CHAPITRE DEUXIÈME
proche au commissaire près le tribunal : non: je remarque cette circonstance, parce qu'elle montre sans équivoque quel était, à cette époque, rétat de l'opinion publique sur ces événements que personne n'osait qualifier, et parce qu'on appréciera mieux ce que j'en ai dit, moi, en rapprochant ce que j'en ai dit de ce que les autres n'osaient en dire.
Mais, avant tout, voyons si dans les seules questions que j'ai eu à traiter, l'humanité a des reproches à me faire sur ce que j'ai dit comme ministre de la justice.
Malheureusement, ces questions étaient neuves, comme les événements qui y donnaient lieu étaient inouïs dans les annales des peuples et des crimes ; rien ne me guidait dans une route que j'étais obligé de me tracer à travers tant d'intérêts, d'opinions et de passions, c'est-àdire, de précipices ; je posai quelques principes; ils n'étaient pas familiers, ils effarouchèrent.
Voici quels furent mes résultats.
Comme il fallait agiter la question relative aux prisonniers élargis dans la supposition la plus défavorable pour eux , dans la supposition où ils étaient coupables, je les séparai en deux
classes : je mis dans la première ceux qui n'avaient pu commettre que des délits légers, et dans la seconde ceux qui pouvaient être coupables de crimes graves, comme vol avec effraction, et meurtre, assassinat.
Je ne m'arrêtai pas beaucoup à examiner ce qu'on devait de sévérité ou de grâce aux pre-miers : le spectacle horrible des massacres dont ils avaient été témoins, et qui les avaient menacés eux-mêmes, avait été une peine cent fois plus terrible que celle qu'aurait pu leur faire subir la justice ; et puisque la justice et la puissance nationale n'avaient pu leur sauver des supplices qu'ils n'avaient pas encourus, c'était bien le moins qu'elles leur rendissent les peines légères qu'ils avaient méritées.
La question relativement aux prisonniers de la seconde classe me présentait bien plus de difficultés.
Le nom seul d'un assassin m'a toujours pénétré d'une horreur si invincible, qu'arrivé h cette seconde classe où des assassins devaient être compris, il me fut impossible de parler pour eux en mon nom, au nom d'un ministre de la justice. C'est ce sentiment , que je ne pus surmonter, qui me donna l'idée de faire comparaître, en