MISSION DU SEIGNEUR DE CHAMPAGNEY EN ANGLETERRE
LETTRES DU SEIGNEUR DE CHAMPAGNEY AU GRAND COMMAN- DEUR DE CASTILLE ET AU CONSEIt, D'ÉTAT *.
Au grand commandeur de Castille.
DoDlerqae, 18 janiier 1576.
Monseigneur, j arrivas hier soir en ce lieu où j'ay treuvé le vent non seullement du tout contraire mais fort tempestueux, ce que ha desjà duré quelques jours, à ce que m'ha dict JuanMartinès de Recalde*, à qui j'ay baillé les lettres de Vostre Excellence, car je ferois voluntiers mon passaige dois icy, aussi bien le vent qui est à présent ne me sçauroit non plus servir dois Calais . Là, (à ce que j'ay entendu à Bruges de bon lieu et depuis on me l'hat affermé icy,) se treuve résident Taffin' et Charles de Beaulieu,
• Ces lettres, au nombre de vingt-trois , sont aux Archives du royaume, papiers d'État et de l'audience, dans le tome V des Négociations d'Angleterre. Nous donnons le texte de celles omises dans la Correspondance de Philippe II, III 803-860, nous nous bornons k analyser les autres.
2 Don Juan Martinez de Recalde, commanda en second la fameuse Armada.
* Jacques Taffin, receveur général à Cassel et frère de Jean Taffin, ministre calviniste ; il jouissait de la confiance du prince d'Orange et a été mêlé à plusieurs négociations.
3i2 APPENDICE.
uatif de Valenciennes, logez à l'hostellerie du Dragon, lesquelz y tiennent correspondeucc entre France et ceulx qui sont envolez en Angleterre, tant de la part de monseigneur d'Alançon que du prince d'Oranges. Hz ont heu aussi quelques capitaines avec eulx ces jours passez qui vont et viennent, machinans (comme l'on présume) quelque chose d'importance de l'adveu du Roy de France, pour ce que le seigneur de Gordon' hat exprès pris commandement dudict Roy de les souffrir là, sans leur donner aucun empeschement. Toutes ces choses rendront mon passaige difficile, néantmoings je feray mieulx pour non perdre occasion soit d'icy ou de Calais. Si je m'en puis aucunement asseurer, car il me semble que les choses sont en tel train que nous ne nous pouvons beaucoup fier ny des François ny des Anglois , oultre ce qu'il y avoit ces jours passez seize ou dix-sept batteaux ung peu plus hault que Douvre, qui espient là les passaigiers et ceulx qui viennent d'Espaigue, sur lesquelz j'entens il y ha peu qu'ilz ont fait bonne prise, aucuns dieut que partie d'eulx sont dévalez vers Flessinges pour le mauvais temps, autres pensent qu'ilz y sont encoires, tellement qu'il y hat à penser à tous costez. Nostre seigneur y pourvoiera par la miséricorde, lequel je prie qu'il doint à Vostre Excellence en toute prospérité heureuse et longue vie.
Monseigneur, me recommandant à tant très-humblement à la bonne grâce d'icelle. De Dunkerke ce xviij" de janvier 1576. De Vostre Excellence très-humble et obéissant serviteur.
F. Perkenot.
Suscriftioti : A monseigneur, monseigneur le grand commandeur de Castille, gouverneur et capitaine général des pays d'embas.
' Le seigneur de Gordon, gouverneur de Calais.
Au grand commandeur de Castille.
Calais, 23 jaoïicr l.'i76.
Monseigneur, je ne sceuz passer Grcvolinges avanthier pour ce qu'on serre ces portes de bonne heure et il estoit tard quant les mariniers de Dunkerke me résolurent que le passaige ne seroit dois lii pour Angleterre en plusieurs jours. Hier le temps estoit bon quand j'arrivas icy, mais la marée u'estoit propre, le vent aussi s estoit accommodé pour nostre armée de Dunkerke subit que je partis de là, de laquelle je désiroy que partie vint vers ça pour favoriser mou passaige, d'autant que toutes les costes d'Angleterre (à ce que j'cntens) sont plaines de pirates de Vlissinges, qui ont faict dommaige à la flotte de Bretaigne qui est apportée icy ces jours passez comme Vostrc Excellence sçaura des marchans de Anvers ; mais ceste nuyst il ha faict ung oraige si horrible qu'il n'y hat homme icy que de sa mémoire puisse dire avoir vcu le seml^lablo uy l'avoir ouy, tellement qu'il y ha faict de grandz dommaiges, ny ne vouldroy pour chose du monde que les batteaulx de nostre armée fussent esté en mer, possible que cela uectoïerat ces costes de noz ennemis; sur cest espoir (si je n'entens autre, ores que je n'aye chaleur de noz batteaulx) je me hazarderay demain si le temps me le permect qui racommence à s'effaroucher.
Taffin estoit parti pour Angleterre le soir avant mon arrivée en ceste ville. Charles de Beaulieu y est encoires, en ceste hôtellerie qui est du Dragon, oîi j'estois venu à poste : mais, quoy que j'aye sceu faire espier, il se tient tant serré qu'on ne le sçait descouvrir. Mon-
sieur de Gorcîan (gouverneur de Calais) m'iia dict qu'il ne sçait h quoy ilz sont icy, bien qu'il a l'œil sur eulx, et que,- s'enquérant mesmes dudict Beaulieu à quoy il reparoit icy si longtemps, (car j'entens qu'il y a près de deux mois ou plus qu'il y est), qu'il luy respondit qu'il estoit après pour dresser icy leur commerce, de l'adveu du Eoy de France, de qui il luy feroit venir enseignement de son besogné : ce que jusques ores ledict sieur de Gordan me dict qu'il n'ha faict. Toutesfois, j'entends d'aultres, que le mesme sieur luy ha faict dire qu'il luy feroit monstrer, s'il vouloit, ordre de son Roy qu'il deust souffrir ledict Beaulieu et ceulx qui viendront icy de leur party. Ledict sieur de Gordan m'adjousta aussi qu'il tenoit leur arrest icy n'estre à autre fin que pour collecter plus commodément des églises ou synagogues qui leur correspondent des Pays-Bas, et que leur party estoit fort affanty. D'autre part, j'aye sceu que, par autres correspondences de ces gallans , l'on entend que ledit Beaulieu est icy pour y dresser une costumez, comme dient les marchans, et qu'il soit permis à ceux du prince d'Oranges et son party d'apporter icy en vente leurs marchandises, fréter et trafiquer en ce lieu, moiennaut certain droit qu'ilz offrent. L'on me dict que c'est ung homme fort couvert et accord, beau-frère d'ung Cocquiel , marchant failly en Anvers , qui s'est retiré à Malines. Il est seul, se tenant fort coiement, ores qu'il mange en compaignie, à table d'hoste. On a veu icy avec luy ung Nicolas Voisin, qui estoit de la conjuration d'Anvers, et aultres gens de mennée allans et venans. Il heust charge , à Vlissinges , de distraire toute la marchandise qui se perdit des Portuguez et autres, quant le duc de Médina arrivât par deçà. L'on ne peult descouvrir par où il se communicque avec ceulx de Vlissinges , fors qu'en quelque temps qu'il face, il a des petitz batteaulx que s'adventurent d'icy, comme pescheurs, pour argent avantageux, à passer et repasser; et s'ilz
sont jectez en Flandres, ils contrefont que leur mestier les y a poussez.
Aujourd'huy j'ay disné avec monsieur de Gordan, lequel m'ha convié en la ville, qui me dict en riant si j allois en Angleterre stir quelque intelligence, qu'on dict qu ilz ont sur ceste ville à exécuter dans trois sepmaines, moïennant laquelle il se debvoit faire quelque eschange de Ylissiuges; mais tout jouant, je ne m'esbaïroy si noz ennemis dressoient ceste partie avec ces allées et venues pour s'attirer la royue d'Angleterre. Il tient avoir esté fainct l'empoisonnement de monseigneur frère du Roy de France et que luy et le prince de Condé sont plustost prisonniers (par manière dire) que chiefz des Huguenotz. Il hat aussi nouvelles que Casimirus' et le susdict prince estoient fort avant en France, que les forces de monseigneur* se assembloient autour de luy pour les aller treuver et que monseigneur d'Amville* estoit en ceste mesme intention, que la Roy ne mère estoit malade d'une défluxion sur ung bras et une jambe qui l'avoit détenu par chemin, ce nonobstant on l'attendoit de jour à, autre à Paris. Le surplus c'est passé eu beaucoup de courtoisies qu'il hat usé avec moy. Je le tiens ennemis de l'hérésie, mais non de la commodité que pourroit tirer son Roy et son royaulme de ceulx qui la professent;, qu'est ce que icy j'ay peu sçavoir dois mon arrivée, me recommandant atant très-humblement à la bonne grâce de Vostre Excellence.
Monseigneur je prie le Créateur qu'il doit à icelle en toute prospérité heureuse et longue vie. De Calais, ce xxiij" de janvier 1577. De Vostre Excellence, très-humble et obéissant serviteur,
F. Perrenot.
• Jean Casimir, fils de l'électeur palatin. - Monseigneur le prince de Condé.
* Henri de Montmorency-d'Amville, maréchal puis connétable.
iir.
Au grand commandeîir-de Castille.
DoBTrcs, ii janvier 1576.
Monseigneur, comme j'escrivis hier à Vostre Excellence que j'estois résolu véant le temps et la marée de ce matin propre, je prins ung- navire françois que monsieur de Gordan me fit donner et me mis à la voile, considérant que la tempeste de la nuyct avant la passée avoit esté telle que sans faulte ou les navires des pirates qui estoient en ces costes auroient donné à travers irrémissiblement ou qu'ilz auroient couru vers Flissing-es, et hier le vespre fut tel qu'ilz ne se heussent sceu remectre en paraige. Or comme qu'il en soit, je suis arrivé icy sans aucune difficulté, Dieu mercy, avec ce qu'estant jà avant en mer, je descouvris nostre armée de Dunkerke, de laquelle je prins tant plus d'asseurance pour parachever mon emprinse , me sentant tant obligé audict sieur de Gordan, pour les faveurs et cordialitez qu'il m'hat usé pour le respect des recommandations de Vostre Excelcellence, que je ne puis délaisser de la supplier très-humblement qu'il plaise à icelle luy en sçavoir gré par ses lettres, afin qu'il continue ceste promptitude en autres occasions;, qui se pourroient offrir pour le service de Vostre Excellence.
Arrivé icy j'ay treuvé ung Anglez qui liât autresfois servy feu monsieur de la Cressonnière, lequel m'ha dict qu'en cestc ville estoit ung capitaine Dicquers, Anglois, compaignon du capitaine Dicbi, de la mesme nation, qui tous deux ont esté au service de Vostre Excellence, où reste le second, mais le premier, qui hat servy autresfois le prince d'Oranges , le vat treuver se plaignant d'avoir
esté mal païé de nostre costel et se vante de sçavoir quelques menées de nostre part, desquelles il pense préadvcrtir l'ennemis, si tîint est, ou peult entendre quelle fiance on doict avoir en telles gens.
La Royne, h ce que j'entens, vient h Londres où elle assemble le parlement, pour le commencement du mois qui vient. Il se traicte partout ouvertement de la venue des ambassadeurs qui de divers costelz sont en sa court et que ceulx du prince d'Oranges y sont arrivez non simulez, mais avec deux navires de guerre qui sont publicquement en la Tamise. Plus avant nous en entendrons davantaige; mais j oublia hier d'escrire que monsieur de Gordan me dict qu'il venoit armée d'Espaigne de nouveau avec ung personnaige principal et des grandz, ce que jà d'ailleurs javois entendu, mais comme venant icy Vostre Excellence ne m'en avoit fait semblant (combien que possible ce seroit l'ung des poinctz pour donner à penser h ceste Royne), je luy en ay respondu entre deux. Demain, s'il plaict à Dieu, jepoursuyvray mon voiage que jusques icy hat esté l'ung des plus ennuïeux que je fis en ma vie et me desgoutent jîi tant ces malheureux, veant entre eulx la religion si vilipendée que je vouldroy me pouvoir retourner d'icy, sans passer plus oultre.
Monseigneur, me recommandant atant très-huiublement à la bonne grâce de Vostre Excellence, je prie le Créateur qu'il doint à icelle en toute prospérité heureuse et longue vie. De Douvre, ce xxiiij*" de janvier 1576. De Vostre Excellence très-humble et obéissant serviteur,
F. Perkenot.
Au grand commandeur de Castille.
Londres, 28 janvier dS76.
Arrivée de Champagney à Londres. Il se met en rapport avec Antonio de Guaras , chargé des ajïaires d'Espagne, en cette ville. Les ministres anglais sont mécontents des lettres adressées par le grand commandeur à la reine Elisabeth; ils se montrent mal disposés pour la négociation à ouvrir avec eux ; lord Burleigh est venu à Londres le 26; Champagney lui a fait demander une audience de la Reine; il a répondu avec courtoisie, qu'elle ne pourrait lui être accordée qu'après le retour de la Reine, qu'il avertirait de son arrivée ; que quant à lui, il informerait Antonio de Guaras dès que l'état de sa santé lui permettrait de le recevoir. Sainte Aldegonde est allé seul la veille à la cour; ses collègues et lui se disposent à quitter Londres, par suite, dit-on, de l'arrivée de Champagney; ils ont donné un banquet public à des capitaines anglais, acheté de l'artillerie, et négocié pendant la nuit avec la Reine. Taffin est à Londres, -d'où il correspond avec Beaulieu, resté h Calais, ils machinent pour faire lever le siège de Zierickzée. Trois membres du conseil , lord Burleigh est du nombre, leur sont opposés ; le comte de Leicester leur est favorable ; il a reçu de riches présents du sieur de Lamotte Fénélon , qui est à Londres, pour traiter, croit-on, du mariage du duc d'Alençon avec la Reine : l'empoisonnement du duc semble en avoir retardé la conclusion. La Reine veut voir le prince, « puis après ce serat comme des autres. »
Au grand commandeur.
Londres, 18 jantitr 1576.
Visite à lord Burleigh ; il exprime sa satisfaction de l'arrivée de Champaguey et l'espoir de la prochaine pacification des Pays-Bas , pour laquelle la Reine a offert sa médiation au Roi, par Tentremise de lord Cobham'; elle lui a fait connaître, ainsi qu'au grand commandeur, que les François vouloient occuper les places de Hollande et de Zélande, « à cause que les ennemis ne pouvoient plus « se soutenir, estanz contrainctz pour se garantir de l'op- « pression des Espaignols, de chercher quelque assis- « tance et support ; tellement que celle Roy ne s'en voioit « en peine. » Elle a aussi envoyé vers le prince d'Orange, afin de l'engager à se reconcilier avec le Roi. Si les Espagnols empêchent le rétablissement des anciennes relations de la maison de Bourgogne et des Anglais, ils rendront un mauvais service au Roi; ayant juré les franchises et libertés des Pays-Bas, il est raisonnable qu'ils les entretiennent; or, le prince d'Orange, la Hollande et la Zélande ne demandent qu'à être gouvernés , comme l'ont fait leurs princes, avec l'avis des Etats « et non à l'arbi- « traige des estrangiers , desquelz se voyants oppressez « par l'imposition du x'' et xx" et autres violences , ils « avoient esté coutraincts de se garantir par l'assemblée « des Estatz ; comme austresfois il leur estoit advenu , « quand leurs princes ne les vouloient administrer selon « leurs us, costumes et privilèges ;.. . ils demandent à se « soubmectre à ce que Sa Majesté adviseroit pour le re-
' Points proposés par Cobham au roi. Correspondance de Philippe II, III. 415.
