‹ Mémoires de GaratChapitre 25 sur 213 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

u de VOS lois, lorsqu'on ne vous parle pas H MÊME DE CEUX QUI , en nous délivrant , nous <( ont fait souffrir les supplices auxquels ils «(nous dérobaient, de ceux qui nous ont (( fait sortir des prisons à travers les flots de <( sang qu'ils ont fait couler sous nos yeux? <( Non , vous ne consternerez pas la justice " et l'humanité par un contraste si désolant <( pour elles. Vous mettrez tout en oubli ou (( rien. C'est la justice même qui demande <( quelquefois qu'on jette sur ses yeux le voile « qui doit l'empêcher de voir : les peuples de a la terre qui ont le mieux connu la vertu et <( la société ont donné de tels exemples. »

Ainsi je faisais plaider leur cause à des hommes qui, e» s'avouant criminels, fondaient la demande de leur grâce sur les douleurs et les supplices par lesquels ils avaient déjà expié leurs crimes.

En les faisant parler eux-mêmes, je restais juge de la force des raisons que je leur prêtais, et parmi ces raisons, il y en avait, je le confesse^ qui me paraissaient invincibles.

J'étais profondément persuadé, comme je le suis encore , que la justice nationale doit une protection toute-puissante aux prisonniers les

plus coupables, jusqu'à ce qu'elle les frappe elle-même; et que, puisqu'elle n'avait pu protéger ceux-là , elle devait se relâcher de sou droit de les punir ; que , puisqu'elle n'avait pu empêcher la hache des scélérats de menacer si longtemps leur tête , elle devait en détourner la hache des lois, et, en faute elle-même en quelque sorte, réparer son impuissance par sa miséricorde.

Loin de rougir de ces sentiments, loin de craindre qu'ils ne répandent sur ma vie, sur mon ministère et sur ma mémoire quelque honte, je me plais à les reproduire ici comme émanés de ce qu'il y a de plus pur dans ma raison, et de meilleur, de plus sensible, dans mon àme. 0 vous , hommes justes , mais bons , vous qui honorez l'espèce humaine par votre amour pour elle, vous chez qui la pitié et l'humanité sont des affections tendres et pieuses, dites si je vous ai offensés ou blessés par ces sentiments nés , chez moi , de ma facilité à m'émouvoir devant le tableau de tout ce qui souffre et gémit sur la terre?

Mais tout excès est un mal ; et dans Tordre social , qui fonde souvent sa bienfaisance sur ses sévérités, la pitié, si touchante dans un

Page 1