‹ Mémoires de GaratChapitre 154 sur 213 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

mune, qui avait créé pour cela dans son sein un bureau de subsistances, présidé par le maire.

Je n'y avais eu et je n'avais pu y avoir que deux espèces de participation.

Deux ou trois fois j'avais demandé quelques millions à la Convention pour cette dépense, et plusieurs députés, je l'ai su, m'en avaient fait un crime auprès de leurs départements. Je le connaissais bien tout ce qu'on pouvait penser et dire d'un tel abus, et je le disais moimême en demandant les millions; mais cet abus, on l'avait souffert avant, on l'a souffert depuis, et s'il y a jamais eu un moment où il ait été dangereux de le supprimer, c'est au moment où je parlais.

La seconde participation que j'ai eue , c'est celle d'apostiller les réquisitions de grains faites pour la commune de Paris , afin de leur donner comme une sanction de la république.

Cependant l'approvisionneur en chef, un certain Garrein , parce qu'il est ou qu'il feint d'être dans l'embarras, imagine de faire retomber sur ma tête la responsabilité qui devait peser tout entière sur la sienne.

Je reçois de ce Garrein une lettre dans la-

quelle il m'écrit : // va falloir que le peuple sache et qu'il prononce lequel de nous a mis sa subsistance et sa vie en péril. J'adresse à l'instant au maire un billet dans lequel je lui dénonce cette insigne extravagance, et dans lequel je le préviens que je vais la dénoncer à la Convention. Une heure peut-être ne s'était pas encore écoulée, arrivent chez moi le maire, toujours très-calme, Garrein, avec l'air repentant et presque soumis , s'excusant sur ce qu'il n'avait presque pas le temps de lire les lettres qu'il signait. On m'engage à tout oublier. Pour prouver combien j'oublie l'injure , je remets la lettre même qui la contenait. Deux jours après, Garrein étale dans tout Paris un placard rouge, de la hauteur de plus d'un mètre , dans lequel il répète de mille manières la même absurdité , et dans les propres mots de la lettre que je lui avais rendue. Le peuple ne lut point Garrein, on ne le crut point; les comités de la Convention se préparaient à m'en faire justice, et il fallut creuser quelque autre précipice sous mes pieds.

Depuis longtemps on avait fait entrer dans les torrents des préjugés et des erreurs qui ravageaient l'espérance de toutes les prospérités

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