« pos publicq avec ses Estatz , sans y entremectre es- « trangiers et que sa maîtresse ne pouvoit laisser d'in- « tervenir en cecy, pour son propre intérest, oultre « l'afFection qu elle portoit au Roi, afin d'empescher qu'ilz « ne donnassent le pied aux François, encoires que tout « ce qu elle feroit, jamais ne seroit pour préjudicier au « Roy, sinon attendant occasion que comme prince dé- « bonnaire et clément, il admit ses vassaulx par quelque « convention avec la seureté convenante à la réputation « de la Royne, qu'ilz ne seroient opprimez ny tyran- « nisez par après des estrang'iers, retournant à l'obéis- « sance. » Après avoir discouru encore longuement à ce sujet, lord Burleigh a exhorté Champagney à concourir à une bonne issue , en protestant des intentions affectueuses de sa maîtresse pour le Roi.
A quoi Champagney répond en substance : le désir du Roi et du grand commandeur est de maintenir les anciennes alliances et relations avec l'Angleterre; à son départ des Pays-Bas , l'on ignorait encore le résultat de la négociation de Cobham en Espagne, ce qui tenait à ce que des courriers avaient été dévalisés en France; la grande bonté du Roi envers les provinces rebelles , loin de les ramener à l'obéissance, les a rendues plus insolentes. Sans contester la pureté des intentions de la Reine il s'émerveille qu'on écoute les révoltés , sans considérer que les rebellions doivent être abhorrées et détestées par les princes, puisqu'elles détruisent la grandeur et la sûreté des États. Les affaires de la France sont telles que ce pays ne peut songer à troubler ses voisins; d'ailleurs il est trop obligé au Roi , qui l'a toujours aidé contre ses rebelles « chose digne de tout prince qui veut régner en paix et tranquillité. »
Lord Burleigh objecte que les affaires de France sont près de s'arranger pour envahir les Pays-Bas et que probablement on les règle dans ce but. Champagney repousse la possibilité de ces accommodements; les causes
des troubles de France , sont la rivalité de deux puissantes maisons, les Guise et les Montmorency; ladiversitéde religions; les prétentions delà maison de Vendôme à la couronne : la jalousie et l'inimitié implacable entre le roi et son frère. Dans cette situation , les François ne peuvent aller chercher ailleurs, ce qu'ils trouvent chez eux et s'ils s'accordaient le Roi n'y perdrait rien, « car « il trouveroit un millier d'endroicts par où descoudre « la France; et s'il fût esté honneste de favoriser « les rebelles, (à quoi Sa Majesté n'heust jamais le « cœur), il auroit la plus grande part de la France et de « tant d'endroictz s'estoit-on venu offrir et s'ofFroit-ou « journellement, comme on avoit (fait) encores d'autres « royaumes ; h quoy jamais il u'avoit voulu consentir « qu'on prestat l'oreille. »
Lord Burleigh représente les embarras intérieurs des Pays-Bas; Champagney répond qu'alors que toute la France est en guerre, l'Espagne, Naples, la Sicile, Milan, la partie la plus grande et la plus belliqueuse des Pays- Bas sont en paix; que la Savoie n'est plus ii la France, «t laquelle nous avions couduict à raison, ajoute-t^il, « quand elle estoit unie, en son entier et en sa fleur. »
La guerre contre les Turcs et les pertes essuyées l'année précédente sur les côtes de Barbarie , suggèrent encore une objection h lord Burleigh; Champagney lui réplique que cette guerre prouve la puissance du Roi; les possessions en Barbarie lui importent peu et l'Espagne a su se maintenir et faire des conquêtes, sans avoir rien en ces contrées. Si ses rois ont voulu étendre la chrétienté de ce côté, c'est qu'ils ont préféré s'agrandir aux dépens des ennemis de la foi, que de leurs voisins catholiques.
Ce n'est pas avec les Espagnols seuls , que l'Empereur avait fait ses conquêtes et l'Espagne ne produit pas autant de soldats qu'on le prétend , dit lord Burleigh ; Champagney répond qu'il ne sait aucune guerre où il ne s'est servi d'Espagnols; que le Roi en a à sa solde six
fois plus que son père u'eu avait, et il ajoute : « Du temps « de l'Empereur les Wallons avaient esté peu desquelz « on sestoit servy, où maintenant toutes les fois que « votre excellence (le commandeur) vouldroit, en peu de « jours, elle en pourroit lever trente milz et plus et que « ce sont ceux-là qui sont estimez pour la guerre, non « pas les Hollandois et Zélandois ' . »
Les embarras financiers sont mis en avant par lord Burleigh ; Champagney lui fait connaître l'aide naguère consentie par le Brabant, dont l'exemple sera suivi certainement par les autres provinces; la France a bien d'autres causes d'embarras dans ce moment; le Roi Philippe II , réunit beaucoup d'argent et il aura bientôt les moyens de réduire les rebelles ; la Reine d'Angleterre ne doit pas se laisser « embrouiller » , son pays est aussi divisé, et son repos tient à l'état de paix et à l'existence de la Reine ^ ; or, celle-ci n'ayant pas d'héritiers , ou n'ignore
• Au temps de Charles-Quint on ne levait que des enseignes d'infanterie wallonne; ce fut vers la fin de son règne, en 1552, que l'on forma les premiers régiments de cette nation sous le duc d'Aerschot et le seigneur de Trélon; un troisième régiment organisé en 1556 eut le comte de Meglien pour colonel ; l'année suivante le comte de Mansfelt « eut la charge de mille chevaux « et d'un régiment d'infanterie wallonne. ^Archives de l'audience^ lettre du conseil d'État au cardinal André, 21 juin 1599. Dépêches de guerre, reg. 368. M. Henné, Histoire de Charles- Quint. 111. 50, 51.
Yoici le jugement d'un historien moderne sur les soldats wallons de cette époque : « Les Italiens, comme les Espagnols « comme les Wallons en face de l'ennemi, unissaient un calme, « un aplomb imperturbables à une bravoure éprouvée. Leurs « capitaines étaient toujours assurés de la précision de leurs «' mouvements , de l'exécution scrupuleuse des ordres qu'ils » donnaient. Rien ne les troublait jamais pas plus l'enthou- « siasme que la peur. » Sismonde de Sismondi , Histoire des Français, XV. 54.
^ Allusion aux craintes d'empoisonnement manifestées par la reine.
piis sur le coutiueut que cette circonstance a été la cause de troubles plutôt « couvertz que estaintz » ; les princes doivent s'aider entre eux et pour leur propre sûreté; la conduite du Roi, qui au lieu d'injurier ses voisins, les a garantis, doit servir de modèle aux autres souverains.
Enfin lord Burleig-h rappelle la durée de la rébellion et énuraère les places au pouvoir des insurgés; Chanipaguey dit que bientôt ils seront réduits h l'impuissance. La conversation se termine par l'expression du désir de voir sans retard mettre fin à un état de choses nuisible aux Pays-Bas et à l'Angleterre. Champagney ne laisse pas connaître le véritable objet de sa mission.
Au grand commandev.r de Castille.
Londres, 31 janïier I!i76.
Champagney a reçu les visites de Thomas Wilson ' de Corbet et de,Cobham; ils lui tiennent le même langage que lord Burleigh ; le premier déblatère contre l'inquisition et autres choses semblables ; Champagney lui fait observer qu'elle n'existe ni à Naples , ni à Milan , ni en Flandre , comme il le croyait ; il cherche à découvrir le but de la mission de Champagney. A propos des envoyés du prince d'Orange , de Hollande et de Zélande , qui se trouvent en Angleterre , Champagney rappelle que les demandes de la Reine, relatives à ses sujets réfugiés
' Maître des requêtes. Voir sur ce personnage la lettre du commandeur de Castille au roi, du 12 décembre 1574. Correspondance de Philippe II. III. 214 et suiv.
aux Pays-Bas' ont été ponctuellement exécutées, tandis qu'il n'eu est jAs de môme pour les sujets du Roi , de la part des Anglais, Wilson répond que ceux dont la Reinb avait demandé l'expulsion étaient encore dans les Pays-Bas ; que quant aux envoyés ils étaient en Angleterre depuis peu de temps , personne ne s étant plaint de leur présence et que si Cliampagney le faisait , il pensait que la Reine leur donnerait l'ordre de partir.
Cobham a dit à peu près la même chose : il s'élève aussi contre l'inquisition et regrette que le Roi ne lui ait répondu qu'en termes généraux au sujet de la pacification des Pays-Bas. Corbet se conduit plus modestement, son langage n'est pas moins clair, tandis que les autres rient et plaisantent.
Partout on parle ouvertement des aJBFaires des Pays-Bas; on dit que la Hollande et la Zélande ont le droit de se choisir un prince , à cause des violences de l'administration du Roi et de l'introduction des étrangers ; la Reine a SUT ces provinces de grandes prétentions favorisées par les envoyés. Champagney pense que les Français se ménagent l'entrée des Pays-Bas et que la Reine s'assure les provinces maritimes; si Lamotte et Laporte ^ traitent cette aiïaire, c'est en secret et eu même temps que le mariage, en faveur duquel on promet à monsieur d'Alençon des possessions en Bretagne et en Picardie. Champagney n'a pu encore obtenir l'audience sollicitée par le comte de
' En 1569 une rébellion avait éclaté en faveur de Marie Stuart, dans le nord de l'Angleterre. Le comte de Westmoreland s'enfuit dans les Pays-Bas, ainsi que Mackenfields, Tempest, Norton , Radcliffe ; le comte de Nortumberland fut arrêté et confiné au château de Loclileven ; sa femme fut accueillie dans les Pays-Bas et vivait à Malines. Ces réfugiés recevaient des pensions de Philippe II et le duc d'Àlbe avait dû appuyer les révoltés dans leur entreprise. David Hume. Histoire d'Angleterre. VII, 136, etc.
* Les envoyés français.
APPENDICK. 355
Sussex et par le comte de Leicester, quil a fait visiter. Les euvoyés français seront reçus le Ihidemain. Lumbassadeur résidant a envoyé visiter Champaguey, s'excusaut de ne le faire eu personne, pour ne pas inspirer d'ombrage aux Anglais. Champagney s'excuse auprès de lui , par le môme motif. Les procédés des Anglais font croire à Champagney qu'ils évitent la lutte et qu'ils se seraient volontiers passés de sa venue. Il est averti que les habitants de Flessingue le guettaient au passage et qu'ils ont regretté de ne l'avoir pas pris.
Au grand commandeur de Castille.
kiagston, 5 fctrier 1j76.
Un geniilman huyssier a assigné une audience de la Reine à Champagney, pour ce jour-là. Maître Haton', capitaine de la garde, lui adresse une lettre très-polie au sujet de l'accueil qui lui a été fait à son passage par Anvers. Il a logé le 4 à Kingston et il était parti par eau, pour Hamptoncourt, quand on lui a envoyé une voiture et quelques personnes pour l'accompagner. Henri Cobham l'a reçu au débarquement et maître Haton dans la cour (du palais); il a été conduit dans une salle basse; ce dernier « l'a fort caressé » ; l'a engagé à maintenir le bon accord des princes, et lui a recommandé d'éviter, avec la Reine, les propos aigres, lui déclarant qu'elle n'était pas dans de bonnes dispositions et que la brusquerie de certains ministres avait empêché l'accommodement des af-
' Sir Christophe Hatton, vice-chambellan et favori de la reine.
faires. Champagney lui répond que riutention du graud commandeur est' que la Reine soit traitée avec tout le respect qui lui est dû. Le chevalier Cléraldi , envoyé de Portugal, avait donné semblable avis h Champagney : ou lui avait dit aussi que le retard apporté à son audience, avait tenu h ce qu'en Espagne on avait fait attendre Cobham, pendant dix-sept jours, avant de l'admettre. Toutefois Cobham en recevant Champagney à Hamptoncourt , lui avait dit que la cause de ce retard était l'absence des ministres et l'audience promise aux envoyés de France, qui retournent dans leur pays, après n'avoir traité que le sujet dont il a été parlé précédemment au grand commandeur; mais Champagney doute qu'il en soit ainsi.
Après quelques instants passés « dans la chamdre de présence » , Champagney est rejoint par le comte de Sussex « qui le caresse » et le conduit près de la Reine ; elle était debout, dans une chambre plus avant. Elle reçoit la révérence de Champagney d'un air aigre et qui a paru plus aigre encore à ceux qui la connaissent de longue main. Champagney lui remet les lettres du grand commandeur; elle exprime son mécontentement de n'en pas recevoir du Roi même ; elle laisse celle écrite en Espagnol pour lire attentivement celle qui est scellée du sceau du Roi; puis elle revient sur ce que le monarque ne lui a pas écrit, suivant les promesses faites après le voyage de Cobham en Espagne ; Champagney assure que le commandeur ignorait le retour de ce dernier , au moment de son départ'. Il développe ensuite l'objet de sa mission,
' La correspondance de Philippe II confirme cette assertion do Champagney, sans qu'il dut imaginer la fable de courriers dévalisés en France. Cohhara avait quitté Madrid le 3 décembre 1575; c'est le 28 seulement, que le roi informe Requesens qu'il lui a accordé deux audiences et qu'il lui en envoie la relation en espagnol. Sa lettre n'est parvenue à Bruxelles que le 1 février, or Champagney, en était parti le 16 janvier, suivant la lettre du
d'après les instructions écrites qu'il a reçues; les fréquentes interruptions de la Reine permettent ù Champa- 'j;ney de ne pas en omettre un seul point. La Reine ne tient aucun compte do ce que l'on a fait pour elle, ou les siens, si ce n'est des bons procédés de Champagney pour Hatou ; au sujet de la négociation des Français, elle dit qu'ils n'ont traité avec elle rien autre que du projet de mariage avec le duc d'Alençon; les envoyés du prince d'Orange sont venus lui donner la réponse à ses demandes, elle a donc bien dû les recevoir, et pour leur sûreté, ils ont monté des vaisseaux armés ; le commandeur a été prévenu par Corbet de leur venue ; si Mar-'' nix s'était rendu en Angleterre, pour d'autres motifs, elle l'eût fait arrêter et punir ; df^s que leur mission sera remplie, elle les fera partir; enfin elle ne favorise nuls rebelles , mais il importe de savoir ceux qui méritent cette qualification.
