CHAPITRE SEIZIÈME
ment pour la liberté; d'ajouter sans cesse aux moyens de force et de puissance du comité de salut publie, parce que l'ambition, qui n'aurait plus à faire de vœux pour elle-même, pourrait enfin en faire pour le bien de la république ; et que si, au contraire, elle continuait à faire servir de nouvelles forces à de nouveaux crimes, sa puissance, devenue plus odieuse par sa grandeur même , se porterait aux forfaits avec cette insolence et cette effronterie qui sont toujours les derniers excès et le terme de la tyrannie ; d'arriver enfin , ou par des mouvements gradués , ou par un mouvement inattendu , impétueux, au renouvellement total ou partiel des deux comités , pour faire entrer dans le gouvernement, par une heureuse irruption , les vues grandes, généreuses et vraiment nationales qui avaient tramé la conspiration.
Voilà de cette conspiration , qui a conduit tant de citoyens à l'échafaud, ce que j'en ai pu voir ou savoir; et si, dans les communications intimes des hommes, il existe pour eux quelque moyen de discerner la sincérité de l'imposture, les intentions magnanimes des intentions petites et personnelles, l'unique ambition de Danton, à cette époque, fut de réparer, par un bien im-
mense et durable fait au genre humain, les maux terribles et passagers qu'il avait faits à la France; d'étouffer sous une démocratie organisée avec une haute et profonde sagesse le délire et les désastres de la sans-culotterie ; de faire expirer la Révolution sous un gouvernement républicain assez puissant et assez éclatant pour rendre éternelle l'alliance de la liberté et de Tordre ; d'assurer le bonheur à sa patrie ; de donner la paix à l'Europe et de s'en retourner à Arcis-sur-Aube vieillir, dans sa paresse, au milieu de ses enfants et de sa ferme.
C'est à cette hauteur de sentiments et de vues qu'avait été élevée l'àme de Danton par cette même conspiration qui avait élevé le talent de Camille à côté des pensées profondes et sublimes de Tacite; et ceux qui en seront étonnés déclareront par leur étonnement qu'ils ignorent ce que peuvent dans une âme qui n'a pas cessé d'appartenir aux affections tendres de la nature, les reproches de la conscience pour embrasser la vertu comme l'autel où tout s'expie, et ce que peut une seule vue inspirée par la vertu pour créer ou pour agrandir le génie. En mourant pour la cause de l'humanité, on vit Danton porter et fixer un regard prolongé au ciel, qu'il
CHAPITRK SEIZIÈME. 321
était digne de regarder; et quelles qu'aient été ses fautes, la vérité lui rendra dans tous les siècles deux témoignages : il a foudroyé le trône, et il est mort sur l'échafaud pour avoir voulu arrêter l'effusion du sang humain qui coulait par torrents sous la main des bourreaux et sur les fondements de la république.