‹ Mémoires de GaratChapitre 114 sur 213 · CHAPITRE DIXIÈi\!E · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈi\!E

droit étaient loin de soupçonner alors qu'un homme qui partageait si peu leurs passions voulait pourtant partager leur sort. Cependant j'ai lieu de penser qu'il y en avait quelques-uns qui ne le soupçonnaient pas seulement, qui le savaient; mais....

C'est ce discours, dont l'unique objet et le but unique furent de calmer les haines et les violences, qui a surtout allumé contre moi les plus violentes haines; c'est ce discours, où l'on voit un soin si scrupuleux à dire toutes les vérités sans en dissimuler et sans en exagérer aucune^ à prononcer formellement celles que la passion cache , à renfermer dans leurs bornes précises celles que la passion exagère ; c'est ce discours qui a fait élever contre moi les calomnies les plus folles.

Dès le lendemain , dans une multitude de feuilles, je fus dénoncé à la république comme le complice de tous ceux qui avaient conspiré , qui conspiraient et qui conspireraient contre elle; parce que je m'étais rencontré avec le maire, on affirma que j'étais venu avec lui; parce que la nuit précédente, je crois, une patrouille arrêta ma voiture comme j'allais à la Commune, on affirma que j'y étais allé pour

concerter et le siège de la Convention et le discours où j'avais voulu prouver qu'elle n'était pas assiégée ; parce que j'avais présenté avec quelque facilité des idées qui m'occupaient sans cesse, et avec quelque chaleur d'expression des sentiments qui remplissaient mon âme, on en conclut et on assura que mon discours était étudié» Des hommes dont la situation et les dangers m'occupaient nuit et jour mirent en usage, pour me décrier, pour me flétrir, toutes ces liaisons d'idées et de faits qui paraissent si incompréhensibles à un esprit calme et froid, et qui sont si naturelles à des esprits passionnés; toute cette logique désastreuse avec laquelle ont été dressés ensuite les actes d'accusation qui les ont conduits eux-mêmes à r échafaud!

Eh ! que voulaient-ils donc que je disse, lorsque EUX-MÊMES avaient demandé pour moi la parole ? Voulaient-ils que je disse que les propositions atroces rejetées à la mairie y avaient été arrêtées ? Mon esprit ne pouvait pas confondre deux choses si distinctes, et je n'étais pas dévoré des passions avec lesquelles on les confond et on veut les faire confondre. Voulaiton que je disse que l'auteur d'une feuille abo-

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