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sorte de chaleur qui, sans troubler les passions et les sens, anime, surexcite lesprit de Tauditeur et le force à se tenir en éveil. Quant à sa philosophie en elle-même, Garât était, on le sait, un sensualiste systématique, et se déclarait, du moins par son admiration, disciple de Condillac. Son cours est le premier où Ion ait enseigné publiquement les principes de la nouvelle philosophie; aussi, quoiqu'elle eût pénétré déjà dans bien des esprits et qu elle fût la philosophie des savants , son enseignement dogmatique et public excita-t-il de letonnement et des répulsions. Garât fut accusé dans les journaux et dans les pamphlets sous des points de vue différents , et, comme si sa destinée eût été en toute chose d'être ballotté entre les partis contraires , nous le voyons repousser à la fois l'accusation de matérialisme et celle de spiritualisme. Nous ne le suivrons pas dans ces discussions, en elles-mêmes fort arides et qui ne peuvent être abordées avec fruit quà condition d'être traitées avec étendue. ^Seulement , nous dirons que ceux qui voudront les suivre dans les cahiers de l'Ecole normale auront loccasion d'y remarquer la flexibilité d esprit du professeur, la facilité et la sérénité avec lesquelles il manie la langue philosophique, à peine sorti du tourbillon d'événements qui avaient soulevé toutes les violences de la nature humaine et dans lequel il avait été lui-même entraîné.
Lors de la création de l'Institut par la Convention, Garât fut nommé membre de la seconde classe, qui prit plus tard le titre d'Académie des sciences morales et politiques. Il paraît s'être tenu pendant quelque temps à l'écart de la vie politique, quoique nous voyions son nom porté sur les listes de candidats à la place de directeur. Il n'y rentra effectivement que par sa nomination d'ambassadeur du Directoire près le roi de Naples , nomination qu'il dut à Talleyrand, alors ministre des affaires étrangères, et avec le-
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quel ilavait été, sous la législative, en mission officieuse près du gouvernement anglais. 11 ne trouva pas à Naples un accueil sympathique ; le roi secrètement se préparait à la guerre et ne tenait aucun compte des réclamations de Garât en faveur des patriotes napolitains, coupables de sympathie pour la France et soumis aux tortures habituelles à la cour de Naples. Les Français étaient mis au bande la ville, et l'ambassadeur au ban de la société. Les marchands refusaient de vendre à nos compatriotes ; au théâtre, les loges voisines de la loge de l'ambassadeur étaient toujours vides. Garât, au bout de quelques mois, dut demander ses passeports et revenir en France prendre possession de son siège au conseil des Anciens. Quand la guerre fut déclarée au roi de Naples , il monta à la tribune pour rendre compte en quelque sorte de sa mission. 11 expHqua qu'il avait été envoyé à Naples avec des intentions pacifiques. « Arrivé à Naples « et pénétré d'une mission si pure , j'y conformai mes moin- « dres actions , mes moindres paroles ; mais dans une ce cour accoutumée à tous les artifices de la diplomatie on « ne pouvait croire à tant de simplicité et de vérité ; je fus a entouré d'espions, et ils ne me quittèrent plus. Quand je a marchais à pied , ils marchaient à pied; quand je mon- « tais en voiture, ils montaient en voiture; je le savais, et ce j'étais loin d'en être même importuné : il me semblait a impossible que les rapports même de ces hommes si vils « fussent autre chose que des honneurs rendus à la sincécc rite de mes intentions. Je commençais à me faire bien ce venir; j'avais fait élargir plusieurs prisonniers politiques ; a j'étais sur le point de contracter un traité de commerce basé ce sur la liberté illimitée du commerce, et, par conséquent, ce indéfiniment avantageux aux deux peuples , lorsque le ce désastre d'Abouk ir a tout changé. C'est cette victoire des <c Anglais , célébrée avec tant de folie à Naples, qui a perdu
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ce Ferdinand. Les illuminations qui environnaient de leurs « clartés les alentours de son palais furent en quelque « sorte comme les torches funéraires qui annonçaient lex- « tinction de sa puissance . Oui, ce sont les Anglais qui ont « poussé à tant de démence et à sa fin cette monarchie que ce la fortune, par la main de la France, semblait conduire à « un meilleur esprit et à une plus longue durée. »
