CHAPITRE PREMIER
les événements et les accusations élevées contre moi , surprendra beaucoup de gens , mais qui ne surprendra beaucoup que ceux qui ne me connaissent pas du tout.
Si j'avais été disposé à recevoir des préventions pour Tun des deux côtés de la Convention^ je les aurais plutôt reçues pour le côté droit. Dans ce côté j'avais un très-grand nombre de connaissances et quelques amis; dans le côté gauche je n'avais pas un seul ami , et j'avais très-peu de connaissances; les opinions poliliques, le caractère et le langage des membres du côté droit, avaient avec mon caractère , avec mes opinions et avec mon langage, infiniment plus de ces analogies qui forment si naturellement les liaisons. Je ne voyais pas là un seul homme pour qui j'eusse la plus légère répugnance , et à qui je pusse en croire pour moi. J'en remarquais plusieurs dans le côté gauche sur qui je ne pouvais jeter les yeux sans les détourner avec une sorte d'horreur, et qui ne pouvaient les fixer sur moi qu'avec inquiétude.
C'étaient là mes affections personnelles; mais des affections ne devaient pas diriger la conduite d'un homme public.
J'étais persuadé que dans le côté gauche le nombre des hommes bien intentionnés était sans comparaison le plus nombreux; que les fureurs , même les plus dangereuses pour la république , croyaient voter pour elle ; qu'il y avait quelques hommes atroces , et pas un traître; qu'il fallait ménager les passions, au lieu de les irriter, parce qu'en les ménageant, on pouvait se ménager aussi le temps de les enchaîner dans une constitution sage et dans un gouvernement puissant; au lieu qu'en les irritant^ on imitait leurs excès, on étendait leur empire^ on retardait, on perdait peut-être à jamais le moment d'instituer un gouvernement organisé avec sagesse et grandeur, un gouvernement qui protégerait de toutes les forces de la république la sûreté des individus et la liberté de la nation contre les complots des ambitieux et contre les fureurs de la multitude. L'esprit de parti me paraissait bien moins dangereux dans les représentants que dans un ministre, parce que les opinions et les passions des représentants trouvent des passions et des opinions opposées, au lieu que la force qui exécute ne trouve pas une autre force qui l'arrête.