NOTICE
d'une forteresse ou d'une ville fortifiée et lorsqu'ils y étaient établis, ils pillaient et rançonnaient impitoyablement les cantons voisins.
On conçoit que l'autorité des chefs et les moyens mis à la disposition de la justice militaire, d'ailleurs mal organisée, étaient impuissants pour réprimer de tels désordres. Il avait fallu renoncer à l'emploi de la force pour y mettre fin, l'expérience ayant appris que les troupes , même d'autres nations, envoyées pour .combattre les mutins , ou refusaient d'agir contre eux , ou passaient de leur côté ; on devait donc recourir à de véritables négociations. Ainsi après la prise de Haarlem , le duc d'Albe, si dur et si hautain, dut non -seulement se plier à correspondre avec les mutinés, mais il offrit d'aller lui-même se mettre entre leurs mains', jusqu'à ce
* Le duc d'Albe, suivant l'expression du temps, avait accordé pardon aux habitants de Haarlem, à condition de payer cent mille écus, qui furent promis à l'infanterie espagnole ; mais don Fadrique de Tolède, fils du duc, garda la somme, fit massacrer la garnison de 2,300 hommes et quelques bourgeois, au mépris de la capitulation. Or, « les Espagnols s'estant veus frustrez du « butin et proye de la susdite ville de Harlem , d'aultant que « don F'rederico avoit quasy le tout retenu à soy, aussi que nul « payement ne leur remit, se sont en partie mutinez, s'estans « jusques à quarante enseignes saisiz de ladite ville, et chassez <c coronelz, capitaines et aultres officiers, mesme le capitayne « Julian Romero, qui a esté contrainct se saulver par la bresche « de la ville... ilz demandent vingt-huict mois de gaiges. » Lettre du prince d'Orange à Louis de Nassau, 10 août 1573. M. Groen Yan Prinsterer, IV, 180. — « Si le duc d'Albe voit qu'il puisse « contenter les mutins, en se livrant à eux, il le fera. » Correspondance de Philippe II, H, 191, 197, 798.
NOTICE. ini
qu'ils fussent payés ; à Anvers, le grand commandeur Requesens négocia depuis la fin d'avril, jusqu'au 5 juin, et resta, en quelque sorte, pendant ce temps, le prisonnier des révoltés'. Lorsqu'on était enfin parvenu à apaiser la mutinerie, on accordait un pardon solennel ; les soldats étaient passés en revue ; on leur donnait de nouvelles enseignes , ils renouvelaient le serment de fidélité, et reprenaient leur service, comme si rien n'était arrivé*.