Garât prit une part active aux travaux du conseil des Anciens; il en fut le secrétaire, le président; il y fit des rapports importants, et en devint un des orateurs les mieux écoutés. 11 s'était rattaché à la politique de cette partie du Directoire dirigée par Sieyès , qui avait à lutter à la fois contre le royalisme et le jacobinisme renaissants. Aussi appuya-t-il des mesures telles que la loi sur la presse et la loi des otages, qui contrastaient par leur sévérité avec la modération de son caractère et le libéralisme de ses principes. A l'approche du 18 brumaire, Garât, ami de Gohier non moins que de Sieyès , se prononçait contre la nécessité d'un coup d'Etat, comme au 31 mai 93 il pensait que les partis qui divisaient le Directoire et les conseils pourraient parvenir à s'entendre s'ils consentaient à soumettre leurs passions à une analyse exacte et logique. Il ne prit donc aucune partaucoup d'Etat ; toutefois, l'événement accompli, il ne refusa pas de s'y rallier : il se laissa nommer membre de la commission des Anciens chargée de présenter la résolution sur la présentation au peuple des nouvelles lors fondamentales de la république. Ses motifs ont été exposés et sa faiblesse justifiée par Gohier lui-même , le membre du Directoire qui montra dans ces circonstances le plus de fermeté. « Garât, dit-il, qui avait pressenti tous les malheurs a que la révolution du 18 brumaire pouvait attirer sur la a nation, tous les dangers que courait la liberté, n'avait dis- « simulé ses craintes ni à la commission des inspecteurs
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« de Paris, ni à la chambre du conseil des Anciens à Saintfc€loud. Ce fut dans la politique de Bonaparte un motif « de plus pour que cet orateur distingué se prononçât hau- « tement pour la nouvelle oganisation du pouvoir. Garât « hésita d'abord , mais réfléchit que , la révolution étant « consommée, le seul moyen qui restât aux amis de leur ce pays pour la rendre moins funeste était de marcher a franchement avec elle et de garantir la France d'une oppo- « sition aussi dangereuse qu'inutile. )) Quoi qu'il en soit des motifs de son adhésion, ehe fut récompensée par une place de sénateur.
Cependant Garât ne se rangea pas au nombre des sénateurs complaisants qui n'avaient vu dans le 18 brumaire qu'une occasion de livrer la France à la volonté d'un homme. Il pensait sérieusement que Bonaparte , une fois l'ordre rétabli et les partie apaisés, rétablirait la liberté. 11 suivait lui-même sur ce sujet le premier Consul avec une confiance trop naïve pour déplaire, et qui lui attirait des paroles encourageantes : « J'ai dans le cœur, lui disait le « premier Consul , des cordes qui battent pour vous, » Pourquoi n'aurait-il pas aimé un homme si confiant et si peu à redouter? Néanmoins Garât sut résister en plusieurs occasions aux volontés du tout-puissant Consul : il se prononça énergiquement contre la déportation injuste des Jacobins faussement accusés d'avoir comploté l'attentat de la machine infernale ; dans le procès de Moreau , il n'abandonna pas son ami, et même composa pour lui le discours que celui-ci récita devant ses juges, et qui est peut-être le discours le plus éloquent qu'ait composé l'ancien lauréat de l'Académie, l'ex-orateur des Anciens. Ces actes de courage ne le brouillèrent pas avec Napoléon, qui, devenu empereur, le nomma comte de l'Empire , commandeur de la Légion d'honneur, et lui donna plusieurs missions, une entre
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autres en Hollande, d'où Garât revint avec un mémoire que Napoléon fit imprimer au Moniteur, en supprimant certains passages que Fauteur osa rétablir dans l'édition quil fit paraître aussitôt. L'empereur, qui d'abord futtrèsirrité, parut cependant pardonner encore et ne se vengea que par les plaisanteries qu'il dirigeait devant Garât contre l'idéologie. Malgré tout , en dépit même des éloges qu'il adressait officiellement à l'Empereur dans les discours que ses fonctions l'appelaient à prononcer, Garât était dans l'opposition ; il faillit même payer cher l'idée que l'on avait de son indépendance. Lors de la conspiration de Mallet, il fut soupçonné d'y avoir trempé, et sa conduite fut l'objet de plusieurs rapports au Conseil d'Etat.
