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sur létal delà république. Dans celle circulaire, il cherchait à rester impartial entre les partis, et parTeffel seul de celte impartialité il se prononçait indirectement pour les Girondins en voulant prouver que le fédéralisme éiait un fantôme, comme il avait voulu prouver, sous le gouvernement de la Gironde, que lanarchie et la dictature n'étaient que les exagérations et les chimères de la peur. Mais les Montagnards étaient moins accommodants que leurs faibles adversaires; ils avaient bien voulu profiter de l'impartialité de Garât quand ils étaient dans l'opposition ; maintenant qu'ils étaient les maîtres, ils ne voulaient pas que l'opposition, à son tour, en profitât contre eux. Au moment donc où Garât finissait d'imprimer sa circulaire, qui n'avait pas moins de cent cinquante pages, il fut dénoncé par Collot d'Herbois, décrété d'arrestation, et traduit séance tenante à la barre, pour répondre aux foudroyantes interpellations du fougueux décemvir.
11 faut lire dans les Mémoires de Garât le récit de celte séance; il faut le lire aussi dans le Moniteur, et on verra que Garât n'a nullement exagéré l'attitude tragi-comique de Collot d'Herbois. Dans ses Mémoires , Garât prétend que la grande colère de Collot venait de ce que le ministre ne lui avait pas fourni une chaise de poste. Celte question de la chaise de poste joua en effet un grand rôle sur le résultat de rinlerpellation. Un conventionnel se chargea de faire rire à ce sujet aux dépens de Collot. « Je crains bien , dit Secc vestre , que la querelle que l'on cherche au ministre soit ce l'effet de l'intrigue et de la passion. Mais parce que Collot « d'Herbois n'a pas eu une chaise de poste îiassi prompte, a ment qu'il l'a désiré, 'devons-nous punir le ministre comme a un conspirateur? Je demande l'ordre du jour sur toutes a les propositions faites contre lui, etquau surplus on fasse (c délivrer une chaise de poste à Collot d'Herbois. » Cette
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simple observation atténua assez l'effet des déclamations de Collot pour que celui-ci crût devoir se justifier, a Ce n'est « pas la passion qui a dicté ma dénonciation ; je suisaccou- « tumé à trouver la même négligence dans le ministre. « Jamais les voitures n'ont été prêtes quand nous avons « voulu partir, w Voyant sans doute que son insistance portait à rire : « Mais laissons, ajouta-t-il, les voitures de côté. » Il voulut reprendre son interpellation, mais Danton, qui présidait, voyant les bonnes dispositions de l'Assemblée pour Garât, quitta le fauteuil, monta à la tribune et demanda que le décret d'arrestation fût rapporté et l'affaire renvoyée au comité du salut public. « Le ministre, dit-il, a de la philoce Sophie, il aimela révolution, mais il n'a pas reçu de la nature « la fermeté de caractère nécessaire dans une grande se- « cousse pour lutter contre les orages. » Le décret fut rapporté et le ministre admis aux honneurs delà séance, malgré la mauvaise humeur de Collot d'Herbois qui s'écria : « Je « demande que le rapport soit motivé sur la faiblesse du <t ministre! » (Murmures.)
Quoique sorti sain et sauf de cette aventure, Garât vit bien que la place était trop dangereuse : au mois d'août 93, il donna sa démission pour raison de santé, et aussi, fit-il dire par Barèreà la tribune, pour travailler à une feuille périodique. Redevenu simple citoyen, les dangers s'accrurent : les Jacobins demandèrent solennellement son arrestation au comité du salut public, des pétitionnaires la demandèrent à la commune, prétendant qu'il avait voulu affamer Paris, parce que Garât, toujours fidèle à ses principes déconomie politique, s'était fermement prononcé contre le maximum. Enfin il fut arrêté par le comité révolutionnaire de la section du Mont-Blanc. « Ce terrible comité faisait trembler tout le « monde, un homme faisait trembler le comité : j'ai oublié « son nom. x Ce mot peint l'époque. Toutefois le comité de
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sûreté générale se contenta de lui donner pour gardien un gendarme qu'il garda quatre mois, après quoi, les poursuites n'étant pas continuées, il rentra dens l'obscurité , laissant passer la terreur.
Quelque temps après le 9 thermidor il fut nommé commissaire de l'instruction publique et professeur de philosophie à l'École normale. Ces honneurs purement littéraires attirèrent sur lui l'attention de ses ennemis. Les pamphlets et les journaux l'attaquèrent, et Philippe Dumont, se faisant l'écho de la rancune des Girondins, dirigea contre lui à la tribune de la Convention l'accusation que nous avons rapportée.
C'est cette accusation ;qui donna lieu à la publication des Mémoires de Garât. Dans ces Mémoires, s'il ne parle pas toujours de ses actes politiques comme nous en parlons nous-méme , nous croyons cependant qu'en résumé leur lecture n'aboutira pas à une autre opinion que la nôtre sur l'ensemble de sa vie publique pendant cette redoutable époque. Après les avoir lus, on ne mettra pas ses tergiversations, ses incertitudes, sur le compte seul de la faiblesse, comme Danton. On y verra un homme qui , sans manquer de courage, manquait de décision, parce qu'il raisonnait, analysait, faisait de la 'logique et de la philosophie, au lieu d'agir. Il voit si bien les passions, il juge si bien les caractères , il en pénètre avec tant de clairvoyance les faiblesses et les ressorts cachés, qu'il s'arrête à les observer avec complaisance et un secret plaisir ; seulement, pendant qu'il observe et contemple, les événements se précipitent. Au point de vue de l'action , ils lui donnent tort ; mais ils n'infirment pas la justesse de ses raisonnements , rexactitude de ses portraits, la finesse de ses observations. Ces qualités , quel que soit le jugement qu'on porte sur Garât lui-même, prêtent à ses Mémoires un intérêt
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puissant. Où trouver ailleurs une peinture plus saisissante du côté droit et du côté gauche, de la Gironde et de la Montagne? Quel historien a tracé un portrait plus énergique de Robespierre et de Danton ? En commençant , nous avons prononcé les noms du cardinal de Retz et du duc de Saint-Simon ; nous ne craignons pas de le répéter : Garât, comme peintre de portraits , peut être comparé sans trop de désavantage aux deux célèbres classiques. Laharpe. qui la souvent jugé en rival, a dit de lui « qu'il écrirait des « morceaux et ne ferait pas une œuvre ». Nous pensons que les Mémoires démentent la prédiction de Laharpe.
Après le 9 thermidor, Garât avait été nommé, avons-nous dit, membre de la commission d'instruction publique et professeur de philosophie àTÉcoIe normale. Il se démit de ces fonctions pour répondre plus librement à l'accusation de Philippe Dumont. Son cours fut donc interrompu après quelques leçons qui n'en sont en quelque sorte que le programme. Quoiqu'insuffisantes pour faire apprécier dans tous ses détails la philosophie de Garât , ces leçons suffisent à faire comprendre le succès qu'il obtint et avait déjà obtenu comme professeur. On y voit qu'il était naturellement doué de l'éloquence du professorat, sorte d'éloquence qui tient le milieu entre celle de la chaire et celle de la tribune, et qui n'offre pas peut-être des difficultés moindres. Le style de Garât dans ses leçons est clair et rapide ; il a du mouvement , sans tomber dans la déclamation , et cette