CHAPITRE DOUZIÈME
chapper, la conduite de ceux-ci coucourut à donner l'air d'une révolte à la conduite des autres, et les mouvements de ceux qui cherchaient des forces et des armes étaient imputés comme un crime à tous. 11 était bien difficile d'obtenir de l'ardente soif de la vengeance qu'elle respectât la vie de ceux qu'elle avait chargés de chaînes.
Tant d'inconsidération dans des déterminations d'une si haute importance est une preuve bien éclatante , ajoutée à tant d'autres , qu'ils étaient unis les uns aux autres par les mêmes principes, par la même manière d'aimer et de servir la république, mais qu'ils n'étaient unis par aucun complot , même contre des ennemis si atroces ! Hélas ! leur mémoire n'a aucun besoin de cette preuve de leur innocence; mais leur conservation , leur vie et celle de tant de milliers de citoyens dont l'échafaud a été dressé après le leur, avaient besoin d'une conduite plus habilement concertée , ou plus heureusement inspirée.
Ma conduite dans de pareilles circonstances, aussi difficile à bien tracer que la leur, était, je le crois, plus réfléchie ; mais elle n'a pas mieux réussi à les sauver, et on verra bientôt à com-
bien peu dans plusieurs moments a tenu mon salut, si on peut appeler mon salut le peu qui me reste d'une vie si indignement diffamée par tous les partis, si horriblement tourmentée.
En me condamnant à rester encore dans le ministère, je me marquai trois buts auxquels on m'a vu toujours tendre.
Le premier, d'employer tous les moyens dont je pourrais m'aviser , et qu'on ne m'enlèverait pas , à convertir les mouvements des départements en négociations entre les corps administratifs et les comités de gouvernement, pour empêcher l'explosion de la guerre civile ; le second, de hâter l'acceptation de la constitution à laquelle on travaillait très-hâtivement, et de préparer les esprits, dans Paris par mes conversations, dans les départements par un mémoire que je leur adresserais , à saisir le moment où la constitution serait solennellement proclamée, pourproclamer avec elle une amnistie accordée par les vainqueurs aux vaincus, et par les vaincus aux vainqueurs , qui en avaient plus besoin encore ; le troisième , de veiller ici sur toutes les dispositions sanguinaires que je pouvais craindre contre quelques détenus, pour les combattre de toute ma puissance.