Garât avait perdu confiance dans les intentions libérales de l'Empereur; aussi se prononça- t-il l'un des premiers dans le Sénat pour la déchéance ; et même on peut avouer que son amour de la liberté pohlique lui fit envisager l'invasion à un point de vue que ne saurait approuver le patriotisme. L'empereur Alexandre, qui se conduisit, ainsi que le reconnut l'histoire, en vainqueur généreux, pouvait mériter les éloges que lui adressait Garât ; mais ce n'était pas le moment d'y joindre l'éloge de Moreau. Si ces éloges au czar et au général royaliste lui avaient été dictés, comme on l'en a accusé , par son désir de se rendre possible sous le gouvernement des Rourbons, ses vues ne furent point réalisées; car, malgré l'amitié de Talleyrand et quoiqu'il eût fait partie de la commission chargée d'élaborer l'acte constitutionnel que celui-ci voulait imposer aux Bourbons, il ne fut pas nommé par Louis XVI II à la Chambre des Pairs. 11 supporta la même mésaventure au retour de l'île d'Elbe. Malgré les promesses et la protection de Fouché , il dut se contenter d'un siège à la Chambre des Représentants. Il y joua un rôle plus important qu'on ne l'a dit, puisque c'est
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sur sa proposition que rAssemblée vota la déclaration qu elle publia avant de se séparer, comme sa protestation en faveur de la liberté. On a attribué cet honneur à d'autres qu'à Garât ; mais il est impossible de démentir le Moniteur : ce Le comte Garât : Nous ne sommes pas les indivi- « dus d'une nation; nous sommes les citoyens d'une nation « libre ; et, sous ce rapport, les conjonctures actuelles exi- « gent de vous beaucoup d'autres considérations. J'en- « tends répéter sans cesse que la première de toutes les « sagesses est de se conduire avec les événements et par « les événements. C'est une ancienne maxime que la fata. « lité des événements mène ceux qui les suivent et entraîne « ceux qui y résistent. Il fut pour l'Angleterre une époque « dont elle profita pour cimenter les fondements de la lice berté. Ce fut alors que parut cette déclaration fameuse ce connue sous le nom de Bitl des droits. » Après quelques développements, il lut son projet, qui tenait le milieu entre une déclaration des droits et une constitution. Il fut combattu par Manuel , qui aurait désiré y voir plus de positif et moins d'idéologie. Garât défendit avec énergie ces idées consacrées par cent vingt-cinq ans de bonheur en Angleterre, et il ajouta : ce Avez-vous entendu ce mot idéologie ? ee 11 rappelle un fait aussi , et très-important : c'est qu'au ce moment oii l'on voulut nous imposer le pouvoir absolu, a ce même mot fut frappé de toute la défaveur du trône. » Garât avait coutume de dire que l'Empereur n'était tombé que pour n'avoir pas assez estimé l'idéologie. On s'est moqué de cette opinion ; on a eu tort : elle s'explique fort bien et pourrait facilement se soutenir.
A la première restauration , Garât avait été éliminé de la Chambre des Pairs ; à la seconde, il fut éliminé de l'Institut. Il vécut désormais relégué dans la vie privée jusqu'en 1832, époque à laquelle il fut rappelé à l'Académie des
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sciences morales et politiques ; mais il ne jouit pas longtemps de sa nouvelle dignité. Un an après , le 9 décembre 1833, il mourut à l'âge de quatre-vingt-trois ans, aux Urdains , près d'Uslaritz , dans le pays basque , où il avait passé la plus grande partie de ses dernières années. Pendant la restauration, il avait nourri plusieurs projets d ouvrages ; mais il avait perdu dans les agitations de la vie publique et la jouissance des honneurs Ihabitude d'un travail long et persévérant. Tous ses projets aboutirent aux Mémoires sur la vie de Suard et sur le dix-huitième siècle , ouvrage plein de souvenirs vagues , écrit dans un style vague et qui ne rappelle que de bien loin et par de rares morceaux les pages si brillantes des Mémoires sur la Révolution.
