‹ Mémoires de GaratChapitre 24 sur 213 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

quelque sorte, les deux classes au milieu des législateurs de la France, et de leur faire tenir à toutes les deux un langage conforme à ce que chacune d'elles pouvait se croire de droits à la pitié et à la miséricorde de la nation. Voici comment parlaient les coupables de la seconde classe :

« Notre crime est le plus grand de tous ceux (( que des hommes puissent commettre envers « des hommes, et la plus grande aussi de toutes « les peines y a été attachée par vos lois : la « mort! Mais la peine de mort, en quoi consiste- « t-elle? Est-ce dans le coup qui donne la mort? <( Non : c'est dans l'appareil qui la prépare, qui « l'annonce, qui la montre, qui l'approche de « l'être vivant. Toute la peine de mort est dans rt ses horreurs, et toutes ses horreurs la précè- <( dent : toutes disparaissent au moment où le « coup mortel est frappé. Nous l'avons donc suce bie cette peine; car les uns pendant plusieurs <( heures, les autres pendant plusieurs jours, <( nous nous sommes vus menacés, environnés <( de toutes ses horreurs : pendant plusieurs <( jours, nous avons souffert toutes les transes, « tout le supplice de la mort. Voudriez-vous les <( faire recommencer pour nous? Citoyens lé-

•( gislaleurs, il y a eu des législateurs qui ont <( pensé, il y en a parmi vous qui pensent, que u la peine de mort est trop cruelle , qu'elle fait « trop frémir et trop souffrir l'humanité, pour « que la société ait le droit de la prononcer. Eh « bien! lorsque le droit de faire subir une seule « fois la peine de mort est au moins douteux, « croiriez-vous avoir le droit de nous la faire <( subir deux fois ? Sous Tancien régime même , <( sous ce régime dont chaque loi était une in- <( jure et une calamité pour la plus grande partie <( de l'espèce humaine, sous ce régime dont « les lois pénales étaient féroces, s'il arrivait «qu'un coupable, en subissant le supplice, cf échappât à la mort, sa vie était respectée : (( les lois et la justice ne croyaient plus avoir (( rien à demander à un homme qui avait passé <( sous la main des bourreaux; quoiqu'il vécût « encore, on le regardait comme ayant subi la « peine de mort, comme recommençant une <( nouvelle vie, comme étant, pour ainsi dire, « un autre homme. Citoyens, vous êtes les létf gislateurs d'une grande république, et dans « ce moment vous êtes nos juges suprêmes ; « comment pourriez-vous prononcer que nous <' devons encore être punis suivant la rigueur

Page 1