Champagney répond : le grand commandeur n'a fait aucune distinction entre ceux qui lui ont été signalés comme tels, par la lettre de la Reine : elle doit à son tour, s'en rapporter h la décision du Roi. La Reine réplique: on a attendu huit ans pour expulser les rebelles anglais et on leur a donné des pensions ; le Roi trouverait-il bon qu'elle donnât une pension h Marnix? La comtesse de Nortumberland, qui est encore aux Pays-Bas, est une macquerelle, propre peut-être pour les Espagnols.
Champagney aflSrme que sous le gouvernement du commandeur on a exactement acquiescé aux demandes de la Reine et qu'il est juste qu'elle en fasse autant de son côté : (I Ce qu'elle dict elle feroit, en tant que le Roy luy « avoit escript; et par cy par là (pour parler ouvertement,) commençât à détester l'arrogance des Espaignolz « et leur conduicte, disant que sans faute, du mal qu'es-
commandeiir au roi du 19. — Correspondance de Philippe II. III. 415,416,418,445.
« toit aux Pays-Bas, elle n'en imputoit rien au Roy; se « plaignant grandement du peu de cas qu'on avoit faict « de ce qu'elle s'estoit offerte pour moienuer la tranquil- « lité nécessaire et pour les Pays-Bas et pour leurs voici sins ; mais que l'on estoit tant haultain de nostre « costel, qu'il sembleroit chose indigne qu'une Royne « telle quelle et si bonne voisine s'en meslast, disant « plusieurs choses sur cecy et encore plus rudes; re- « monstrant le bon zèle et la bonne intention avec la- « quelle elle s'estoit offerte, mais qu'il sembloit que la a haulteur des Espaignols vouloit apporter le chastoy « d'eulx avec soy, dont le Roy se ressentiroit, et puisque « ainsy estoit, (comme disoit l'Italien) se ne rideria ne la « manica ; admectant toutesfois assez ce que j'avois dict (I touchant l'impossibilité des François. »
Sur la représentation du tort que l'on ferait au Roi, en l'empêchant de châtier les rebelles, la Reine répète plusieurs fois à Champagney « qu'elle ne consentiroit ja- « mais que , sous ce prétexte , les Espaignols se impact tronisent des Pays-Bas, lesquelz ne seroient suffrables « là , ni à leurs voisins. » Elle dit encore que les Espagnols cernent l'Angleterre , n'ayant affaire qu'à une femme et les habitants de ce royaume étant efféminés, il leur semble qu'ils peuvent le conquérir ; que son père n'eût jamais souffert les Espagnols si avant aux Pays- Bas et qu'elle saura bien s'en garder quoique femme. Enfin suivant elle^ le Roi a grand tort de ne pas maintenir les privilèges , qu'il avait jurés, sous prétexte que les peuples les avaient enfreints et de laisser s'établir partout la domination des Espagnols.
Champagney, après une longue conversation avec la Reine et n'ayant pas l'espoir d'obtenir une solution satisfaisante, en conclut qu'il pourrait quitter l'Angleterre. Il demande son rappel et les moyens de retourner en sûreté dans les Pays-Bas.
Le comte de Leicester se plaint des mauvais traite-
ments infligés aux Anglais en Espagne ; c'est lui qui excite la Reine. Maître Craft est d'opinion contraire h celle du comte, mais, en homme sage, il parle peu.
Champagney dit à Hatou que le roi se fâchera de voir ses avances si mal accueillies et que si la Reine continue à suivre la môme voie, elle marche droit à une guerre certaine ; il l'engage au nom de sa position et de la considération dont il jouit, îi représenter à cette princesse les inconvénients qui en résulteraient pour elle et pour ceux qui lui sont attachés. Haton, croit que la différence de religion influe beaucoup sur les rapports des souverains. Sa réponse est ambiguë.
Au grand commandeur de Castille.
Londres, 7 ft»rier 1576.
Monseigneur' , ung bon personnaige hier soir bien tard m'ayant donné compte particulier combien la maulvaise délibération de ces gens nou-seullement est arrestée, mais dois longue main pourjectée, m'a dict entre aultres choses, qu'on se fut icy saisy de l'armée de Espaigne, ne fut la grande quantité de navires angloises qui estoient par delà et qu'ilz firent leur myeulx pour la faire rencontrer à ceulx de Flessinghes, lesquelz ne peuvent estre armez à temps, et que, sansfaultes, si aultre abborde icy, ilz luy feront une trousse ; que désormais ilz ne sont plus en intention de caicher la mauvaisté qu'ilz ont, rencontrant occasion à propos et advantaige. Bien est vray qu'ilz vouldriont bien, pour couverte, vers le monde,
« Sauf le mot Monseigneur, tout le premier alinéa de cette dépêche est écrit en chiffres.
que nous leur en donnissious quelcune présentement et qu'il estime que à, ce parlement on concluyrat de prendre, pour ceste Koyne, ouvertement possession de villes et places rebellées. Il m'a promis que déans ung jour ou deux, s'il est possible, il m'advertirat encoires d'aultres particularitez.
J'espère que Vostre Excellence me fera faveur de se souvenir de Charles d'Apeltere ' pour lequel je supplias icelle, en cas que Cuvillon, maistre à la chambre des comptes à Lille décédât, comme j'entens il est advenu depuis mon partement. Et me recommandant atant trèshumblement à la bonne grâce de Vostre Excellence, Monseigneur, je prie le créateur qu'il luy doint en toute prospérité heureuse et longue vie. De Londres, ce vij" de febvrier 1576. De Vostre Excellence très-humble et obéissant serviteur.
F. Perrenot.
rx.
Au grand commandeur de Castille.
loDdres, 16 février 157C.
Plaintes de Champagney au sujet de la nouvelle commission que lui donne le grand commandeur, pour contiuuer la négociation ^ Ses services méritaient d'être mieux récompensés par le Roi et par ses ministres ; il se voit en butte à l'envie et à la calomnie '; sa fidélité est suspectée.
' Charles d'Appeltere avait été secrétaire particulier de Champagney et lui vint en aide pendant sa longue captivité.
2 Voir la lettre du 28 février.
' Dans une lettre du 17 janvier 1594, Champagney dit qu'il était alors trahi par son propre secrétaire. Analyses de don Anselme Berthod.
Il u avait pas voulu se rendre en Angleterre malgré les instances du duc d'Albe , il n'y est venu que sur la promesse du grand commandeur que le voyage durerait trois semâmes, un mois au plus, tandis que voilà cinq semaines écoulées. Il n'a reçu que 1200 florins ' somme insuffisante, eu égard aux dépenses excessives qu'il doit supporter.
Le conseiller Boisschot , désigné par le Roi convenait mieux que Cliampagney pour « cette seconde charge » , ayant déjà négocié en Angleterre*. Champagney ne comprend pas les derniers articles de l'instruction qu'il reçoit « comme n'estant de son gibier, ains faict plus propre à « gens de longue robe et de lettre, ou vrayment de « comptes. »
« Par ainsy je supplie vostre Excellence d'envoyer « ledict Boisschot , ou quelqu'un autre mieux entendu ; « car de moy, ce ne sera pas merveille s'il m'advieut en « cecy (où je n'entendray ce que je feray) comme en « toutes choses auxquelles je me suis entremis sincère- « ment pour servir vostre excellence , véant qu'en nulle « je u'ay peu adresser à sa satisfaction si au contraire ay « souffert beaucoup de dommaige et calomnies, pour non « dire injures. »
Il présentera à la reine , la lettre du Roi , malgré les propos que l'on ne manquera pas de tenir à ce sujet; il demandera audience le lendemain. Quelque soit la ré-
' « A messire Frédéric Perrenot, chevalier , baron de Renaix « et d'Aspreinont, seigneur de Saint-Loup, Champagney, gou- « verneur et capitaine d'Anvers , pour affaires secrètes. » 682, liv. 18 s.
« A Messire Frédéric Perrenot, seigneur de Champagney, gou- « verneur d'Anvers, 1,200 livres, pour le voyage qu'il alloit faire vers la reine d'Angleterre. » fol. 366. — 6« Compte de Baert, du l*' janvier au 31 décembre 1576. — Bullefins de la Commission royale d'Histoire, 2« série 1. 137.
2 Voir au tome V des Négociations d'Angleterre les lettres du sieur de Zweveghem et du conseiller Boisschot.
pouse, il est décidé à se retirer ; il sait les difficultés de uégocier à la satisfaction du grand commandeur. Nouvelles plaintes et récriminations ; sa santé est mauvaise. Cobham n'a pas fait un rapport fidèle de sa négociation en Espagne ; on prétend que le Roi n'a pas voulu l'entendre parler des rebelles ; c'est le motif de la venue et du séjour de Sainte-Aldegonde et de ses compagnons , qui sont traités si honorablement que Hastings, ci-devant envoyé au prince d'Orange, quand ils ont audience, va les chercher et les ramène comme les ambassadeurs d'un monarque. Ils ont été entendus du conseil avanthier. La correspondance de Cobham ne mentionne pas ce traité dont parle la Reine ; les comtes de Leicester, de Sussex et lord Burleigh se sont plaint des mauvais traitements essuyés par les Anglais en Espagne, à propos de certains livres de prières trouvés dans leurs bâtiments. Les comtes ont dit à Champaguey qu'on peut exécuter les Anglais pris au nombre des rebelles , ce sont des vagabonds qui vont les servir , sans l'assentiment de la Reine. On embarque chaque jour ostensiblement des hommes, de l'artillerie et des munitions pour les rebelles. Le conseil de la Reine ne peut l'ignorer.
Au grand commandeur de Cas tille.
Londres, 1 6 février d 3 7 6 ' .
Un émissaire du comte de Leicester vient offrir ses services à Champagney, le point de la religion excepté ; il promet une discrétion à toute épreuve ; le comte se dit
• Cette lettre porte par erreur la date du 15 dans le Mss.
très-dévoué au roi d'Espagne, mais il ne peut croire à la bonne volonté de ce prince pour lui , n'en ayant jamais reçu aucune preuve, alors que les Rois de Franco et d'autres princes lui ont donné de nombreux témoignages de bienveillance ; il se défend d'être favorable aux Français; à la vérité leur souverain lui a envoyé une épée digne d'un Roi, et l'ordre de Saint-Michel, mais malgré lui et la Reine ; Champngney peut s'assurer qu'il est Anglais et reconnaissant envers le Roi, qu'il a servi; qu'il est disposé à tout faire pour entretenir de bonnes relations entre lui et la Reine; qu'il offre ses bons offices à Champagney, dans ce but, ou dans tout autre, en reconnaissance des courtoisies de M. d'Arras, qu'il avait connu avant qu'il ne fût cardinal. Ces propositions indiquent un changement dans les dispositions de la Reine et Leicester veut s'en attribuer le mérite.
Il a aussi cherché à excuser la froideur de l'accueil fait à Champagney, sur ce qu'il était chargé d'une mission du grand commandeur ; si Champagney a reçu quelque heunêteté c'est par considération personnelle pour lui ; les ministres et la Reine l'ont vu arriver avec plaisir et il a négocié heureusement dans une position difficile et où chacun apportait la plus grande réserve avec lui. Les Anglais se plaignent d'Antonio de Guaras, qu'ils accusent de mauvais procédés à leur égard , par suite de lettres venant de France et interceptées. Ils n'accepteront pas de négociations avec des Espagnols, parce qu'ils « pensent qu'ils n'aspirent qu'à empirer et troubler « toutes choses ; encoires hors la volunté de leur Roy. »
Champagney a remercié Leicester de ses bonnes intentions et lui a donné l'assurance qu'il n'a pas d'autre mission que celle qu'il a déclaré; il dit qu'on a tort d'en vouloir aux Espagnols et qu'il était juste de tenir compte au grand commandeur de ses procédés envers la Reine et ses sujets.
A% grand commandeur de Caslille.
Londres, 18-19 terrier 1376.
La Reine a ordonné à son Conseil de répondre î\ Charapaguey ce jour-là; le comte de Leicester Fa fait inviter à dîner. Henri Cobham est allé chercher Champagney pour le conduire à la cour ; le comte de Leicester lui a envoyé un cheval bien harnaché, sa barque et deux gentilshommes pour l'accompagner. Il a été reçu au haut de l'escalier du palais, par le comte de Pembroke, qui lui a tenu société, pendant que le comte allait l'annoncer à la Reine ; « après avoir un petit surattendu , elle l'a receu a avec un visaige fort gracieux. »
Elle s'excuse de l'accueil qu'elle lui a fait à sa première audience, encore que sa personne lui fût agréable, sur ce qu'on lui avait annoncé , depuis plus d'un mois, qu'on devait lui envoyer quelqu'un avec mission de la braver et de la menacer; elle avait été étonnée qu'il l'eût acceptée, après que les siens avaient été si bien vus dans son royaume ; elle s'attendait plutôt à voir un Espagnol ; au reste « elle s'en fut ry. »
Champagney lui répond que l'affection du Roi pour elle impose le devoir à ses ministres de ne lui envoyer que des personnes lui portant le respect convenable. Elle réplique qu'elle connaît l'humeur des Espagnols.
Champagney expose les causes du retard qu'ont éprouvé les lettres du Roi et les présente à la Reine; elle les reçoit « fort allègrement » et après les avoir lues, elle lui dit (1 qu'il estoit le plus que très bien venu, puisqu'il < venoit de la part du Roy. » Il lui exprime ensuite la
APPENDICE. 3Go
satisfaction du Roi au sujet du voyage do lord Cobham et rappelle les propositions faites par l'avocat fiscal Boisschot et restées sans suite ; il la prie de les accueillir, selon le désir du Hoi , puisque déjà il a été satisfait à ses propres demandes; il lui remet copie de ces propositions, lesquelles avaient été le motif du voyag-e de lord Cobham, quoiqu'il ait fait semblant en Espagne de les ig-norer. Il en vient enfin aux pirateries commises aux Indes et demande que des mesures soient prises pour empêcher qu'elles se renouvellent.