Eugène MARON.
Le jour même où Philippe Diimont me dénonça à la Convention, je me présentai au comité de sûreté générale : j'y fus entendu trois jours après. J'avais lieu de croire que quelques membres du comité avaient à mon égard des préventions favorables, que d'autres en avaient qui m'étaient contraires. Quand j'eus parlé, Vimpression de l'évidence sur tous fut la même. Là je reconnus que nous commencions à vivre sous la justice.
On m'invita à écrire ce que j'avais dit; et j'ai écrit l'ouvrage que je présente à la Convention, à la nation et à la postérité.
Il m'a été impossible de me séparer des événements : je ne voulais écrire qu'un mémoire, j'ai écrit presque une histoire.
C'est la première fois, peut-être, qu'on a écrit l'histoire d'une puissance absolue , sous le règne et sous les yeux de
cette puissance même. Je l'ai fait sans aucune crainte ; j'attends que Von m'apprenne si c'était sans aucun danger.
On trouvera ici beaucoup de détails. Voltaire dit que les contemporains en sont avides ; j'ajouterai que la postérité même en a besoin pour bien comprendre les résultats.
J'ai toujours été occupé, durant mon ministère , à calmer les passions. Lorsqu' après tant de ravages elles commencent à tomber d'épuisement , je n'ai pas pu écrire pour en réveiller les fureurs.
Il sort de tout cet écrit un résultat bien honorable pour la Convention, et bien rassurant pour la nation : c'est qu'au milieu de tant de passions et de tant d'actions atroces , tous les moyens de corruption versés autour de nous par l'Europe n'ont pas pu faire un seul traître parmi huit cents représentants du peuple.
Nous étonnerons les siècles par les horreurs qui se sont commises au milieu de nous ; nous les étonnerons encore par nos vertus. Ce qui sera à jamais incompréhensible pour ceux qui n'ont pas observé l'esprit humain , c'est le contraste inoui de nos principes et de nos folies. Avec moins de vertus et une meilleure logique, nous aurions évité presque tous les crimes et tous les désastres ; c'est presque toujours ce qui était absurde qui nous a conduits à ce qui était horrible.
Comme j'achevais d'imprimer cet ouvrage , les Mémoires de Madame Roland ont paru : je n'ai pas voulu les lire; j'ai craint d'avoir des reproches à adresser à la mémoire d'une femme qui , par sa mort, a donné le besoin d'honorer toute sa vie. Le moment arrivera, sans doute, où la vérité descendra sans nuages au milieu de nous , pour
juger les vivants et les morts. Je ne me permettrai d'ajouter ici qu'un seul mot : deux ou trois au moins des amis de Madame Roland savent que tandis qu'elle écrivait contre ra3î, j'agissais pour elle : elle l'a su elle-même.
On annonce déjà plusieurs réponses à cet écrit; avant de l'avoir lu , on est décidé à le réfuter : phis on écrira, plus on fera paraître la vérité avec tous ses détails et tout son éclat. Cette disposition à écrire est un engagement de ne pas proscrire.
Les uns ont dit que l'impression de cette brochure me coûtait vingt mille livres ; d'autres, qu'elle m'en rapportait vingt mille. Elle ne me coûte et ne me rapporte rien : j'ai donné mon manuscrit à J.-J. Smits.
Humilis res est stultitia , abjecta , sordida, servilis , mullis affectibus et SyEvlssiMlS subjecta. Hos tam grades dominos , interdum allernis imperantes, interdum pariler, dimiltit a le sapientia, quœ sola libertas est. Una ad hanc fert via, et quidem recta.
Non aberrabis ; vade cerlo gradu. Si vis libi omnia subjicere, te subjice ration].