

quelque nation qu ilz soyent , auxquelz Ion entend satisfaire de leurdict deu, avec asseurance que lesdicts seigneurs donneront tout ordre, que soit cependant raisonnablement pourveu }\ leurs pretz et secours, tant que les descomptes faits et provisions de Sa Majesté venues, ensemble assistence des Estats, ils ayent moyen de satisfaire à tous , comme est l'intention de Sa Majesté et la leur.

Défendant bien expressément par Sa Majesté, pour n'allumer le feu plus de ce qu'il n'est, que personne quel qu'il soit, gents de g-uerre, ny aultre quel qu'il soit, n'ait à se joindre, ou tenter quelque chose sur villes, forte • resses, villaiges, ou subjects, en façon que ce soit; commandant pareillement à touts chiefs et capitaines de gents de guerre, de tenir en bon ordre et discipline leursdicts gents, sans les souffrir sortir de leurs garnisons , ny faire desordres quelconques, et à touts gouverneurs, officiers, magistratz des pays et villes, aussi aux subjects, do ne toucher aux personnes des gents de guerre, estants en leurs garnisons , et non estants alborotez ny mutinez, affin que l'on vive en bonne paix et union par ensemble, comme il convient à subjectz et personnes estants au serment et service de Sa Majesté.

Faict h Bruxelles, le second jour du mois d'aoust 1576.

Par ordonnance de mesdicts seigneurs du Conseil d'Estat, et scubsigné :

Berty '.

' Baptiste Berty, premier secrétaire et greflaer du conseil de Gueldrc, au temps de Charles-Quint, était trésorier et garde des chartes et lettriages du Conseil d'État, en 1575, puis secrétaire ordinaire du Conseil Privé. Bulletins de la Commission royale d'histoire. 2<- série, I, 131, 135.

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