‹ Mémoires de GaratChapitre 113 sur 213 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

(( seule goutte de sang versée dans cette ente ceinte en ferait verser des torrents dans la <( république. )>

Combien il était facile de le prédire, hélas! et combien l'accomplissement a passé toutes les prédictions!

Tandis que je parlais, j'entendis dire du côté gauche : Ce sont ces douze qui sont douze scélérats ; c'est cette commission qui est une commission comme celles du cardinal Richelieu. Il s'en fallait beaucoup que ce fût là mon opinion, et pour qu'on ne le crût pas, je voulus à l'instant même la combattre.

« Je vais finir, ajoutai-je, par quelques con- (( sidérations sur la commission des douze. En « conférant avec tous ensemble , et avec cha- « cun d'eux en particulier, avec cette con- (i fiance, avec cette intimité qui ouvre les (( âmes et en laisse échapper les secrets, j'ai (( cru voir en eux un mélange extraordinaire (( de soupçon contre des hommes qu'ils n'ai- (t ment pas , de terreur dont leur imagination « est frappée pour la chose publique , de désir « de se montrer avec un grand courage , de « paraître rendre à la république un grand ser- « vice, et que c'est tout cela qui les a jetés

(( dans des erreurs qui me sont incompréhen- <' sibles. Ce sont des hommes de bien ; mais la (( vertu même a ses erreurs , et ce ne sont pas « les moins dangereuses. Vous savez, citoyen <( président, vous qui êtes aussi au nombre de « cette commission dés douze, vous savez que (( c'est ainsi que je vous ai parlé à vous-même. « Le langage que je tiens ici ne doit pas vous « paraître nouveau, et l'estime que je vous té- (( moigne ici n'est pas une estime simulée (I avec un but honnête et pour calmer des reste sentiments qu'on cherche à étouffer; non, (( c'est un sentiment vrai et sincère de mon (( cœur. ))

Quand la calomnie a perdu contre moi toute pudeur, il ne m'est pas ordonné seulement de dire tout ce qui me justifie ; il doit m'être permis encore de dire ce qui m'honore. J'ajouterai donc qu'à l'instant où j'entrai dans la Convention , on vint me dire que le côté gauche allait faire feu sur le côté droit , et tomber sur lui le sabre à la main. Je ne le crus point du tout; mais il était possible de ne pas le croire et de le craindre, et, dans cette crainte, ce fut au côté droit que j'allai me placer, et non pas au côté gauche. Les membres du côté

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