‹ Mémoires de GaratChapitre 152 sur 213 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

lui répondis sans aucune amertume : Je sais que vous m* avez dénoncé, et je crois que vous y avez été obligé.

Si mon silence paraissait coupable, j'avais lieu de craindre que mon ouvrage ne le parût un peu davantage, et cependant je le poursuivais toujours. La grandeur des objets et le cadre étendu dans lequel j'en présentais le tableau à la république lui donnaient de l'étendue. Je remontais à l'origine de toutes les querelles pour mieux voir et pour mieux montrer leur nature dans leurs sources; je distinguais et je marquais les époques qui avaient accru par degrés leur violence ; j'appréciais le caractère et l'influence qu'avaient portés dans ces querelles les tribunes de l'Assemblée nationale , la société des Jacobins, et la commune de Paris, les feuilles, les journaux les plus renommés; je traçais , comme en ayant été presque toujours le témoin, les récits des grands événements qui avaient jeté le désordre et l'alarme dans la république ; je pesais dans les balances de ma raison et de ma conscience les graves inculpations faites réciproquement par les deux côtés de la Convention nationale; je faisais évanouir, comme des fantômes enfantés par la

peur ou par la haine , ces accusations de royalisme répandues de toutes parts dans un moment où la république n'était pas seulement la passion de toutes les âmes, mais leur délire; je combattais, comme une autre chimère plus absurde et plus dangereuse, le fédéralisme ^ mot pris dans une acception entièrement contraire à celle qui lui appartient, et qui, lorsqu'il exprime quelque chose de réel, peint une forme de gouvernement entièrement opposée aux actes par lesquels on avait voulu réunir et conjurer tous les départements de la république contre la tyrannie dont toutes accusaient la commune de Paris ; je m'arrêtais avec tous les sentiments d'intérêt et de douleur dont une âme humaine puisse être pénétrée , sur la situation des représentants du peuple détenus à Paris ; je récusais pour eux ce tribunal révolutionnaire à la formation et aux formes duquel ils s'étaient tous opposés, dont ils avaient déjà décliné nonseulement la compétence, mais l'existence; je demandais pour eux à la nation un tribunal composé de jurés et de juges envoyés de tous les départements , et rassemblés sous des formes vraiment judiciaires, très-loin de Paris, non à Bordeaux, non à Lyon , non à Caen , mais

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