‹ Mémoires de GaratChapitre 123 sur 213 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

qui m'avait appelé à la maison de Breteuil, où elle avait transporté ses cartons. Je n'y trouve que Vigier et un autre membre de la commission dont je ne puis me rappeler le nom : je ne sais s'il a été assassiné comme Vigier, ou s'il a échappé aux assassins. Mais le résultat de l'entretien que j'eus en ce moment avec eux, je l'ai écrit, je l'ai imprimé ; il était destiné à être publié devant la république lorsque ces deux représentants du peuple vivaient encore; je le rapporte dans les notes de cet exposé, et on y verra qu'aucun de ceux à qui je pouvais parler avec quelque suite ne pouvait garder de soupçon sur mon compte.

Dans ce même jour, dans l'un des jours précédents ou suivants (je ne puis fixer la date avec certitude), le chef de la première division de l'intérieur, Ghampagneux, me porte un très-grand nombre d'exemplaires d'un placard dans lequel Robespierre, Marat, Danton, Ghaumette et Pache, qu'on y appelait VEscobar politique, sont accusés de tenir à Gharenton des conciliabules nocturnes, où, protégés par une force armée imposante, ils délibèrent sur les moyens d'organiser de nouveaux massacres du mois de septembre. Je porte à l'instant le pla-

card au comité de salut public, et pour le lui communiquer je saisis le moment où ni Danton ni Lacroix n'étaient au comité. Le comité arrête, sur un registre secret je crois, que tous les exemplaires du placard seraient retirés, que le secret serait exigé de celui qui me l'avait fait remettre, et que je prendrais des renseignements à Charenton même. Je n'y connaissais personne ; il y avait très-peu de personnes à qui on pût confier de pareilles recherches. Champagneux y connaissait un citoyen dont il me garantissait l'honnêteté et la prudence ; il lui écrivit, et la réponse fut infiniment plus propre à dissiper qu'à confirmer les horribles accusations du placard. L'ami de Champagneux s'engagea à nous communiquer tous les renseignements^ s'il apprenait quelque chose de nouveau. Ces derniers faits sont aussi personnels à Champagneux qu'à moi, et ils seront attestés comme par moi par cet excellent citoyen, à qui j'ai ouvert plus d'une fois toute mon âme et sur tous les événements, et sur leurs causes ; par cet homme dont l'infatigable travail à beaucoup honoré le ministère de Roland son ami, et qui se dévouait au moins avec un zèle également infatigable ; qui n'a acquis que par la

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