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CHAPITRE ONZIÈME

par le canon d'alarme, et le 31 mai^ avant cinq heures du matin, j'étais dans les cours du Palais-National, qui étaient presque désertes encore.

Le premier homme que j'y rencontrai, ce fut Danton.

J'en fis la remarque, et cette remarque attacha sur lui tous mes regards et toutes mes observations.

<( Qu'est-ce donc que tout cela? lui dis-je en m'approchant de lui. Ne pouvez-vous me l'apprendre? Qui remue les ressorts, et que veuton ? — Bah! ce ne sera rien, me répond Danton : il faut les laisser briser quelques presses, et les renvoyer avec cela, — Ah î Danton , je crains bien qu'on ne veuille briser autre chose que des presses. — Eh bien! il faut y veiller. — Vous en avez les moyens bien plus que moi. »

J'entre à la Convention qui se réunissait, où il n'y avait que quelques membres encore ; je lui dis le peu que je savais, et je ne pus lui dire tout ce que j'ignorais. Gambon, qui ne savait que les mêmes choses que moi, n'en put dire ni plus ni moins. Mais l'Huillier entrait à la barre, et dans ce jour c'était à lui qu'appartenait beaucoup la parole. On sait comment il

parla devant la représentation nationale; on sait ce qui fut fait et ce qui fut préparé dans cette journée. On connaît la motion pleine de noblesse et de prudence de Vergniaud; cette motion si propre à faire ranger autour de la Convention nationale, pour en défendre l'intégrité, cette même force armée mise sur pied pour Tentamer. Tous ces faits, que leur publicité et leur authenticité ont fait connaître à tout le monde, sont réservés au pinceau de l'Histoire. Le lendemain (i" juin), dans Paris tout paraissait rentré dans le respect des lois et de la Convention nationale; mais dans le comité de salut public entraient et sortaient incessamment les membres du comité d'insurrection ; les législateurs étaient contraints à délibérer avec les violateurs de toutes les lois. Lorsqu'il restait si peu de pouvoir au comité de salut public , dans lequel était alors tout le gouvernement national , dont la très-grande majorité était très-irréprochable, très-pure, on comprend qu'un ministre n'était propre qu'à dé^ crier toutes les propositions qui passeraient par sa bouche ; cependant je ne qui liais pas le comité, je ne perdais pas une occasion de lui présenter les vues qui me paraissaient les plus

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