‹ Mémoires de GaratChapitre 179 sur 213 · CHAPITRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

nom parmi les noms proscrits , et Chaumette, en l'entendant , s'écrie : Cela va sans dire. Menacé de tous les côtés, telle était l'indifférence que le mépris de tout me donnait pour tout, que je jure n'avoir pas même songé à faire aucune revue de mes papiers. Toutes mes précautions , en ce genre , se bornèrent à brûler quelques billets qui étaient dans mes gilets , et qui la plupart m'avaient été écrits par Biron et par le fils infortuné du malheureux Gustine.

Vers le 15 ou 16 septembre, Garât, ci-devant caissier de la trésorerie nationale, arrive de notre pays commun. 11 se présente de son propre mouvement à sa section f du Mont-Blanc), où on l'arrête. On trouve dans son portefeuille une lettre à mon adresse ; on l'ouvre : elle était écrite par une religieuse, il est vrai, par une de mes sœurs; mais cette religieuse est un ange. A deux heures après minuit, le comité révolutionnaire du Mont-Blanc, escorté de fusiliers, se transporte dans mon appartement à la section du Bonnet-Rouge. On s'empare d'une demidouzaine de mes cartons , on appose les scellés sur tout le reste de mes papiers, on me signifie que je suis arrêté , et qu'il faut me transporter à l'instant à la section du Mont-Blanc. Le len-

demain, mon neveu et une autre personne qui vient me voir avec lui sont arrêtés et retenus dans la même prison que moi. Pendant cinq jours et presque cinq nuits, on lit un à un les papiers de tout genre qui remplissaient mes cartons , et durant l'examen des membres du comité révolutionnaire vont à chaque instant dans les bureaux du ministre de la guerre s'éclairer des lumières de Mazuel, d'Audouin et de Vincent. Pour faire subir un interrogatoire à un ex-ministre, il fallait tout ce qui pouvait se trouver de plus parfait dans un comité révolutionnaire ; et pour cela uniquement y arrivait tous les soirs un homme qui était en même temps membre du tribunal révolutionnaire. Le comité faisait trembler tout le monde , et cet homme faisait trembler le comité. J'ai oublié son nom. La première fois que je comparus devant ce magistrat, un de ses collègues du comité, s'approchant démon oreille, médit: Vous allez être interrogé par le plus grand scélérat de la terre. J'aurais pu me douter qu'on n'aurait pas fait choix du plus honnête homme. Il faut être juste envers tout le monde : s'il était un coquin, il n'était pas un sot. Il est impossible de fouiller avec plus de dextérité dans toute la

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