‹ Mémoires de GaratChapitre 26 sur 213 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

homme privé, dans un homme public peut avoir des suites cruelles.

M'est-il donc arrivé de consulter plus mes affections que mes fonctions , et de vouloir être plus humain que ne doit l'être un ministre de la justice?

Hélas ! ce n'était pas moi qui devais faire le décret que je demandais! Et quand j'aurais été entraîné trop loin , par un sentiment d'humanité, devant les législateurs d'une grande nation , une pareille faute ne serait peut-être pas indigne de toute indulgence devant cette nation et devant ses législateurs.

Mais cette faute même je ne l'ai pas commise.

Après avoir senti ce que, dans des circonstances si extraordinaires, la justice devait à la pitié et à la nature , j'ai senti avec non moins de force ce qu'elle devait à la sûreté sociale. Cette même voix qui me parlait avec tant de force pour des malheureux qui avaient tant souffert, cette voix sacrée de l'humanité me criait que les hommes qui ont pu tremper une fois leur main dans le sang de leurs semblables, par ce seul acte ont effacé en eux tous les traits, ont étouffé tous les sentiments de la nature.

et que l'homme a été tué, en quelque sorte, dans l'assassin comme dans sa victime. « Quand il serait vrai, me disais-je, que le remords les eût assez punis pour les rendre à la vertu , la société voit toujours leur crime qui l'effraye, et elle ne voit point dans leur àme ce remords qui devrait la rassurer. »

Déterminé par cette considération de l'intérêt public, la loi suprême des sociétés, par cet intérêt qui commande tous les sacrifices parce qu'il produit tous les biens , je proposai de dispenser cette classe de prisonniers élargis de la peine de mort, mais de substituer pour eux, à cette peine, celle de la déportation.

J'offris en même temps de soumettre aux comités de la Convention un plan nouveau de déportation.

En faisant cette offre, j'avais deux buts : l'un, qu'il fallait montrer et que j'énonçais, c'était de faire décréter un genre de déportation dans lequel une nation n'enverrait pas ses criminels chez les nations voisines, et ne punirait pas des crimes par des crimes.

' L'autre but, je voulais le tenir secret; mais , caché dans ma conscience, il y portait une espérance douce et profonde.

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