La Heine répond que son Conseil a satisfait aux propositions , qu'elle observera les traités « et plus en- « coires, pour l'amitié qu'elle désiroit monstrer au Roy. » Après d'autres propos, elle demande si Champag-ncy n'est pas chargé de lui parler du prince d'Orange et de ceux de Hollande et de Zélande , « poinct principal que « Cobham avoit traicté en Espagne. » Le Roi, dit Champagney, a été charmé qu'elle n'ait pas prêté l'oreille aux rebelles et qu'elle n'ait pas accordé sa protection à de telles gens. Elle répond qu'il est plus que temps de porter remède aux grands maux que ces gens-là peuvent causer. Champagney réplique qu'une alliance étroite avec le Roy , contre les rebelles amènerait leur prompte soumission. S'animaut un peu la Reine dit qu'elle avait offert de négocier un traité avec eux ; qu'elle trouvait étrange qu'on ne lui répondit pas dans une conjoncture aussi urgente et périlleuse, pour les États du Roi et pour son propre royaume; que s'ils recevaient dans leurs villes quelque prince étranger et par exemple de la France, on pouvait prévoir ce qui en résulterait pour les deux souverains et leurs sujets; et comme Champagney voulait démontrer qu'il n'y avait rien h craindre de la France, elle lui coupa la parole et lui dit qu'elle voulait beaucoup de bien au Roi, mais que son intérêt propre et celui de son peuple la touchait encore de plus près et qu'elle ne voulait ni les Français dans ces pays, ni le voisinage dangereux
des Espagnols, qui déjà maltraitaient ses sujets même en Espagne. Champagney lui ayant demandé si elle avait à se plaindre d'eux dans les Pays-Bas; elle répond, quelle veut empêcher qu'ils lui donnent des motifs de se plaindre, lorsqu'ils se seront établis dans ces provinces. « Et com- « mençat à s'altérer bien fort et à se desborder, disant que « les Pays-Bas conduitz comme ils soloient par les natu- (i relz et avec leurs privilèges^ viendroient beaucoup plus « à propos au Roi et à elle, et qu'en autre sorte sans « faulte, elle avoit que penser pour elle-mesme, adjous- « tat qu'on cuydoit qu'elle u osoit ou ne pouvoit , mais « que si, faisoit l'ung et l'autre et qu'enfin avec toute l'a- « mitié qu'elle portoit au Roy, qu'on ne pensât pas « qu'elle n'heust délibéré de faire ses affaires , pour non « faire tord au Roy, car elle ne le prétendoit point, mais « au contraire de conserver celuy du Roy et le propre ; « que la désolation de ces provinces ne convenoit à nul « des deux, et que le sang des sujets qui désiroient re- « venir et se ranger à l'obéissance du Roy, n'estoit de nul « fruict, quoique les Espaignols le persuadassent, qui « avoient plus de soucy de leur faict que de celuy du « Roy ; retournant toujours qu'elle ne vouloit ce voisi- « nage ; et là s'extendit en une infinité de propos fort « aigres, sans me donner quasi loisir de répliquer, com- « bien que à tout il lui fut respondu. . . »
La Reine se plaint encore des lettres que le grand commandeur lui a adressées; elle les fait lire à Champagney ; il observe qu'elles ont été annotées par les ministres ; lorsqu'il les remet à la Reine, elle dit : « Il sera bien que le « grand commandeur trouve un meilleur secrétaire. » Champagney proteste des bonnes intentions du commandeur, mais la Reine insiste sur les mauvais procédés des Espagnols et les calomnies qu'ils répandent sur son compte; elle accuse même Antonio de Guaras de n'être pas véridique dans ses dépêches.
La Reine se défend d'aider les rebelles de France et le
Al'PENDICE. 367
prince d'Orange; elle affirme que ses efforts n'ont pour but que d'apaiser les troubles et de ramener la paix. Champag-ney objeete qu'il est notoire que les rebelles reçoivent d'Angleterre des secours d'argent, d'hommes, d'artillerie et de munitions; si la Reine l'ignore son Conseil en est informé et quoi (|u'il en soit, c'est contraire aux traités. La Reine cherche à expliquer le fait , en disant que les seigneurs anglais fabriquent de l'artillerie, qu'ils vendent aux marchands; elle en vient enlln aux pirates des Indes, elle démontre qu'elle ne peut empêcher de sortir des ports d'Angleterre les gens qui vont ensuite s'armer sur les côtes d'Ecosse, d'Irlande, de France ou de Danemarck.
Après une longue audience, mêlée de courtoisies, de reproches et de propos divers, la Reine congédia Champaguey en le remerciant du bon accueil fait au comte de Pembroke'; celui-ci le reconduisit jusqu'à la salle des gardes; le comte de Sussex jusqu'î*. la chambre de présence, le comte de Leicester jusqu'à, l'antichambre et lord Burleigh, qui est très-goutteux, jusqu'à la porte de la chambre de la Reine; lord Cobham et les autres le ramenèrent chez lui.
En résumé la Reine veut savoir du grand commandeur, si le Roi accepte la médiation qu'elle offre ; Sainte-Aldegonde et ses compagnons attendent cette solution, pour quitter l'Angleterre : si elle n'est pas acceptée, elle agira pour son plus grand avantage. La décision du Conseil est remise au lendemain (19 février).
Dîner chez le comte de Leicester. Dans un entretien particulier, avant le repas, le comte insiste sur la pacification des Pays-Bas; il proteste des bonnes intentions de la Reine ; il recommande les voies de douceur et de clémence, au lieu de la rigueur et de l'oppression.
' Lorsqu'il était allé prendre les eaux à Spa, l'année précédente. Correspondance de Philippe II. III, 3M, 337. Le Roi avait écrit à ce sujet au commandeur la lettre du 11 juillet 1575.
Chiimpaguey répoud que les excès commis dans les Pays-Bas ont forcé le Roi à recourir aux moyens extrêmes ; si la clémence est utile, le maintien de l'autorité ne lest pas moins ; la religion n'est qu'un prétexte ; les puritains et les calvinistes, dès qu'ils se sont établis quelque part, cherchent à y dominer.
Le comte de Leicester pense que les placards devraient être adoucis et que les affaires de religion devraient se traiter, avec l'avis des États : Champagney répond que la religion catholique n'admet l'intervention ni du Roi ni d'aucun séculier ; quant aux placards il s'étonne que le comte les critique, alors que le parlement d'Angleterre allait voter de nouvelles peines contre les infractions aux ordonnances de la Reine sur le fait de religion.... « Et « sur cela, nous rompismes la pratique, parce que la (i viande estoit à table. »
Le soir, Champagney assiste à un bal, où la Reine danse avec le comte de Leicester ; en se retirant elle fait entrer Champagney dans sa chambre et lui exprime le désir qu'il parle à son Conseil, sans retard, afin de prendre une décision, l'état des choses requérant célérité et une prompte solution. Il infère de là qu'on veut le congédier, ses pouvoirs ne s'étendant pas aux points que les Anglais désirent ; il suppose que la deuxième commission que lui a envoyé le grand commandeur avait pour but de connaître les intentions du gouvernement anglais.
Au grand commandeur de Castille.
Londres, 25 février 1376.
Monseigneur, j'ay passé ceste sepmaine quasi oyseuse et inutile, car le lundy la Royne m'avoit dict je debvroy
API'BNDICB. 369
parler à son Conseil. On ne m'assignât heure laquelle j'envoïas demander îi mylord Burg'hle, qui me renvoïat au conte de Susecx. Le mardy le Conseil disnat chez celluy qu ilz appellent évesque de Londres, où il me fit convier, mais jeuz h chier d'avoir occasion de m'excuser, encoires que depuis on m'ha dict que ces seigneurs pensoient là négotier avec moy; que le mesme matin me donnèrent heure pour le mercredy et lors aux deux de l'après-disner me vint querre pour cela, le filz du trésorier de la maison Knols, combien qu'en mon chemin la Royne me manda que je les excusasse, car pour quelque destourbiers surveuuz, il y auroit mauvais moïen pourcejour. J'ay faict soubz main euquerre la cause. Hz dient que le parlement dura tard et que le Conseil ne peult achever si h bonne heure quelques affaires avec In Royne, comm'ilz cuydoient; autres dient que au mesme instant estoit venu ung pacquet de France, lequel on ne publie; tellement qu'on pense qu'il y ha nouvelles qui ne plaisent, mais je n'avère l)ien ce point; cela scay-je que l'ambassadeur résident icy heust une dépesche le matin, sur lequel il fut treuver fort à bonne heure le conte de Leicester et me dit l'on qu'il asseure que monseigneur d'Alançon viendrat veoir ceste Royne avec autres offres. Le jeudy les deux Contes susdits allèrent à l'esbat aux champs, en une maison de Thomas Grueshem, et l'après-disner saincte- Aldegonde fut au palais, qui n'heust toutesfois audience de la Royne, mais ayant longtemps attendu en la chambre de présence, alla treuver Walsinghem et depuis fut avec milordBurghle jusques aux dix heures. Véant cecy hier vendredy, j'envoïas vers milord Burghle qui m'assignât en sa maison, où il vint du palais l'après-disner. Là je luy dis que je perdoy beaucoup de temps et que suyvant ce que la Royne m'avoit dict, j'attendoy ce qu'il plairoit au Conseil me dire. Nous heusmes divers propos, signament sur l'appoinctement qu'ilz prétendent
moïenner par leur maistresse, aux termes que j'ay ad-
verty. Je luy escleras plusieurs choses et surtout trenchans le point de la religion. Et au surplus je luy dis qu ilz ne debvoient treuver en rien estrange si nostre Roy procuroit par tous moïens que nulle secte ne peust prendre pied ny s espancher contre sa religion, en ses pays, puisque icy ilz faisoient le mesme pour ampliflS.er et asseurer celle que leur Roy ne leur avoit imposée. Sur cecy nous heusmes plusieurs propos ; somme nous vinsmes là , que quant la Royne fut admise à ce qu'elle désiroit, elle debvroit interposer son auctorité au respect des rebelles, comme elle prétendoit que son crédit leur deust valoir vers le Roy, pour leur impétrer sa clémence et leur retrancher, avant toutes choses, ce que seroit absurde et esloingné de ce qu'elle sçavoit que nostre Roy prétendoit, si elle vouloit monstrer sou bon zèle envers celluy-lù et se résouldre à se joindre avec luy pour les ranger, s'ilz ne se accommodoient au debvoir, obéissance et submission qui leur appertenoit, voires le leur déclairer avant coup, observant l'auctorité de Sa Majesté et la dignité de celle-là; car le mesme qu'elle voit chez les aultres, possible que quelquesfois pourroit advenir en sa maison, et lors elle seroit autant respectable vers tous s'estans entremise avec ceste sincérité, comme le contraire seroit, si elle monstroit plus de faveur à des rebelles, que respect à ung si grand Roy que le nostre, amy et confédéré sien dois tant de siècles, oultre ce qua tout son travail seroit en vain. Cecy se passât comme en devises pour assentir son humeur. Il me consentit en tout, revenant aux termes que le conte de Leicester me tint et que pendant que pax les évesques et pasteurs debvoirs seroient faictz, pour ramener en la religion du Roy, ceulx qui estoient tant imbuz de ceste autre oppinion, il conviendroit modérer la rigueur en leur respect, moïennant qu'ils ne fissent scandale, considéré que leur multitude estoit si grand. Je ne luy dis là-dessus autre , fors qu'il s'asseurat que nostre Roy aymoit ses peuples et désiroit
leur réduction singulièrement, mais qu'enfin il n'obmectroit aucune diligence pour empescher, en ses pays, ce que j'avois promis. Après il dict qu'il fauldroit aussi que ces gens fussent asseurez qu ilz ne seroient obprimez, quant ilz seroient retournez de bonne foy. Sur cela je ne vouluz aussi dire autre, fors qu'il estoit évident que les désordres des Pays-Bas avoient forcé Sa Majesté à se servir des moïens les plus asseurez qu'il avoit heu, où toutes choses estoient si perplexes et doubteuses, comme jà autrefois ilz m'avoient ouy. Tout cecy fut déclairant tousjours que je ne sçavoy que Vostre Excellence heust aucune charge du Roy, ny autre ordre que ce que j'ay entendu de Vostre Excellence, mais ilz soupçonnent que Vostre excellence ne peult entendre à Vappoioictement d'milta7it quil n'est possible que le Boy ne luy en aye escript^ qtd hat ouvertement dit à Coban qu'il ordonneroit que Vostre Excellence ouyt la Royne d^ Angleterre, encoires qu'il fust auparavant délihcré de nadmectre plus à aulcunes conditions ses relelles, imputant aux gens de guerre ezpaignolz que pour prouffit particulier ilz taschent d'entretenir la guerre'. A tout il luy ha esté respondu et donné bien à entendre que s'ilz se meslent de nostre guerre, qu'ilz s'en repentiront à loisir avec assez vifs arguments; monstrant le peu que nous craignons des François, ores qu'ilz s'accordassent pour cela, ce que toutesfois comme je leur ay montré est impossible. Au surplus je comprens qu'ilz envoleront vers Vostre Excellence, aux fins que j'ay escrit et pense-t-on que ce sera le chevalier Henry Coban, qui ha esté en Espaigne. Quant aux articles de l'advocat fiscal, il dict qu'il n'avoit esté besoing en donner charge à Coban, quant il alla en Espaigne, pour ce qu'il tenoit qu'on avoit assez satisfaict icy aux argumens dudict advocat fiscal, ce que je ne luy ay passé, àins replicqué suyvant ce que j'ay peu com-
• Ce passage est écrit en chiffres.
preudre des escriptz qui m'ont été obscurs; lesquelz aussi je tiens ne m avoir esté envoïez tous, ains me mancque le traicté de Tan xxix illecques allégué, et me semble qu'ils nous remectront aux députez, second moïen offert par le Roy, et que le Roy nostre Sire de'siroit plusiost que le troisième^ Je tiens au surplus qu'ilz me donneront mon coug'é , en quoy ilz me feront grande faveur , puisque uy ma sauté ny ma conscience ne me suffient icy à repos, quoyque ces gens à présent me sont fort courtois et se monstreut fort doulx et appaisez (Dieu doint qu'il dure). Si m'ha-l'on asseuré qu'ilz ont faict désembarquer plusieurs de ceulx qui alloient servir à noz ennemis et en grand nombre, lesquelz dient partout que celluy que le Roy catliolicque ha envoïé icy en est cause; aussi sçayje que les commis du prince d'Oranges sont fort musars , et qu'ilz se sont plaings que je leur faiz dur contrecare, et que j ay changé entièrement ces gens. L'ambassadeur mesmes de France en ha la puce en l'oreille, avec qui je compteray, à mon retour, comme je me suis conduict. Sainct-Aldegonde aussi ha mis en avant à quelc'ung qu'il voudroit bien parler à moy, mais qu'il n'ose pour non mectre umbre aux Auglois, et qu'il ne sçait comm'il me seroit venu. S'il continue j'espère avecl'ayde de Dieu m'y conduire de sorte que Vostre Excellence en debvrat avoir satisfaction , lequel je prie qu'il doint à icelle en toute prospérité heureuse et longue vie.
Monseigneur, me recommandant à tant très-humblement à la bonne grâce de Vostre Excellence. De Londres, ce XXV* de febvrier 1576.
Les Contes sont retournez ce soir, tellement que j'espère au plus tard après demain ilz m'appelleront au Conseil ou vers la Royne. A cest instant j'ay eu aussy response d'ung seigneur principal du Conseil^ qui tient correspondence en secret avec moy. Je Vavoye faict prier de m'ad-
' Eu cbiffres.
