‹ Mémoires de GaratChapitre 160 sur 213 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

étais- je loin d'appeler sur moi des regards qui me fuyaient en évitant d'avoir l'air de m'avoir aperçu , qui me laissaient dans la solitude que j'avais méritée par mes vues et par ma conduite isolée de tous et de tout, excepté de l'intérêt général , de l'intérêt de la vérité , de l'intérêt de l'humanité et de la république.

Dans ce premier moment , un seul homme osa s'approcher de moi à la barre , et tandis que les autres n'osaient m'avoir vu , il osa me parler : c'était un membre du côté droit.

Mais lorsque, prenant la parole, je racontai la visite un peu extraordinaire que j'avais reçue la veille de Collot d'Herbois pendant mon dîner et après le sien, alors trois de ces hommes dont l'âme est trop courageuse et appartient trop aux mouvements de la nature pour souffrir qu'une grande injustice se fasse en leur présence sans qu'ils la combattent , se levèrent presque tous les trois ensemble , et sans parler de mon innocence, ils couvrirent des ridicules qu'elles méritaient les dénonciations de l'accusateur.

Cependant Collot d'Herbois était monté à la tribune pour me lancer de nouveau les foudres de son éloquence, et sa puissante dialectique,

prompte à saisir d'une manière terrible toutes les circonstances du moment, tirait parti d'une pâleur qu'un accès de migraine répandait sur mes traits, pour y trouver la pâleur etla preuve évidente du crime. Il était très-douteux encore si je serais renvoyé libre à l'intérieur et à mes fonctions, ou si je serais envoyé à la Conciergerie; et j'en atteste l'éternelle vérité, tel était l'empire absolu et facile que j'exerçais alors sur toutes les émotions de mon âme , que durant toute cette scène j'étais moins occupé à écarter un dénoument funeste, qu'à observer le jeu vraiment bizarre et fatalique des passions, des esprits et des événements.

Dans les paroles que j'avais prononcées, je n'avais eu garde de parler de la cause secrète et seule réelle de cette grande querelle. Celui qui présidait, c'est-à-dire, Danton, qui m'avait parlé sans cesse de mon ouvrage , et à qui il ne pouvait plus rester aucun doute sur l'esprit dans lequel je l'écrivais , Danton était de tous les membres de l'Assemblée celui qui savait le mieux pourquoi on me persécutait et de quoi j'étais coupable sans qu'on m'en accusât. Il était aussi de toute la Montagne celui, peut-être, dont la publication de mon ouvrage pouvait le

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