CHAPITRE TREIZIÈME
l'est par un frère ou par un père; avec Serre, que la force de son caractère et de son âme dévouait entièrement au parti qu'il avait embrassé ; mais peu fait, par la fermeté de sa raison, pour le délire des partis dont je l'avais vu moi-même l'ennemi très-déclaré durant l'assemblée législative ; avec Serre, qui, sans ambition et sans passions personnelles, se mettait à la tête de tous les dangers, pour se sacrifier, s'il le fallait, aux amis qu'il avait dans la députation de la Gironde.
Je renonçai à ce projet, lorsqu'on parla d'envoyer deux représentants du peuple à Bordeaux, et je ne m'occupai plus qu'à concourir, autant que je le pourrais, à faire tomber le choix sur des hommes que la ville de Bordeaux écouterait avec la confiance due à la raison, à l'impartialité et à la sagesse. J'ai lieu de croire que je fus le premier à désigner Treilhard et Mathieu à ceux qui pouvaient les présenter à la Convention ; je ne pouvais que beaucoup espérer d'eux, et peut-être beaucoup craindre pour euxmêmes : je craignais, en effet, qu'ils ne fussent froissés entre tous les excès, parce qu'ils ne donnaient dans aucun; qu'ils ne fussent pris dans la Gironde pour des Montagnards, et à la
Montagne pour des Girondins ; je le disais alors, et tout le monde a pu savoir depuis que c'est précisément ce qui est arrivé.
La situation d'un ministre^ à celte époque, était étrange et cruelle! Il était obligé, en quelque sorte, de comploter le bien comme on complote le mal, de tendre à l'exécution des intentions les plus pures par des voies couvertes et obliques ; et ce qu'il avait fait, ou ce qu'il avait voulu faire de bon, caché sous les nuages dont il l'enveloppait, le laissait chargé de tout le mal qui se faisait malgré lui, le faisait entrer en partage de toutes les haines inspirées par des hommes qui étaient pour lui-même les objets de sa plus grande horreur.
Dans le même temps que , suivant mes moyens, j'étais occupé sans relâche à écarter de Lyon, de Bordeaux, du Calvados, les fléaux dont ils étaient menacés, moi-même j'étais présenté dans tous ces lieux comme un des fléaux de la république : ce placard sur les orgies sanguinaires de Charenton, dont j'avais empêché l'affiche, mais que j'avais remis au comité de salut public, était réimprimé à Lyon , et à tous les noms qui y étaient déjà lorsqu'on m'en remit les exemplaires à Paris, on ajoutait le