CHAPITRE PREMIER
relies et des intrigues , livré tout entier à des travaux qui faisaient mon bonheur : avec quelques titres, peut-être, à ce qu'on appelait des récompenses, je n'ai été d'aucune académie, je n'ai jamais eu aucune pension.
Durant l'Assemblée constituante, je n'ai presque jamais paru à la tribune, mais j'ai écrit tous les jours dans le Journal de Paris. Cette feuille, pendant que je l'écrivais, a eu de nombreux et de violents ennemis; c'étaient tous ceux de la révolution. Jamais ceux-là ne m'accorderont d'amnistie : ils peuvent pardonner aux écrivains qui ont eu une morale saine et des principes bornés de liberté; ils peuvent pardonner aux écrivains qui, en proclamant l'égalité, l'ont proclamée avec les excès qui la ruinent; mais à l'écrivain qui a eu des principes d'égalité très-étendus et une morale très-pure, ils ne pardonneront jamais.
Dans l'Assemblée constituante, je n'ai jamais été ni président, ni secrétaire, ni membre d'aucun comité. On convenait que je n'étais pas sans vues et sans talents; on doit croire que j'aurais eu quelques-unes de ces distinctions tant recherchées, si je n'avais pas été sans ambition et sans intrigue.
En cessant d'être membre de TAssemblée nationale, je cessai d'écrire le Journal de Paris, On me laissa le choix de mon successeur : je choisis Condorcet. J'étais bien sûr qu'il éclipserait mes talents ; mais j'étais sûr aussi qu'il soutiendrait et propagerait mes principes.
Au mois d'avril 1792 j'allai en Angleterre à la suite de l'ambassade de la France : comme ex-constituant, je ne pouvais pas avoir de titre ; je rendis quelques services, et ne voulus avoir aucun traitement.
C'était ce premier moment de la guerre où la France, trahie de toutes parts, paraissait vaincue. Avec les nouvelles des désastres de nos armées, se répandait à Londres une proclamation des gouverneurs de la Belgique, où les principes et les événements de notre révolution étaient défigurés d'une manière atroce, mais avec assez d'adresse pour tromper ceux qui jugent une révolution par ce qu'elle produit, et non par ce qu'elle doit un jour produire. Je fis une réponse ; elle fut traduite sur mon manuscrit, et imprimée d'abord en anglais : à mon retour en France, au mois de juin, je la fis imprimer à Paris. Elle eut un succès assez éclatant en Angleterre et en France; et je rap-