‹ Mémoires de GaratChapitre 28 sur 213 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

que je n'en voulais pas non plus pour les hommes atroces qui ne leur avaient rendu la liberté qu'après leur avoir fait souffrir mille morts; puisque je jugeais que, pour un seul meurtre , expié par de si longs supplices , on devait subir encore la peine de la déportation , on devait bien croire que , pour des assassins qui avaient passé plusieurs nuits et plusieurs jours à égorger, et qui n'avaient subi aucune peine encore, pas même celle de la crainte, je ne devais pas désirer plus d'indulgence et de clémence; puisqu'enfin je prononçais, comme la nature tout entière prononce, qu'un homme qui apu verser une seule fois le sang de l'homme doit être à jamais pour la société où il a commis ce forfait un objet d'effroi et d'épouvante, on devait bien croire, cela était facile, que des monstres qui s'étaient baignés dans des flots de sang me paraissaient bien plus faits encore pour répandre l'épouvante et l'horreur.

Toutes ces conséquences étaient trop immédiates pour ne pas se présenter d'elles-mêmes. Il m'était défendu de parler, et cependant, pour qui aurait voulu , je me faisais assez entendre.

Mais non ; on ne voulait pas entendre ce que

je pensais, et ce qui était si clair; et ce que je ne pensais pas, on voulut le voir dans des conséquences non-seulement forcées et fausses, mais démenties par ce que je disais formellement.

Jusqu'ici les lecteurs un peu attentifs ont pu s'étonner plus d'une fois ; mais c'est ici qu'on va entrer dans un étonnement dont on aura peine à revenir.

Ces massacres, commis au milieu d'une grande ville, d'un peuple immense et d'une foule d'autorités constituées, je les avais fait sortir des orages , des désordres , du bouleversement inséparables d'une grande insurrection ; et de là on a conclu que, puisque j'avais beaucoup loué l'insurrection, j'avais aussi beaucoup loué les massacres.

Qu'il est facile de combattre de si grandes absurdités! mais qu'il est cruel d'avoir à se justifier de tant d'horreurs! Quelle récompense de tout le bien qu'on a voulu faire, et du peu de bien qu'on a fait !

Mais du moins ici ma défense personnelle va être liée à de plus grands objets et à déplus grands intérêts; elle va être liée à des éclaircissements devenus nécessaires sur l'époque à la fois la plus glorieuse et la plus ignominieuse

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