‹ Mémoires de GaratChapitre 164 sur 213 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

je pouvais les juger avec impartialité ; cette prétention le révoltait bien davantage encore. Dans tous ces passages les convulsions de ses joues se multipliaient singulièrement et prenaient plus d'accélération et plus de fréquence.

Je m'étais appliqué comme une espèce de devise, une image, un emblème superbe qui m'avait beaucoup frappé à la tête, de la petite logique deWolff. Dans une gravure,Wolff représente la terre^ comme elle est presque toujours, livrée aux orages de toutes les passions qui promènent sur sa surface leurs tempêtes ; audessus et dans la région où n'atteignent point les orages, du milieu de l'espace pur, sort un bras qui ne tient A aucun corps ; à ce bras est suspendue une balance dont les plateaux sont immobiles dans leur égalité ; au-dessus de la balance, sur une banderole, sont écrits ces mots : Discernit pondéra rerum,

(( Pourquoi, me demanda Robespierre, ce bras ne tient-il à aucun corps?

— Pour représenter qu'il ne tient à aucune passion.

— Mais tant pis : la justice doit tenir à la passion du bien public^ et tout citoyen doit rester attaché au corps de la république. »

Une page de cet écrit roulait sur Robespierre lui-même, c'est-à-dire sur un de ses discours. Ce discours était beaucoup loué ; je louais beaucoup surtout des engagements qu'il y avait pris d'oublier toutes les offenses personnelles, de ne conserver de ressentiments que contre les torts qui seraient faits à la république. Les âmes généreuses ont de ces sentiments dans le moment d'un triomphe; les lâches en ont à l'ouverture d'un combat qu'ils redoutent, et les vertus que Robespierre avait promises au moment du péril, je voulais, en l'enchaînant par ses éloges, les lui imposer au moment du triomphe. Pendant toute cette partie de la lecture, il tint sa main posée sur ses yeux; elle me cacha les impressions qui auraient pu se manifester sur son visage.

Il y avait dans cet ouvrage un morceau trèsétendu sur les Jacobins ; il était écrit au moment de leur plus haute puissance : on le croirait écrit depuis le 9 thermidor. Robespierre eut beaucoup de peine à l'entendre jusqu'au bout.

cf Vous ne connaissez point du tout, me dit-il, les Jacobins.

—• Il est vrai que je n'y vais jamais ; mais

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