Ter tir pourquoy je fuz co7itremandé mercreily. Il me mande que l'on atoit délibéré d'entendre à ceulx de prince d Oranges , comme Hz vojildroient que la Royne demanda à nostre Roy d'ajypaiser leurs affaires , et sur cela Hz atoyeni esté en diverses opinions, mesmes que aux quatre nom.mez pour traicter arec moy, on voulait adjouster le conte de Arondelle , chanccllicr , et le conte de Linton , admirai'. Depuis on hat advisé qu'il ne failloit foire esgaulx les serviteurs au maistre, ains que la Royne demanda à ceulx du prince s'ilz vouloient remectre h elle, qu'elle procurât vers Sa Majesté catholicque leur appoinctement, sans leur conditionner aultre chose et que à cela enfin ilz se sont soubzmis. Il me mande aussy que je m'asseure que Cecil, grand trésorier d'Angleterre, s'y est déporté fort sincèrement et que maintenant, entre les quatre seulz qui sont ordonnez h. traicter avec moy, dont Walsinghen doibt estre, on me donnera responce et qu'on envoyera vers Yostre Excellence et possible de rechief vers le Roy, pour conclure ceste réconciliation. Qu'est astheure tout ce que on a à cueur de ce costel icy. De Vostre Excellence, très-humble et obéissant serviteur.
F. Perrenût.
i^iii.
Au grand commandeur de Castille.
loodrcs, 28 Krrier 1576.
Monseigneur, j'ay receu ce jourd'huy celles de Vostre Excellence du xxij"" de ce mois, ausquclles je pense avoir
' En chiffres.
satisfaict par tout, comme Vostre Excellence verrat et ce qu'en diverses précédentes, j ay escript tant de la seconde audience que j ay lieu,que de ce quedepuis j'ay comprins des propos d'aucuns des ministres et de cequej'ayassentu d'eulx par main tierce, si comme ilz sont délibérez à ce qu'il semble, de me donner leur finale response sur l'une et l'autre charge que j'ay heu premièrement de Vostre Excellence et depuis parce qu'elle m'ha commis, suyvant les lettres de Sa Majesté; d'où j'entens qu'ilz remecteront tout asçavoir si Vostre Excellence ha charge d'admectre ceste Royne à reconciUier les rebelles et que pour cela ilz envoieront vers icelle quelcung soit Calan' ou autre. Icy Coban ha dictclerementet àmoy-mesmes, que le Roy s'en contente et qu'il luy ha dict qu'il escriroit à Vostre Excellence là-dessus, et delà, à leur advis, deppend le tout et ce qu'ilz pourroient respondre aux articles de Boschot, et ce qu'ilz délibéreront de faire à l'advenir. Coban ne se plainct ny de la libéralité du Roy, ny de ce qu'il hat entendu de luy, mais il m'a dict divers propos dwdîtc d'Albe, de Çayas et d'auUres qui sont là, lesquels ceux-ci interprètent à pis qu'ils peuvent et se persuadent, pour parler clairemeiit, que les Espaignolz veulent changer toute sorte de conduicte aux Pays-Bas et s'en impatroner , d'oîi, par après ils font conséquence par lettres interceptées et aultres propos qu'ils ont entendu, que l'on prétend aussy sur ce royaulme *, tellement qu'ilz infèrent que si bien ilz se sçaurout deffendre, neantmoî'ns qu'estant les choses altérées aux Pays-Bas, ce royaulme icy et pour le commerce et pour sa seurté ne peult délaisser d'en avoir du travail; ce que manifestement ilz dient qn' ilz peuvent empescher et la Royne mesme me Va dict clairement ainsy, et que quant elle ne vouldroit prévenir cecy, qui néantmoings ne désire, sinon conserver le mesme voisinaige et en la
' Cobham.
^ Les mots en italiques sont écrits en cliiffres, dans le manuscrit.
mesme forme que du passé avec le Roy et ses subjectz du Pays-Bas, et non avec les Espaignolz que ceulx mesmes de Hollande et Zélande plus tost se soubzmectroient à gui que ce fust, que de vouloir se remettre souhz lesdictz Espaïgnolz, tellemeut que s'estans jà offertz aux François, desquelz elle voyt combien elle debvroit redoubter la puissance, qui s accroistroit tant en son préjudice, qu elle est obligée d'y penser pour soy, en cas que le Roy ne teuU quelle s'emploi/e pour le hénéfice de luy-mesmes, car elle voit qu'enfin ces villes-là plustost veuillent abandonner la suhjectîon à quelque condition que ce soit, que d'y demeurer, pour estre comme sus est dict, néantmoins çu'ilz professent que ce sera à leur regret; s'ilz doihvent changer leur prince; et que si bien il y ha des meschans qui ne s'en soucieroient guière, si est-ce que la pluspart tient ce langaige. Vostre Excellence doit estre servie interpréter bien ce que fendis sy clairement; car je penserois faire faulte }i ma propre conscience, si je desguysois ce qu'il me semble qu'il importe tant qu'on entende bien des humeurs de ce costel. Aussi Vostre Excellence peult avoir veu ce que leur ha esté respondu encoires que ce hat esté mille fois plus et plus preignantement comme je pourray dire quelque jour, car ce ne seroit jamais faict, qui vouldroit tout escrire. Enfin je comprens qu'ilz ne me vouldront donner autre respouce si ce n'est que pour 7ion monstrer de rejecter entièrement tout ce que fay eu de commission de la part du Roy, la Royne d'Angleterre acceptera possible que l'on détermine par commission les six articles de Boischot; quant au fait des Indes j'ay déjà escrit ce qu'elle m'en hat respondu. Toîichant les arrestz fay aussy mandé les inconvéniens si on leur mect scrupule. Sur la main levée qu'on ha faict en Espaigne, le mesme semble à Antonio de Guaras^ oultre ce que c'est une matière que je ne puis traicter, car sans faulte je ne l'entens point et en laquelle je ferois plus de faultes que de bons offices. Antonio de Guaras dict aussi
que raction à chascun auroit esté réservée pour l'advenir, eu cas de forcorapte, tellement qu'il est siqyerjluz non setillement dangereux d'esmouvoir ceste jtractique où les choses sont si chastonilleuses. Au surplus la Royne d'Augleterre, uy ceulx de ceste Court ue font plus semblant, depuis quelques jours ençà, comme j'ay jà escript, de vouloir prendre la protection de Hollande et Zélande, aius dict qu'elle ne le fera jamais contre le Roy, et quant à Tassistence qu'ilz tirent de ce royaulme, j'ay jà mandé qu'elle faict semblant nen sçavoir rien, s'offrant de l'empescher si tel se treuve, mais je ne croy pas que elle le face et que ce que plus empesche noz adversaires à tirer grand ayde de ce royaulme, c'est la faulte d'argent avec laquelle ilz se treuvent, qui retient encoires icy Chesta pour le présent. Du parlement il n'y a que craindre à ce que je puis comprendre. J'ay jà adverty ny n'en puis entendre autre chose^ jusques à cest heure, des autres menutez qui appertiennent à ce royaulme par-ci par-là, j'en ay dict quelque chose, mais il m'est advis que je u'ay que faire de m'y amuser, s'il n'y ha chose que directement nous concerne avec ce que je sçay, Antonio de Guaras (comme plus practique) ne lairra d'en donner compte. Hier maistre Haton me vint visiter, le langaige duquel fut en partie de la mesme substance que j'ay dict cy-devant; vray est qu'il me priât que je voulusse assister la Royne à ceste bonne œuvre qu'elle prétend faire, m'offrant que fut à part avec elle ou ensemble avec son Conseil ou le Conseil seul, je pourrois communicquer comm'il me plairoit plus à ma satisfaction et sceurté; mais, comme je luy respondis , cela ne touche rien à la charge que j'ay icy et que non-seullement je ne m'en puis mesler, mais que quant le Roy ou Vostre Excellence me vouldroient encharger de chose de si grand poix, que je ne me sentirois suffisant pour l'entreprendre; aussi ne le ferois-je jamais pour les jalousies et inconvéniens que je y apperçois et de vray, si je m'en suis meslé quelquesfois, ce hat
esté, et Dieu le sçait, avec ung bien bon zèle; mais depuis j'y reconnu qu'il u'estoit pas accompaio-né de la saigesse et bon advis qui sont requis en ce monde présent; cependant toutesfoisj'ay Meuvolu ouvrir les oreilles et entrer en quelques discours, desquehj'ay sacqué ce qneVostre Excellence el de quoy d'anltres plus accors s'ilsamhle ho7i, pourront faire leur frouffit et peult-estre du publicq. Au surplus, estant les cboses en ces termes, je ne voy point pourquoy j'ay à arrester icy davantuige, quant ilz m'auront respondu, ny comme je le peusse faire encoires, quand je vouldrois, mesmes s'ilz veuillent envoïer vers Vostre Excellence, et choisir des moyens que le Roy a offert à la Royne pour déterminer les articles de Boisschot. Et combien que je n'ay laissé de demander response par escWjî^pour pouvoir satisfaire Vostre Excellence, afin aussi que celle-là puisse donner bon compte au Roy de ce que j'aurois rapporté d'icy , l'on m'hajsi assez donné à "entendre par autres voy es que ce n'est pas la façon défaire et que à crédences on respo7id de mesmes pour n'en faire injure à ceulx qui les apportent; soubz lesquelles courtoisies l'on peult comprendre ce qu'on doibt attendre; si ne lairray-je d'en faire encoires instance, mais de vray je ne me puis sinon fort esbahir à quelle fin l'on taiche de m'arrester icy davantaige, puisque ce ne fut pas ce que l'on me dict quant on m'y envoïat. Je veulx aussi bien dire derechief franchement que ma santé ne me le peult consentir et que je ne suis pas propre pour ambassade, où que ce soit au temps qui court. Aussi ne pensè-je pas m'estre si mal conduict en mon gouvernement, qu'on m'y doye reputer inutile, tant que le Roy ne m'en veult descharger; si on m'hat empesché d'y servir comme j'euz bien fait, je n'en ay nulle culpe; si est-ce que au temps du duc d'Albe je m'y suis conduict de sorte que la ville n'ha receu nul dommaige ny des ennemis ny nostres. La justice pendant que je y ay heu l'œil , hat esté tellement administrée, que je m'en rapporte à ce que publicquement tous en
dient. Et aux domaines, je y ay fait de bons debvoirs (selon que leur estât et la saison le pouvoieut permectre), que je y ay évité beaucoup de desgât et les heusse avancé grandement et soustenu et remédié, si en diverses choses l'on m'heust donné crédit. Je pense aussi, en tout le surplus, avoir donné de bons advis quant onm'ha donné lieu, desquelz on peult cong-uoistre si j ay travaillé à entendre la qualité de ma charge tant qu'en moy ha esté; mais quant on ha voulu sans moy administrer les choses de celle ville, je n'y ay peu faire plus de service qu'on n'ha voulu de moy. J'ay procuré de moy mesmes de mectre en avant plusieurs choses pour le bénéfice, conservation et utilité de la ville, assçavoir la multiplication des paroiches, le repartement des v^^ycques', l'ag-grandissement des prisons, avec grand advantaige du Roy et de la justice, si le compte en fut faict qu'il convient semblablement sur les escoles et sermons en diverses langues; au fait de la garde et autres ordonnances; et si ay encoires plusieurs conceptz fort importans à l'utilité de ce lieu-là, pour lequel j'ay fait beaucoup. Mais enfin voant le peu qu'il est aggréé et secondé, certes je me repute moy-mesmes inutile, qui pensois mériter d'y estre favorisé, assisté etplustost décreu d'auctorité que supprimé, comme je me veois. En la trahison qui y fut, le maistre de camp Julian Romero peult tesmoingner le debvoir que je y fis, encoires que à d'autres hat esté attribué l'honneur, pour me payer de suspitions et recherches trop esloingnées de ce que mérite la loyaulté qu'on ha veu en tous les miens. Et comme j'ay empesché autresfois beaucoup de desgatz, oppressions et insolences des gens de guerre, des cortisans et semblables, cela m'ha fait mal vouloir et calomnier, et l'avoir voulu observer, sans acception de personne, les statuts et ordonnances concernantes le repos et pollice de la ville. Enfin voilà mon guerdon pour avoir
' Wyck, section, quartier.
voulu procurer le bien à tous et rien pour moy, aujourd'huy encoires avec l'ordonnance, j'ay receu une infinité de plainctes de divers bourgeois, qui se trouvent foulez des gens de guerre, autres forcloz de leurs maisons et du libre usaige de celles-là, nonobstant l'absence de Vostre Excellence et son commandement, comme si la Court y fut, qui les ha travaillé si longuement. Hz recourreutù,moy pour c»îqu'ilz dient que le magistrat ou n'ose ou n'hat nulle auctorité, pour ce que à tous costelz elle leur ha esté et est empiétée par les officiers des gens de guerre et de la Cour, et la licence permise aux ungs et aux autres. Je ne puis non le représenter t\ Vostre Excellence, pendant que la conscience de ma charge m'y oblige, et que ceste villelà se perd du tout, par le peu d'ordre qu'il y hat et qu'ung chascun y peult attenter ce que luy plaict. Je ne sçay si je conviens ici, pour non remédier tant qu'en moy est, choses semblables, car désormais si ce n'est pour cela je n'ay que faire icy. Pour Dieu que Vostre Excellence ne me face désespérer du tout, car la patience dont j'ay usé jusques à maintenant, doibt mieux mériter. Et si le Roy m'oste la charge, je u'auray plus h en donner compte, laquelle ne m'ha pas esté si plaisant, utille nullement, mais grandement dommaigeable, néantmoings que je y ay fort bien servy et heusse beaucoup mieulx et le Roy et le publicq, comme je pourrois encoires, si le lieu m'y heust esté donné, et le fût que la raison vouldroit. Vostre Excellence me pardonnera, si avec si juste sentiment pour le moings, j'use du droict que je puis avoir qu'est de me plaindre avec tant de raison.
Aujourd'huy l'on m'avoit assigné derechief pour le Conseil; ces seigneurs ont envoie Corbet vers moy pour s'excuser, d'autant qu'ilz estoient conviez en une nopce. Je ne puis bien interpréter ces renvoiz; possible qu'ilz attendent quelques nouvelles, mais quelle qu'en soit la cause, je ne la puis descouvrir. Haton m'ha convié pour après demain a deux lieues d'icy, ce que j'euz fort volon-
tiers excusé. Il a parlé mec moi lien ouvertement comme catholicq%e. Pour cecy et pour non monstrer desdaiug-, je ne luy ay peu nyer, mesmes qu'on me dict que cest de la part de la Royne, Mais de vray touts ces caresses de ce costcl icy me sont stispectcs et tant jilus , plus grandes sont elles. Demain ceulx du Conseil dient qu ilz repareront ce qu ilz n'ont peu faire aujourd'huy, et selon cela je verray de me conduire. Dieu doint que ce soit autant à la satisfaction de Vostre Excellence que j'ay l'intention bonne.
