‹ Mémoires de GaratChapitre 22 sur 213 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

s'être approchée d'un autel, ne trouvait pas grâce à leurs yeux; mais le voleur et l'assassin , si on ne leur imputait pas d'autres crimes, leur paraissaient des patriotes , et ils les rendaient à la patrie.

Une foule de ces malheureux, après avoir souffert pendant plusieurs nuits et plusieurs jours toutes les horreurs du dernier supplice , toutes les angoisses de la mort, étaient sortis des prisons à travers les flots de sang : on les reconnaissait dans les rues et dans les places, et le commissaire du pouvoir exécutif auprès du tribunal criminel du département de Paris m'écrivit à ce sujet dans les termes suivants :

(( Le tribunal est très- incertain sur le parti « qu'il doit prendre relativement aux prison- <( niers sortis de la maison de justice par suite « des ÉVÉNEMENTS dcs 2 et 3 septembre der- « niers : beaucoup devaient être jugés dans « la session de ce mois. On en rencontre un « grand nombre dans les rues de Paris; doit-on (' les arrêter? doit-on instruire contre eux la « contumace? ou faut-il enfin garder le si- <( lence?))

Voilà les seules questions qui me furent présentées, les seules que je présentai moi-même

à la Convention, les seules dont je voulus préparer la solution et sur lesquelles je fis des propositions.

Cependant on a cru, ou, sans le croire, on a répandu, que j'avais agité la question de poursuivre et de mettre en jugement les auteurs des massacres des 2 et 3 septembre, et qu'après avoir fait l'apologie de ces massacres, après les avoir couverts de mon indulgence et de mes éloges, j'avais conclu à ce qu'on en respectât les auteurs, à ce qu'on les laissât jouir en paix de leurs forfaits.

Ce n'est pas sur cette question que j'étais interrogé , ce n'est pas cette question que j'ai pu traiter ; et cependant on suppose que c'est cette question que j'ai résolue, et d'une manière atroce !

Remarquez même comme le commissaire s'énonce sur les 2 et 3 septembre : il les appelle des événements; à ce nom général d'événements, qui ne spécifie et ne caractérise rien, qu'on peut donner à des événements glorieux comme à des événements affreux, il n'ajoute pas une seule qualification, pas la plus légère indication de ce qu'il en pense. Cette circonstance, à Dieu ne plaise que je la relève pour en faire un re-

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