‹ Mémoires de GaratChapitre 146 sur 213 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

mien ; à Bordeaux même, à Bordeaux, où mon cœur espérait avoir laissé des souvenirs plus ineffaçables de ce que je suis et de ce que je ne puis pas être, à Bordeaux, la commission populaire, dans ses proclamations, me peignait comme le ministre et comme l'un des chefs des anarchistes, des factieux, des bourreaux; dans les départements du Nord et du Midi circulait une lettre imprimée, dans laquelle j'étais dénoncé à toute la république comme usurpateur et copartageant du pouvoir suprême avec Danton, Robespierre et Marat! Ainsi, cette association ridicule autant qu'affreuse des noms de Garât et de Marat, l'un des artifices de l'aristocratie expirante , pour faire confondre celui qui honorait toujours et qui éclairait quelquefois la révolution , avec celui qui ne pouvait la couvrir que d'horreurs , de ruines et de sang; cette association, si propre à laisser à nu l'esprit de diffamation qui la faisait , était appelée au secours des hommes qui, à tant d'égards , devaient être considérés comme les héroïques défenseurs de la révolution , de la morale et de la république ! Dans le Calvados , les discours qui retentissaient à toutes les oreilles me défiguraient tellement aux yeux

d'une femme capable de résolutions magnanimes , qu'elle aiguisait le même poignard pour l'un des hommes les plus affreux de tous les siècles et pour moi! On pratiquait déjà cet art auquel nous avons vu faire sous nos yeux de si effrayables progrès , cet art qu'avaient pratiqué aussi les tyrans de la Grèce , de Rome et de la Judée , lorsqu'ils faisaient couler le sang des philosophes dignes des hommages de tous les siècles, confondu avec le sang des esclaves dont la vie avait été aussi criminelle que la condition était abjecte, lorsqu'ils faisaient expirer sur des croix des âmes toutes célestes au milieu des larrons !

Instruit de toutes ces injustices , qui , peutêtre, étaient des iniquités, et qui, peut-être, n'étaient que des erreurs de cet esprit de parti dont les égarements sont plus incalculables encore que les fureurs , j'en étouffais dans mon âme déchirée les impressions, de crainte de perdre le courage et la constance nécessaires pour réaliser ce qui me restait d'espérances.

La plus grande de ces espérances , celle qui me paraissait la moins difficile à remplir après que les mouvements des départements, qui n'avaient pu être prévenus , avaient été étouf-

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