Monseigneur, je le prie qu'il doint à, Vostre Excellence, en toute prospérité heureuse et longue vie, me recommandant atant très-humblement à la bonne grâce d'icelle. De Londres, ce xxviij" de febvrier 1576. De Vostre Excellence très-humble et obéissant serviteur.
F. Perkenot.
Au grand commandeur de Casiille.
lottdres, 28 février 1576.
Corbet vient chercher Champagney, dans une voiture du comte de Leicester et le conduit au Conseil des ministres. Burleigh déclare que la mission de lord Cobham ayant eu pour objet la réconciliation que la Reine offrait de négocier, et Champagney n'ayant pas pouvoir de traiter ce point, la Reine a résolu d'envoyer vers le grand commandeur ; qu'il a été satisfait aux articles proposés par l'avocat fiscal Boisschot; que le Roi n'observe pas les traités, puisqu'il laisse livrer à l'inquisition les
sujets anglais en Espagne; qu'il impose aux ambassadeurs de la Reine des conditions inexécutées par les siens propres; enfin il récrimine contre l'inquisition et les procédés des Espagnols. Champagney rappelle les divers points de ses instructions, et soutient que le Roi et le grand commandeur ont pensé que lord Cobham avait mission de traiter les articles proposés par Boisschot.
Les ministres protestent que la Reine n'a dessein de rien entreprendre contre le Roi, ni de soutenir les rebelles; qu'elle ne cherche qu'à ramener ses sujets sous son obéissance ; que dans ce but, elle a retenu les envoyés de Hollande et de Zélaude, afin de les empocher de recevoir un autre prince et notamment un Français ; ils répètent enfin ce que la Reine elle-même avait dit h Champagney. Ils refusent de donner à celui-ci une réponse écrite sur le premier objet de sa mission.
Plaintes et discussions à propos d'un écrit du duc d'Albe, de l'inquisition et de l'intolérance religieuse en Espagne, même envers les étrangers.
Débats sur les articles proposés par Boisschot. Nouvelles réclamations de Champagney au sujet des enrôlements ' , des envois d'artillerie et de munitions aux insurgés ; promesses de les empêcher. Champagney pense que les Anglais soutiendront les rebelles, aussi longtemps que la Reine ne sera pas assurée du résultat de la médiation qu'elle propose. Leicester affirme que la religion ne doit pas empêcher l'accommodement des Pays-Bas, et promet de s'y employer sincèrement ; Champagney le remercie de ses bonnes intentions envers le Roi. Les ministres et la Reine songent à congédier Champagney. La mutinerie des Espagnols et des chevaux légers, qu'on dit de cette nation, est le sujet de divers discours*; on parle aussi de la mutinerie des Allemands et de ses dangers : « Jusque là qu'il samble que le
' Voir la Correspondance de Philippe II. III. 471. » Ibid. 456, 468, etc.
» duc d'Albe et Vostre Excellence depuis, ne se sont « souciez comme que ce soit , que les soldats soyent K payez, ni quel interest le Roy et ses peuples en re- ■i coipvent, pourveu que à main forte, les Espaignolz X puissent venir à la domination des Pays-Bas, et que .( par là ilz peuvent conjecturer icy quelle espérance il y « peult avoir, pour leurs subjetz et pour la traffique et « conservation de l'eutrecours suyvant les traitez, puis- « qu'on ne se peut à présent asseurer en nulle ville des (( Pays-Bas des propres soldatz du Roy , pour les inso- « lences qui leur sont consenties : alléguans le hazart « auquel les nations se virent en Anvers, à la mutinerie « qui y fut et tous les aultres soldats à l'imitation de cela « et de Utrecht, n'en feront pas moings où ilz pourront '( et des choses tant particulières que je ne sçay assez « m'esbahir de ce qu'ilz sçavent : inférans toujours « que ceste façon de procéder non-seulement désolera '( les Pays-Bas, mais ne peult être que très-pernitieuse et « hazardeuze à touts les voysins eucoires à l'advenir. » Champagney est informé qu'une ligue se forme entre l'Angleterre, la France, quelques autres païs maritimes et des princes d'Allemagne ; c'est le moyeu le plus puissant de la Reine, pour réconcilier le Roi de France et son frère. On croit qu'on avait différé d'appeler Champagney au Conseil, en attendant quelque nouvelle de cette ligue et aujourd'hui c'est le motif de son renvoi; mais ;pour satisfaire au désir du grand commandeur, il différera son départ, jusqu'au retour du dernier courrier qu'il a expédié.
Au grand comma?idenî' de Castiîîe.
Londres, 3 mars 1S76.
Course à Eltliam, maison donnée par la Reine à Haton, sa vie durant; chasses et diners; visite à Greenwich, résidence de la Reine; joutes, retour à Londres. Hatou fait présent à Champagney de deux hacquenées et de deux lévriers.
Instances de Haton pour amener raccommodement des affaires des Pays-Bas. Il engage Champagney à parler à la Reine franchement et avec confiance. Les extrêmes courtoisies de Haton envers Champagney excitent la susceptibilité de l'ambassadeur de France, à cause du crédit dont Champagney jouit auprès de la Reine; on les appelle, « le flamen et anglois espaignolisé. » La Reine a fait appeler Champagney, la veille (2 mars) ; on croyait que c était pour le congédier; elle voulait au contraire avoir avec lui une conversation toute confidentielle : « M'ayant tiré à équart, elle me fit apporter un siège et « me commençât faire une grande préface de la confi- X dence qu'elle avoit de moy et de la satisfaction de la « forme que j'avois tenu en mon besongné, me priant de « la vouloir assister en cette bonne œuvre qu'elle préten- « doit achever , sur laquelle je luy pouvois dire mon « opinion librement, non comme envoie du Roy, mais « comme celluy de l'amitié duquel elle se coufioit en- « tièrement (et cecy encoires en tels termes qu'il me sem- « bleroit trop grande présumption de les reciter), et que « je m'assurasse que ny conseiller, ny personne vivante,
0 non pas sa propre chemise, n'en sauroit à parler ; que (I si bien elle estoit femme, d'où l'on la pouvoit tenir pour c< peu secrète, que je considérasse qu'elle estoit Royne et « que la qualité de son estât lui enseignoit par force ce M qu'elle debvoit observer en cecy, pour ce qu'il luy em- « portoit. » Elle soupçonne le grand commandeur de détourner le Roi des bonnes dispositions manifestées à Cobliam ; les siennes sont sincères et nul ministre de la religion ne lui persuadera jamais de faire aucun j^réjudice au Roi. Il est à désirer que les princes s'unissent pour régler les choses de religion, au lieu de s'amuser dans des disputes, dont souffre la chrétienté. On ne peut demander au Roi d'autoriser l'exercice d'une religion, autre que celle qu'il entend maintenir, mais il seroit bien que le Roi modérât la rigueur des exécutions. Ceux de Hollande et de Zélande devroient s'en rapporter à elle, pour les clauses de la réconciliation, or ils se défient d'elle et la soupçonnent de partialité pour le Roi.
Les Pays-Bas, régis selon les anciennes coutumes, devraient rentrer sous l'obéissance du Roi et rendre la sécurité aux États voisins; ce que la présence des Espagnols empêchera toujours. Le Roi ne tient pas compte d'elle, et elle l'attribue encore aux mêmes Espagnols; il méprise ses offres, puisqu'il ne daigne pas répondre aux propositions de Cobham ni par écrit, ni par Champagney, qui semblait avoir été envoyé pour cela. Elle a résolu d'envoyer au grand commandeur Cobham ou d'autres, afin d'ouvrir une négociation.
Champagney expose sommairement l'objet de sa mission; il ajoute qu'il ne connaît rien des intentions du Roi ou du grand commandeur, hors des termes de ses instructions. Le grand commandeur est disposé à arranger les affaires des Pays-Bas ; le colloque de Bréda Ta assez démontré l'année dernière; jl n'y a été mis fin qu'à cause de l'insolence des adversaires à insister principalement sur le point de la religion. Champagney a été bien aise
d'entendre la Reine déclarer qu'il ne conviendrait pas de demander au Roi, ce qu'elle ne voudrait souffrir ellemême dans son pays, à savoir l'exercice de plusieurs religions. Ce serait un grand bien sans doute de trouver le moyen d'apaiser les troubles qui agitent toute la chrétienté. La brusque rupture des conférences de Bréda et l'annonce, par les rebelles, qu'ils étaient en voie de régler les affaires, par l'intervention de quelque prince souverain, ont mécontenté le Roi contre eux^ et les ont fait juger indigues du bien qu'il désirait leur faire. Champagney pense que tel est le motif des dispositions prises par le Roi, non-seulement pour les soumettre, mais encore pour tenir tête à ceux qui voudraient l'en empêcher. Il conseille à la Reine de s'assurer de la réponse donnée par le Roi au grand commandeur, au sujet de la communication de Cobham; il finit par l'engager à se joindre au Roi, pour vaincre la rébellion, comme lui, pourrait s'allier à elle, en cas semblable.
La conversation dura environ deux heures ; elle tomba sur les affaires de France; la Reine les croit sur le point de s'accommoder ; ceux de Hollande et de Zélande sont sollicités par les Français, mais elle fera ce qu'elle pourra pour les empêcher de s'unir. Le duc d'Alençon n'est pas autant l'ennemi de son frère qu'on le pense; il désire conserver l'État et le royaume de son frère. Champagney objecte : « ce qu'elle disoit de monsieur d'Alençon « estoit bien malaysé h recongnoistre de ses actions, « mais que je craingnois (pour voir ce qu'elle diroit) que « possible Sa Majesté en cecy avoit quelque peu de pas- « sion, puisqu'il estoit de ses serviteurs. A cela elle se « mit à rire, me disant que j'avois raison, mais qu'elle « craingnoit de le perdre, s'il venoit la veoir, comme il <( estoit délibéré , et usât de quelques autres petits pro- « pos gratieux, qui sembloient vouloir inférer que ce « n'estoit pas là-dessus qu'elle faisoit son compte. » A
propos des conférences de Breda, la Reine pense qu'elles
out été rompues, par suite du refus d'une suspension d'armes de la part du Roi; elle ajoute que les dépenses excessives de la guerre mettent les insurgés au désespoir et les portent à se donner à un prince capable de les soutenir. Il est convenu que Champagney ne partira pas avant deux ou trois jours; la Reine cependant pense que son retour hâterait la solution de l'affaire ; si d'ici lors il survenait quelque communication utile à faire, Haton en serait l'intermédiaire. Eloge par la Reine de ce personnage. Observations de Champagney sur les partis en Angleterre. La faveur de Champagney auprès de la Reine excite l'envie. Leicester consulté sur l'opportunité du voyage du duc d'Alençon , ne le déconseille pas, mais il pense que la Reine ne se mariera jamais.
XYI.
Au grand commandeur de Castille.
londrcs, 5 mars -iSTG.
Le vaisseau monté par la femme du chevalier Giraldi (ambassadeur de Portugal), est capturé entre Douvres et Calais, par ceux de Flessingues ; mécontentement de la Reine d'Angleterre. Plaintes des marchands de Londres contre les pirateries des Hollandais. Champagney espère que ces actes feront connaître quel mauvais voisinage sont ces rebelles. Il est invité à assister aux fêtes de la cour, elles consistent en combats d'ours, de taureaux et de chiens. Visite à la femme de l'ambassadeur de France; quant à celui-ci, Champagney le tient « plus soldat que « autre chose. « Il termine sa lettre , à son retour du palais ; la Reine lui a demandé s'il avait reçu la réponse
APPENDICK. 387
du grand commandeur ii ses lettres et la engagé ti abréger sou séjour, désirant faire partir son envoyé, pour les Pays-Bas, dans un jour ou deux. 11 lui a dit qu'il attendait le retour du courrier qu'il avait expédié; elle l'a autorisé à demeurer encore deux jours. Elle s'est plaint de l'insulte faite par les marins de Flessingue ù la femme du chevalier Giraldi et de leurs pirateries.
Au grand commandeur de Castilîe.
Loadrcs, ^0 mirs iiH.
Monseigneur, Dieu conserve Vostre Excellence heureusement beaucoup d'années en bonne santé et nous guard de si mauvaises nouvelles, comme celles qu'on semât hier soir, car on me vint dire que Sainct-Aldegonde qui loge à la Poste, avec ses collègues, avoit heu un billet de Court que l'onprésumoit fut deWalsingham, par lequel on luy mandoit qu'on estoit adverty de la mort du duc de Savoye et que aucuns, au nom du Roy, nostre maistre, s'estoient saisizdu prince son filz; ce que l'ambassadeur de France, qui m'estoit venu visiter l'aprèsdisner, m'avoit aussi dict; quant au premier et d'autres lieux on l'asseure, mais audict billet ilz adjoustoient que Vostre Excellence aussi estoit défaillye subitement, do?it celluy qui l'escriptoit conjccturoit des grandes mutations^ . Cela fut espanché eu plus d'ung lieu, gui me troublât merveilleusement et tant plus que ayant envoïé en Court et ailleurs, pour en entendre la soursse, Antonio de
' En chiffres.
