‹ Mémoires de GaratChapitre 20 sur 213 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

paiement sur la motion de Ducos, qui, à l'instant même, saisit toute la question que je traitais, fut touché de mes sentiments, qu'il partagea, et les défendit, par des éloges éclatants, contre la méprise incroyable qui les défigurait et qui les repoussait. Après l'impression du discours, ceux qui le lurent, même avec des préventions, reconnurent et désavouèrent leur erreur; mais la mauvaise foi et la haine se saisirent de cette erreur d'un instant, de cette impression fausse reçue au milieu d'un tumulte; et c'est encore sur elles qu'elles fondent aujourd'hui une de leurs accusations les plus affreuses et les plus absurdes contre moi.

Ils disent donc (et je suis condamné à le redire!), ils disent que j'ai fait l'apologie des massacres des 2 et 3 septembre. Ils le disent ! et ils oublient que le discours fut imprimé, que l'édition tout entière n'a pas disparu dans des flammes allumées par les haines qui me poursuivent! Ils le disent! et ils ne songent pas que je puis remettre ce discours sous les yeux de la France entière, qui n'aura alors que pour eux seuls l'horreur que mérite en effet tout apologiste des journées des 2 et 3 septembre ! Quelle passion que la haine ! elle consent à acheter

quelques instants de jouissance par des siècles

d'infamie.

Français, et vous leurs législateurs, vous représentants de la France, songez que la justice rendue aux fonctionnaires irréprochables et la justice faite des fonctionnaires coupables est, dans les républiques, la plus forte, l'unique garantie du règne des lois, de la morale et de tous les biens de l'existence sociale. J'appelle donc vos regards les plus sévères sur moi , qui ai rempli par vous, et au milieu de vous, des fonctions importantes. J'entends réclamer de toutes parts de l'indulgence pour les fautes commises durant les jours révolutionnaires ; je con nais bien la nécessité et la justice de cette espèce d'indulgence, mais je veux l'accorder, et je ne veux pas la recevoir; entendez les maximes dont je veux bien me relâcher envers les autres, mais dont je ne veux pas, et dont je ne pourrais pas me relâcher envers moi-même. La loi la plus profondément gravée au fond de mon âme est celle qui me crie que les devoirs les plus sacrés de l'homme sont ceux qui le lient envers l'humanité. On est homme avant d'être républicain ; et il ne faut vouloir la république que parce que c'est la république qui peut rendre

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