‹ Mémoires de GaratChapitre 181 sur 213 · CHAPITRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

Garât, quand est-ce que vous croyez^ que tout ceci finira?

— Quoi, tout cela?

— Mais rétat de choses où nous vivons. » Je ne répondais pas très-vite; je regardais

plus que je ne répondais. « Vous pouvez, me dirent-ils tous les deux, parler avec confiance ; la vie que nous menons ici est un enfer ; nous sommes les plus malheureux des hommes. Notre unique consolation, c'est de pleurer ensemble (et tous les deux pleuraient réellement devant moi). Si on nous voyait, il y en atrois ou quatre ici qui nous feraient incarcérer sur-le-champ. On nous épie , et du moindre mot que nous disons en faveur de quelqu'un, on nous en fait un crime. 0 mon Dieu! quand est-ce que tout ceci finira? »

Il ne me restait presque plus de doute sur la sincérité de leur intérêt et de leur douleur , et je pris le parti de les consoler, de leur donner des espérances que je n'avais plus moimême, pour relever leurs âmes consternées et leur donner le courage dont ils avaient besoin pour faire quelque bien dans cet horrible ministère. Braves gens, permettez-moi de vous nommer ; je crois le règne de la justice assez

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établi pour que vos noms parviennent à Testime publique sans être recueillis encore sur des listes de proscription : l'un est Bourret, apothicaire, rue du Mont-Blanc ; l'autre, Ptolomée.

Quand je n'eus plus mon gendarme, je parus plus libre, et c'est depuis ce moment que ma mort fut arrêtée ; c'est depuis ce moment que les membres du conseil général de la commune qui avaient le plus de crédit allaient répétant de toutes parts que neuf chefs d'accusation étaient rédigés pour me traduire au tribunal ; c'est depuis ce moment que Héron, qui était, comme on sait, bien informé, assurait que mon affaire devait aller avec celle des subsistances ; c'est depuis ce moment qu'en plein conseil général du département, Momoro me dénonçait comme un contre-révolutionnaire plus pervers que tous les Girondins ensemble, et que des membres de ce même département pressaient incessamment le comité de sûreté générale de me faire arrêter et traduire au tribunal ; c'est depuis enfin que, trouvant une occasion commode, et saisissant une analogie qui se présentait naturellement, il fut décidé qu'on me prierait de monter dans la voiture destinée pour le 1 1 thermidor à trois ou quatre ex-mi-

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