Guarras, assez tard nonobstant sou indisposition, me vint treuver qui avoit entendu les mesmes. Là nous représentâmes subit les mutineries attentées et que sont cncores sur pied tant de la infanterie espaignole que de la catallerie légière; la difficulté nonobstant laquelle Vostre Excellence, par sa dilig-ence, avoit assisté les progrès de monsieur d'Yerges ptsques icy et que sans faulte je ne scay aultre qui Theust sceu ainsi faire et en autres endroictz; voilà fallut trouxier argent, celle que l'on havroit pour entretenir le siège de Ziericzée et les Allemans et oublié de rhazard auquel je me treveroy, pour sortir de ce royaulme. Je dépleureroys lestât de la ville d'Anvers, pour l'obligation que je y ay tant que le Eoy me lairrat avec le nom de celle charge, l'imag-inant maintenant en mains d'un estrangier à sa mode, avec une garnison qui ne pouvoit faillir ou à la saccaiger ou à la traicterpeu moins on pis, d'autant que ces mercenaires de celle nation et en ce régiment et aultres ont assés déclair é qu'ih n'ont aultre delwirau Roy que pour luy gaigner son argent et pour s'enrichir de celluy-là à tors et à travers, ou du sang de ses subjectz, que ainsi se peult dire ce qu'ilz en ont susse jusques à cest heure que si lien le conte Hannihal est olligé à Vostre excellence, je croy que ceste ville là seroit plus seure en mains de quelque autre, qui le fut au Roy et responsable à celluy-là, comme j'ay quelquesfois dict, proposant le maistre de camp Julian, qui ha si vertueusement monstre naguières à Bruxelles, (dont encoires icy on le loue) et sa fidélité singulière au service du Roy, et l'amour qu'il bat à son peuple, que je n'estime pas des moindres qu'on sçauroit faire à Sa Majesté, comme ce que fit le châtellain d'Utrecht, à la mutinerie des Espaignolz en Hollande; car sans faulte ayant veu la faveur qu'en Anvers heurent ceulx qui y vindreut par le moïen du chasteau qui y est, estoye en grand soîtcy considérant celle cité une des plus illustres de l'Europe et l'cstomacq des Pays-Bas, entre ceste Silleet Caryhde.en temps si esmeu à
tous costelz et parmy humeurs si tempestueux, chose que Dia tant parturhé que si bien, Dieu grâces, nous fumes quasi asseurez que la nouvelle semée de Vostre Excellence soit vaine, si n'ay-je peu délaisser de représenter icy les doubtes qui m'ont exagité, pour estre considérables, puisque ceste nécessité humaine nous est tant incertaine qu'on ne peult assez préveoir aux inconvéniens qu'elle pourroit induire et à ce laugaige j'estime aussi que ma conscience, ma fidélité etmondebvoir m'y obligent, car néantmoings qu'en cecy je ne prétens de blasonner personne, si ne puis-je délaisser aussi pour le respect que j'ay aux choses de mon Roy et à ma charge de ramantevoir à Vostre Excellence qu'elle ne doibt ignorer la suspition qu^on a eu atdtrejois des me?iées du pape Pie-Quint, oncle de ce conte Hannibal, contre Us estatz de Sa Majesté catholicque, celle qu'on a eu et Vostre Excellence mesme du cardinal Boromée, beau-frère dudict Conte, comme il se voyt par le différend qui fut entre vous deux et la place forte que Vostre Excellence ostat audict cardinal au ducé de Milan le tesmoingne etmoy-mesmes je suis esté quelquesfois empesché e7i Court de V Empereur moderne pour entendre quelques menées de l'éiesque Bia, nonce en celle Court dudict pape, dont on le vouloit charger d'avoir sollicité celle Majesté tant de la 2)Grt de Sa Saincteté que du cardinal prédit, au desservice et très-grand du Roy nostre sire. Ce que si bien je n'ay voulu jusques ores dire si clairement, h présent je ne le puis plus taire, pour le grand sursault que j'ay heu de ceste nouvelle, veant que la plus grande asseurance que nous avons en celle garnison cest le respect quil pourra porter à Vostre Excellence, sçaichant combien à Naples il a esté malaysé à contenter et que à présent la faulte du payement, pour lequel il s'est toute sa vie monstre si ancré, ne peult délaisser de causer, si tel cas advenoit, de si grandz inconvéniens que possible les estatz du Roy s'en verroient en grand bransle.
J'envoie icy deux lettres à Vostre Excellence que Sainct- Aldegonde m' haescrit, afin qu'on ne die quelquesfois qu'en aucun lieu ou temps j'en aye heu de ce costel-là, sans les déclairer. L'on m'apportât la première sans qu'on sceut par qui , je luy mandas par l'italien nommé en la seconde que j'estoys bien ayse qu'il n'avoit occasion de se douloir' de moy et que ceulx qui luy avoient dict que je me plaingnoy de luy l'avoient abbusé. Qu'il heust peu excuser tout ce long discours, comme chose perdue avec moy, duquel sans faulte il estoit fort esloingné quant il estoit en prison , et qui ne l'heust relasché, ains suy vy ce que j'avois commencé, nous heussions jà piéca les pays tranquilles avec la réputation du Roy et la religion entière. Je lui mandas aussi que je ne luy respondoy par escrit pour n'estre nécessaire; aussi que s'il estoit vray ce qu'il m'advertissoit qu'il ne me convenoit de le faire, néantmoings que principalement je le fis, pour ce que ces gens-là font leur proffit de tout, et je me doubtas que possible il vouldroit donner à entendre d'estre recherché. Au surplus ne me semblât requis d'user autres termes, pour non coupper le filet en lieu neutre à ce qu'on pourroit tirer d'eulx, car je tiens qu'il hat grand envie de parler à moy mesmes pour quelques propos que miladi Boussey, belle-sœur de millord Burghle, me tint au palais ces jours passez, disant s'estre treuvée avec le susdict Sainct-Aldegonde au logis de celluy qu'ilz appellent évesque de Londres, où il luy avoit dict beaucoup de bien de moy; à quoy je luy respondis en termes généraulx et que c'estoit dommaige qu'ung si bon esprit n'estoit mieulx emploie; mais à l'advertissement qu'il me donnoit, je luy mandas encoires que quant bien ainsi fut ce qu'il disoit, ma vie et intention estoit telle et si congnue des gens de bien, que je sçavoys que telles recherches me feroient plustost honneur que autrement, quant ceulx qui font
' Plaindre.
Al'PENDlCB. 391
autres la feront, car ce ne peuvent estre telz ceulx qui s'y vouldrout eniploïor; néautnioings que pour le service mesmes de Vostre Excellence je ne puis non dire eu ceste conjuncture que j ay sceu assez par les confesseurs de ceulx qu'on delïit i\ Anvers et autres, que les patiens enchargèrent de m'en advertir à l'heure de leur mort, que oultre ce que fut rapporté aux procès, le procureur Mathey et Michiel Van de Wiele furent sollicitez au lieu de la torture fort précisément, pour m'accuser jusques quasi «\ leur donner espoir d'impunité, s'ilz me chargeoient; qu'est bien loing de recong-noistre le debvoir que je fis à la trahison d'Anvers, et ung Bourgoignon depuis fut traicté de mesmes, pour sçavoir s'il m'avoit apporté lettres du prince d'Oranges ou de moy h luy, dont je ne u'ay faict que rire; bien que c'est opprobre de la justice, qu'ung tel malheureux que Camargo ', souillé de tous vices et meschancetez, aye telle auctorité qu'il se puisse avancer ainsi , hors de tout ordre le droict, souvent seul ou avec telz que luy, à balancer l'honneur des meilleurs serviteurs que le Roy aye, offices par lesquelz plusieurs qui le sont, fuyent de servir Vostre Excellence, voires vouldroient les Pays-Bas, pour non estre objectz de la calomnie d'aucuns, qui ont treuvé vogue à leurs passions, et voïans en tel crédit et cette auctorité ung- tel galland, pour lequel on ne treuveroit coffre assez grand, si, comme pape Paule quatriesme, fit à ses nepveus, on en vouloit abbaudouner ung pour les mémoriaux qu'on y pourroit mectre des concussions et abbominations de ce garnement, et si sa malice n'estoit plus craiucte que la faulte des preuves ; aussi si ce n'estoit que le chastoy d'ung tel bélître est deu à ung boureau, certes je ne sçay si à la fin, le respect de Vostre Excellence basteroit* à
• Melcliior de Camargo, prévôt général. Archives de V Audience. — Corrcxpondance de Philippe II, III, 29.
* SuflSroit.
retenir quelcuug de s'en soûler les mains, puisqu'il en i
abbuse si avant.
L'autre lettre me fut apportée de nuyct, par ung varlet du mesme Saiuct-Aldeg-onde. Je luy dis que pour s'estre addressé à moy, de sa part, l'italien nommé en celle-là, je luy avois donné la response à l'autre lettre, laquelle il n'avoit pas veue et que autrement je n'avois plus estroite congnoissance de l'italien que je n'avois aussi que dire à Sainct-Aldegonde; mais que s'il heust voulu venir vers moy, comme il avoit monstre (si c'estoit pour chose de quelque estoffe), je l'heuz admis en mon logis, tellement que ny espie ny autre ne l'heut peu descouvrir; que je n'avois pour quoy le chercher ailleurs, ny envoïer vei's luy ny moings pour quoy luy escrire, mais que je remectoys à luy ce que je luy offrois et que je n'estois si indiscret que de luy nuyre en lieu neutral, ny je ne le congnoissoy si simple qu'il le deust penser. J'entens qu'il se doubte de ce que la Royne m'ha dict et que luy et ses compaignons se plaingnent tous les jours plus du changement qu'ilz tiennent en ceste Court. L'ambassadeur aussi de France s'enquiert fort de moy vers divers, et avec umbre de mes négociations il ne m'ha pas encoires enfoncé grand matière, si bien nous avons parlé des affaires de France, mais superficiellement. Il me dict hier que la trefve estoit là pour quarante jours, ores qu'il fit samblant d'ignorer quant elle commençoit, et espère la paix, si bien aux choses que j'ay opposé, il n'y satisfaict peu.
Mardy dernier je disnas chez Thomas Grueshem, où il conviât les plus principaulx du Conseil avec grand noblesse. Je parlas long^temps au conte de Leicester qui continue et donne espoir, s'il ne mancque de nous, de plus qu'on ne sçauroit dire et asseure beaucoup de la bonne intention de la Royne. Milord Burghle semonstrat aussi plus jovial que de coustume; le susdict Conte et celluy de Suscex me vindrent lever en mon logis et j'euz
assez à faire à empescher que tous ne m'y accompaignasseut, dont cest ambassadeur de France est fort jaloux et le peuple en ha esté fort esbahy, et que l'après souper la Royue me manda querre par le sieur Henry Coban, pour veoir avec elle les festes du palais, où à laccoustumé elle me fit trop grandes faveurs, me raiçentevant mon partement et l'envoy que j entens serat de celluy qui m'accompaiguat, à ce que je comprins de luy-mesmes, ainsi je voys qu'il serat nécessaire de vuyder, et il conviendrat, avant qu'ilz changent stile en mon endroict, comme il sera force, car ih en font trop pour durer; je m'entretiens sur la venue d'ung courier, mais ayant response quelle qu'elle soit, j'entens qu'ilz ne me soufifreront plus. Le parlement aussi s'achève déans trois ou quatre jours, après lequel la Royne se part. Le mardy gras en la chambre basse, sir Thomas Schot proposât qu'on debvroit présenter requeste à la Royne, afin qu elle acceptât les ofi'res que ceulx d'Hollande luy font, pour extendre jusques àlà ce royaulme, et quant et quant la religion. Mortou, l'ung des députez de ceste ville audict parlement , suyvit son dire et Alton qui est ung homme de lettre; mais sir Thomas Craft, contrerolleur de la maison de la Royne et de son conseil s'y opposât, disant que ceulx qui mectoient telles choses en avant ne pouvoient estre sinon mal affectionnez à la Royne, puisqu'ilz estoient d'advis qu'elle entreprint choses tant sans fondement et sans aucun droit, comme ayans oublié combien fut domaigeable à Sa Majesté l'entreprinse du Havre-de-Grâce, que le Vidame livrât sur semblable buffe et qu'il luy sembloit que ces gens usoient grande présumption à se mesler de proposer ung tel faict , en ce lieu-là où il n'appartenoit point d'en traicter. César Carff a faict plusieurs offices pour nous desoy mesmes, signament dois que je suis icy encoires que ye nay peu parlera h(,y que passant, le rencontras au palais, mais j ay heu quelques ungs qui l'ont exhorté de ma part à continuer et qui luy ont faict enten-
dre que je sçavois sa bonne intention de laquelle je diray davantaige h mou retour, car elle le mérite. Dois le xxvij* i
du passé je u ay lettres de Vostre Excellence, lesquelles furent du xxij" et me recommandant atant très-humble- %
ment à bonne grâce d'icelle, Monseigneur, je prie le '''
Créateur qu'il doint à Vostre Excellence, en toute prospérité, heureuse et longue vie. De Londres ce x® de mars 1576. De Vostre Excellence, très-humble et obéissant serviteur.
F. Perrenot.
XYlll.
Au conseil d'État.
loDdres, 12 mars 1576.
Messeigneurs, je ne puis assez déplorer ung accident si dur pour l'Estat des Pays-Bas qu'est celluy du décès ainsi précipité de monseigneur le grand commandeur, duquel , ores qu'il n'est arrivé nouvelle par courrier nostre, ny courrier aucun dois le xxvij^ du passé qu'est une grande faulte d'eulx, si n'en peult-on doubter, puisque ceste Royne en ha advis tant reconformes de divers eudroictz, et mesmes par advertissement de Bruges, tellement que icy on le tient pour chose toute certaine avec grande tristesse des serviteurs et affectionnez du Roy, nostre maistre , signament s'il est vray, ce qu'on affirme davantaige, que Gand, Ipre et Diest se sont souslevées, ce que néantmoings je ne veulx croire ains que possible ilz auront prins les armes contre l'insolence de leurs garnisons ou des soldatz amutinez; d'ailleurs ce que avant
ceste tant triste nouvelle l'on sçavoit jà icy se debvoir craindre de divers costez. De cecy, messeig-neurs , vous pourrez bien penser combien noz uialvueillaus et ceulx qui vueillent persuader ceste Royne à entreprendre choses nouvelles taicherout d'en faire leur proffît, dont je suis desjà adverty qu'ils sont allé devers elle en bon nombre et des ungs et des autres, pour remectre sur pied ce que si heureusement j'a vois abbattu, non toutesfois sans grande difficulté, comme ou aura peu veoir parles lettres que j'ay escript, dois mon arrivée icy, à monseigneur le grand commandeur, contre qui et ceste Royne et toute sa Court estoient merveilleusement animez, pour la lettre qu'il avoit envoïé en sa langue et en son privé nom par l'ambassadeur Corbet; et les choses estoient si avant pour prendre non seul la protection des rebelles de nostre Roy, mais encoires des lieux par eulx occupez, au nom de ceste Royne, que ceulx mesmes de ses subjectz et des plus principaulx qui soustenoient au contraire , disent hault et clair que sans les diligences que j'ay faict, ilz fusseùt esté contrains h se rendre ; voires jà y en avoit d'eulx qui commençoient à tourner la voile, se véant emporte/ par le plus grand nombre et des plusauctorisez, comme le langaige de divers dont j'ay adverty peult assez tesmoigner ; maintenant veant ce grand bruict, qui s'eslève, de nouveau je taiche d'avoir audience, pendant que j'espère encoires treuver quelque étincelle du gré et faveurs tant grands que ceste Royne m'ha monstre, et de les entretenir et fomenter tant qu'en moy sera par la bonne grâce d'aucuns de ses ministres principaulx, qui en usent en mon endroict; mais comme toutes choses sont peu arrestées icy, je ne scay qu'en espérer bonnement d'ores en avant, ny ne pense qu'ilz me vueillent souffrir davantaige, puisque tout leur desseing tendoit à ce que j'ay tant de fois escript, que cesse maintenant par ceste mort; et si ne serat-ce sans grand hasard, que je me pourray retirer, mais ce que emporterat plus à retenir ces gens
deppeuderat delà conduicte de vous autres, messeigneurs, et selon l'ordre qu'ilz verront que vous mectrez aux premiers désordres; lesquelz s'ilz sont et pour s uy vent comme ou dict, je croy qu'il fault plustost penser à retenir ce qu'on hat (tant que Dieu permecte mieulx) que à aultres conquestes. Et pour ce que l'ung et l'autre sera tant difficille avec soldatz mal contens et sans aucune obéissance, et qu'il serat trop malaysé à les entretenir contens en si grand nombre, lequel nous voïons évidentement nous ha conduict h ces désarrois. Je ne puis délaisser, (tant que je tiendray le nom, comme j'escrivoy avant-hier, de la charge pour laquelle Sa Majesté m'hat appelle à ma maison en Brabant, sans instance mienne ains contre ma volunté), de représenter ce que je doibs à celle-là, que oultre ce que j'escrivis par les susdictes de la garnison qu'est en Anvers, je pense que le meilleur seroit de licentier ce régiment là, auquel on doibt le moings, et celluy du Foucker, de qui ny l'expérience de guerre, ny le respect ne peult estre entre les soldatz, tel qu'il est requis en une telle nécessité, ny la volunté en l'ung ny en Tautre (à veoir la tâche qu'ilz donnent à leurs gens), propre à accommoder nos besongnes ; après on treuvera meilleur moïen au pays d'entretenir, en quelque contentement, le surplus et convient au pays mesmes de s'efforcer à se descharger de ce que mieulx se peult, pour tempérer ce surcroy; continuel qui rendrat autant impossible le. licentiement et entretènement de ces deux coronelleries, que des autres, qui sont des chiefz usez au Pays-Bas d'ancienneté et de marcque respectable, et dont on peult plus espérer pour ces raisons, et envers leurs gens mesmes, aussi il est impossible de s'en faire quicte pour la grande debte qui leur est deue, que si une fois la garnison qu'est en Anvers se déborde ilz ont la meilleure ville des Pays-Bas et d'où procède le salut des autres; laquelle ilz peuvent fort bien affranchir du chasteau, quant ilz vouldront et sont à l'endroit le plus important
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et le plus commode pour l'ennemis; et seroy encoires dadvis, pour se bien asseurer à pur et à plain, qu'on mit en Anvers le maistre de camp .Tulian Romero, avec honneste nombre de gens, pour fouler celle ville le moings qu'on pourra qui ha tant pâty, et la retenir vohmtiiire, où il est congnu et bien venu, et le sera tant plus, ayant si bien reprimé la mutinerie que à cest heure se commençoit à Bruxelles ; avec ce qu'il contient ses soldatz en meilleure discipline que nul autre, et luy donnant moïen d'entretien et î\ ceulx du chasteau, (que ne sera si grand coust à beaucoup près que des autres et à quoy je tiens qu'on pourroit donner quelque ordre, pendant que le Roy pourvoiera au surplus); ceste ville-là (dont tout le reste deppend), seroit asseurée et de saccaigement et de mutineries et de tous ennemis, si nous en pouvons craindre de plus grandz que noz soldatz propres en cest estât.
