‹ Mémoires de GaratChapitre 116 sur 213 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

assiéger la Convention, mais pour protéger la Convention et le côté droit. Je le savais , et je n'en dis rien ; on n'a point cherché à en deviner la raison. Lorsqu'on a imaginé tant de faits, on n'a pas même songé à observer celuilà. Eh bien ! je ne suis que trop forcé à le dire aujourd'hui, je gardai sur cela le silence, parce que j'étais trop sûr que, si j'avais nommé les sections qui avaient fourni cette force armée , leur nom alors aurait excité les alarmes et les fureurs de beaucoup de membres de la Montagne. Cette réserve ne put pas être d'un ennemi du côté droit de la Convention.

Parmi tant de gens qui pensaient et se conduisaient par leurs soupçons , il est impossible que je n'aie pas eu aussi quelquefois des soupçons moi-même. Je le confesse donc, il s'en est présenté un quelquefois à mon esprit , et il ne m'a pas été toujours facile de le rejeter. J'ai conjecturé quelquefois que des membres de la commission des douze , voyant le côté droit sans cesse menacé dans les discours des sociétés populaires, aux Jacobins et à la Commune , ne furent pas fâchés que l'on crût le danger beaucoup plus réel et beaucoup plus grand qu'il n'était ; qu'ils aidèrent à donner

plus de consistance et de force au bruit que la Convention était assiégée; qu'ils laissèrent prendre la force armée qui la défendait pour une force armée qui la cernait, et qu'ils crurent légitime cette politique, par laquelle ils appelaient et ils mettaient dans leurs mains une force avec laquelle ils protégeraient leurs jours, ils prêteraient aux lois et à la justice une main assez vigoureuse pour étouffer les démagogues et l'anarchie.

Si quelqu'un a eu ce but, je proteste que jamais personne ne me l'a communiqué.

Je déclare encore que, suivant toutes les apparences, j'aurais refusé d'en devenir l'instrument.

Plus d'une fois , dans le cours de la révolution, j'ai vu des hommes qui avaient de la morale appeler au secours des principes les plus purs et à l'exécution des mesures les plus légitimes des moyens dans lesquels l'artifice combinait le mensonge avec la vérité, et, pour déjouer et punir plus sûrement des ennemis coupables , leur prêtaient des crimes qu'ils n'avaient pas commis. Je l'ai vu, et tout ce que j'ai pu faire, c'est de fermer, non pas les yeux, mais la bouche.

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