CHAPITRE DIX-HUITIÈME
les respecter ; il ne suffit pas de les respecter envers ses amis et pour soi-même, il faut les respecter contre soi-même et envers ses ennemis. Les vrais principes sont des articles d'un traité de paix dicté par la raison aux passions et aux erreurs qu'elle ne peut détruire. Etre bienfaisant et juste envers ce qu'on aime et ce dont on est aimé, n'est pas une vertu ; les tigres même et les loups le sont; la véritable vertu, la seule vertu sociale est cette force éclairée qui ne se précipite ni du côté de l'amour ni du côté de la haine, mais qui, marchant toujours les balances du raisonnement et de la justice à la main, arrête les passions par la prévoyance, résiste aux affections personnelles par la vue et par le sentiment de l'ordre général, et ne s'avance jamais qu'en posant des barrières ou des fanaux partout où elle aperçoit des précipices. Le temps où on pouvait tromper les honnêtes gens sur mon compte est passé. Les passions , de quelque espèce qu'elles aient été, quelque but de bien public qu'elles se soient proposé, ont fait depuis un an à la France des maux si inouïs , qu'elles-mêmes en sont épouvantées. Nul ne peut plus attendre aucun bien réel que de la sagesse, de la modération et de
la vérité. La vérité commence à percer de toutes parts. Il existe des hommes capables de la discerner à travers tous les nuages de sang dont elle a été enveloppée, capables de la présenter avec ces traits précis et éclatants qui assurent son triomphe en lui donnant son évidence. 11 n'existe pas sur la terre de puissance capable d'anéantir ou d'obscurcir les vérités que j'ai consignéesdanscespagesquejepublie aujourd'hui ; puisqu'elles sont écrites, elles sont impérissables; toutes se tiennent, et elles tiennent à tout ce qui a été. Le sceau que je leur ai imprimé sera plus ineffaçable que celui de toutes les républiques et de toutes les chancelleries. Ma personne est encore sous la main des hommes , ma mémoire n'y est plus. Des hommes qui ne pouvaient me pardonner de les croire les uns et les autres les amis de la république se sont embrassés pour la sauver ensemble, et ce que tous appelaient ma faiblesse est devenu la sagesse de tous. Je ne me suis pas trompé, puisqu'ils ont reconnu leurs erreurs ; je suis justifié, puisqu'ils se sont pardonné. Il est un tribunal, mais c'est le seul devant lequel nous devons encore tous paraître, c'est celui de la postérité. L'esprit de parti, qui n'est pas l'esprit des siè-