Messeigneurs, atant me recommandant très-humblement à voz bonnes grâces, je prie le Créateur qu'il vous doint, en toute prospérité, heureuse et longue vie. De Londres ce xij'= de mars 1576. Vostre très-humble et obéissant serviteur.
Suscription : A messeigneurs du Conseil d'Estat du Roy aux Pays-Bas.
F. Perrenot.
Au conseil d'État.
Londres 15 mars 1576.
Messeigneurs, ce jourd'huy au primes ay-je receu les deux lettres de feu monseigneur, le grand commandeur
(fi qui Dieu face paix) du premier et iij" de ce mois; ne me sçaichaut assez esbahir que je u'ay heu nul advertissement de vous autres, Messeig-neurs, de son décès, estant advenu passé dix jours, et chose tant importante en la conjuncture que je me treuve par-deçà ; dont toutesfois j'ay faict mon profHt, taichant tousjours de négotier mon dépesche, sans monstrerd'estre asseuré de ceste nouvelle, lequel Ton me donne espérance jusques aujourd'huy que j auray par escript, avec une bonne part de l'intention de ceste Royne; car oultre la dernière audience que j'euz hier et aujourd'huy, j'ay visité le conte de Leicester, qui tient la chambre, pour quelque petite indisposition et ay fait divers oâSLces par-avant vers autres, signament vers maîstre Haton ])onr lesquehj'ay reconformé tellement ces Immeurs que semlloieni ungpeîi seeshranler. Aujourd'huy ledict Conte m'ha dict que je me puis asseurer que la Royne d'Angleterre ne changera en façon quelconque et quelle donnera occasion au Roy, nostre maistre, de cognoistre étideiitement l affection qu'elle luy porte et au repos des Pays-Bas. Et combien que celle Royne d' Angleterre l'aultrefois me comptoit qu'elle treuvoit quelque difficulté en Aldegonde et ses collègues touchant l'exercice de la religion, si est-ce que à laffn elle me dit que cestoit chose dont elle ne traicteroit jamais, pour ce que à elle-mesme convenoit, comme plusieurs fois je luy avois mis en avant et le mesmes m'ha retourné à dire le Conte, adjoustant qu'on les avoit tencé terriblement sur ce poinct, combien que toujours je faiz estât que je ne puis rien dire au faict de cest apimnctement, comme chose sur laquelle on ne m'ha mandé autre, si est-ce que je n'ay délaissé de les escouter et de rembarer et rabbattre toutes les choses que bonnement j'ay peu par formes de divises et discours seulement ; néantmoings toujours ilz retournent làdessus, et je les souffre comme f ay dict de peur qu'ilz ne facent le sault en ceste conjuncture, leur ayant discouru que par la mort de Son Excellence, ilz n'ont occasion de
se laisser forcompter, ains leur ay paint leur estât de telle couleur que quoyque uous advienne , non-seullement il ne leur convient de rompre contre le Koy, mais que plustost ilz se doibveut joindre avec luy, pour ce que aucuns dient qu'il est nécessaire que la jeunesse d'Angleterre et le nombre des gens qu'il y ha, s'occupe en quelque guerre, pour la paix mesmes du royaulme et pour leur oster le scrupule de leur secte quasi commune auinoiiis, quant à lerrenr principal. Je leur dis que les derniers troubles (les Pays-Bas ne sont succédez î\ cause de la religion, mais bien que leshéréticques par après ontabbuséde ceste occasion et que le prince d'Oranges n'a pas gardé ce qu'il avoit promis, à son entrée en Hollande et Zélande, assçavoir qu'il n'altéreroit nul estât ny la religion en son exercice, et que pourtant il est absurde que maintenant ces gallans vueillent préférer ce point à tous autres et et postposer tout delivoir et le repos publicq à ceste cause quilz ont introduict secondairement. Or, aux lettres susdictes de Son Excellence, j'ay à mon advis satisfaict assez à tout par divers miennes, qu'on aura receu depuis. Quant }\ ce qu'il dict de Anthoine de Guarras l'on ha voulu me monstrer les lettres qu'ilz tiennent de luy interceptées, desquells ilz se plaingnent fort et des mauvais offices qu'il ha faict pour aigrir le Roy, nostre maistre, cofitre ceste Royne d'Angleterre, lesquelz ilz s'offrent à monstrer qu'ilz sont esté contreuvez; de quoy toutesfois je me suis démeslé jusques astheure sans les veoir. Le conte de Leicester m'ha compté aussi qu'il ha quasi esté cause de la mort de la Royne d'Ecosse, pour s'estre ingéré en ses affaires plus avant qu'il ne luy convenoit, et je sray que le conte de Leicester la soustieiit. Sur l'assistence qu'il se donne îi noz ennemis, la Royne nye fort et ferme que ce soit de son adveu ; mais j'ay bien assez dict que son Conseil pour le moings ne le peult ny ne le doibt ignorer, et qu'il estoit bien remédiable en ung pays d'où on ne peult sortir aysément comme cestuy-cy; mais je
n'en ay peu tirer plus de ce que j'ay escript. Il est passé plus de 2,000 Escossois à Tassistence de noz ennemis dois naguières, et d'icy si bien il y tat quelque chose à ce qu'on dict ne sont petittes troupes et grande canaille, de laquelle ilz dient qu ilz désirent que le pays soit descliarg'é, pour éviter plus grands maulx et afin que ailleurs ilz soient chastoyez comme ilz méritent. J'ay faict semllant au Conte que Son excellence m'avoitrespondu bien peu pour son indisposition, afin de non trencher Tespoir qu'ih concoipvent que leur Royne d' Angleterre sera ouye pour appointer, aultrement sans faulte on perdra tout ce que a esté faict avec eulx jusques astheure et pour l'éviter et les entretenir, je insiste vers eulx qu il convient que sur ce point ilz facent les plus vifz offices qu'ilz pourront et avec la sincérité qu'ilz me dient, pour restablir l'ancienne confidence et que le Roy perde l'oppinion qu'il ha que ses rebelles se sont soustenuz principallement par la faveur de ce royaulme, et qu'en cecy, ceste Royne procède de sorte que ce luy soit justification devant tout le monde et tesmoingnaige évident plus que le jour de sa bonne volunté. Cela ay-je bien dict avoir entendu que le marquis de Havrey et le résident Hopperns seroient en bref pardeçà, et que possible on attendoit ce qu'ilz debvroient apporter; mais je n'ay voulu faire aucun semblant que Son Excellence m'eust rcspondu de n'avoir nul ordre du Roy, car sa mort excuse tout, et quant aux lettres de Sa Majesté Catholicque, qui sontvenues avec celles de Son Excellence, je ne feray encoires semblant de les avoir, tant qu'ih m'ayent donné mon dépesclie, lequel aultrement je n'auray que de bouche ou de mauvaise grâce; car la Royne mesmes se plaint que, pour ces longueurs; elle crainct quelle ne pourrai retenir Aldegonde et ses compaignons; leur présence , quant ceulx-cy vouldroient avoir mauvaise intention, ne faict ny chauld ny froid, pour ce que les plus grandes xiersuasions et sollicitatiotis sont desnaiurez, ains la présence de ceulx-cy endommaige plustost à pré-
sent leurs affaires, pour roultrecuydance qu'où blasme astheure en eulx, voires je scay quHlz ont sollicité leur parlement; ayant entendu Vintention de la Royne d'Angleterre touchant leur religion, laquelle elle déteste terriblement et je n ay failly de la charger de sédition bien avant et de la doubte que les monarques en doibvent avoir et tiens qu'il vauldroit mieulx de entretenir la Royne d'Angleterre en espérance, car celle-là perdue elle donne assez à ente7idre qu'elle zeult trouver moyen pour asseurer ses affaires, comme j'ay souvent escrit; je ne sçay s'il nous conviendroit astheure qu'elle changeast de tolunté. Laissons à part toutes autres considérations; pourtant sans faulte j'aymerois mieulx que ces lettres du Roy me fussent parvenues lesquelles si je osois sans faulte je ne les présenteroye point , car pour entretenir le temps les ayant veu comme désespérez par ceste mort de Son Excellence, disant qu'il n'y aura jamais fin, je leur ay mis quasi g» teste qu'il vauldroit myeulx qu'ilz renvoyassent en Espaigne, car ilz vouloient faire solliciter aux Pays-Bas, nonolstant la mort, de Son Excellence et la suspention d'armes et les accordz qu'il: prétendent, ce que je leur ay dit seroit là astheure superfluz et suspect, si tant fut qu'il fut mort, mais qu'ilz ne debvoient oMandotiner pourtant leur lo7ine intention; et croyez, Messeigneurs, que tout gist à les entretenir , sur quoy j'ay fait tout debvoir et n'y sçaurois davantaige , tellement que ayant non dépesché, je ne puis faire autre que de me partir incontinent, pour retourner servir ma charge, si vous le treuvez bon e't que vous m'en donniés le moïen, car ceulx d'Anvers m'ont envoie courrier exprès me requerrans de mon retour; cependant je vous supplie très-humblement les avoir pour recommandez ; aussi je me treuve tant travaillé d'indispositions et de l'air de ce pays dois l'heure que je y suis entré, que je n'en puis quasi plus et sens fort bien que à la longue il ne me cousteroit pas moings que la vie. Je
vous prie pareillement, Messeigneurs, que je puisse avoir
en tout événement devoz nouvelles, dores en avant aussi je ne sçay à qui correspondre ny n'ay de quoy le faire, ayant satisfaict le mieulx que j ay sceu à tous les poinctz de ma charge, me confiant que dois la mort de Son Excellence vous aultres , Messeigneurs , en aurez donné compte au Roy, et le donnerez de ce que vous treuverez convenir. D'autre part le parlement s'est achevé ce jourd'huy et l'heust desjà esté hier, ne fut que la Royne y entrât trop tard, et qu'il y heust quelques difiicultez sur ce qu'on luy proposât de déclairer son successeur ou à qui elle se vouldroit marier. Jusque icy encoires ne sçay-je la conclusion qu'on y ha prins, car elle avoit demandé termes jusques à ce jourd'huy qu'il aura esté bien tard quand elle serat retournée. L'on dit aussi que milord Hauwart portera la jarretière au Roy de France. Walsinghem reffuse fort d'aller avec ; ceulx qui le vouldroient hors de ce royaulme le poursuyvent et dieut qu'il y seroit bien nécessaire, pour ce que leur ambassadeur illecques ne les contente. C'est le plus pernicieulx pour nous qui potirroit estre par-deçà, noz amis mesmes tachent de le mettre dehors. Il a eu quasi paroïles a'oec la Royne d'Angleterre sur mes négociations, stir quoy ladicte Royne d'Angleterre se meit en si grand colère et le rabrouât tellement parlant à ma deffence, qu'il s'en vint 'plaindre au conte de Leicester, où il ne treuva guières meilleur accueil et cecy ay-je sceu de deux ou trois lieux, Toires que la Royne dAngleterre dit qîie à quelques calvinistes ou pudiiains (sic) il fanorisoit phistost que à ceulx qui là venaient conseiller pour son lien, comme je faisoys. Haton et le contrerolleur Craft se sont si lien déportez en ce parlement quih ont gaigné grand crédit et pourront d'ores en avant non seul avec la Royne, mais autant en tous endroictz que nulz autres. Hz tiennent Ion pour nous et sont estimez catholicques et je serois d'advis que on les entalast et le conte de Leicester qui me semlle vouldroit avoir honneur et la grâce de Sa Majesté cathoUcqu^ du
hien que la Royne d' Angleterre pourrait faire. Bref je ne puis sinon bien espérer jusques icy, s'il se peult avoir foy au dire, promesses et sèremeus des princes, seigneurs et gentilzhommes. Je voy hien, que le changement est fort facile, mais Dieu doint que noiis n'y donnions mille occasion et que les ministres taichent plustost d'entretenir amitié que de la rompre^ car autant qu'ilz louent le seigneur Diego de Guysman (duquel ilz n'achèvent de dire assez de bien encoires qu'il soit Espaignol) autant détestent ilz l'arrogance umbreuse d'autres. Enfin je ne sçay sinon traicter la vérité, bien ou mal qu'il en advienne et si j'ay le second en ce monde pour cela j'espère que Dieu me fera grasce du premier.
Messeigneurs, je le prie qu'il vous doint en toute prospérité heureuse et longue vie, me recommandant atant très-humblement à voz bonnes grâces. De Londres, ce xv" de mars 1576. Vostre très-hurable et obéissant serviteur.
Suscription : A Messeigneurs, messeigneurs du Conseil d'Estat du Roy aux Pays-Bas.
F. Perrenot.