CHAPITRE QUATORZIÈME
c'est l'effet que je voulais produire par un écrit que j'adressais aux départements de la république , mais que je ne pouvais guère composer que durant les nuits, les journées entières étant absorbées par les détails immenses et accablants de l'administration .
A l'instant où l'approbation donnée au 31 mai et au 2 juin parut générale dans Paris, et que l'indignation, qui n'était pas étouffée encore par la terreur , était générale dans la république, on demandait aux ministres, et on exigeait surtout de celui de l'intérieur, qu'ils adressassent des circulaires aux départements, pour représenter ces journées sous les aspects les plus favorables, pour les inscrire parmi les jours heureux et glorieux de la république.
Jamais ma plume ne voulut écrire de lettres qui auraient fait circuler de pareilles apologies. Je défendis à tous les chefs de bureau de l'intérieur de rien insérer dans la correspondance qui eût trait à ces journées, et je dois dire qu'ils avaient tous peu besoin qu'on leur recommandât de n'en pas faire l'éloge.
Mon silence n'était pas difficile à entendre, et je ne voulais pas toujours le garder.
Au comité de salut public, les instances devenaient chaque jour plus pressantes; elles devenaient presque menaçantes. Je répondais toujours : On écrit rapidement pour les passions; quand on veut écrire pour la vérité, il faut du temps; laissez-moi faire : je saisirai le bon moment pour paraître , et je crois écrire des choses utiles à Tovs,
L'inquiétude que donnait mon silence faisait tant de progrès, que Danton, qui avait démêlé l'espèce 4o sentiment que je portais dans les affaires , et qui en avait été touché , que Danton, qui ne voulait pas me perdre, mais qui voulait moins se perdre encore^ avait dénoncé mon silence dans une séance des Jacobins : Le ministre Roland, dit Danton, inondait la France d'écrits contre - révolutionnaires ; le ministre Garât a une autre manière de perdre V opinion publique : Une fait pas un seul écrit, La phrase avait tout à fait une tournure de tribune ; elle fut applaudie atout rompre, et ce soir-là même, je crois, les Jacobins nommèrent des commissaires chargés de l'examen de ma conduite. Le lendemain, Danton me dit : Diable dliomme! j'ai été obligé de vous dénoncer aux Jacobins. Je