‹ Mémoires de GaratChapitre 141 sur 213 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

On conçoit que lorsque Saint-Just, Gouthon et Robespierre furent entrés au comité de salut public, pour l'intérêt des Lyonnais , pour celui de mes correspondants et pour le mien, je ne devais communiquer de pareils renseignements qu'avec beaucoup de circonspection ; je les communiquais pourtant, et comme les plus exacts , suivant moi , comme les plus vrais de tous ceux qu'on recevait en même temps.

Lorsque les Lyonnais firent des propositions , parmi lesquelles il y en avait un trèsgrand nombre de justes, de raisonnables, j'étais loin de désirer qu'on traitât avec eux de puissance à puissance. Je sais sentir tout ce qui est dû à la majesté d'une nation, et tout ce que ceux qui la représentent doivent lui faire rendre; mais je n'aurais pas pu concevoir dans un gouvernement républicain ce despotique orgueil qui fait qu'on refuse une chose précisément parce qu'elle est demandée, si je n'avais vu, par mille exemples, que les âmes étroites et dures croient s'agrandir et satisfont leur orgueil personnel en étendant non la bienfaisance, qu'ils jugent une faiblesse, mais la sévérité de la puissance dont ils sont les représentants.

Je dis un jour au comité de salut public, et presque tous ses membres y étaient : <( On a « rendu le gouvernement révolutionnaire, pour c( diriger et contenir par l'action d'une volonté .( et d'une force unique ces milliers de mouve- (( ments disparates et désordonnés que la ré- <'. volution fait naître. Eh bien ! servez-vous « donc de cette force, qui doit être absolue, (( pour conserver et non pour détruire ; servez- (( vous-en pour établir provisoirement dans <( Lyon une force gouvernante qui ne sera ni «( celle des sections, ni celle de la commune de « cette ville, qui sera la vôtre, c'est-à-dire (( celle de la Convention, celle de la nation. '^ Comprimer tous les partis , pour les empê- (( cher de se déchirer, et pour vous dispenser «( de punir les attentats que vous n'aurez pas (( prévenus )>.

Je ne sais si, en m'écoutant parler, Couthon se vit déjà djns Lyon exerçant une puissance qui mettait tout à ses genoux , mais la persuasion avait l'air de passer dans son âme, elle y était. Il allait soutenir ma proposition, lorsque Robespierre, prenant la parole : J'entends, dit-il : vous nous proposez de détruire une commune'patriote ; cest contre les principes , et le

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