‹ Mémoires de GaratChapitre 21 sur 213 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

rhumanité plus sacrée et les hommes plus faciles à la pitié et à la miséricorde. Si donc, sous quelque prétexte que ce soit , sous le prétexte de république et de révolution, il m'est arrivé de parler, je ne dis pas avec éloge, je ne dis pas avec indifférence, mais sans horreur de l'effusion du sang humain , faites tomber sur ma tête la hache de vos lois, et que votre indignation, que je redoute davantage, me poursuive de l'échafaud sous la tombe et dans la mémoire des siècles.

Lorsque je parlai des journées des 2 et 3 septembre devant les représentants de la France, il y avait déjà plus de deux mois que ces massacres avaient été exécutés : l'Assemblée législative, qui n'avait pu les empêcher, non plus que le massacre de Versailles , n'avait rien fait pour les punir ou pour en préparer la punition ; la Convention nationale, qui lui avait succédé , gardait le même silence; les tribunaux étaient muets et immobiles; la nation entière avait frémi, et elle se taisait : on n'en parlait que trop dans toute l'Europe; mais la voix de l'Europe n'était plus entendue en France : Roland seul, au milieu de l'Assemblée législative, et le 3 septembre, avait laissé entrevoir une opinion, mais

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sans rien proposer; et tant d'horreurs semblaient ensevelies dans un silence universel, qui ne pouvait ni les couvrir, ni les effacer.

Quand une Assemblée nationale, revêtue par le genre de sa mission de pouvoirs sans limites, montrait tant de circonspection , ce n'était pas à un ministre, on le sent trop, d'en avoir ou d'en montrer moins. La question que j'eus à traiter dans mon discours, et que je traitai, ne fut donc point et ne put pas être celle de savoir si on poursuivrait les auteurs des massacres des 2 et 3 septembre : quels que fussent, à cet égard, mon sentiment comme homme et mon opinion comme ministre, je devais les renfermer dans mon âme et dans ce silence gardé par tout le monde.

Mais des circonstances de ces journées des 2 et 3 septembre sortit une autre question , sur laquelle un ministre de la justice ne pouvait pas garder le silence, et sur laquelle la Convention nationale pouvait seule donner une décision.

Les auteurs des massacres avaient, dans toutes les prisons, élargi les prisonniers qu'ils n'avaient pas égorgés. La vertu même, s'ils la soupçonnaient d'être née dans un château ou de

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