‹ Mémoires de GaratChapitre 115 sur 213 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

minable devait être jeté, sans aucune formalité préalable, dans les prisons? J'avais trop suivi la révolution dans toutes ses époques pour ignorer que des écrits aussi sanguinaires, au moins , avaient été non-seulement tolérés , mais protégés, et, en parlant, je voyais sous mes yeux et parmi les législateurs un homme qui donnait tous les jours les exemples et les modèles impunis de ces exécrables écrits. Ce n'était pas la détention trop méritée de l'arrêté qui me touchait, c'était le danger des arrestateurs , que je connaissais beaucoup mieux qu'eux; et je croyais le danger très-grand lorsqu'une arrestation pour un fait de ce genre était faite, la première fois, dans la personne d'un membre d'une commune à laquelle on laissait une autorité si opposée à tous les principes , et une force si favorable à tous les grands attentats. Je n'avais le droit ni de rien condamner, ni de rien proposer, et je ne proposais, je ne condamnais rien; mais tout me persuadait que de très-honnêtes gens, que des législateurs, irréprochables dans toutes leurs intentions, étaient entraînés à des mesures imprudentes, fatales, et j'aurais cru être, j'aurais été le plus vil des hommes, le plus cou-

pable des ministres, si je n'avais montré ou indiqué à ce sujet mes vues et mes appréhensions. Voulait-on que je disse que la Convention nationale était assiégée, et que les membres du côté droit ne pouvaient sortir de son enceinte sans tomber sous le fer des assassins? Tout ce que mes yeux avaient vu , tout ce que mes oreilles avaient entendu , tout ce que mon âme avait senti , m'assurait le contraire ; et la conviction était en moi à ce degré où nous garantissons une conviction de notre vie, convaincus encore que notre vie ne court aucun danger.

Ici il y a un fait qui, je crois, n'a jamais été publiquement éclairci, et qui doit l'être.

Autour de la Convention, le rassemblement sans aucune comparaison le plus nombreux était celui de la force armée. J'avais bien voulu savoir ce qu'elle était et pour qui elle était , et, quoique avec quelque peine, j'étais parvenu, non pas à croire, mais à savoir, avec une entière certitude, que cette force armée avait été demandée spécialement, et avec désignation des sections, par la commission des douze ; les noms mêmes des sections d'où elle était tirée garantissaient qu'elle était là , non pour

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