‹ Mémoires de GaratChapitre 124 sur 213 · CHAPITRE ONZIÊiME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÊiME

plus injuste persécution une célébrité qu'il aurait dû obtenir de la reconnaissance publique.

Moi, mes amis, les observateurs de l'esprit public que j'avais institués à cette époque, nous étions continuellement en observation : je voulais voir le moindre mouvement, entendre la moindre parole.

Le jeudi 30 mai, un citoyen m'écrit qu'il a été dit à la tribune de sa section qu'on venait d'arrêter définitivement à l'assemblée de l'Évéché, que cette nuit même on fermerait les barrières, on sonnerait le tocsin, on tirerait le canon d'alarme. A peine j'eus lu le billet, je vais le lire au comité de salut public, et j'annonce que je vais en faire lecture à la Convention nationale, qui était assemblée. Lacroix de l'Eure, qui dans cette soirée ne quitta pas un instant le comité de salut public, où d'ordinaire il n'était pas si assidu, prend la parole : il représente que sur un billet qui rapporte ce qu'on a débité à la tribune d'une section, il ne faut pas aller jeter l'alarme au milieu de la Convention nationale ; qu'il faut avant tout se bien assurer des faits, et appeler au comité de salut public les autorités constituées responsables de la sûreté publique, le département et le maire. Le

comité se range à cet avis , lui-même mande par un billet le procureur-général-s^fndic, etje vais chercher le maire à la Commune.

Il y arrivait en ce moment; il montait le grand escalier, suivi de dix à douze hommes dont les gilets montraient autant de pistolets qu'ils avaient de poches.

Le maire se penche vers mon oreille, et me dit à voix basse ces paroles , qu'on ne sera pas étonné que j'aie retenues : J'ai eu beau m'y opposer, je n'ai pas pu les empêcher ; ils vieillient de déclarer, par un arrête', que la Commune de Paris et le département, qu'ils représentent, sont en état d'insurrection. Je lui répondis : Le comité de salut public vous mande dans son sein, et je vous attends. Il entre au conseil général. Là, il publie ce qu'il venait de m'apprendre , et il y déclare plus formellement encore que l'insurrection n'avait été arrêtée que contre son avis et malgré tout ce qu'il avait fait pour s'y opposer. J'entends des applaudissements qui ébranlaient la salle, des cris et des frémissements de joie ; je me crus dans la Tauride.

A l'instant où il avait cessé de parler, le maire monte, et seul, dans ma voiture.

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