CHAPITRE PREMIER
Remerciements sincères adressés à Philippe Dumont , mon dénonciateur. — De ce que j'ai été et de ce que j ai fait dans la Révolution avant ma nomination au ministère de la justice. — Par qui je fus désigné pour cette place , et des dispositions d'esprit et de caractère que j'y apportai. — Mon premier coup d'œil sur les deux côtés de la Convention nationale.
Je ne connais point du tout le représentant du peuple Philippe Dumont, qui m'a dénoncé à la Convention nationale dans la séance du 19 ventôse : sa dénonciation me prouve que je lui suis
beaucoup moins connu encore. J'ai le droit de lui faire plus d'un reproche : je ne lui ferai que des remerciements, et ils seront sincères. Quand des accusations atroces et absurdes sont faites de toutes parts par des hommes si publiquement avilis qu'on ne peut leur répondre sans se dégrader, on doit remercier l'homme prévenu qui, en prêtant son organe aux mêmes accusations, rend honorable le débat ou plutôt l'examen qui s'ouvre entre l'accusateur et l'accusé.
Dans une révolution où tant de révolutions se sont succédé, il serait très-possible d'être innocent et d'avoir perdu les preuves de son innocence. Les preuves de mon innocence subsistent; et il en est que j'ai sauvées et conservées, en plaçant plus près de ma tête la hache qui y est restée si longtemps suspendue.
J'ai été connu avant la révolution comme homme de lettres ; durant la révolution comme membre de l'Assemblée constituante , comme ministre de la justice et de l'intérieur, comme commissaire de l'instruction publique.
Tous les hommes de lettres n'ont pas péri : j'appelle sur ma vie littéraire les témoignages de ceux qui vivent encore. Je l'ai passée presque tout entière à la campagne, loin des que-