CHAPITRE QUINZIÈME
plus mettre la sûreté en péril ; mais en me défendant j'avais dit, et à dessein, beaucoup de choses qui ne pouvaient être comprises que par Danton. Dans la scène générale il y en avait une particulière qui se passait entre le président de la Convention et le malheureux ministre exposé à la barre ; j'avais rappelé quelques circonstances où Danton avait obéi à ces cris de la conscience et de l'humanité qui élèvent si fort une âme au-dessus des intérêts, des combinaisons et des cruautés révolutionnaires, et les traits invisibles que je dirigeais vers son âme y arrivèrent tous. Il quitte le fauteuil pour la tribune , il prend la parole , il me déclare innocent, en me déclarant en même temps, clej^ar la nature, incapable de m'élever jamais à toute l'énergie et à toute la hauteur révolutionnaires. Le décret d'arrestation est rapporté et la liberté m'est rendue.
Avant de sortir de la Convention je passai près du président, qui m'arrêta pour me dire : Ecrive% donc une circnlaire toute simple et jetez votre ouvrage littéraire au feu; gardez cela pour rhistoire.
Les trois quarts au moins de l'assemblée, à cette époque, durent croire que Danton avait
parlé sur moi à charge et à décharge ; luimême le crut peut-être^ ou du moins voulut le faire croire. Quant à moi, le témoignage que je lui sus le plus de gré de m'avoir rendu fut ce reproche solennel de faiblesse qu'il me fit devant toute la république. J'avais la faiblesse en effet de ne vouloir entrer par aucune espèce d'approbation, ni exprimée ni tacite, dans les voies par lesquelles on faisait marcher la Révolution depuis le 31 mai. C'était un certificat bien authentique que me signait le président de la Convention , et par lequel il déclarait à toute la France que je n'avais pas eu assez de grandeur révolutionnaire pour entrer dans ces hautes mesures. Si j'y étais entré en effet, si j'avais voulu seulement écrire et signer deux pages, quels ennemis aurais -je pu craindre en ce moment, et quels éloges auraient été trop éclatants pour moi? Ce reproche de faiblesse m'a été fait tantôt par le côté droit, tantôt par le côté gauche , tantôt par les deux côtés à la fois ; et c'est précisément parce qu'il m'a été fait de tous les côtés que de tous les côtés je l'accepte comme un témoignage qui m'est donné par tous de la force que j'ai eue de résister aux passions qui étaient partout et qui , par leur