CHAPITRE QUINZIÈME
je lis très -exactement les comptes de leurs séances.
~ Ces comptes sont faux.
— Ils sont rendus par des Jacobins.
— Ces Jacobins sont des traîtres. »
Quand il entendit que je m'offrais pour être
l'un des défenseurs officieux des députés détenus , un sourire moitié gai , moitié amer, se plaça sur ses lèvres, et ne les quitta plus tant que dura le morceau. « Ils riraient bien eux-mêmes, me dit-il, s'ils potivaient vous entendre ou vous lire. Eux vous auraient fait guillotiner très-officieusement.
-- Cela se peut, mais pour juger de ce que je dois aux autres, je n'attends pas que je puisse -savoir ce qu'ils jugent me devoir. En tout, je crois qu'ils auraient peu guillotiné.
— Peu est bon. »
J'aperçus clairement qu'il ne doutait pas qu'il ne fût compris dans ce peu, et que cela lui paraissait beaucoup.
Le morceau le plus important de l'ouvrage, celui qui devait imprimer son caractère à tous les autres, celui qui pouvait produire les effets politiques les plus considérables sous la plume d'un ministre de la république, témoin et partie
dans les événements, c'était le tableau que je traçais et le jugement que je portais du 2 juin.
C'était là que Robespierre m'attendait. Voici ce qu'il entendit :
(( Le comité révolutionnaire, élevé dans Paris (( au-dessus de toutes les lois, voulait en dicter (( une aux législateurs de la république , et i( l'insurrection, qui s'était comme reposée un (( jour, le lendemain, le dimanche (2 juin), se <( relève avec plus de fureur. Une force armée (( beaucoup plus considérable, et dans laquelle (( on remarquait des soldats inconnus aux ci- <f toyens, environne la Convention nationale <i de plusieurs enceintes hérissées de fer. Cent a bouches de feu , en se déplaçant sans cesse, (( en roulant autour du palais national avec un « retentissement funèbre , semblent chercher (( la position la plus propre à vomir la flamme (( et la mort. Les gardes les plus farouches sont u ceux que des consignes données par des <( autorités inconnues ont postés le plus près t( des législateurs et du sanctuaire. C'est dans « cet appareil, qu'on croirait destiné au sup- (( plice des représentants de la nation, qu'on (( leur demande une loi. Etrange contradic- (( tion ! el^ si elle n'avait pas des exemples